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Les musardises de Parisianne

Notre-Dame de Paris

15 Avril 2020, 17:00pm

Publié par Parisianne

Notre-Dame de Paris

Sans doute c'est encore aujourd'hui un majestueux édifice que l'église de Notre-Dame de Paris. Mais, si belle qu'elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne pas soupirer, de ne pas s'indigner devant les dégradations, les mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au vénérable monument, sans respect pour Charlemagne qui en avait posé la première pierre, pour Philippe-Auguste qui en avait posé la dernière.

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris

Notre-Dame de Paris

Sur la face de cette vieille reine de nos cathédrales, à côté d'une ride on trouve toujours une cicatrice. Tempus edax, homo edacior. Ce que je traduirais volontiers ainsi : le temps est aveugle, l'homme est stupide.

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Pascal Quignard, Dans ce jardin qu'on aimait

15 Avril 2020, 11:31am

Publié par Parisianne

La période de silence que nous vivons nous invite à écouter davantage. Les oiseaux sont actuellement très actifs, les entendre, savoir les repérer est un jeu auquel j'aime m'adonner. 

En entendant hier les Chanteurs d'oiseaux avec l'orchestre de l'Oural, je repensais à ce merveilleux livre dont je vous avait parlé il y a quelques temps. L'occasion pour moi de faire remonter ce post.

"Pour la beauté de la nature cet homme d'Eglise avait délaissé Dieu"

"Pour la beauté de la nature cet homme d'Eglise avait délaissé Dieu"

Pascal Quignard, oui encore ! Plusieurs découvertes ces derniers mois, puisque dernièrement nous évoquions Les Larmes

Dans ce jardin qu'on aimait raconte dans un texte envoûtant, entre théâtre et litanie, le révérend Simeon Pease Cheney "premier compositeur moderne à avoir noté tous les chants d'oiseaux (...) entendus dans sa cure au cours des années 1860-1880", et sa fille unique qui n'aura de cesse de faire connaître l'oeuvre d'une vie, ces notes retranscrites par son père qui inspireront à Dvorak son quatuor à cordes n°12.

Pascal Quignard définit ainsi son texte : " Cette double histoire (...) prit en moi la forme non pas d'un essai ni d'un roman mais d'une suite de scènes amples, tristes, lentes à se mouvoir, polies, tranquilles, cérémonieuses, très proches des spectacles de nô1 du monde japonais d'autrefois".

Installé dans l'Etat de New York, le révérend Cheney se partage entre ses paroissiens et son épouse. Cette dernière accorde toute son attention à son jardin "elle était heureuse en poussant sa brouette, avec sa bêche à la main, ses ciseaux, sa serpette, son arrosoir...".

Ces beaux jours s'assombrissent à la naissance de Rosemund, la jeune mère ne se relève pas de ses couches. Ses cendres sont dispersées dans le jardin.

Elle est disparue la femme que tu aimes,
dans la mare,
près du canot,
au coeur du jardin qu'elle aimait.

C'est dans ce jardin que le révérend poursuit sa vie en sortant de la vie, il délaisse jusqu'à sa fille qu'il invitera à partir dès lors qu'elle sera plus vieille que sa mère à sa mort.

"Le merveilleux jardin de mon épouse, pour moi, est devenu une prison dont il faut que tu t'échappes."

Au-delà de l'histoire tragique de cet amour fauché par la naissance, et de la douleur de celle qui vit et partira enseigner le violoncelle avant de revenir à la cure, Pascal Quignard nous invite à écouter, écouter toujours, écouter plus profondément la nature qui nous entoure.

C'est exactement ainsi que murmure la fraîcheur,
l'été,
quand la grenouille quitte son chapeau de feuilles à la fin du crépuscule,
et hèle son amour.

Un très beau livre, je ne peux que conclure en citant Pascal Quignard lui-même 

"J'ai été ensorcelé par cet étrange presbytère tout à coup devenu sonore, et je me suis mis à être heureux dans ce jardin obsédé par l'amour que cet homme  portait à sa femme disparue."

Laissez-vous ensorceler par la musique des mots, et celle de Dvorak (1841-1904) mais aussi de Messiaen (1908-1992) qui plus tard s'attachera aussi à écrire le chant des oiseaux.

1-    styles traditionnels du théâtre japonais venant d'une conception religieuse et aristocratique de la vie. Le nô allie des chroniques en vers à des pantomimes dansées

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Emmanuelle Cart-Tanneur, Ce qui ne nous tue pas... ENFIN en version papier

8 Avril 2020, 13:28pm

Publié par Parisianne

Emmanuelle Cart-Tanneur, Ce qui ne nous tue pas... ENFIN en version papier

L'article ci-dessous, vous l'avez déjà lu, mais si je le fais remonter aujourd'hui, c'est parce qu'Emmanuelle Cart-Tanneur et son éditeur Jacques Flament, ont décidé de faire de ce texte un ouvrage papier que vous pourrez donc commander en ligne aux éditions Jacques Flament.

Vous savez comme moi combien le monde de l'édition, dans son ensemble et les petites structures en particulier, souffre de la situation actuelle. C'est même dramatique pour certaines maisons. Tout le monde est concerné c'est vrai, et à des niveaux différents nous subissons tous. Mais puisque le livre va sortir et que La Poste assure encore les acheminements, pourquoi se priver d'un texte fort - et douloureux, il faut en être conscient - tout en permettant à l'éditeur de poursuivre son activité.

Profitez-en pour vous attarder sur le site des Editions Jacques Flament, vous y croiserez des auteurs que vous avez eu l'occasion de découvrir avec moi, Alain Emery, Valérie Laplanche, pour n'en citer que deux.

 

C'est bien plus qu'un simple livre que je vous invite à découvrir aujourd'hui, bien plus aussi qu'un simple témoignage, ce sont des vies bouleversées.

Ce qui ne nous tue pas... d'Emma Visseaux, que vous trouverez sur librinova en suivant le lien sur le titre, dit la réalité du handicap sous toutes ses facettes, celles que l'on ne peut pas imaginer quand on ne le vit pas. 

Certains me disent courageuse, et loin d'être flattée, je trouve l'idée plutôt absurde : où est donc le courage dans une obligation ? Je n'ai aucun choix dans cette vie qui est la mienne, je la vis et un point c'est tout.

Je ne vous ferai pas un résumé, je vous invite simplement à lire celui de la présentation du livre. Pour les avis de lecture, allez sur Babelio ou sur le site librinova, ils sont unanimes pour dire l'effet coup de poing.

" Un homme, une femme, une famille.
Et une moto.

Il ne va pas mourir, mais tous se demanderont, un jour ou l'autre, s'il n'aurait pas mieux valu.
Et aussitôt regretteront cette pensée.

Rien ni personne ne saurait expliquer ce qu'ils vont devoir affronter.
Je me contente ici de le décrire, de l'écrire, juste pour partager l'inimaginable.
Et peut-être chercher une raison de vivre encore plus fort. "

Le plus difficile à vivre l'est aussi à expliquer : j'ai souvent la sensation d'un plafond au-dessus de la tête, comme un seuil maximal de bonheur qui se serait installé le jour de l'accident. Désormais je n'irai pas plus haut. (...)

Je n'en dirai pas plus, comme le dit Emma,

parfois les mots ne peuvent plus rien

Chacun à un moment où à un autre peut être confronté à une situation difficile, dramatique, et chacun l'aborde avec ce qu'il est. Personnellement, ce récit m'a bouleversée, sûrement parce que je connais un peu Emma pour l'avoir croisée à une remise de prix d'un des nombreux concours de nouvelles où elle s'est distinguée, où par des échanges parallèles sur des forums littéraires, mais qu'importe, ce qui m'a frappée dans son récit, c'est son courage de dire sans fausse pudeur mais sans larmoiement non plus.

La surenchère d'information qui fait notre quotidien omet trop souvent ceux qui avancent silencieusement sur un chemin douloureux et qui pourtant gardent la tête haute, Emma est de ceux là, et je la remercie.

Il y aura toujours des bonheurs, même s'ils ne seront plus jamais grands.

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1 lettre 1 sourire

7 Avril 2020, 20:04pm

Publié par Parisianne

1 lettre 1 sourire

Vous n'ignorez plus mon implication auprès de nos aînés, vous ne serez donc pas surpris de mon adhésion immédiate à cette très belle idée mise en place par une dizaine de cousins, et découverte chez Écureuil Bleu, Brigitte, merci !

Il est si simple d'écrire un message sur notre clavier d'ordinateur pour apporter une petite fenêtre de vie à ceux qui sont isolés, éloignés de leurs proches et aujourd'hui doublement confinés.

Alors pourquoi ne pas vous lancer et leur envoyer quelques pensées !

Une hirondelle ne fait pas le printemps, pourtant elles sont de retour chez moi dans l'Oise, alors cette année plus que jamais on a envie de cette promesse de renouveau. Et si une lettre ne remplace pas la visite d'un proche, ne peut-elle au moins apporter un sourire et l'envie de croire à ces jours meilleurs qui ne manqueront pas d'arriver.

Tout est dans les liens ci-dessous. A vous !

 

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Soupirs et silences

7 Avril 2020, 16:28pm

Publié par Parisianne

Soupirs et silences

Dans cette étrange période que nous traversons, alors que nos soignants sont mis à rude épreuve et que nombreux sont ceux qui souffrent, je suis assez inquiète pour les seniors que j'accompagne en temps normal et que je ne peux pas visiter. Le téléphone est une alternative, quand la surdité ne prive pas de tout contact.

Pour ceux qui ont la chance d'être équipés d'ordinateur, de tablette ou de smartphone, dont le son est souvent bien meilleur qu'un combiné téléphonique, j'ai décidé d'enregistrer quelques textes, des miens mais aussi de certains amis qui ont eu la générosité de m'en proposer et je les ai transmis, à des particuliers, à des personnes isolées, mais aussi à des infirmières dans des EPHAD.

Vous trouverez ici le lien vers l'un d'entre eux, Soupirs et silences, écrit il y a quelques temps pour un jeu d'écriture.

Offrons le beau, offrons l'espoir, offrons la vie.

Et surtout, faites attention à vous.

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François-Henri Désérable, Un certain M. Piekielny

3 Avril 2020, 15:30pm

Publié par Parisianne

François-Henri Désérable, Un certain M. Piekielny

Encore Romain Gary, me direz-vous ! En effet, mais cette fois, à travers un livre que je voulais vous présenter depuis longtemps mais vous savez comme moi qu'il y a peu, le temps courrait bien plus vite que nous et qu'il était pour beaucoup impossible de le rattraper.

Aujourd'hui, il s'est arrêté douloureusement pour certains, brutalement pour d'autres mais arrêté pour tous ou presque à travers le monde. C'est effroyablement vertigineux quand on y pense. Et j'espère que vous tous qui passez silencieusement sur ces pages, êtes à l'abri autant que possible.

Il y avait parmi [les voisins] un certain M. Piekielny [...] M. Piekielny ressemblait à une souris triste, méticuleusement propre de sa personne et préoccupée. ; il avait l'air aussi discret, effacé, et pour tout dire absent, que peut l'être un homme obligé malgré tout, para force des choses, à se détacher, ne fût-ce qu'à peine, au-dessus de la terre.
[...]
- Quand tu seras... tout ce que ta mère à dit.
[...]
- Eh bien ! quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire...
Une flamme d'ambition insensée brilla soudain dans les yeux de la souris.
- Promets-moi de leur dire : au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny.

Romain Gary, La Promesse de l'aube, chapitre VII

François Henri-Désérable est un jeune auteur mais pas un débutant. Je l'ai pour ma part découvert à l'occasion d'un concours de nouvelles et pour être tout à fait honnête, je craignais de trouver dans ses écrits un côté un peu savant qui ne m'attirait pas particulièrement.

J'ai donc, sans véritable raison, ou plutôt sans raison fondée, boudé ses premiers ouvrages, et traîné avant de succomber à la gourmandise !  

La référence à M. Piekielny pourtant ne pouvait me laisser indifférente très longtemps. Et soit FH Désérable ne maîtrise pas l'art de "décourager les cons", soit je n'appartiens par totalement à cette dernière catégorie, bénéfice du doute dans les deux cas, mais j'ai tout de suite été aspirée par ce texte et j'ai pris un plaisir infini à suivre l'auteur sur les traces de M. Piekielny et donc de marcher dans les pas de Romain Gary. Je me suis également amusée aussi à la lecture des diverses incursions de l'auteur dans sa propre vie. Le ton est finalement très léger malgré une quête sérieuse et un récit documenté.

Pour avoir eu la chance de dîner aux côtés des parents de l'auteur lors d'une remise de prix à laquelle il n'avait pu se rendre lui-même, étant à ce moment là au Canada, si ma mémoire est bonne, pour une compétition de hockey sur glace (je vous rappelle que ce jeune homme était joueur de hockey professionnel), je garde le souvenir très précis de sa maman et le parallèle avec Mina Kacew, forcément, m'a fait sourire.

Image du net, plaque de Vilnius

Image du net, plaque de Vilnius

Qui est M. Piekielny ? A t-il réellement existé ? Gary a t-il simplement inventé le personnage et son étrange requête ? Rien n'est sûr mais après tout quelle importance, l'histoire est belle et les deux conteurs, chacun dans leur genre savent nous entraîner et nous interroger. C'est, à mes yeux en tout cas, l'essentiel.

Le roman de FH Désérable est riche de nombreuses références à l'oeuvre de Romain Gary, et les échos sont nombreux.

[...] il m'a joué du silence sur son violon minuscule.

La Vie devant so

En feuilletant mes livres de Romain Gary ces derniers jours, je suis tombée sur cette très belle phrase que j'avais soulignée dans La Vie devant soi.

Oui, j'ai une manie, j'écris beaucoup dans mes livres, toujours au crayons, je souligne, je prends des notes en marge, j'inscris les définitions des mots que j'ai cherchés dans le dictionnaire, et je mets la date de lecture et un commentaire sur la première page.

 En retrouvant cette phrase, le rapprochement avec un très beau passage du livre de François-Henri Désérable a été immédiat. Je ne résiste pas à vous mettre la citation pour terminer le sujet.

 

Dans sa jeunesse, il en avait joué, du violon, M. Piekielny, avec une véritable frénésie, et puis il avait fallu se tuer à la tâche pour gagner de quoi vivre, [...] il n'avait plus eu que la nuit pour s'adonner à son passe temps favori, or chacun sait que la nuit les gens dorment. Alors il sortait son violon de l'étui [...] tendait les crins de l'archet, se plaçait face au pupitre devant la fenêtre ouverte sur le ciel étoilé, puis ayant calé la base de l'instrument dans son cou,[...], il jouait [...] mais jamais un son n'en sortait : jamais la mèche de l'archet ne touchait les cordes du violon qu'il avait retourné à dessein.

Si vous aimez Romain Gary, et que vous connaissez un peu son oeuvre, lisez Un certain M. Piekielny. Et si vous n'avez pas lu Gary, lisez Un certain M. Piekielny, il vous conduira tout droit vers la bibliothèque pour y trouver les oeuvres de Romain Gary ! Ne vous l'avais-je pas dit : tous les chemins mènent à Gary !

Alors il s'abandonnait dans la voluptueuse mélodie du silence, passant et repassant la mèche de l'archet sur le bois vernis du violon, jouant pour de faux mais regardant pour de vrai les étoiles.

Alors regardons les étoiles...

Il ne faut pas avoir peur du bonheur, tu sais, c'est seulement un bon moment à passer.

Romain Gary

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Revenons à Romain Gary

2 Avril 2020, 16:34pm

Publié par Parisianne

Il croyait vraiment que les gens avaient encore assez de générosité, par les temps que nous vivons, pour s'occuper non seulement d'eux mêmes, mais encore des éléphants.

Revenons à Romain Gary

Je vous disais hier que Romain Gary présentait un double intérêt pour une collectionneuse de Goncourt puisqu'il est le seul à avoir obtenu deux fois le fameux prix alors qu'aucun auteur n'a le droit de postuler deux fois.
 

[...] bientôt, il ne restera pas de place dans le monde moderne pour un tel besoin d'espace, pour une telle maladresse royale.
[...] il faut respecter l'éléphant d'Afrique. [...] il faut entourer la nature de toute la protection dont elle a besoin.

1956, Pierre Assouline nous dit dans Du côté de chez Drouant, que le prix va au premier tour au roman Les Racines du ciel, "premier roman  destiné à alerter sur le désastre écologique qui menace la planète" ajoute Monsieur Assouline.

Aujourd'hui ce livre est très apprécié, ça n'a pas toujours été le cas. Romain Gary a été violemment décrié. C'est assez fréquent finalement dans l'histoire du Goncourt !

Si vous lisez ou relisez Les Racines du ciel aujourd'hui, vous y trouverez un écho à l'actualité.

Gary visionnaire ? Je vous rappelle que le livre est de 1956...

Vous savez aussi bien que moi ce que l'Afrique perdra lorsqu'elle perdra les éléphants. Et nous sommes sur la voie. Nom de nom Schölscher, comment pouvons-nous parler de progrès, alors que nous détruisons encore autour de nous les plus belles et les plus nobles manifestations de la vie ? Nos artistes, nos architectes, nos savants, nos penseurs suent sang et eau pour rendre la vie plus belle, et en même temps nous nous enfonçons dans nos dernières forêts, la main sur la détente d'une arme automatique. [...] il faut lutter contre cette dégradation de la dernière authenticité de la terre et de l'idée que l'homme se fait des lieux où il vit

Revenons à Romain Gary

Monsieur Hamil dit que l'humanité n'est qu'une virgule dans le grand Livre de la vie et quand un vieil homme dit une connerie pareille, je ne vois pas ce que je peux y ajouter.

1975, le prix Goncourt est décerné à un auteur que tout le monde cherche à démasquer sans y parvenir. La Vie devant soi, d'Emil Ajar "l'emporte au huitième tour du scrutin contre Decoin et Modiano" qui obtiendront le prix respectivement en 1977 et 1978.

Petite parenthèse, il est assez fréquent de voir un auteur finaliste malheureux une année, récompensé quelques années plus tard. Il n'y a pas de hasard.

Romain Gary caché derrière ce pseudonyme n'a jamais trahi son secret. L'homme de paille Emil Ajar - Paul Pavlovitch - petit cousin de l'auteur, révélera la vérité lors d'une émission Apostrophe de Bernard Pivot en 1981. Romain Gary s'est donné la mort en 1980, donc aucune révélation de son vivant.

Ajar-Gary a bien essayé de refuser le Prix, mais un Goncourt ne se refuse pas, pourquoi ? parce que ce n'est pas un écrivain qui est récompensé mais bien un livre, comme nous le rappelle Pierre Assouline. Le prix aujourd'hui est un chèque de 10 euros, je crois, ce sont les retombées sur les ventes qui font la fortune de l'auteur. 

Certains parlent de mystification, de tricherie, de... laissons-les parler, après tout, les prix sont faits pour ne pas plaire à tout le monde, non ? 

Regardez plutôt l'archive Ina de Paul Pavlovitch, je le trouve émouvant. J'ai bien envie de lire d'ailleurs Pseudo et Vie et mort d'Emil Ajar, de Romain Gary, mais aussi L'Homme que l'on croyait, de Paul Pavlovitch. 

Vous pouvez également écouter les émissions très intéressantes de Pierre Assouline :

-  pour 1956, Les Racines du ciel, ce sera à la 30e minute si vous ne voulez pas tout écouter;

- pour 1975, La Vie devant soi, ce sera à la 45e minute et vous pourrez entendre que jury de prix n'est pas toujours de tout repos !

 

 

[...] le temps est encore plus vieux que tout et il marche lentement.

Revenons à Romain Gary

Encore une parenthèse, savez-vous qui a refusé le prix Goncourt, avant Emil Ajar ? allez, question juste pour le plaisir, nous y reviendrons ultérieurement.

Livres cités

Pierre Assouline, Du Côté de chez Drouant, cent dix ans de vie littéraire chez les Goncourt que vous pouvez écouter sur France Culture, je vous mets les liens, même si, pour ma part, je préfère nettement lire Pierre Assouline.

Romain Gary, Les Racines du ciel,
La Vie devant soi,
Pseudo,
Vie et mort d'Emil Ajar

Paul Pavlovitch, L'Homme que l'on croyait

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Tous les chemins mènent à Romain Gary

1 Avril 2020, 22:13pm

Publié par Parisianne

Tous les chemins mènent à Romain Gary

Il y a quelques mois, je bavardais avec un vieux Monsieur avec qui j'ai eu le plaisir de travailler.

Nous parlions littérature, comme souvent les jours où nous n'allions pas faire une exposition, et incidemment dans la conversation, il me dit qu'il aimait beaucoup observer Romain Gary, à l'époque où il travaillait dans le quartier où résidait ce dernier.

Quel choc ! Réaliser tout à coup que quelqu'un qui vous est proche a vu "en vrai" un auteur que vous admirez, ça le rend tout de suite plus présent, vous ne pensez-pas ? 

Il est habillé comme un homme, avec plus d'élégance que le professeur. Il a des airs de Grand Meaulnes, trop mûr, trop sage. Ses copains sont unanimes : on admire Kacew mais on ne l'apprivoise pas.

Dominique Bona, Romain Gary

Il ne sera pas question ici d'un livre de Romain Gary en particulier, les diverses citations sont plutôt extraites de la superbe biographie de Dominique Bona, Romain Gary.

Je vous la conseille vraiment, le sujet est loin d'être banal, Romain Gary est un sacré personnage, et l'écriture de Dominique Bona est toujours une gourmandise à savourer sans modération.

Le pessimisme de Gary apparaît tempéré comme par un humanisme qui n'est pas une foi dans les hommes, mais dans quelques valeurs de l'homme, l'amour, la musique, le rêve.

D'ailleurs, toujours de Dominique Bona, si vous lisez le magnifique Mes Vies secrètes, vous apprendrez que la biographie de Romain Gary est non seulement sa première biographie mais que c'est ce qui lui a donné l'envie de se consacrer entièrement à ce travail de biographe. Que ce soit Stefan Zweig ou Berthe Morisot, ou encore Colette ou Camille et Paul Claudel, Dominique Bona sait nous entraîner dans l'univers de ces grands et la suivre est toujours un bonheur.

Mais je m'égare, revenons à Romain Gary.

C'est une sorte d'écorché vif qui a mal à lui-même et aux autres, qui souffre dans sa propre peau mais aussi des malheurs du monde...

La Promesse de l'aube, les Racines du ciel, Une Page d'histoire, et bien d'autres auront certainement, à un moment ou à un autre, retenu votre attention.

Mais vous me voyez venir n'est-ce pas ? Vous voyez qu'il manque un titre fort connu à ma liste, et que c'est aussi ce qui rend Gary est doublement intéressant ! Nous y reviendrons. 

Mais avant tout, parlons un instant de théâtre. J'ai eu la chance, et le bonheur d'aller voir sur scène Stéphane Freiss dans une lecture théâtralisée de La Promesse de l'aube. J'étais avec une amie et nous étions sous le charme... de l'acteur, forcément un peu, reconnaissez que Stéphane Freiss ne manque pas de charme :-) mais aussi et surtout du texte. Habité par le texte, l'acteur lui donne vie et vraiment c'est d'une grande force. Si vous avez l'occasion, je vous invite vraiment à voir cette mise en voix de l'oeuvre de Gary, c'est un grand moment de théâtre.

Tous les chemins mènent à Romain Gary

Je disais précédemment que Gary était doublement intéressant. Pour quelqu'un qui s'amuse à collectionner les Goncourt, bien sûr. Il est le seul à avoir obtenu deux fois le fameux prix, alors que c'est théoriquement impossible.

Nous y reviendrons demain :-)

 

Quand vous n'en pouvez plus, faites comme moi, pensez à des troupeaux d'éléphants en liberté en train de courir à travers l'Afrique.

Livres cités,

Dominique Bona, Mes Vies secrètes,

Dominique Bona, Romain Gary (et toutes les autres biographies)

 

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Jean Echenoz, Ravel

31 Mars 2020, 15:48pm

Publié par Parisianne

A ceux qui s'aventurent à lui demander ce qu'il tient pour son chef-d'oeuvre ; C'est le Boléro; voyons, répond-il aussitôt, malheureusement il est vide de musique.

Il y a quelques mois, j'étais au Touquet avec entre les mains Ravel de Jean Echenoz, quand j'ai appris par hasard que Ravel avait séjourné dans une villa de la station. 

Vous le voyez ici devant la villa La Floride, propriété de son ami Jacques Meyer.

Image Gallica

Image Gallica

Ravel, de Jean Echenoz, aux Editions de Minuit, c'est le récit des dernières années du si célèbre Boléro. Un portrait sans concession d'un personnage volontaire et exigeant, il ne s'agit en aucun cas d'une biographie.

L'écriture d'Echenoz traduit parfaitement les névroses du compositeur qui n'est pas présenté sous son jour le plus sympathique.

Il sait très bien ce qu'il a fait, il n'y a pas de forme à proprement parler, pas de développement ni de modulation, juste du rythme, et de l'arrangement. Bref, c'est une chose qui s'autodétruit, une partition sans musique, une fabrique orchestrale sans objet, un suicide dont l'arme est le seul élargissement du son. Phrase ressassée, chose sans espoir et dont on ne peut rien attendre, voilà au moins, dit-il, un morceau que les orchestres du dimanche n'auront pas le front d'inscrire à leur programme.

Jean Echenoz, Ravel

Un bref rappel à propos de ce concerto pour piano et orchestre, dit Concerto pour la main gauche, il a été composé par Ravel pour Paul Wittgenstein, entre 1929 et 1931.

Echenoz nous présente ainsi Paul Wittgenstein : "pianiste, prisonnier des Russes et déporté en Sibérie, est revenu du front sans son bras droit." Puis plus loin, "l'air toujours aussi fermé, petites lunettes et tempes rasées, anatomie raide et brusque, le bout de la manche droite vide de son veston est glissé dans sa poche".

La collaboration entre le compositeur et le pianiste n'ira pas au-delà de ce concerto. Paul Wittgenstein ayant pris sur lui d'arranger la composition du maître, je ne résiste pas à vous citer Echenoz :

 

Mais ça ne va pas, dit-il froidement. Ça ne va pas du tout. Ce n'est pas du tout ça. Ecoutez, veut se défendre Wittgenstein, je suis un vieux pianiste et, franchement, ça ne sonne pas. Je suis quant à moi un vieil orchestrateur, répond Ravel de plus en plus glacé, et je peux vous dire que ça sonne. Le silence qui s'assied dans la salle à ces mots sonne quant à lui plis fort encore. Malaise sous les moulures, embarras chez les stucs. Les plastrons des smokings pâlissent, les franges des robes longues se figent, les maîtres d'hôtel examinent leurs souliers.

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A vous de jouer !

30 Mars 2020, 20:59pm

Publié par Parisianne

En cette période si étrange, et compliquée pour beaucoup, un ami informaticien a développé un nouveau jeu, suite à une discussion que nous avons eue. Il s’agit de reconstituer des mots découpés en groupes de lettres (pas vraiment des syllabes) par thèmes, allez voir, ce n’est pas si simple. Vous pouvez même jouer à plusieurs sur une même partie.

 

Le jeu est gratuit, vous n’avez aucune information à renseigner, vous ne serez nullement sollicités à des fins commerciales, et vous noterez l’adresse en  https donc sécurisée au maximum !

 

Et si vous êtes joueurs, vous trouverez aussi un Solitaire, un Memory et un Sudoku ! De quoi varier les plaisirs, il vous suffit pour cela de descendre en bas de la page du jeu des Syllabes.

 

N’hésitez pas à tester, à partager en copiant l’URL, et à mettre des commentaires que je transmettrai à l’intéressé !

 

Amusez-vous et surtout prenez soin de vous !

 

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