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Les musardises de Parisianne

lecture

Paul Andreu, Kaléidoscope

20 Avril 2021, 21:38pm

Publié par Parisianne

Paul Andreu, Kaléidoscope

Elle m'a appris à lire.
Je savais mes lettres [...]. Elle m'a appris que je pouvais, sans rompre le silence, prêter ma voix aux auteurs afin d'entendre la leur dans son rythme et ses intonations, lire l'écriture comme un musicien la musique.

Il y a quelques années déjà, je vous parlais d'un livre qui m'a profondément touchée, Enfin, de Paul Andreu. Depuis, bien des choses se sont passées, nous avons connu une situation inédite dont nous ne voyons pas le bout et les lectures auxquelles j'assistais avec bonheur grâce à l'Association Textes et Voix n'ont malheureusement pas pu se tenir depuis longtemps.

Pourquoi je parle de Textes et Voix, simplement parce que c'est par cette association que j'ai découvert Paul Andreu et son œuvre. Paul Andreu, architecte, peintre et écrivain s'est éteint en 2018 mais son dernier roman, Kaléidoscope vient d'être publié à titre posthume.

Vous défendez bien un point de vue, c'est cela qui compte. C'est un talent rare ce talent de vouloir convaincre et de savoir le faire. Méfiez-vous cependant des talents. Ils sont utiles. Ils ne sont utiles qu'à des causes qui les dépassent. Ne l'oubliez pas. Un talent est un serviteur. Quand il prend le dessus, il n'est plus qu'un faux ami qui vous perdra.

Paul Andreu, Kaléidoscope

Le chantier avance. A la date prévue, on coule les fondations du premier bâtiment, la bibliothèque. Le client, toujours pratique, s'étonne de cet empressement pour une fonction et une construction que l'informatique et Internet, omniprésents rendent bien désuètes. Mais non, si l'architecte l'a voulue là, au centre, visible depuis l'entrée, c'est parce qu'elle symbolise, digitalisation ou pas, la rencontre avec la connaissance, dans sa continuité, son développement, son renouvellement. La rencontre, pas la dévotion, ce n'est pas un temple imposant mais un lieu de travail protecteur, un lieu de silence. Ce silence n'y est pas une contrainte mais la condition essentielle, celle de penser, de juger, d'apprendre, celle qu'Internet, dans l'usage qu'on en fait, malmène souvent.

Si je me suis amusée à mettre l'œil de mon appareil photo dans le kaléidoscope, qui fascinait tant mon fils petit, sur le bouquet de fleurs dont vous reconnaitrez les couleurs, le Kaléidoscope de Paul Andreu est plus coloré encore, mais ce sont des couleurs vivantes.

Chaque chapitre de ce livre présenté comme un roman pourrait être considéré comme une nouvelle, pourtant, c'est l'histoire d'un architecte nouvellement disparu (oui je sais c'est une triste coïncidence) que l'auteur nous offre de découvrir à travers les personnes qui l'ont côtoyé plus ou moins intimement. Il semble donc le fil conducteur du texte, ou devrais-je dire la pile centrale de l'édifice ? De chapitre en chapitre nous croisons donc une éditrice fatiguée qui paraît réécrire sa propre histoire en lançant celle d'une jeune auteure, un apprenti architecte, des hommes et des femmes qui s'aiment et se laissent, un astrophysicien et bien sûr des constructions qui se font ou de défont. 

Chacun devrait trouver dans un bâtiment la protection qu'il recherche, devrait pouvoir y grandir, comme le font les plantes quand elles sont cultivées, mais libres, dans une serre.

D'infimes indices nous sont parfois donnés pour reconnaître les personnages et j'avoue m'être parfois un peu perdue dans les liens entre les différents protagonistes mais j'ai été sensible au fil conducteur qu'est le jardin du Luxembourg, et je me suis laissée porter par l'écriture de Paul Andreu qui ne me laisse pas indifférente.

J'ai aimé les évocations de son métier d'architecte bien sûr, mais l'homme de lettres - j'ai failli écrire l'homme de l'être - n'est jamais loin et le poète s'immisce entre les lignes les plus sérieuses. 

Un bel ouvrage, comme un adieu. Je vous invite sincèrement à vous y intéresser.

Paul Andreu, Kaléidoscope

Quand le jour est venu, j'ai pensé le lui avoir volé.

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Papotage avec : Alain Emery

19 Avril 2021, 09:50am

Publié par Parisianne

Papotage avec : Alain Emery

Je vous ai parlé il y a peu de Horn d'Alain Emery aux Editions Terres du couchant, et vous savez tous qu'Alain, en plus d'être un auteur que j'apprécie, est avant tout un ami très cher. Alors je me suis amusée à lui poser des questions à ma façon, et voici donc ses réponses. 

Alain merci d'avoir joué le jeu de ma fantaisie !

Mais avant d'entrer dans cet échange, il est tout de même important que vous sachiez qu'avec ce magnifique texte Alain Emery est en lice pour le prix Louis-Guilloux, vous pouvez lire l'article en suivant ce lien ici

 

S’il y avait un écrivain et un seul que tu puisses ressusciter pour une conversation ce serait qui ? Et quel serait ton premier... reproche ?

Giono, à l’évidence. Mais je ne vois pas ce que je pourrais lui reprocher. En revanche, ce serait l’occasion pour moi de le remercier : je lui dois ma farouche liberté. J’ai compris avec lui que je pouvais porter mon regard à ma guise, envoyez paître les cercles et les cours, ne rien attendre et composer en artisan, dans mon coin. Je ne cherche que mon bonheur et peu m’importe qu’il soit ou non dans l’air du temps. 

Qu’est-ce qui te pousse à revenir souvent vers le format court, voire très court, qui me semble être le format le plus représenté dans ton travail ?

Sur une courte distance, on se voit contraint de densifier la langue et de livrer des textes plus ramassés. Chaque phrase compte. Ni l’errance ni le relâchement ne sont permis. Mon plaisir est sans doute là, dans cette tension, cette exigence très personnelle. Que ce ne soit pas à la mode m’importe peu. Je ne me pose plus la question de la longueur : elle s’impose d’elle-même.

Y a t-il une constante dans la naissance d’un texte ? Te faut-il un élément déclencheur, lequel est le plus fréquent (photo, musique, parfum, rencontre, silence ou que sais-je encore !)

Il n’y a pas de règle, à vrai dire. La photographie a toujours joué un rôle important dans mon travail mais, en réalité, tout fait ventre. Je saisis tout ce qui passe à ma portée : une anecdote, une toile, un paysage, mes souvenirs  - ce que j’appelle ma mythologie personnelle, mes diables et mes dieux, glanés dans l’enfance. Horn, d’ailleurs, vient de ce dernier territoire. J’y ai puisé les marins, les anecdotes propres à l’Occupation, tout un tas de détails pour le décor ; et un esprit singulier, peut-être.

Réfléchis-tu longtemps avant d’écrire où bien t’y mets-tu tout de suite ?

Je ne songe, la plupart du temps, qu’au texte à venir ; et je ne suis par conséquent jamais tout à fait avec ceux qui m’entourent. Du reste, il est rare que je puisse me lancer si je n’ai pas le titre et la première phrase. En revanche, si j’ai un cap, une idée précise de l’endroit où je veux aller, je n’ai pas besoin de plan. Mais entre le moment où l’idée naît et le celui où j’attaque la rédaction, il me faut du temps, pour apprivoiser mes personnages – quand ils sont pures inventions – ou pour engranger des notes – quand ils sont réels. Nous faisons connaissance, en somme. C’est parfois très rapide mais il arrive que ça dure des années, comme avec Horn...

Toi qui écris tous les jours, utilises-tu tout ce que tu écris ? Ou bien t’arrive t-il de noter des choses pour la simple envie d’écrire ?

J’aime écrire. Profondément, passionnément. Il arrive que je compose des textes très courts – que je relève désormais sur une sorte de carnet de bord – et ils n’ont pas, dans l’absolu, vocation à être publiés. Il y a aussi des fragments – observations sur le vif, descriptions, dialogues – qui forment une mine dans laquelle je pioche,  quand le besoin s’en fait sentir. Je ne m’interdis rien : il m’arrive de réutiliser un fragment, d’en extraire une phrase, une formule. C’est la cuisine des anges...

Plus clairement, l’écriture de chaque jour est-elle un texte en soi ou une succession de notes qui te serviront plus tard, de tournures qui te viennent à l’esprit, de mots qui te plaisent ?

Je prends beaucoup de notes, que je conserve, sans trop savoir du reste ce que j’en ferai. Mais quand je me lance dans un manuscrit, je m’y consacre tout entier. C’est la haute mer. Il faut la traverser, la vaincre. Rejoindre à tout prix l’autre rive. Rien d’autre ne compte.

Quel élément t’inspire le plus ? Tu es mer mais tu te montres terre aussi, et c’est la première fois je crois que tu nous fais faire le grand écart entre mer et montagne !

La mer, je l’ai sous les yeux depuis mon plus jeune âge. Elle a longtemps été mon terrain de jeu. Les nuances y sont reines et la décrire est encore et toujours un plaisir, inépuisable. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir soif d’autres décors. Je suis d’une nature gourmande. Avec Horn, j’ai opposé deux mondes – qui sont en réalité semblables. À la symbolique – qui comptait pour l’histoire – s’ajoutait la joie toute simple de peindre.

Quelle question rêves-tu que l’on te pose et que personne ne t’a jamais posée ?

"L'écriture vous rend-elle heureux ?"

Mais si on ne me la pose pas c'est sans doute que la réponse est évidente...

Question bonus parce que nous sommes gourmands des secrets d'auteurs ! Et parce que je suis très curieuse !

Alain, quel est selon toi, le substantif que tu emploies le plus? Mais aussi le verbe et l'expression !

Alors, le substantif : l'ombre. Ex-aequo avec la lumière. Mes histoires se partagent entre l'ombre et la lumière, justement.

Le verbe, ce sera sembler. Je ne me fie pas aux apparences. 

Et l'expression qui me vient de ma mère : "maigre comme un cent de clous" ! 

Papotage avec : Alain Emery

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Sylvette Heurtel, Quitter l'hiver

18 Avril 2021, 17:52pm

Publié par Parisianne

Sylvette Heurtel, Quitter l'hiver

Tout est plus simple depuis qu’elle a décidé ce voyage, elle baisse le masque et ceux qui mentent n’auront plus de place dans son histoire. […] Elle s’en veut de commencer son périple par une concession, prendre une auto-stoppeuse ressemble un peu trop à ce qu’elle s’est promis d’arrêter. Elle a décidé de ne plus faire ce qu’on attend d’elle, de ne plus taire ses sentiments pour laisser fleurir la parole d’autrui... Mais cette fille-là paraît différente, c’est le hasard qui les fait se croiser, elle ne demande que quelques centaines de kilomètres. Elle a l’air de fuir, elle lui ressemble plus que tous ceux qui ont partagé sa vie, c’est comme si Madeleine cueillait ses vingt ans sur le béton gris d’une bretelle routière.

Voici un livre particulier, un roman d'une grande beauté porté par une écriture fine et sensible. Sylvette Heurtel nous invite dans une fuite dont elle fait une échappée très belle malgré les ombres. 

On se laisse entraîner avec plaisir dans ce périple avec des personnages auxquels on s'attache vite. Et les bleus au cœur et à l'âme des protagonistes prennent des teintes plus douces au fil des pages, sans pour autant cacher les réalités de la vie. 

Madeleine et Katia se rencontrent par hasard à un moment charnière de leurs vies, elles sauront ensemble pousser les portes pour laisser entrer la lumière et s'installer dans une forme de renaissance.

Sylvette Heurtel, Quitter l'hiver

C'est comme si elle était arrivée chez elle, elle aime tout ici : l'eau sur son visage, le voile brouillant les couleurs qui peut se lever soudain sur des bleus profonds, des roses étincelants ou se teinter d'orangés et de violets au coucher du soleil, les bateaux tranquilles, les quais déserts. L'impression d'avoir quitté Paris il y a des mois l'envahit, la peur l'a quittée, elle n'est plus la fugitive [...]

Quitter l'hiver de Sylvette Heurtel offre un vrai plaisir de lecture et un très agréable moment. Si le livre vous intéresse, n'hésitez pas à me le faire savoir, soit en commentaire, soit sur le mail du blog parisianne95@orange.fr, je vous mettrai en contact avec Sylvette.

Vous pourriez être surpris de cette procédure. La raison est simple et triste. L'éditeur d'Art Henry des Abbayes qui a publié ce bel ouvrage, et de nombreux autres, est décédé l'an dernier. Sa maison est fermée et le livre de Sylvette n'a pas pris son envol comme il aurait dû le faire. C'est double peine pour l'auteur, la perte d'un ami et un ouvrage témoin de cette amitié dont l'encre a séché dans les larmes. 

Donc si vous êtes intéressés, dites-le moi, vous ne le regretterez pas.

Quitter l'hiver, Sylvette Heurtel, éditions Henry des Abbayes

Sylvette Heurtel, Quitter l'hiver

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Alain Emery, Horn

26 Mars 2021, 23:20pm

Publié par Parisianne

Alain Emery, Horn

Alain Emery, vous le connaissez, vous savez que non seulement c'est un auteur de talent, nombre de ses livres ont fait l'objet de publications sur ces pages, mais que c'est surtout pour moi un ami, un modèle et celui qui a eu la gentillesse de poser ses mots sculptés sur mes photos dans notre livre commun, Cette seule voix. 

Vous ne serez donc pas surpris que je revienne vers vous pour parler de ce superbe nouveau court roman, Horn,  qui vient de paraître aux éditions Terres du couchant.

Après coup, l’homme qu’on devient glisse un peu de lui-même dans les blessures des autres et le jeu qui se dévoile à lui, carte après carte, est tout bonnement faussé.

Horn, ce n'est pas un voyage au long cours, c'est un retour aux sources pour la traversée mouvementée d'une histoire familiale marquée par la guerre, ses drames et ses silences qu'il convient parfois de faire rugir. 

On dit que l'absence laisse un goût sur les lèvres. Sur les miennes flottait une inqualifiable amertume.

C'est cette amertume aux lèvres que le narrateur revient vers la mer de son enfance, une lettre froissée au fond de la poche ; une lettre ressurgie d'un passé destructeur.

Le sang farouche qui coulait dans ses veines l’avait poussé au sacrifice et, le reste du temps, l’avait condamné au silence. L’océan l’avait appelé et continuait de le réclamer.

Avec son talent de poète et de narrateur, Alain Emery nous entraîne dans la quête de vérités.

C'est ciselé. C'est fort jusqu'à la chute inattendue, devrais-je dire inespérée ?  

Un roman court à lire et à relire.

Alain Emery, Horn

A un journaliste qui me demandait d’où venait ma vocation d’écrivain, j’ai répondu qu’elle avait vu le jour ici, face à cette immensité têtue et indifférente à mon sort, dans ce vent large et impétueux qu’il m’était arrivé une fois où deux, beaucoup plus tard, de comparer à une monture. Je ne crois pas avoir menti.

Pour prolonger un peu la gourmandise des mots, Alain nous offre ensuite une nouvelle, Trois Géants, autre plongée dans un univers d'hommes de mer autour de l'adieu au capitaine. Des portraits rugueux, comme Alain sait si bien les écrire.

C'est aux éditions Terres du couchant et c'est à consommer sans modération.





 

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Serge Joncour, Nature humaine

17 Mars 2021, 19:43pm

Publié par Parisianne

Serge Joncour, Nature humaine

Les grands moments de l'Histoire sont la consigne de nos souvenirs personnels.

Découverte de cet auteur à travers ce prix Femina 2020, un jour peut-être m'intéresserais-je au Femina créé en 1904 en réaction au Goncourt jugé misogyne ! 

Mais ce n'est pas le prix qui m'a fait m'intéresser à ce livre, plutôt les échos positifs entendus ici ou là. Et je ne regrette pas. Cette histoire qui s'étend de 1976 à 1999 est un peu la nôtre, je n'étais pas très grande en 76 mais je me souviens de cette année de sécheresse terrible. 

Serge Joncour nous entraîne donc dans une histoire simple, celle d'un jeune fermier qui reprend l'exploitation de ses parents, située dans le Lot, un peu par contrainte, beaucoup par amour pour sa terre et sa région préservée mais qui se trouve malgré lui au cœur de certaines des luttes qui ont jalonné la fin du XXe siècle. 

... toutes ces zones périphériques devenaient d'interminables successions d'hypermarchés, de magasins de sport, de bricolage, de jardineries et de grandes surfaces d'ameublement, et pour réguler la circulation née de tous ces parkings et de ces nouvelles routes on construisait des ronds-points tous les cinq cents mètres... Le paysage urbain changeait du tout au tout.

La politique (élection de Mitterand en 1981), les centrales nucléaires et la catastrophe de Tchernobyl (1986), la vache folle et l'apparition du SIDA, la chute du Mur de Berlin, bien sûr, l'évolution de notre société et la multiplication des grandes surfaces, jusqu'à la tempête de 1999, tout défile pour nous rafraîchir la mémoire et nous interroger.

L'histoire d'amour qui incite notre principal protagoniste, Alexandre, à revenir toujours vers Constanze, la belle Allemande, trouve son écho dans la nature préservée qui entoure la ferme et que la jeune femme évoque comme une sorte d'oasis à laquelle elle se rattache lors de ses combats pour d'autres terres, lointaines celles-là et sacrifiées, celles de l'Inde.

Un livre à lire assurément. 

 

Le plus fou c'est que toutes ces terres qu'ils bétonnaient, ces terres de sortie de ville, c'étaient des terres de bord de rivière ou de fond de vallée, autant dire les meilleures, c'étaient donc sur des terres agricoles de la plus haute qualité qu'on bétonnait à n'en plus finir pour y faire pousser des hypermarchés.

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Edith Holden, Journal champêtre... de mère en fille

11 Mars 2021, 16:13pm

Publié par Parisianne

Edith Holden, Journal champêtre... de mère en fille

S'il est un livre, parmi les nombreux livres de nos bibliothèques familiales, auquel je tiens beaucoup, c'est bien ce journal champêtre d'Edith Holden. D'ailleurs, ce n'est pas un mais deux livres, puisque celui-ci est en double.

Maman en a offert un à sa maman comme moi je lui en ai offert un, il n'aurait plus manqué qu'elles se réunissent pour m'offrir le mien ! Mais non, et mon exemplaire est celui de ma grand-mère remis par ma maman... vous suivez ? ce sont des transmissions de mère en fille.

Je suis aujourd'hui la dernière et seule femme au milieu d'un cercle d'hommes.

Edith Holden, Journal champêtre... de mère en fille
Edith Holden, Journal champêtre... de mère en fille

Assis à l’aise dans un bosquet, j’entendais
Un millier de notes mêlées.
Dans la douce inclination où les pensées agréables amènent à l’esprit de tristes pensées.

Edith Holden, née en 1871 dans le Worcestershire, suivit les cours d'une école de dessin puis travailla comme illustratrice. Son journal champêtre est un savant mélange d'amour et d'observation de la nature.  Elle se noie dans la Tamise le 16 mars 1920, en cueillant des chatons de châtaignier, alors qu'elle n'a que 49 ans.

Edith Holden, Journal champêtre... de mère en fille

Cette édition en fac simile est d'une grande beauté, vous pouvez le deviner à travers ces quelques images.

L'écriture manuscrite calligraphiée, par Corinne Rouault, d'après l'œuvre originale contribue au charme de l'ouvrage dans lequel, en plus de ses merveilleux dessins, l'auteur note ses observations, les poèmes qu'elle aime, comme celui de William Wordworth que vous pouvez lire en partie, mais aussi des dictons.

Un dicton pour mars :

"Quand mars rentre comme un mouton, il sort comme un lion."

La Nature à son bel œuvre liait
L’âme humaine qui en moi fusait,
Et très peiné mon cœur était
De ce que l’homme, de l’homme a fait.

Edith Holden, Journal champêtre... de mère en fille

A travers les touffes de primevères dans la verdure,
La pervenche entraînait ses guirlandes,
Et je suis sûr que toute fleur
Jouit de l’air qu’elle respire.
[...]
W. Wordworth

Journal Champêtre d'Edith Holden, édition Blume-Chêne

Traduction française : Florence Herbulot
Traduction des poèmes : Claude Kosmann
Calligraphie d'après l'oeuvre originale : Corinne Rouault

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Patrick Henin, En avant, marge !

7 Mars 2021, 18:06pm

Publié par Parisianne

Qui veut passer à l’acte doit d’abord monter sur scène

Patrick Henin, En avant, marge !

Oui, l’aphorisme se lit en un clin d’œil, c’est une porte qui s’ouvre.

Et c’est effectivement une porte ouverte sur un univers plein de surprises qui nous attend là au fil des pages.

Las des voyages, il a jeté l’encre sur le papier.

Ce recueil d’aphorismes que Patrick a eu la gentillesse de m’offrir en souvenir d’une rencontre il y a déjà bien longtemps à Bruxelles, me laisse sous le charme.

Dans un aphorisme, les mots prennent le temps de parler entre eux.

C’est poétique et délicat, percutant et militant, grinçant un peu, joli souvent.
Bref, les aphorismes de Patrick Henin se dégustent sans modération.

Dans le mot aimer c’est la lettre i la plus instable .

En picorant au hasard, on passe par tous les sentiments qui font la vie et c’est un pur délice.

Et puisqu'un plaisir ne vient jamais seul, des dessins signés Miris ponctuent l'ouvrage de ce duo unique qui excelle à broyer joyeusement du noir.

N'hésitez plus, toutes les informations suivent pour vous procurer ce petit livre qui saura séduire tous les amoureux des bons mots.

Copyright Miris

Copyright Miris

Il bavarde, non, il mime le silence.

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Nina Berberova, La Souveraine

6 Mars 2021, 20:10pm

Publié par Parisianne

Nina Berberova, La Souveraine

[...] Il éprouva très nettement cette sensation de rapprochement, et déjà il était incapable de songer à autre chose qu’à elle. Il lui semblait qu’elle l’attirait mentalement à elle, sans lui laisser la possibilité de se défendre, et qu’il ne pouvait plus que s’abandonner à cette captivité.

En attendant de retrouver la souveraine Sarah Bernhardt dans son écrin du Petit Palais (tableau de Georges Clairin, 1876), un petit livre qui se glisse facilement dans la poche pour une lecture rapide et un plaisir garanti.

Comme je vous le disais, j'ai attendu avant de découvrir Nina Berberova, alors il m'en fallait au moins deux pour me familiariser avec cette auteure.

 

[...]
Il éteignit la lumière et songea qu’il s’était aujourd’hui passé quelque chose dans sa vie qu’il aurait mieux valu éviter. Il aurait mieux valu retrouver Jeanne et sa fausse vertu, plutôt que de rencontrer une demoiselle volontaire et sûre d’elle, dont la main avait pesé sur la sienne.

Dans ce roman où l'âme slave plane en permanence, un jeune immigré Russe réduit à la misère s'éprend de la sœur de la fiancée de son meilleur ami, celle-ci d'un milieu social plus élevé que le sien bien sûr, et cette passion transforme son regard sur les siens, faisant de lui un égoïste cruel.

Une belle étude de caractères.

[...] il faisait froid et mauvais dans son cœur sans vie, et dans sa tête pleine de songes venimeux s'installait une tristesse sans sommeil

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Romain Gary, Les Cerfs-volants

5 Mars 2021, 20:05pm

Publié par Parisianne

Romain Gary, Les Cerfs-volants

Romain Gary fait partie des auteurs que j'aime particulièrement, et si je ne crois pas avoir jamais vraiment évoqué mes lectures de ses livres, il en a été plusieurs fois question sur ces pages, à travers l'évocation de "ses" Prix Goncourt mais aussi à la lecture de la biographie de Dominique Bona, à qui je dois ma découverte tardive de cet écrivain, ou encore après la très belle lecture du livre de François-Henri Désérable, Un certain Monsieur Piekielny.

- Mon oncle, ces parisiens se sont moqués de vous. Ils vous ont traité de vieux loufoque.
Ambroise Fleury s’arrêta. Loin d’être vexé, il paraissait plutôt satisfait.
- Ah bon ? Ils ont dit ça ?
Je lui lançai alors du haut de mon mètre quarante […]
- Ce sont des gens de peu.
- Il n’y a pas de gens de peu, dit mon oncle.
Il se pencha, posa délicatement Jean-Jacques Rousseau dans l’herbe et s’assit. Je m’installai à ses côtés.

Ainsi, ils m’ont traité de fou. Eh bien, figure-toi, ces beaux messieurs et ces belles dames ont raison. Il est parfaitement évident qu’un homme qui a voué toute sa vie aux cerfs-volants n’est pas dépourvu d’un grain de folie. Seulement se pose ici une question d’interprétation. Il y en a qui appellent ça « grain de folie », d’autres parlent aussi d’« étincelle sacrée ». Il est parfois difficile de distinguer l’un de l’autre. Mais si tu aimes vraiment quelqu’un ou quelque chose, donne-lui tout ce que tu as et même tout ce que tu es, et ne t’occupe pas du reste...

Les Cerfs-volants est le dernier roman de Gary publié de son vivant en 1980, rappelons que né en 1914, Romain Gary a mis fin à ses jours en février 1980.

Ce roman est l'histoire d'un amour fou entre un jeune orphelin normand élevé par un oncle qui en plus de son métier de facteur construit des cerfs-volants, ce qui lui vaut le surnom de "facteur timbré", et une jeune noble Polonaise en villégiature dans la région.

Nous sommes à la veille de la Seconde Guerre Mondiale quand les jeunes gens se rencontrent, et bien sûr, le conflit mondial va devenir un des principaux protagonistes de cette histoire.

 

Ce qu'il y a d'affreux dans le nazisme, dit-on, c'est son côté inhumain. Oui. Mais il faut bien se rendre à l'évidence : ce côté inhumain fait partie de l'humain. Tant qu'on ne reconnaîtra pas que l'inhumanité est chose humaine, on restera dans le mensonge pieux.

On retrouve ici les thèmes et engagements propres à Gary, mais une fois encore, au-delà du drame de la guerre, l'auteur nous montre la grandeur d'âme, la force de combattre dignement et l'espoir éternel.

L'évasion par le rêve n'est pas un vain mot dans ces pages, et cela fait beaucoup de bien.

Les personnages sont merveilleusement attachants, et on se prend à lever les yeux au ciel pour découvrir ces cerfs-volants à l'effigie de nos grands personnages. J'ai une tendresse particulière pour l'oncle, qui résiste en apportant du rêve, mais aussi pour le grand chef, Marcellin Duprat pour qui fermer son restaurant gastronomique reviendrait à capituler devant l'ennemi.

Un roman plein de poésie qui m'a profondément touchée.

C'était la première fois que j'utilisais l'imagination comme arme de défense et rien ne devait m'être plus salutaire dans la vie.

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Charlie Mackesy, L'enfant, la taupe, le renard et le cheval

4 Mars 2021, 10:49am

Publié par Parisianne

Charlie Mackesy, L'enfant, la taupe, le renard et le cheval

- Qu'est-ce que tu veux être, toi, quand tu seras grand .
- Gentil, dit l'enfant.

Certains livres sont des rencontres de hasard. C'est le cas de celui-ci, découvert à travers une affiche dans le métro et qui s'est instantanément imposé comme LE livre a envoyer à une amie artiste pour un anniversaire un peu tardif !

Et comme je suis curieuse et gourmande et que le dessin m'a vraiment accrochée, je me suis offert mon propre exemplaire pour me faire une idée.

Un faux air de Petit Prince d'aujourd'hui, une poésie simple et délicate, des dessins pleins de charme, ce joli livre est à mettre entre toutes les mains.

La plupart des vieilles taupes que je connais regrettent d'avoir écouté davantage leurs peurs que leurs rêves.

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