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Les musardises de Parisianne

Articles avec #lecture

Laurence Marconi, L'Ombre de la colline

4 Juin 2018, 20:20pm

Publié par Parisianne

Laurence Marconi, L'Ombre de la colline

Laurence Marconi est une nouvelliste mainte fois primée dans des concours. Laurence a été longue à passer le cap de l'édition. Après son premier recueil, Sur un air de Gershwin, prix des Beffrois 2014, elle signe là un recueil plein de sensibilité et de multiples parfums.

 

Tu viens de confier ton passé à la mer et tu espères qu'un jour un inconnu pourra le recueillir.

Chère inconnue

J'ai eu le sentiment d'être cet inconnu et d'avoir non pas recueilli mais accueilli ces passés si finement évoqués par l'écriture de Laurence.

Chaque nouvelle nous guide vers des univers différents tout en conviant nos propres émotions et réveillant les souvenirs.

Les parfums évoqués, le pas hésitant d'une enfant entraînée par sa mère, la promesse faite à une aïeule, jusqu'aux ombres du café dans le fond d'une tasse, tout dans ce recueil touche à l'intime et pose un doigt délicat sur les souvenirs, et les chemins de vie.

L'écriture de Laurence est d'une beauté fluide, elle sait nous toucher, l'Ombre de la colline ne fait que mettre en évidence la lumière de chacun de ses personnages avec humour, tendresse ou émotion.

Laurence nous invite à poser un nouveau regard sur ce qui nous entoure "Les nuages qu'il regarde défiler sont autant de bateaux de brume (...) tour à tour bercés, caressés ou malmenés par les vents-courants"  Le Sablier

"Dans les bosquets, au fond des talus, la nuit étouffait les dernières braises du jour." L'ombre de la colline

Ces éléments de décor participent activement à l'évocation des sentiments et la nostalgie domine avec légèreté. Confrontant le passé aux présents, nous voilà comme cet enfant, triomphant avec ses petits cyclistes en fer qui s'échappent de la dernière course de Giuseppe (Fragments) ou comme Henri, que la sonate pour clavier de téléphone du jeune Jimmy fait renaître à ses amours (Sonate d'automne).

J'avoue une tendresse particulière pour Bouquet final et Rose qui défait chaque soir les petits points cousus dans la journée comme pour laisser courir le fil de la vie.

 

Un recueil que je vous recommande chaudement, l'émotion est à chaque page et le plaisir immense.

Un instant encore, elle se blottit au cœur de sa vie envolée.

Tremblements de chair

Je choisis les coloris au gré de mes humeurs ou je les assortis aux couleurs du jardin. Au printemps, je brode des fils verts tendres ou lilas, lorsque les grappes de glycine encadrent la lucarne de rideaux qui frissonnent au premier souffle du vent. Quand la nostalgie m'envahit, ma broderie revêt des teintes ternes et tristes : un ensemble de gris qui finit par donner à l'ouvrage une allure de linceul. Il m'arrive d'accorder les couleurs aux nuances du ciel. (...) Chaque nuit, avant de m'endormir, je défais un à un tous les points cousus dans la journée. Ainsi, mes broderies restent éphémères, mon ouvrage, inachevé. Ma vie ne tient qu'à ce fil.

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James Holin, Bleu, saignant ou à point ?

4 Mai 2018, 08:10am

Publié par Parisianne

James Holin, Bleu, saignant ou à point ?

Vous connaissez James Holin, vous l'avez déjà croisé sur ces pages grâce à ses deux premiers romans, Sacré temps de chien et Un zéro avant la virgule.

Son dernier livre, Bleu, saignant ou à point ?, aux éditions polars en Nord vous rendra témoins de ces drôles de choses qui se passent au Touquet. Bien sûr, vous connaissez forcément cette station balnéaire du Pas-de-Calais qui est un lieu cher à mon coeur mais qui malheureusement se trouve maintenant (trop) souvent sous les feux des projecteurs !

 

 

- Au fait, je me présente, Dragoljub.
Michèle continua sa route.
- Enchantée.
- C'est d'origine bosniaque. Ca veut dire "chéri d'amour". Mais personne n'arrive à le prononcer. Vous pouvez m'appeler Drago. C'est plus simple. Et vous ?
Il avait un côté désarmant.
- Michèle.
- Pas très original.
Il avait un côté mufle aussi.
- Charmant.
- Moi, j'aurais voulu m'appeler Romain.
- Passionnant.
- Romain Gary est mon auteur préféré.
- C'est vrai ? s'exclama l'avocate.
Elle s'arrêta, se tourna vers lui.
- Moi, c'est Emile Ajar.
- Je ne connais pas dit, Drago.

Vous venez de faire connaissance avec deux des principaux protagonistes de l'histoire et d'en saisir le ton.

Michèle, la soixantaine jeune, est une avocate au bord du burn out, Drago, la jeunesse plus sérieuse qu'il n'y paraît est un futur dragueur professionnel plus Don Quichotte que Don Juan. Ils n'ont à priori rien en commun lorsque leurs routes se croisent presque par hasard. 

Michèle rejoint le Touquet pour voler au secours d'une de ses amies inquiète pour son père, et se rendre au chevet de son cousin mourant ; Drago y réside avec son petit frère, tous deux hébergés par leur tante qui tient un café restaurant, et se prépare avec passion au World Seduce Tour qui doit se tenir dans la station.

Sur fond de fantaisie badine, James Holin nous entraîne dans une sordide histoire de marchands de viandes à vous détourner du moindre steack. L'intrigue policière prend le pas sur la frivolité tout en gardant un ton empreint d'humour cinglant pour ne pas dire sanglant. 

Au fil de ces romans, James Holin a pris une maturité d'écriture et ses personnages, s'ils flirtent parfois volontairement avec le cliché, se sont étoffés. La noirceur des magnats de la viande qui pourraient très bien faire la une de nos journaux demain matin (jusqu'à un certain point j'espère, sinon je vais désespérément cultiver mon jardin et devenir végétarienne), le ridicule des rugbymen danseurs, les déménageurs fluets et tant d'autres assaisonnent le texte sans faire oublier que James écrit un polar et que c'est lui qui tire les ficelles dans lesquelles il nous prend.

Une lecture entre sourire et dégoût (je parle là de la viande crue bien sûr, moi je la préfère cuite) à déconseiller aux âmes sensibles peut-être mais à mettre entre les mains des amateurs de polar aux personnages un tantinet déjantés. Pour ce qui est du couple glamour, toute ressemblance... est totalement fortuite bien sûr ! 

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Jean d'Ormesson, Une fête en larmes,

19 Janvier 2018, 11:12am

Publié par Parisianne

Il faut prendre avec gaieté non seulement notre condition humaine, passagère et fragile, mais la totalité d'un univers depuis toujours menacé.

Jean d'Ormesson, Une fête en larmes,

On est maître de son silence, on est esclave de ses paroles.

Le hasard des rangements a mis ce livre entre mes mains, offert à sa sortie à l'occasion d'un anniversaire et manifestement pas lu par l'intéressée, la récente disparition de son auteur m'a donné envie de prolonger un peu sa présence.

A l'exception de Mon dernier rêve sera pour vous, de certains articles, ou de certaines entrées de livres comme son Guide des égarés ou Un jour je m'en irai sans vous avoir tout dit, je n'ai jamais vraiment rien lu de Jean d'Ormesson.

Alors quand j'ai vu "roman" sur la couverture, je me suis dit "pourquoi pas" retrouver sous cette forme que je ne connais le regard pétillant de ce grand homme.

Je crois en vérité que le monde est un roman inachevé. Tous les romans - je parle des plus beaux et des plus grands - ne sont jamais que des fragments d'une formidable aventure dont nous sommes les jouets.

 

Une fête en larmes, est une réjouissance !

Un écrivain célèbre reçoit une jeune journaliste à qui - après de longues hésitations - il se livre au fil d'une journée de confession de l'histoire de son monde qui n'est autre que celle du XXe siècle.

Bien sûr, il n'est pas difficile de reconnaître Jean d'Ormesson lui-même sous les traits de cet homme érudit, passionné, tout à la fois très sérieux et facétieux. Mais comment distinguer les éléments autobiographiques de ceux fictifs ? L'auteur maîtrise l'art de nous perdre à la façon du "mentir vrai" d'Aragon. Qu'importe, le plaisir est là, dans ce texte érudit, et pourtant accessible, qui jamais ne laisse un goût amer même s'il peut paraître parfois un peu long, c'est vrai.

L'Illiade, Chateaubriand, Plessis-lez-Vaudreuil, Proust, l'Odyssée, de Gaulle, Cioran ou Pompidou, la Révolution et les deux dernières guerres, l'aristocratie et les maquisards communistes, ma liste n'est pas exhaustive, mais dans le "roman" tout est là qui se mêle sans jamais nous perdre avec ce plaisir des mots dont on ne se lasse pas.

La voix de Jean d'Ormesson, un peu précieux toujours curieux et magnanime résonne tout au long des pages. Je retrouve pour ma part entre ces lignes cet élégant vieux Monsieur croisé à plusieurs reprises  et qui ne manquait jamais de sourire et de saluer joyeusement à tous ceux qui le croisaient.

Son regard limpide me manquera autant que son esprit aiguisé. Alors si vous aimez son écriture et souhaitez renouer avec ses thèmes favoris, ce livre devrait vous séduire, malgré ce qu'il écrit lui-même :

"J'ai toujours écrit la même chose sous des formes diverses, je me suis beaucoup répété, chacun de mes livres se confond avec les précédents et reprend les mêmes thèmes avec obstination."

Ecrire est difficile, ne pas écrire est impossible.

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Christophe Ono-dit-Biot, Plonger

9 Janvier 2018, 18:56pm

Publié par Parisianne

Christophe Ono-dit-Biot, Plonger

Encore une découverte, je ne connaissais pas cet auteur alors j'ai eu envie de le découvrir et le Père Noël qui lit dans mes pensées, à moins que je ne parle la nuit, ou encore - mais là c'est entre nous-  que j'ai laissé traîner "la liste de mes envies", toujours est-il que ce cher Père Noël a déposé dans mes chaussons une impressionnante pile de livres dans lequel je n'ai eu qu'à me plonger... d'accord c'est facile, je sais ! 

Un peu de sérieux, donc.

Une découverte et une heureuse découverte. J'ai aimé la fluidité de l'écriture, la beauté de l'histoire et les personnages à la fois attachants et agaçants.

Paz est jeune, Espagnole et photographe à Paris. César est un écrivain devenu journaliste qui lorsqu'il croise, par hasard, la jeune femme tombe immédiatement très amoureux. Jusque-là tout va bien, rien de très extraordinaire me direz-vous. Oui mais...

"Ils l'ont retrouvée comme ça. Nue et morte." on se dit que ça peut difficilement se terminer plus mal, sauf que cette phrase est la première du livre. Pas de surprise donc, nous savons d'entrée que Paz est morte noyée. César totalement anéanti par cette disparition décide alors d'écrire leur histoire pour Hector, leur petit garçon.

Sur fond d'actualité (le livre est de 2013), l'histoire se déroule, mettant en scène un couple au prise avec ses démons. Paz est avant tout une artiste, elle fouille, elle cherche l'expression juste. Elle va au bout de ses engagements, au risque de tout détruire. 

"Je l'ai aimée et je l'ai détestée, ta mère, autant être franc avec toi. Même si ça ne te regarde pas, le couple qu'on a été. Un couple, c'est la guerre. Tu verras quand tu seras amoureux."

César écrit donc pour son fils et lui dit toute sa vérité, un peu arrangée, certes, par amour. Père avant tout il ne veut en aucun cas ternir l'image de sa compagne. L'art est très présent, la photographie bien sûr, puisque Paz est une artiste reconnue même si elle doit son succès à un quiproquo né de l'article écrit par César pour forcer un peu la main au destin, mais la sculpture joue également un rôle important. Certains chapitres se déroulent dans les musées, notamment au Louvre et à Orsay.

"Je rêvais depuis longtemps de me faire enfermer dans un musée."

J'ai moi-même prononcé cette phrase un nombre incalculable de fois ! Mais César a eu la chance d'une visite privée du Louvre avec le directeur du musée... rien que ça ! ce chapitre qui évoque L'Hermaphrodite endormi (statue antique qui repose sur un matelas de marbre sculpté par Le Bernin)  est un bonheur de drôlerie et d'émotion. Je vous invite à lire Contralto de Théophile Gautier qui vous renseignera joliment sur cette sculpture !

Mais revenons à notre propos. 

Paz rêve de voyages et d'horizon, César ne veut plus quitter l'Europe. Le récit nous en apprendra les raisons. L'artiste finit par étouffer et après une exposition au Louvre, elle s'envole, devrais-je dire elle s'échappe ? Elle part pour une durée indéterminée et une destination inconnue jusqu'au triste dénouement qui contraindra César à quitter la France pour tenter de comprendre et d'expliquer, quand l'heure viendra, à son petit garçon la fin de sa maman. 

Le propos est très actuel, parfois un peu caricatural (l'écologie, l'art, la politique, les réseaux sociaux) tant tout ce qui peut être abordé dans un dîner est évoqué, mais l'ensemble est un vrai plaisir et ce livre qui a obtenu le Grand Prix de l'Académie française 2013 et le Prix Renaudot des lycéens la même année offre un très agréable moment de lecture. 

 

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Pascal Quignard, Dans ce jardin qu'on aimait

24 Juillet 2017, 09:49am

Publié par Parisianne

"Pour la beauté de la nature cet homme d'Eglise avait délaissé Dieu"

"Pour la beauté de la nature cet homme d'Eglise avait délaissé Dieu"

Pascal Quignard, oui encore ! Plusieurs découvertes ces derniers mois, puisque dernièrement nous évoquions Les Larmes

Dans ce jardin qu'on aimait raconte dans un texte envoûtant, entre théâtre et litanie, le révérend Simeon Pease Cheney "premier compositeur moderne à avoir noté tous les chants d'oiseaux (...) entendus dans sa cure au cours des années 1860-1880", et sa fille unique qui n'aura de cesse de faire connaître l'oeuvre d'une vie, ces notes retranscrites par son père qui inspireront à Dvorak son quatuor à cordes n°12.

Pascal Quignard définit ainsi son texte : " Cette double histoire (...) prit en moi la forme non pas d'un essai ni d'un roman mais d'une suite de scènes amples, tristes, lentes à se mouvoir, polies, tranquilles, cérémonieuses, très proches des spectacles de nô1 du monde japonais d'autrefois".

Installé dans l'Etat de New York, le révérend Cheney se partage entre ses paroissiens et son épouse. Cette dernière accorde toute son attention à son jardin "elle était heureuse en poussant sa brouette, avec sa bêche à la main, ses ciseaux, sa serpette, son arrosoir...".

Ces beaux jours s'assombrissent à la naissance de Rosemund, la jeune mère ne se relève pas de ses couches. Ses cendres sont dispersées dans le jardin.

"Elle est disparue la femme que tu aimes,
dans la mare,
près du canot,
au coeur du jardin qu'elle aimait.
"

C'est dans ce jardin que le révérend poursuit sa vie en sortant de la vie, il délaisse jusqu'à sa fille qu'il invitera à partir dès lors qu'elle sera plus vieille que sa mère à sa mort.

"Le merveilleux jardin de mon épouse, pour moi, est devenu une prison dont il faut que tu t'échappes."

Au-delà de l'histoire tragique de cet amour fauché par la naissance, et de la douleur de celle qui vit et partira enseigner le violoncelle avant de revenir à la cure, Pascal Quignard nous invite à écouter, écouter toujours, écouter plus profondément la nature qui nous entoure.

"C'est exactement ainsi que murmure la fraîcheur,
l'été,
quand la grenouille quitte son chapeau de feuilles à la fin du crépuscule,
et hèle son amour.
"

Un très beau livre, je ne peux que conclure en citant Pascal Quignard lui-même 

"J'ai été ensorcelé par cet étrange presbytère tout à coup devenu sonore, et je me suis mis à être heureux dans ce jardin obsédé par l'amour que cet homme  portait à sa femme disparue."

Laissez-vous ensorceler par la musique des mots, et celle de Dvorak (1841-1904) mais aussi de Messiaen (1908-1992) qui plus tard s'attachera aussi à écrire le chant des oiseaux.

 

1-    styles traditionnels du théâtre japonais venant d'une conception religieuse et aristocratique de la vie. Le nô allie des chroniques en vers à des pantomimes dansées

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Alain Emery, Passage des mélancolies

28 Mai 2017, 17:59pm

Publié par Parisianne

Alain Emery, Passage des mélancolies

Alain Emery, vous le connaissez, ce n'est pas la première fois que je vous parle de cet auteur de talent à l'écriture imagée. Pour son dernier roman, Passage des mélancolies, Alain Emery s'est laissé porter par une série de photos dénichées en brocante. A moins qu'il ne faille dire qu'Alain s'est laissé séduire par Suzy, cette danseuse au charme fou que vous pouvez admirer sur la couverture.

Le narrateur et voisin de Suzy nous conduit sur ses traces au lendemain de la disparition de celle qui le fascine et l'intrigue. Cette vieille femme, avec qui il a partagé confidences et pas de danse, avant de se voir confier la dispersion des cendres, a fait de lui son légataire. Il a alors tout le loisir de s'immiscer délicatement dans son intimité.

Belle et rebelle jeune fille étouffant dans sa province, Suzy la désenchantée est libérée par son oncle Armand, nous sommes en 1920, elle a 17 ans.

"Suzy, je parie qu'il lui aura suffi d'un seul regard pour comprendre que la gamine qu'il a connue est devenue, à dix-sept ans, une femme sur le point de se perdre. Que ne ferait-elle pas pour échapper à tout ce qui la menace..."

C'est ainsi que Suzy débarque à Paris comme petite main chez un couturier et bientôt, au bras de cet oncle à l'esprit libre "elle s'éveille au monde dans des cabarets débraillés et des ateliers de peintres ou d'insolents modèles défient les courants d'air et se mesurent en faisant glisser l'ongle du pouce le long d'un crayon."

Le couturier chez qui Suzy fait ses armes travaille pour le music-hall, c'est donc presque naturellement que la jeune femme découvrira cet univers, poussée par le désir de monter sur scène.

Suzie s'envole et échappe à sa famille coincée dans ses étroitesses et jugements qui feront d'elle "Un secret de famille", de ceux que l'on enterre sous les sous-entendus. 

La vie de Suzy se déroule par touches sous la plume délicate d'Alain Emery qui de son écriture poétique nous emmène, pardon nous entraîne, dans la danse. Le rythme porté par l'alternance entre récit et témoignage rend la lecture vivante et le plaisir complet. 

L'émotion est au rendez-vous et l'affection que l'auteur porte à son personnage est sensible, la beauté de l'écriture en est la preuve.

Il est impossible de ne pas évoquer l'objet livre. Les Editions La Gidouille, ont offert à Suzy une parure sensuelle qui n'est pas sans évoquer la douceur d'un tissu.

Alors n'hésitez pas, suivez Alain dans sa traversée du XXe siècle, dès que vous aurez l'ouvrage en main vous serez pris par la danse.

Alain Emery
Passage des mélancolies
La Gidouille

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Pascal Quignard, Les Larmes

14 Janvier 2017, 21:39pm

Publié par Parisianne

Saint-Riquier

Saint-Riquier

Pascal Quignard est un auteur que j'aime beaucoup, nous avions déjà parlé il y a quelques temps de Villa Amalia, ou bien encore des Solidarités mystérieuses, deux romans qui m'ont prodondément marquée. Vous connaissez tous le magnifique, Tous les matins du monde et certainemement bien d'autres ouvrages.

Quand j'ai entendu qu'il sortait un nouveau roman qui traitait en plus des origines de notre langue, et que j'ai eu le plaisir de l'entendre dans la Grande Librairie de François Busnel, forcément j'ai eu envie de retrouver cet auteur. Mon père Noël préféré m'a entendue et exaucé !

" C'est alors que, le vendredi 14 février 842, à la fin de la matinée, dans le froid, une étrange brume se lève sur leurs lèvres. On appelle cela le français. " N'est-elle pas magnifiquement écrite cette naissance ?

Nithard a pour mission de "fixer par écrit pour la postérité le récit des événements de son temps " ce sera en latin jusqu'à la mort de Charlemagne puis en Roman. Petit-fils de Charlemagne, neveu de Louis le Pieux et cousin germain de ses trois fils, Lothaire, Louis le Germanique et Charles le Chauve, il est abbé laïc de l'abbaye de Saint Riquier, non loin d'Abbeville dans la Somme pour ceux qui ne connaîtraient pas.

Louis et Charles s'allient contre leur frère Lothaire qui revendique le titre d'empereur d'Occident. Je ne rentrerai pas plus dans le détail mais voici un résumé rapide de la situation.

Dans son roman, Pascal Quignard met en scène les jumeaux Nithard, et Hartnid (anagramme du premier), l'un en quête de la langue, l'autre en quête d'un visage aimé.

Ce n'est pas un roman à proprement parler mais une succession de contes, légendes, récits, de tableaux avec ou sans liens apparents. C'est savant -pas mal de latin dans ces lignes - déroutant parce que parfois on s'y perd mais beau et on se laisse porter.

De nombreuses références m'ont sans aucun doute échappé, et je ne conseillerai pas ce livre à tout le monde de crainte d'effrayer ceux qui ne connaîtraient pas Pascal Quignard. Je m'y suis perdue parfois, mais j'ai tant aimé d'autres instants lire par exemple :

" La première trace écrite de la langue française date du vendredi 14 février 842, à Strasbourg sur les bords du Rhin.

La première oeuvre de la littérature française date du mercredi 12 février 881, à Valenciennes, sur les bords de l'Escaut."

 

"Saint Florent était si grand lettré qu'il avait le pouvoir d'accrocher, où qu'il se trouvât, son manteau aux rayons du soleil."

A défaut d'accrocher mon manteau aux rayons du soleil, je sais apprécier leur lumière ! 

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Jean-Michel Guenassia, La Vie rêvée d'Ernesto G.

11 Janvier 2017, 20:07pm

Publié par Parisianne

Jean-Michel Guenassia, La Vie rêvée d'Ernesto G.

lI n'y a pas si longtemps, je vous parlais du dernier roman de Jean-Michel Guenassia, La Valse des arbres et du ciel. J'ai eu la chance de rencontrer l'auteur au salon du livre du Touquet, peu de temps après avoir lu son livre, et le plaisir de l'entendre en parler de façon très intéressante. J'en ai donc profité pour m'offrir un autre roman, que j'ai fait dédicacer bien sûr, et que je me suis empressée de lire tant le commentaire de Jean-Michel Guenassia m'assurant que j'y retrouverais l'esprit du Club des incorrigibles optimistes m'avait mis l'eau à la bouche. 

Pas question pour moi de suivre les personnages puisque l'action se déroule non pas dans des quartiers de Paris que je fréquente beaucoup mais en grande partie à Alger puis à Prague, néanmoins, le talent de l'auteur fait naître sans difficultés des images et des parfums, et renaître les événements ayant secoué l'Europe et le monde de 1910 à 2010.

J'ai retrouvé en effet l'esprit du Club des incorrigibles optimistes, les personnages ont de nombreux points communs dans leurs désillusions particulièrement.

Joseph Kaplan est médecin juif né à Prague en 1910, il marche dans les pas de son grand-père et de son père dont il est proche malgré leurs silences suite à la disparition brutale de l'épouse et mère chérie des suites d'une pneumonie.

"Souvent, Joseph s'était demandé s'il était responsable de ce silence ouaté qui s'était installé entre son père et lui ou peut-être l'un comme l'autre étaient-ils incapables de se parler, une forme de barrière affective (de ces mots qui n'arrivent pas à s'échapper, dissimulés derrière des sourires de connivence). On se dit, ces paroles vont blesser ou tout gâcher, on les enferme au fond de soi et, avec les années, on les empile jusqu'à dresser un mur infranchissable."

Brillant élève mais jeune garçon à la vie dissolue, son père finit par envoyer Joseph en France sous prétexte de faire une spécialisation en biologie dans la meilleure université au monde : à Paris.

"En application du principe qui veut que le jouir ait été créé pour travailler et la nuit pour s'amuser, Joseph sortait même quand la pluie et le froid vidait les rues des bourgeois et des manifestants ou quand il n'avait plus un rond à la fin du mois."

Fêtard autant que travailleur infatigable, Joseph poursuit alors son parcours aussi bien dans les domaines de la fête que de la biologie ! Infatigable danseur de tango, et passionné par Carlos Gardel, il fréquente tous les lieux de fête mais travaille comme un acharné, ne rentre pas à Prague fêter son succès universitaire, enchaîne voyages et conquêtes féminines aux visages oubliés sitôt séduites, se range un peu dans les bras d'une Viviane qui n'a rien d'une fée mais finit par disparaître et accepte un poste à l'Institut Pasteur d'Alger à un moment ou Hitler se fait de plus en plus pressant sur la politique européenne.

Les premières semaines de Joseph à Alger sont essentiellement centrées sur son travail, il doit faire ses preuves pour être accepté par les chercheurs de l'Institut, le voilà donc dans une vie rangée, jusqu'à sa rencontre avec le jeune Maurice chargé de lui trouver un appartement qui se charge aussi de lui présenter des amis, et des femmes, permettant à Joseph de renouer avec sa vie nocturne. De belles années d'insouciance jusqu'à la mission dans une zone abandonnée d'Algérie pour échapper aux rafles et poursuivre dans l'isolement le plus total les recherches de l'Institut puis le retour à Alger et enfin vers l'Europe, accompagné de celle qu'il a finalement aimé au premier regard.

Le retour à Prague est marqué par la découverte de la tragédie nazie, le pays se reconstruit peu à peu, l'idéalisme communiste s'installe, Joseph et son épouse s'investissent à corps perdu dans les causes du parti jusqu'à ce que doucement les choses basculent, les amis disparaissent accusés de trahison par le régime qu'ils ont contribué à mettre en place. La vie bascule à nouveau, l'épouse de Kaplan part voir sa mère en France et ne reparaît jamais, il est lui-même envoyé pour s'occuper d'un dispensaire au fin fond de la Bohème où il renoue avec une vie plus paisible entouré de sa fille Helena et de la femme d'un ami disparu. La vie est difficile mais apaisée jusqu'à l'arrivée d'un patient très particulier amené par les hautes instances dirigeantes qui chargent Joseph de le remettre sur pied malgré un état très critique.

Et la vie bascule à nouveau...

Si la surprise concernant l'identité du "patient" est amenée progressivement, le plus surprenant est la façon dont l'auteur le présente du point de vue de l'homme. C'est un peu déroutant mais c'est aussi tout l'art du roman de pouvoir rêver !

Les personnages sont forts, la traversée historique intéressante, et les désillusions nombreuses. Cela fait un chemin de vie riche de joies et de drames qui mènent Joseph jusqu'à ses cent ans et nous entraînent dans un tourbillon rondement mené par l'écriture de Jean-Michel Guenassia.

Vous l'aurez compris, j'aime !

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Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit

4 Janvier 2017, 17:51pm

Publié par Parisianne

 Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit

" Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inclassable des morts, le retentissement du désastre. Aujourd'hui, je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence."

A bien y réfléchir, cet extrait en page quatre du livre de poche aurait pu me faire fuir ! Les premières lignes encore plus qui évoquent la mort de la mère.

Je n'avais jamais lu de roman de Delphine de Vigan, c'est celui-ci qui m'est tombé sous la main en premier, je me suis dit "pourquoi pas ?".

Les échos que j'en avais eu, la critique de Mohammed Aïssaoui du Figaro Littéraire évoquant "le livre de ma mère" sujet bien souvent traité, n'y sont certainement pas pour rien. 

L'absence de lumière m'a gênée. En ce sens, le roman, puisque c'est bien ainsi qu'il est présenté, porte vraiment bien son titre, Rien ne s'oppose effectivement à la nuit qui s'immisce dans les journées les plus ensoleillées.

L'écriture est plaisante, on se laisse entraîner malgré le malaise permanent. 

"Quoi que je dise et fanfaronne, il y a une douleur à se replonger dans ses souvenirs, à faire resurgir ce qui s'est dilué, effacé, ce qui a été recouvert."

La narratrice raconte sa mère, Lucile, troisième d'une famille de neuf enfants. Les grands-parents, Georges et Liane, "formaient un couple étrange : lui, si cérébral en apparence, mais totalement gouverné par ses affects, elle, si émotive en surface, solide comme un roc et intimement persuadée qu'elle était sotte."  Cette association de personnalités construit une famille en contrastes de joies et de douleurs. La troisième génération, celle de l'auteur n'a semble-t-il gardé que les noirs, hérités de Lucile, " cette enfant mystérieuse qui avait grandi trop vite et qu'elle (Liane) ne prenait plus dans ses bras. "

Ce que j'ai aimé dans ce texte, c'est la façon dont l'auteur se joue de nous lecteurs. C'est un roman à la première personne et tout prête à croire que Delphine de Vigan raconte l'histoire de sa mère, de sa famille. La frontière entre la fiction et la réalité est donc fragile. Sûrement s'en est-elle expliquée dans des émissions de télévision ou de radio, je n'en ai pour ma part entendu aucune.

C'est une manière que l'on retrouve chez de nombreux auteurs, je pense notamment au roman d'Edouard Louis qui a fait couler tant d'encre, En finir avec Eddy Bellegueule. Je m'interroge donc sur la classification dans le registre du "roman" qui reste pour moi  associé à une oeuvre d'imagination et non à un récit autobiographique !

Vous l'aurez compris, ce livre ne me laissera pas un souvenir impérissable. Toutefois, le plaisir de l'écriture élégante de Delphine de Vigan m'a donné envie de récidiver. Nous reparlerons donc de cette auteure prochainement !

"L'écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d'interroger la mémoire."

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Grégoire DELACOURT, Les Quatre saisons de l'été

27 Octobre 2016, 10:16am

Publié par Parisianne

Grégoire DELACOURT, Les Quatre saisons de l'été

En y réfléchissant, je crois que c'est le titre qui m'a attirée dans ce livre. J'ai lu il y a quelques temps La liste de mes envies sans en avoir gardé aucun souvenir, je n'en ai même pas parlé ici, c'est que sûrement ce roman ne m'a pas touchée, il a pourtant rencontré un vaste succès je crois. C'est rarement ce qui m'influence dans mes choix. 

Les Quatre saisons de l'été, je n'en avais jamais entendu parler, ça m'a tentée !

J'ai beaucoup aimé la forme, ces nouvelles qui n'en sont pas vraiment, ce roman qui n'en est pas vraiment non plus, des histoires en écho, des phrases que l'on retrouve, des phrases parfois banales "l'amour c'est quand on a les mains qui piquent, les yeux qui brûlent, quand on n'a plus faim !" prononcée par une très jeune fille qui attend ses premiers émois, et répétée plus tard par une femme qui cherche à renouer avec les siens, d'autres légères, "Ici, des femmes qui sortent des goûters au chocolat. Là, quelques séducteurs en chasse. On aurait dit un Caillebotte joyeux.", et des personnages qui se croisent sans parfois même se parler.


Ces histoires d'amour aux différentes saisons de la vie, toutes mises en scène le dernier 14 juillet du siècle dernier, sur la plage du Touquet ont été une jolie découverte. Le langage des fleurs offre un parfum tantôt délicat, tantôt envoûtant voire écoeurant mais au final, le bouquet est harmonieux.

Un ensemble qui se lit avec facilité et une certaine tendresse à l'égard de quelques personnages. 

 

Grégoire DELACOURT, Les Quatre saisons de l'été

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