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Les musardises de Parisianne

Articles avec #lecture

Pascal Quignard, Dans ce jardin qu'on aimait

24 Juillet 2017, 09:49am

Publié par Parisianne

"Pour la beauté de la nature cet homme d'Eglise avait délaissé Dieu"

"Pour la beauté de la nature cet homme d'Eglise avait délaissé Dieu"

Pascal Quignard, oui encore ! Plusieurs découvertes ces derniers mois, puisque dernièrement nous évoquions Les Larmes

Dans ce jardin qu'on aimait raconte dans un texte envoûtant, entre théâtre et litanie, le révérend Simeon Pease Cheney "premier compositeur moderne à avoir noté tous les chants d'oiseaux (...) entendus dans sa cure au cours des années 1860-1880", et sa fille unique qui n'aura de cesse de faire connaître l'oeuvre d'une vie, ces notes retranscrites par son père qui inspireront à Dvorak son quatuor à cordes n°12.

Pascal Quignard définit ainsi son texte : " Cette double histoire (...) prit en moi la forme non pas d'un essai ni d'un roman mais d'une suite de scènes amples, tristes, lentes à se mouvoir, polies, tranquilles, cérémonieuses, très proches des spectacles de nô1 du monde japonais d'autrefois".

Installé dans l'Etat de New York, le révérend Cheney se partage entre ses paroissiens et son épouse. Cette dernière accorde toute son attention à son jardin "elle était heureuse en poussant sa brouette, avec sa bêche à la main, ses ciseaux, sa serpette, son arrosoir...".

Ces beaux jours s'assombrissent à la naissance de Rosemund, la jeune mère ne se relève pas de ses couches. Ses cendres sont dispersées dans le jardin.

"Elle est disparue la femme que tu aimes,
dans la mare,
près du canot,
au coeur du jardin qu'elle aimait.
"

C'est dans ce jardin que le révérend poursuit sa vie en sortant de la vie, il délaisse jusqu'à sa fille qu'il invitera à partir dès lors qu'elle sera plus vieille que sa mère à sa mort.

"Le merveilleux jardin de mon épouse, pour moi, est devenu une prison dont il faut que tu t'échappes."

Au-delà de l'histoire tragique de cet amour fauché par la naissance, et de la douleur de celle qui vit et partira enseigner le violoncelle avant de revenir à la cure, Pascal Quignard nous invite à écouter, écouter toujours, écouter plus profondément la nature qui nous entoure.

"C'est exactement ainsi que murmure la fraîcheur,
l'été,
quand la grenouille quitte son chapeau de feuilles à la fin du crépuscule,
et hèle son amour.
"

Un très beau livre, je ne peux que conclure en citant Pascal Quignard lui-même 

"J'ai été ensorcelé par cet étrange presbytère tout à coup devenu sonore, et je me suis mis à être heureux dans ce jardin obsédé par l'amour que cet homme  portait à sa femme disparue."

Laissez-vous ensorceler par la musique des mots, et celle de Dvorak (1841-1904) mais aussi de Messiaen (1908-1992) qui plus tard s'attachera aussi à écrire le chant des oiseaux.

 

1-    styles traditionnels du théâtre japonais venant d'une conception religieuse et aristocratique de la vie. Le nô allie des chroniques en vers à des pantomimes dansées

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Alain Emery, Passage des mélancolies

28 Mai 2017, 17:59pm

Publié par Parisianne

Alain Emery, Passage des mélancolies

Alain Emery, vous le connaissez, ce n'est pas la première fois que je vous parle de cet auteur de talent à l'écriture imagée. Pour son dernier roman, Passage des mélancolies, Alain Emery s'est laissé porter par une série de photos dénichées en brocante. A moins qu'il ne faille dire qu'Alain s'est laissé séduire par Suzy, cette danseuse au charme fou que vous pouvez admirer sur la couverture.

Le narrateur et voisin de Suzy nous conduit sur ses traces au lendemain de la disparition de celle qui le fascine et l'intrigue. Cette vieille femme, avec qui il a partagé confidences et pas de danse, avant de se voir confier la dispersion des cendres, a fait de lui son légataire. Il a alors tout le loisir de s'immiscer délicatement dans son intimité.

Belle et rebelle jeune fille étouffant dans sa province, Suzy la désenchantée est libérée par son oncle Armand, nous sommes en 1920, elle a 17 ans.

"Suzy, je parie qu'il lui aura suffi d'un seul regard pour comprendre que la gamine qu'il a connue est devenue, à dix-sept ans, une femme sur le point de se perdre. Que ne ferait-elle pas pour échapper à tout ce qui la menace..."

C'est ainsi que Suzy débarque à Paris comme petite main chez un couturier et bientôt, au bras de cet oncle à l'esprit libre "elle s'éveille au monde dans des cabarets débraillés et des ateliers de peintres ou d'insolents modèles défient les courants d'air et se mesurent en faisant glisser l'ongle du pouce le long d'un crayon."

Le couturier chez qui Suzy fait ses armes travaille pour le music-hall, c'est donc presque naturellement que la jeune femme découvrira cet univers, poussée par le désir de monter sur scène.

Suzie s'envole et échappe à sa famille coincée dans ses étroitesses et jugements qui feront d'elle "Un secret de famille", de ceux que l'on enterre sous les sous-entendus. 

La vie de Suzy se déroule par touches sous la plume délicate d'Alain Emery qui de son écriture poétique nous emmène, pardon nous entraîne, dans la danse. Le rythme porté par l'alternance entre récit et témoignage rend la lecture vivante et le plaisir complet. 

L'émotion est au rendez-vous et l'affection que l'auteur porte à son personnage est sensible, la beauté de l'écriture en est la preuve.

Il est impossible de ne pas évoquer l'objet livre. Les Editions La Gidouille, ont offert à Suzy une parure sensuelle qui n'est pas sans évoquer la douceur d'un tissu.

Alors n'hésitez pas, suivez Alain dans sa traversée du XXe siècle, dès que vous aurez l'ouvrage en main vous serez pris par la danse.

Alain Emery
Passage des mélancolies
La Gidouille

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Pascal Quignard, Les Larmes

14 Janvier 2017, 21:39pm

Publié par Parisianne

Saint-Riquier

Saint-Riquier

Pascal Quignard est un auteur que j'aime beaucoup, nous avions déjà parlé il y a quelques temps de Villa Amalia, ou bien encore des Solidarités mystérieuses, deux romans qui m'ont prodondément marquée. Vous connaissez tous le magnifique, Tous les matins du monde et certainemement bien d'autres ouvrages.

Quand j'ai entendu qu'il sortait un nouveau roman qui traitait en plus des origines de notre langue, et que j'ai eu le plaisir de l'entendre dans la Grande Librairie de François Busnel, forcément j'ai eu envie de retrouver cet auteur. Mon père Noël préféré m'a entendue et exaucé !

" C'est alors que, le vendredi 14 février 842, à la fin de la matinée, dans le froid, une étrange brume se lève sur leurs lèvres. On appelle cela le français. " N'est-elle pas magnifiquement écrite cette naissance ?

Nithard a pour mission de "fixer par écrit pour la postérité le récit des événements de son temps " ce sera en latin jusqu'à la mort de Charlemagne puis en Roman. Petit-fils de Charlemagne, neveu de Louis le Pieux et cousin germain de ses trois fils, Lothaire, Louis le Germanique et Charles le Chauve, il est abbé laïc de l'abbaye de Saint Riquier, non loin d'Abbeville dans la Somme pour ceux qui ne connaîtraient pas.

Louis et Charles s'allient contre leur frère Lothaire qui revendique le titre d'empereur d'Occident. Je ne rentrerai pas plus dans le détail mais voici un résumé rapide de la situation.

Dans son roman, Pascal Quignard met en scène les jumeaux Nithard, et Hartnid (anagramme du premier), l'un en quête de la langue, l'autre en quête d'un visage aimé.

Ce n'est pas un roman à proprement parler mais une succession de contes, légendes, récits, de tableaux avec ou sans liens apparents. C'est savant -pas mal de latin dans ces lignes - déroutant parce que parfois on s'y perd mais beau et on se laisse porter.

De nombreuses références m'ont sans aucun doute échappé, et je ne conseillerai pas ce livre à tout le monde de crainte d'effrayer ceux qui ne connaîtraient pas Pascal Quignard. Je m'y suis perdue parfois, mais j'ai tant aimé d'autres instants lire par exemple :

" La première trace écrite de la langue française date du vendredi 14 février 842, à Strasbourg sur les bords du Rhin.

La première oeuvre de la littérature française date du mercredi 12 février 881, à Valenciennes, sur les bords de l'Escaut."

 

"Saint Florent était si grand lettré qu'il avait le pouvoir d'accrocher, où qu'il se trouvât, son manteau aux rayons du soleil."

A défaut d'accrocher mon manteau aux rayons du soleil, je sais apprécier leur lumière ! 

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Jean-Michel Guenassia, La Vie rêvée d'Ernesto G.

11 Janvier 2017, 20:07pm

Publié par Parisianne

Jean-Michel Guenassia, La Vie rêvée d'Ernesto G.

lI n'y a pas si longtemps, je vous parlais du dernier roman de Jean-Michel Guenassia, La Valse des arbres et du ciel. J'ai eu la chance de rencontrer l'auteur au salon du livre du Touquet, peu de temps après avoir lu son livre, et le plaisir de l'entendre en parler de façon très intéressante. J'en ai donc profité pour m'offrir un autre roman, que j'ai fait dédicacer bien sûr, et que je me suis empressée de lire tant le commentaire de Jean-Michel Guenassia m'assurant que j'y retrouverais l'esprit du Club des incorrigibles optimistes m'avait mis l'eau à la bouche. 

Pas question pour moi de suivre les personnages puisque l'action se déroule non pas dans des quartiers de Paris que je fréquente beaucoup mais en grande partie à Alger puis à Prague, néanmoins, le talent de l'auteur fait naître sans difficultés des images et des parfums, et renaître les événements ayant secoué l'Europe et le monde de 1910 à 2010.

J'ai retrouvé en effet l'esprit du Club des incorrigibles optimistes, les personnages ont de nombreux points communs dans leurs désillusions particulièrement.

Joseph Kaplan est médecin juif né à Prague en 1910, il marche dans les pas de son grand-père et de son père dont il est proche malgré leurs silences suite à la disparition brutale de l'épouse et mère chérie des suites d'une pneumonie.

"Souvent, Joseph s'était demandé s'il était responsable de ce silence ouaté qui s'était installé entre son père et lui ou peut-être l'un comme l'autre étaient-ils incapables de se parler, une forme de barrière affective (de ces mots qui n'arrivent pas à s'échapper, dissimulés derrière des sourires de connivence). On se dit, ces paroles vont blesser ou tout gâcher, on les enferme au fond de soi et, avec les années, on les empile jusqu'à dresser un mur infranchissable."

Brillant élève mais jeune garçon à la vie dissolue, son père finit par envoyer Joseph en France sous prétexte de faire une spécialisation en biologie dans la meilleure université au monde : à Paris.

"En application du principe qui veut que le jouir ait été créé pour travailler et la nuit pour s'amuser, Joseph sortait même quand la pluie et le froid vidait les rues des bourgeois et des manifestants ou quand il n'avait plus un rond à la fin du mois."

Fêtard autant que travailleur infatigable, Joseph poursuit alors son parcours aussi bien dans les domaines de la fête que de la biologie ! Infatigable danseur de tango, et passionné par Carlos Gardel, il fréquente tous les lieux de fête mais travaille comme un acharné, ne rentre pas à Prague fêter son succès universitaire, enchaîne voyages et conquêtes féminines aux visages oubliés sitôt séduites, se range un peu dans les bras d'une Viviane qui n'a rien d'une fée mais finit par disparaître et accepte un poste à l'Institut Pasteur d'Alger à un moment ou Hitler se fait de plus en plus pressant sur la politique européenne.

Les premières semaines de Joseph à Alger sont essentiellement centrées sur son travail, il doit faire ses preuves pour être accepté par les chercheurs de l'Institut, le voilà donc dans une vie rangée, jusqu'à sa rencontre avec le jeune Maurice chargé de lui trouver un appartement qui se charge aussi de lui présenter des amis, et des femmes, permettant à Joseph de renouer avec sa vie nocturne. De belles années d'insouciance jusqu'à la mission dans une zone abandonnée d'Algérie pour échapper aux rafles et poursuivre dans l'isolement le plus total les recherches de l'Institut puis le retour à Alger et enfin vers l'Europe, accompagné de celle qu'il a finalement aimé au premier regard.

Le retour à Prague est marqué par la découverte de la tragédie nazie, le pays se reconstruit peu à peu, l'idéalisme communiste s'installe, Joseph et son épouse s'investissent à corps perdu dans les causes du parti jusqu'à ce que doucement les choses basculent, les amis disparaissent accusés de trahison par le régime qu'ils ont contribué à mettre en place. La vie bascule à nouveau, l'épouse de Kaplan part voir sa mère en France et ne reparaît jamais, il est lui-même envoyé pour s'occuper d'un dispensaire au fin fond de la Bohème où il renoue avec une vie plus paisible entouré de sa fille Helena et de la femme d'un ami disparu. La vie est difficile mais apaisée jusqu'à l'arrivée d'un patient très particulier amené par les hautes instances dirigeantes qui chargent Joseph de le remettre sur pied malgré un état très critique.

Et la vie bascule à nouveau...

Si la surprise concernant l'identité du "patient" est amenée progressivement, le plus surprenant est la façon dont l'auteur le présente du point de vue de l'homme. C'est un peu déroutant mais c'est aussi tout l'art du roman de pouvoir rêver !

Les personnages sont forts, la traversée historique intéressante, et les désillusions nombreuses. Cela fait un chemin de vie riche de joies et de drames qui mènent Joseph jusqu'à ses cent ans et nous entraînent dans un tourbillon rondement mené par l'écriture de Jean-Michel Guenassia.

Vous l'aurez compris, j'aime !

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Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit

4 Janvier 2017, 17:51pm

Publié par Parisianne

 Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit

" Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inclassable des morts, le retentissement du désastre. Aujourd'hui, je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence."

A bien y réfléchir, cet extrait en page quatre du livre de poche aurait pu me faire fuir ! Les premières lignes encore plus qui évoquent la mort de la mère.

Je n'avais jamais lu de roman de Delphine de Vigan, c'est celui-ci qui m'est tombé sous la main en premier, je me suis dit "pourquoi pas ?".

Les échos que j'en avais eu, la critique de Mohammed Aïssaoui du Figaro Littéraire évoquant "le livre de ma mère" sujet bien souvent traité, n'y sont certainement pas pour rien. 

L'absence de lumière m'a gênée. En ce sens, le roman, puisque c'est bien ainsi qu'il est présenté, porte vraiment bien son titre, Rien ne s'oppose effectivement à la nuit qui s'immisce dans les journées les plus ensoleillées.

L'écriture est plaisante, on se laisse entraîner malgré le malaise permanent. 

"Quoi que je dise et fanfaronne, il y a une douleur à se replonger dans ses souvenirs, à faire resurgir ce qui s'est dilué, effacé, ce qui a été recouvert."

La narratrice raconte sa mère, Lucile, troisième d'une famille de neuf enfants. Les grands-parents, Georges et Liane, "formaient un couple étrange : lui, si cérébral en apparence, mais totalement gouverné par ses affects, elle, si émotive en surface, solide comme un roc et intimement persuadée qu'elle était sotte."  Cette association de personnalités construit une famille en contrastes de joies et de douleurs. La troisième génération, celle de l'auteur n'a semble-t-il gardé que les noirs, hérités de Lucile, " cette enfant mystérieuse qui avait grandi trop vite et qu'elle (Liane) ne prenait plus dans ses bras. "

Ce que j'ai aimé dans ce texte, c'est la façon dont l'auteur se joue de nous lecteurs. C'est un roman à la première personne et tout prête à croire que Delphine de Vigan raconte l'histoire de sa mère, de sa famille. La frontière entre la fiction et la réalité est donc fragile. Sûrement s'en est-elle expliquée dans des émissions de télévision ou de radio, je n'en ai pour ma part entendu aucune.

C'est une manière que l'on retrouve chez de nombreux auteurs, je pense notamment au roman d'Edouard Louis qui a fait couler tant d'encre, En finir avec Eddy Bellegueule. Je m'interroge donc sur la classification dans le registre du "roman" qui reste pour moi  associé à une oeuvre d'imagination et non à un récit autobiographique !

Vous l'aurez compris, ce livre ne me laissera pas un souvenir impérissable. Toutefois, le plaisir de l'écriture élégante de Delphine de Vigan m'a donné envie de récidiver. Nous reparlerons donc de cette auteure prochainement !

"L'écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d'interroger la mémoire."

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Grégoire DELACOURT, Les Quatre saisons de l'été

27 Octobre 2016, 10:16am

Publié par Parisianne

Grégoire DELACOURT, Les Quatre saisons de l'été

En y réfléchissant, je crois que c'est le titre qui m'a attirée dans ce livre. J'ai lu il y a quelques temps La liste de mes envies sans en avoir gardé aucun souvenir, je n'en ai même pas parlé ici, c'est que sûrement ce roman ne m'a pas touchée, il a pourtant rencontré un vaste succès je crois. C'est rarement ce qui m'influence dans mes choix. 

Les Quatre saisons de l'été, je n'en avais jamais entendu parler, ça m'a tentée !

J'ai beaucoup aimé la forme, ces nouvelles qui n'en sont pas vraiment, ce roman qui n'en est pas vraiment non plus, des histoires en écho, des phrases que l'on retrouve, des phrases parfois banales "l'amour c'est quand on a les mains qui piquent, les yeux qui brûlent, quand on n'a plus faim !" prononcée par une très jeune fille qui attend ses premiers émois, et répétée plus tard par une femme qui cherche à renouer avec les siens, d'autres légères, "Ici, des femmes qui sortent des goûters au chocolat. Là, quelques séducteurs en chasse. On aurait dit un Caillebotte joyeux.", et des personnages qui se croisent sans parfois même se parler.


Ces histoires d'amour aux différentes saisons de la vie, toutes mises en scène le dernier 14 juillet du siècle dernier, sur la plage du Touquet ont été une jolie découverte. Le langage des fleurs offre un parfum tantôt délicat, tantôt envoûtant voire écoeurant mais au final, le bouquet est harmonieux.

Un ensemble qui se lit avec facilité et une certaine tendresse à l'égard de quelques personnages. 

 

Grégoire DELACOURT, Les Quatre saisons de l'été

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Jean-Michel Guenassia, La Valse des arbres et du ciel

19 Octobre 2016, 19:19pm

Publié par Parisianne

Jean-Michel Guenassia, La Valse des arbres et du ciel

C'est avec une certaine impatience que je guettais le prochain Guenassia tant son Club des incorrigibles optimistes m'avait séduite, alors quand j'ai vu que son nouveau roman avait pour décor Auvers-sur-Oise et pour personnage central Vincent van Gogh, je me suis réjouie.

Je ne dirai pas que je suis tombée sous le charme comme c'était le cas pour le précédent mais l'alternance entre récit mené par Marguerite Gachet, fille du célèbre docteur, et documents d'époque, extraits de journaux, lettres de Vincent à son frère Théo, rend le roman vivant et donne un ton original.

"La toile, qui était grise à mon arrivée, parut animée d'un souffle de vie avec ses arbres et son ciel dansant une sarabande endiablée."

Marguerite Gachet vit à Auvers entre son père et son jeune frère, sa mère est morte alors qu'elle n'a que trois ans. Son père, médecin impécunieux, s'intéresse à la nouvelle peinture et n'hésite pas à accepter des toiles en guise de paiement ; Marguerite qui aime elle aussi dessiner et peindre manque d'originalité mais excelle à s'approprier le talent des autres en copiant les œuvres des clients de son père. La jeune fille rêve d'échapper à cette prison sans amour, de partir en Amérique pour y peindre en toute liberté, elle rêve surtout de trouver un moyen de fuir un mariage arrangé, qui rendrait un fier service à son père, puisqu'elle ne peut même pas s'échapper par l'étude ; malgré son baccalauréat elle ne peut prétendre faire des études puisqu'elle est née femme et que les femmes à cette époque n'avaient aucune raison d'étudier. Même l'école des Beaux-Arts leur est inaccessible.

Lorsque Vincent van Gogh vient frapper à la porte du Docteur Gachet, la vie de Marguerite bascule. Elle rejette le carcan imposé aux femmes, elle rejette la volonté de son père et tente vaille que vaille d'obtenir de Vincent des conseils pour ses propres toiles. Le peintre est attendri par cette très jeune fille qui se jette dans ses bras et s'invite dans son lit. Celui que l'on dit malade et démuni savoure son séjour à Auvers, il produit de nombreuses toiles et projette de rejoindre Gauguin en Bretagne. Marguerite est subjuguée par son talent.

Marguerite, profondément amoureuse est prête à tout pour partir avec Vincent qui refuse l'idée de partager sa vie. Il a le double de son âge, rien à lui offrir, il ne veut même pas d'enfant.

"A la lumière de la bougie qu'il tenait en l'air pour les éclairer, les fleurs semblaient vivantes. (...) je ne me souvenais pas avoir jamais vu de fleurs peintes de façon si humaine."

Fascinée par l'homme mais plus encore par le peintre, Marguerite n'aura qu'un seul amour.

La vie de Vincent s'est arrêtée là, à Auvers, brutalement alors que rien ne pouvait laisser présager que la maladie nerveuse dont il souffrait puisse resurgir.

Vincent s'est suicidé, c'est du moins la version officielle.

Le Docteur Gachet aura la chance d'avoir un certain nombre de ses oeuvres et personne ne saura que sa fille l'a déshonoré en se compromettant avec ce barbouilleur, si talentueux puisse-t-il être... Tout est bien qui finit bien...

Marguerite anéantie finit par reprendre le dessus en s'immergeant dans la peinture, sa peinture à la manière de...

*****

Mélangeant fiction et réalité, Jean-Michel Guenassia nous fait vivre les derniers 70 jours de Vincent à Auvers, son talent d'écrivain fait surgir les toiles célèbres qui se dessinent entre les lignes.

Je ne connais pas réellement les théories évoquées à propos de la mort de van Gogh, suicide ? accident ? assassinat ? quoiqu'il en soit, ses oeuvres lui ont offert l'éternité.

Le mystère reste entier et les blés qui frissonnent le long du cimetière d'Auvers où les deux frères reposent ne livreront jamais leur secret.

 

 

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James Holin, Un zéro avant la virgule

2 Septembre 2016, 16:08pm

Publié par Parisianne

James Holin, Un zéro avant la virgule

Vous ne connaissez pas James Holin ? Mais si bien sûr, nous en avons parlé l'an dernier à propos de son premier roman Sacré temps de chien.

Après nous avoir entraînés sur les plages de Picardie, avant qu'elles ne deviennent celles des Hauts de France, après avoir exploré les fonds marins qui n'ensevelissent pas que des trésors, et nous avoir conduits dans le milieu des mareyeurs et des marins capables d'être aussi gouailleurs que mutiques ; James Holin dans ce second roman nous guide dans un univers plus feutré si l'on ne se fie qu'aux apparences et c'est la Normandie qui lui sert de cadre. Oubliez les pommiers en fleurs et les vaches paisibles, prenons la route dans une Morgane décapotable aussi racée et nerveuse qu'un pur-sang...

***

Entre Cour des comptes et Musée de sculpture contemporaine, si le silence est roi, les parfums peuvent vite devenir plus nauséabonds qu'une baleine crevée dès lors qu'argent et politique s'immiscent dans l'histoire - coctail reconnu pour être explosif, ce n'est une surprise pour personne... Ajoutez à cela les paillettes du festival du film Américain de Deauville, et vous aurez un brillant aperçu des bijoux de noirceurs que l'auteur prend un plaisir visible à décrire dans un style qui s'est affirmé depuis le premier roman. 

***

Jean-François Lacroix, magistrat scrupuleux de la Cour des comptes, se voit associé à la jeune et imprévisible Eglantine de Tournevire pour mener un contrôle au Musée de la sculpture contemporaine de Deauville, dirigé par l'envoûtante Madame Bokor. A peine sont-ils en place et plongés au coeur des ronds de jambes et autres superficialités d'usage lors de l'inauguration d'une sculpture réalisée par le père du maire en exercice, que l'agent comptable du musée s'écroule victime d'empoisonnement. Il n'en faut pas plus à la charmante Eglantine pour entraîner son collègue dans une enquête qui les sortira de leurs livres de comptes, secondés en cela par Arnaud Serano, le beau capitaine qui a tout pour plaire.

Détournements d'argent public, réseaux de prostitution, compromissions politiques, etc. tout est là pour ce beau monde et James s'amuse à brosser des portraits à l'acide.

D'une plume alerte et avec beaucoup d'humour, James Holin nous entraîne pour notre plus grand plaisir. Ses personnages, toujours nombreux, ne manquent pas de caractère, on se prend de tendresse pour le maladroit Lacroix et on ne peut que s'amuser de l'attention toute particulière portée aux femmes, fatales ou fatalement irrésistibles, que James met en scène avec un sens de l'observation incontestable.

L'auteur prend du plaisir à jouer avec les mots et les événements. C'est communicatif, la lecture est aisée alors pourquoi s'en priver ! L'écriture s'est affirmée je l'ai déjà dit, le rythme s'est accéléré, la fréquentation de l'hippodrome peut-être !

Vous aimez les polars ? Et bien vous savez ce qu'il vous reste à faire. A ne pas mettre entre toutes les mains toutefois, âmes sensibles s'abstenir, James à le sourire charmeur et le rire cruel !

 

 

 

James Holin, Un zéro avant la virgule

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James HOLIN, Sacré temps de chien

16 Septembre 2015, 05:19am

Publié par Parisianne

Saint-Valéry-sur-Somme

Saint-Valéry-sur-Somme

 

Sacré temps de chien est le premier Polars en Nord publié par James Holin aux éditions Ravet-Anceau, et ce n'est sûrement pas le dernier, à voir la maîtrise dans l'art de nous mener en bateau dont fait preuve l'auteur !

Deux cadavres sont repêchés en Baie de Somme et voilà que s'ouvre une enquête qui semble réserver bien des chausse-trappes à ceux tentés d'y mettre leur nez. Cela n'effraie pas pour autant Mireille Panckouke qui soigne ses maux au Courrier Picard après avoir été grand reporter pour la presse parisienne.

Revenue dans sa Baie de Somme natale, Mireille vit un peu à l'écart à Saint-Valéry-sur -Somme avec sa fille Julie et son compagnon intermittent, Alexandre Hauterives, critique cinématographique, avec qui elle entretient une relation décalée.

Sollicitée par son ancien mari et père de Julie -qui n'est autre que le rédacteur en chef du Courrier Picard- Mireille se trouve dans l'obligation contrainte de couvrir la campagne électorale d'un parachuté au doux nom de Mirlitouze, candidat du centre pour les élections législatives. Mais la journaliste est plus préoccuppée par la découverte de deux plongeurs de l'association écologique Mare Nostrum dont les corps ligotés ne laissent aucun doute sur le caractère criminel de leur mort. 

Alors que le major Lécuyer de la police maritime ne semble pas pressé de résoudre l'affaire, malgré un nouveau cadavre, et que "le gros Leleu" surfe sur sa notoriété et ses appuis, Mireille fouine, bientôt aidée en cela par un ex tolar venu régler ses comptes avant de prendre le large. 

Les personnages sont agréablement vivants, on se surprend à éprouver une sympathie agacée pour le chauffeur de taxi Maxime Pankratov et une certaine compassion pour le brave Tonio, on se méfie des regards fuyants du major et des grands airs de Hauterives mais aucun ne laisse indifférent, même les chiens qui sortent par tous les temps !

Mais au-delà de tous ces hommes et (rares) femmes qui jalonnent ces pages, la plus belle figure au féminin est bien la Baie de Somme. L'auteur connaît parfaitement la région et nous en donne toutes les saveurs et tous les parfums. Pour qui aime cet endroit, c'est un bonheur et pour ceux qui ne connaissent pas, forcément ça doit donner envie ! Les informations sur l'ensablement, la pêche, la chasse etc. tout est évoqué avec un sens précis de la documentation. 

Pour ce premier roman, James Holin sait parfaitement nous prendre dans ses filets et le plaisir de lecture est là même si l'écriture pourrait être un peu plus vive parfois.

Un début prometteur qui joue sur tous les tons, du tragique au comique en passant par la caricature, pour un roman à lire et un auteur à suivre.

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Alain EMERY, La Nuit des sanguinaires

7 Juillet 2015, 20:21pm

Publié par Parisianne

Alain EMERY, La Nuit des sanguinaires

Alain EMERY, je ne vous le présente plus, c'est un nom que vous voyez apparaître régulièrement depuis longtemps. Alain, c'est un ami c'est vrai, et ce n'est pas un hasard si c'est à lui que j'ai osé confier mes photos pour Cette seule voix. Mais Alain Emery, c'est surtout un écrivain dont j'aime la plume trempée dans l'acide. Auteur de nouvelles, souvent primé à des concours, mais aussi auteur de romans policiers et c'est ce dont il s'agira aujourd'hui.

La Nuit des sanguinaires, aux Editions Astoure fait ressurgir (pour le plus grand plaisir des lecteurs et des lectrices) le Capitaine Fabre qu'Alain avait déjà mis en scène selle à plusieurs reprises dans ses précédents romans. Il faut avouer qu'avec sa prestance, son humanité et son talent d'inquisiteur Henri Fabre ne laisse pas indifférent fièrement dressé sur son magnifique Neptune " C'était un alezan brûlé que la brise de mer poussait vers l'allégresse ".

Nous sommes en 1953, Fabre est appelé au chevet d'un mourant qui lui avoue avoir participé en 1946 à la " nuit des sanguinaires " avec trois complices. Il n'en faut pas plus pour lancer le fringuant capitaine dans une enquête pleine de rebondissements qui le conduira à Belle-Ile-en-Mer.

En plus d'une écriture vive et d'une intrigue fort bien construite, Alain nous fait découvrir l'île mais surtout la nature humaine dont il n'attend plus grand chose sans jamais refuser d'être surpris. Fabre n'a pas son pareil pour pénétrer les méandres des âmes. Alain n'a pas son pareil pour nous dresser des portraits vivants très imagés. 

La construction du roman est très habile, alternant entre témoignages, actions dans le présent et carnet de bord du capitaine, le ton est varié et l'écriture riche. Bref un plaisir de lecture que je vous conseille fortement si vous n'avez pas peur du noir. Tout au long de la lecture, Alain nous promène de piste en fausse piste jusqu'à la chute finale, dénouement inattendu que je n'avais pas vu venir, ce n'est pourtant pas faute d'avoir cherché ! 

Allez-y, foncez les yeux grands ouverts, vous prendrez des embruns mais surtout un vrai plaisir !

 

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