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Les musardises de Parisianne

La demi-pensionnaire, Didier van Cauwelaert

28 Avril 2013, 13:38pm

Publié par Parisianne

Je retrouve dans mes archives ce commentaire de mon précédent blog sur cet autre livre de Didier van Cauwelaert, pour ceux d'entre vous qui dans leurs commentaires m'ont dit ne pas le connaître. 

 

Vous l'aurez compris dans mon précédent article sur Double idendité, ce dernier roman  m'a laissée un peu dubitative. Du coup, j'ai eu envie de relire l'un de ceux que j'avais aimé il y a quelques années, j'ai donc repris La Demi-pensionnaire avec un oeil neuf.

 

Pas de tueurs, de manipulation par l'hypnose ou de situations extrèmes dans ce roman. Essentiellement des rencontres improbables et des événements (presque) plausibles. Un roman tendre, drôle et déconcertant parfois dans lequel on trouve déjà l'ébauche d'un thème cher à cet auteur, la double personnalité, mais ici encore fortement ancré dans le réel.

 

 

Thomas s'ennuie au service des Déclarations de la Sacem quand un jour, arrive "une vieille dame en tailleur pistache qui, sous ses boucles blanches dépassant d'un chapeau tyrolien, [m'] a souri d'un air attentif en [me] tendant une partition."

Cette grand-mère originale, un pied dans le passé et l'autre dans un présent douloureux, entraîne le jeune homme dans un tourbillon et lui fait rencontrer Hélène, ancienne championne de voltige qui, bien que clouée sur son fauteuil roulant, va le sortir de la léthargie de sa vie et lui donner un nouveau souffle "On décore bien les sapins de Noël, et pourtant ils sont morts".

 

Un roman agréable qui pourrait faire penser à celui d'Anna Gavalda Ensemble c'est tout. Un texte tendre et émouvant, plein de richesses.

"- Tu sais depuis combien de temps je suis amoureuse de toi ?

J'évite de risquer une réponse [...]

- Cinq minutes. Quand après m'avoir embarquée, tu as loué un troisième ciré et que tu es allé abriter mon fauteuil."

 

J'ai retrouvé en relisant ce texte l'auteur que j'aime, Prix Goncourt 1994 pour Un Aller simple.

 

Page 4 :

"Que faire lorsqu'on tombe amoureux d'une jeune femme au cours d'un déjeuner, et qu'on découvre au dessert qu'elle se déplace en fauteuil roulant ?
Hélène est Lion ascendant Lion, championne de voltige aérienne. C'est la fille la plus sexy, la plus joyeuse et la moins facile que Thomas ait jamais rencontrée...

Arraché à sa routine, malmené, envoûté par cette "demi-pensionnaire" qui l'initie à la vraie liberté, il comprendra au bout du compte que c'est lui qui vivait comme un infirme. Et qu'une femme assise, parfois, peut aider un homme à se relever."

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Double identité, Didier van Cauwelaert

25 Avril 2013, 11:28am

Publié par Parisianne

 

Didier van Cauwelaert est un auteur que j'aime beaucoup depuis longtemps. Pourtant, je suis un peu déçue de la tournure excessive de ses derniers romans qui multiplient les situations invraisemblables comme c'est le cas de Double identité.

 

Ce roman est la suite de Hors de moi, adapté au cinéma : Sans identité avec Liam Neeson et Diane Kruger, qui jouait sur le désoublement de personnalité, la folie et la manipulation mentale. Un roman qui déjà à l'époque (2003) m'avait laissée sur ma faim.

 

Steven Lutz est un tueur professionnel, un excellent élément de la Section 15 qui n'hésite pas à pratiquer l'hypnose pour donner à ses bras armés toutes les chances de mener à bien leur mission. C'est ainsi que Steven devient Martin Harris, botaniste de l'université de Yale. Ce dernier a engagé d'importants travaux sur une plante médicinale aux pouvoirs curatifs exceptionnels, mais volée aux indiens d'Amazonie par un grand groupe de cosmétiques sur le point de sortir une crème antiride totalement révolutionnaire, privant ainsi le monde médical d'une avancée conséquente. Martin se bat pour rendre aux Indiens leur droit d'utiliser la plante et de la faire connaître en médecine lorsqu'il meurt brutalement d'un arrêt cardiaque.

 

En mission pour commettre un attentant, un accident de voiture plonge Steven/Martin dans le coma. C'est là que tout bascule. "Pour être crédible, je venais d'assimiler sous hypnose une quantité hallucinante de connaissances scientifiques et de détails intimes. C'est alors qu'un accident de taxi m'a plongé dans le coma. A mon réveil, une semaine plus tard, j'étais Martin Harris. [...] Quant au bout de quarante-huit heures, j'ai retrouvé ma mémoire occultée par celle de mon personnage, j'ai dû faire face à la fois au meurtrier de sang-froid que j'avais été durant vingt ans et aux efforts de ma section pour m'éliminer".

 

Commence alors une course contre la montre pour échapper aux tueurs alors que Steven encore très imprégné de Martin s'identifie de plus en plus à ce personnage.

"En passant par l'imposture, la vérité prend parfois un raccourci."

D'une identité à l'autre, Steven va finir par se faire passer pour un avocat et prendre très à coeur d'accomplir l'oeuvre de Martin, aidé dans cette tâche par la veuve du botaniste.

 

De traques en rebondissements, ce roman nous conduit dans la forêt Amazonienne sur les traces d'un vieux chamane puis à New-York dans le monde des puissants, sans jamais nous laisser un instant de répit !

Lutte contre la déforestation, chamanisme, humanisme, amour et aventures, tout y est... et c'est sûrement trop pour un lecteur de mon espèce qui, certes, s'amuse mais finit par se lasser des péripéties multiples jusqu'à la chute finale.

Je n'ai pas retrouvé dans ce roman la générosité de La Demi-pensionnaire ni l'émotion de Cheyenne et de biens d'autres romans de Didier van Cauwelaert lus il y a quelques années et que je relirai certainement avec plaisir.

 

Le style reste malgré tout un moment de bonheur, alors si vous aimez les histoires un peu rocambolesques, n'hésitez pas.

"Des parents unis par les lois de l'apparence et parfaitement stupides, une famille nombreuse élevée à la main de velours dans un gant de fer, silence à table, rien à se dire. Seuls les livres m'ont sauvé de l'ennui. J'y cherchais bien plus qu'un moyen d'évasion : une colonne vertébrale, une structure sur mesure, un cadre de vie."

Masque à Fontainebleau

Masque à Fontainebleau

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Délicates

19 Avril 2013, 18:08pm

Publié par Parisianne

Primevères au jardin,

Coeur offert à la pluie,

Larmes salvatrices.

 

Délicates

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La Chienne de Naha, Carole Lamarche

16 Avril 2013, 17:43pm

Publié par Parisianne

 

A Naha, un homme vivait seul avec sa chienne. Tous les jours, il allait travailler laissant la chienne chez lui. Un jour, à son retour, tout était prêt. Le repas chaud, la maison en ordre. Et ainsi plusieurs jours jusqu'à ce qu'il se décide à se cacher pour comprendre qui prenait ainsi soin de lui. Il découvrit alors que dès son départ, sa chienne ôtait sa peau de bête pour se transformer en femme.

L'homme fit disparaître la peau, réduisant l'animal à son seul état de femme.

Lors d'une dispute au sein du couple, l'homme trancha la femme en deux. Une moitié sombra dans la rivière, il découpa l'autre en morceaux... qui devinrent les enfants de Naha.

 

 

Caroline Lamarche fait de cette légende mexicaine le fil conducteur de son roman pour parler des femmes à travers le récit d'une jeune belge élevée par  "deux mamans", sa mère biologique et Lucia, l'employée de maison espagnole qui, avec sa fille Maria de 8 ans plus âgées, s'est attachée à la famille, .

La jeune femme traverse sa vie de façon passive jusqu'au décès de Lucia. Elle refuse de se rendre aux funérailles en Espagne, trop occupée de sa relation avec Gilles, son compagnon épisodique.

Cinq ans après, Maria, la fille de Lucia, partie vivre au Mexique suggère à celle qu'elle considère comme sa petite soeur de la rejoindre afin qu'elles fassent ensemble le deuil de Lucia.

Débutte ainsi une sorte de voyage initiatique en pays triki, une quête pour comprendre la légende de Naha, tenter de savoir quelle fatalité repose sur les femmes.

 

Réflexions sur la vie, la mort, la société et le rôle des femmes, un très beau livre à découvrir.

 

"Les morts nous forcent, que nous le voulions ou non, à les laisser pousser en nous comme des graines."

 

"Dans nos vies connectées jusque dans les contrées les plus lointaines, un écran vide ressemble à un refuge de survie dont personne n'aurait remplacé les provisions manquantes."

 

"Les balayeurs ont repris leur tâche, ou l'entreprennent enfin, ils promènent leurs balais dans le caniveau, indolents, séparés. Plus rien n'existe que le geste de chacun, aussi solitaire que le mien. J'écris. Je cherche la phrase capable de contenir ce que je sais de l'amour, comme une coquille contient son fruit, la note parfaite sur la portée de l'existence."

Art de rue, Paris Béa P.Y.L. 2012

Art de rue, Paris Béa P.Y.L. 2012

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Les années cerise, Claudie Gallay

14 Avril 2013, 17:36pm

Publié par Parisianne

 

Les Déferlantes dont je parlais il y a peu, m'a donné l'envie de découvrir davantage l'univers de Claudie Gallay. Je n'ai pas été déçue par Les Années cerises. Un titre plein de sucre et de douceur d'enfance, dans lequel on mord à pleines dents. Pourtant là encore, il faut passer outre ce sentiment pour ne voir que la chair rouge, la violence d'une blessure.

 

C'est une falaise qui est le centre du roman, non pas une falaise battue par les vents et qui pourrait nous entraîner vers de larges horizons, non, une falaise rongée par le temps et penchée sur une décharge nauséabonde. Pourtant, une famille vit au bord de cet abîme et se rattache à sa maison comme à un dernier rempart contre la chute inéluctable. La nature se joue de la détresse des vivants et ronge chaque jour la terre et les hommes.

 

Le narrateur est un enfant dont, cette fois encore, nous ne connaissons que le surnom donné à l'école : l'Anéanti. Il observe sa famille se déliter comme la terre de son jardin et la falaise emporter tous les espoirs de bonheur. Ses grands-parents et leurs animaux, son oncle et ses secrets, mais surtout son amour inavoué pour la grande soeur de son copain d'école seront les amarres de ce gosse au bord du gouffre.

 

Un livre tendre et dur à la fois dans un style simple comme le regard d'un enfant.

 

Le livre s'ouvre sur ces mots :

"Heureusement, il y a les chevaux. Je dis ça même si je sais, les chevaux ne sont pas à moi. Ils sont à pépé, mais quand même. Quand je passe, je leur donne des sucres et du pain.

Maman n'aime pas les animaux. Elle dit toujours : "Tous ces poils !..." Que ça lui donne des migraines et les animaux, il faut s'en occuper. Qu'il y a déjà tant à faire. Et puis, quand on part en vacances, hein, qui c'est qui s'en occupe ? Je te le demande ?

- On ne part jamais en vacances, alors qu'est-ce que ça change !

Une taloche bien méritée, et puis va dans ta chambre, ça t'apprendra à être insolent."

 

La page 4 nous dit ceci :

"A l'école, on l'appelle l'Anéanti. Pas seulement parce qu'il collectionne les zéros : sa maison, à l'écart du village est menacée d'être engloutie par une falaise qui s'effrite peu à peu. Et alors que tous - autorités, voisins, famille - conseillent à ses parents de déménager le plus rapidement possible, ils s'accrochent à leur chez-eux. La mère surtout, qui ne se soucie guère de rassurer son fils et distribue les claques plus facilement que les câlins. C'est dehors que le jeune garçon trouve de l'affection et des raisons d'aimer la vie : en s'occupant des animaux de la ferme de pépé et mémé, en rêvant à la grande soeur de son ami Paulo, en faisant de la balançoire sur le cerisier planté au bord du gouffre...

Roman mélancolique, Les Années cerises est éclairé par l'immense tendresse de Claudie Gallay pour les personnages en marge et les enfants trop sensibles ; son style simple, doux et sincère touche au coeur."

 

Je n'aurais pas su dire mieux !

 

Les années cerise, Claudie Gallay

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Tourbillon

12 Avril 2013, 16:48pm

Publié par Parisianne

Camille Claudel, La Valse

Camille Claudel, La Valse

Valse lente de la vie,

Pas de deux dans l'oubli.

Abandon,

Communion.

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La Porte des enfers, Laurent Gaudé

10 Avril 2013, 07:37am

Publié par Parisianne

Ouvrir La Porte des Enfers, de Laurent Gaudé, c'est pénétrer un monde à la fois fascinant et inquiétant. A lui seul, le style de l'auteur est envoûtant. Même si pour moi rien n'égalera Sous le soleil des Scorta, chaque nouvelle lecture reste un moment de plaisir.

 

Matteo, son épouse Giuliana et leur petit Pippo, 6 ans, savourent un bonheur simple et plein d'amour. Matteo est chauffeur de taxi, Giuliana travaille dans un grand hôtel et des liens très forts les unissent. Pourtant, leur histoire bascule alors que Mattéo conduit son fils à l'école. Pris dans une fusillade, Pippo est emporté, entraînant dans sa mort la raison de vivre de ses parents. Le monde s'effondre pour le couple et Giuliana refuse de se soumettre au destin. Elle supplie Matteo d'agir.

"Rends-moi mon fils, Matteo. Rends-le moi, ou, si tu ne peux pas, donne-moi au moins celui qui l'a tué ! "

Puis plus loin,

"Je voudrais que tu me le ramènes, Matteo, dit-elle avec une voix étrange, à la fois fluette et décidée. Pourquoi ne vas-tu pas le chercher ?"

 

Devant la douleur de sa femme, Matteo décide de venger la mort de leur fils chéri, sans y parvenir. "Quelques minutes plus tôt, il avait pointé son arme sur le visage d'un homme. Quelques minutes plus tôt, le temps s'était suspendu, puis, sans qu'il sache pourquoi, il avait baissé le bras et l'homme s'était enfui, disparaissant au coin de la rue avec la rapidité des chats qui déguerpissent au bruit d'un pétard."

 

C'en est trop pour Giuliana. Elle décide de partir, d'enfouir la mort au plus profond, de dire "adieu aux mille choses qui faisaient Pippo". A son mari, elle dit qu'"ils ne pouvaient plus rien l'un pour l'autre, que s'écorcher de leur présence commune, de leurs souvenirs douloureux et de leurs pleurs secrets ".

 

Matteo entame alors une véritable descente aux enfers. Au sens figuré d'abord, anéanti par ces deux départs consécutifs. Ses errances, dans la nuit de Naples, au volant de son taxi vont lui faire rencontrer des personnages aussi surprenants qu'attachants. Une famille d'oubliés de la vie qui vont lui tendre la main. L'un d'eux, le Professeur, affirme que l'on peut rejoindre les Enfers et qu'une porte existe à Naples. Accompagné du curé des déshérités, don Mazerotti, Matteo tente de rejoindre son fils. Mais revient-on du royaume des morts ?

 

Au-delà de toute considération religieuse, c'est à un cheminement que nous convie Laurent Gaudé avec une grande force.

 

Je vous livre non pas la page 4, que vous pouvez trouver partout, mais la note par laquelle l'auteur achève ce roman :

 

"J'ai écrit ce livre pour mes morts. Les hommes et les femmes dont la fréquentation a fait de moi ce que je suis. Ceux qui, quel que soit le degré d'intimité que nous avions, m'ont transmis un peu d'eux-mêmes. Certains étaient de ma famille, d'autres, des personnes que j'ai eu la chance de croiser. A eux tous, ils constitent la longue chaîne de ceux qui, en disparaissant, ont emmené un peu de moi avec eux. [...] Puisse ce livre les distraire. Ce qui est écrit ici est vivant là-bas".

La Porte des enfers, Laurent Gaudé

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Dans les nuages...

9 Avril 2013, 10:03am

Publié par Parisianne

Dans les nuages...

La page d'accueil de Google ce matin présente un dessin d'un écrivain, plume en main, installé à son bureau devant une fenêtre ouverte sur la mer. Il s'agit en fait de Baudelaire, né le 9 avril 1821 à Paris et mort le 31 août 1867, c'est à dire très jeune.

Ce petit clin d'oeil sympathique à ce grand poète m'a donné envie de lui rendre un petit hommage à travers ces quelques photos de son cénotaphe qui se trouve au cimetière du Montparnasse, sa sépulture étant au même endroit, un peu plus loin.  

Le cénotaphe, inauguré en 1902 est l'oeuvre du sculpteur José de Charmoy, il a été réalisé suite à une souscription publique. Initialement, Rodin aurait dû en être l'auteur, une querelle initiée par Ferdinand de Brunetière fervent défenseur des classiques, et donc en opposition avec les auteurs de son temps, retardera le projet qui naîtra finalement sous le ciseau d'un sculpteur moins connu.

 

 

Dans les nuages...
Dans les nuages...

Et puisqu'il est impensable de rendre hommage à un poète sans poésie, je vous offre ce poème que j'aime particulièrement, liminaire du Spleen de Paris,

 

L'Etranger

- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle ?
- L'or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!

Dans les nuages...

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Dans les pensées du Penseur !

8 Avril 2013, 07:30am

Publié par Parisianne

Dans les pensées du Penseur !

Fidèle à mes habitudes et à mes centres d'intérêt, j'étais ce mercredi à la nocturne du musée Rodin pour une lecture théâtralisée par Charles Gonzales et André Wilms, dont le thème ce mois-ci était le Penseur d'Auguste Rodin.

Nous nous sommes tous demandé un jour ou l'autre à quoi pensait le Penseur, et nombreux sont ceux qui auront tenté d'apporter une réponse, d'imaginer les pensées profondes de cet homme songeur, perché sur son piédestal ! 

A sa création en 1880, Le Penseur ne faisait que 70 cm de haut et s'appelait Le Poète. Destiné à orner la partie supérieure de la Porte de l'Enfer, il représente Dante, auteur de la Divine Comédie ayant fortement inspiré le sculpteur. Penché sur les cercles de l'enfer, il médite sur son oeuvre.

Les spécialistes voient dans la position de cet homme une référence à l'Ugolin de Carpeaux mais aussi au portrait assis de Laurent de Médicis sculpté par Michel Ange.

Rodin dira lui-même à propos du Penseur :"Il ne pense pas seulement avec son cerveau, ses narines dilatées et ses lèvres serrées mais avec chaque muscle de ses bras, de son dos et de ses jambes, avec son poing crispé et ses orteils contractés".

Ou encore "Guidé par ma première inspiration, je conçus un autre penseur, un homme nu, accroupi sur un roc ou ses pieds se crispent. Les poings aux dents il songe. La pensée féconde s'élabore dans son cerveau. Ce n'est point un rêveur. C'est un créateur."

Avec ce Penseur, Rodin rompt avec la tradition qui représente la pensée sous forme d'allégorie, l'artiste devient donc un "homme pensant".

Ci-dessous, un extrait d'une étude de la Porte de l'Enfer par Rainer Maria Rilke (secrétaire de Rodin en 1905 à qui l'on doit un essai Sur Rodin). 

 

"... au centre de cet espace clos se tient immobile le Penseur, l’homme qui voit toute la grandeur et tout le tragique de ce spectacle. Tandis qu’il pense à cela, il est assis, absorbé et muet, lourd d’images et de cogitations. Toute sa force, qui est celle d’un homme en action, pense. Tout son corps est devenu crâne et le sang de ses veines cerveau. S’aspirant en lui-même, pensant de tout son être, il est le point culminant de cette porte, bien qu’au-dessus de lui, trois hommes soient debout. L’élévation les façonne et les découpe aux lointains ; ils ont ensemble courbé la tête ; leurs trois bras convergents sont tendus en avant. Ils désignent vers le bas, le même point, dans le même abîme qui les attire pesamment." Rainer Maria Rilke

 

La notoriété de Rodin passe les frontières et touche certains artistes notamment Munch à qui l'on doit une toile Le Penseur de Rodin dans le jardin du Docteur Linde à Lübeck (1907). Le Docteur Linde, admirateur de l'oeuvre de Rodin a commandé un Penseur pour sa propriété familiale. "Ce Penseur, situé dans la solitude, abrité par des arbres centenaires, sera d'un admirable effet. Vous l'aviez projeté sur votre Porte de l'Enfer comme principe qui s'élève sur les passions humaines. Aussi il pourra être pensé comme ce que l'artiste oppose à l'univers... l'home sapiens en contraste avec la nature et la vie végétative". Linde 1902

 

Nous ne pénétrerons jamais les pensées du Penseur, c'est certainement mieux ainsi.

Un exemplaire est exposé à l'entrée du jardin de l'hôtel Biron à Paris, un autre se penche sur la tombe de Rodin à Meudon. L'oeuvre s'incline devant son créateur en réponse à l'idée de Rodin pour la Porte de l'Enfer qui fait se pencher l'homme sur son oeuvre ! 

 

 

 

 

Dans les pensées du Penseur !

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A fleur de peau

6 Avril 2013, 06:32am

Publié par Parisianne

Petite fantaisie du week-end !

Psyché ranimée par le baiser de l'Amour, Antoine Canova (1757-1822).

Exposée au Louvre.

 

Et quelques tentatives maladroites de haïkus sur le thème de Psyché. Je trouve cet exercice particulièrement difficile, 5-7-5, quel remue méninges !

 

Chut, j'ai joué les indiscrètes !

Chut, j'ai joué les indiscrètes !

Silencieux regards,

Baiser volé par l'Amour,

Ephémère instant.

 

 

A fleur de peau

Regards en miroir,

Par souveraines caresses

Liberté gagnée.

A fleur de peau

Tendre enlacement

Délicatesse amoureuse,

Espoirs infinis.

 

Figés dans l'instant,

Couple maudit par les Dieux,

Amants éternels.

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