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Les musardises de Parisianne

Le Prisonnier du ciel, Carlos Ruiz Zafon

29 Juin 2013, 05:29am

Publié par Parisianne

Il y a quelques temps déjà, j'avais beaucoup aimé L'Ombre du vent du même auteur, il me faudrait le relire pour pouvoir en parler mais dans mon souvenir l'histoire n'était pas seulement bien menée, le texte était également intéressant.

Il faut reconnaître que les titres sont toujours très beaux et forte de mes précédentes expériences, j'ai eu envie de poursuivre l'aventure de L'Ombre du vent avec le Prisonnier du ciel. 

Nous retrouvons ici les personnages du précédent dont cet opus n'est pas, à proprement parler, une suite mais fait tout de même un certain nombre de références à son aîné.

Les personnages de Daniel Sempere et de son père dans leur librairie sont bien présents, ainsi que Fermin Romero de Torres dont il s'agira ici de connaître le passé.

 

L'histoire commence à la librairie, lorsque Daniel reçoit la visite d'un étrange visiteur qui le met tout de suite mal à l'aise mais achète le plus coûteux des livres de la boutique, un exemplaire du Comte de Monte Cristo, pour l'offrir à Fermin. Ce dernier étant absent, il laisse le livre à Daniel non sans avoir ajouté une dédicace énigmatique : "Pour Fermin Romero de Torres, qui est revenu d'entre les morts et détient les clés du futur. Signé 13"

La curiosité de Daniel est d'autant plus piquée que son ami Fermin, sur le point de se marier, lui semble très préoccupé depuis quelques temps. Daniel se lance donc dans l'aventure pour en savoir davantage et finit par avoir une discussion sérieuse avec Fermin qui lui révèle son passé. Nous voici donc plongés dans un retour en arrière qui nous conduit en 1939, à Barcelone et plus précisément dans la forteresse de Montjuic où sont détenus les opposants au régime.

"La forteresse était ancrée au plus haut des rochers, suspendue entre la mer à l'est, le tapis d'ombre déployé par Barcelone au nord, et la cité infinie des morts au sud […] En d'autres temps, la forteresse avait servi à tenir la ville sous le feu des canons, mais à peine quelques mois après la chute de Barcelone en janvier et la défaite finale en avril, la mort y avait fait silencieusement son nidn et les Barcelonais, pris au filet de la plus longue nuit de leur histoire, préféraient ne pas lever les yeux vers le ciel afin de ne pas découvrir les contours de la prison en haut de la montagne."

Cet enfer est dirigé par Mauricio Valls, un intellectuel qui se prend pour un écrivain génial et fait régner la terreur dans les lieux. L'histoire de Fermin, douloureuse, violente, se déroule ainsi sous nos yeux et se mêle rapidement à celle d'un écrivain, Daniel Martin, ami très proche de la mère de Daniel, Isabella. Les liens se tissent donc par de nombreux rebondissements et le livre se lit avec facilité et plaisir.

Pourtant, j'ai le sentiment en fermant ce recueil, de rester sur ma faim. Trop d'intrigues restent irrésolues, trop de questions restent posées et si c'est uniquement pour préparer l'arrivée d'un nouvel opus, je dois avouer que cela m'agace un peu.

N'hésitez néanmoins pas à vous plonger dans l'univers de cette Barcelone si chère à son auteur, Le Prisonnier du ciel est un agréable divertissement et se lit très facilement. Le texte, traduit de l'espagnol par François Martero est, cette fois encore très beau, alors ne boudons pas notre plaisir parce que les réponses viendront sûrement dans le prochain !

Le Prisonnier du ciel, Carlos Ruiz Zafon

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Prussian Blue, le monde de l'art

25 Juin 2013, 08:30am

Publié par Parisianne

Découverte grâce à Xavier, cette revue d'art m'a totalement séduite. Vous me répondrez que ce n'est pas difficile de retenir mon attention avec une revue d'art, ce n'est pas tout à fait faux ! Mais là, j'ai particulièrement aimé le ton, la grande variété des sujets et même/surtout le fait d'avoir été un peu bousculée dans mes goûts !

 

Prussian Blue est un magazine trimestriel qui aborde la création contemporaine en ne négligeant pas le clacissisme. 

L'édito de Guillaume de Sardes (écrivain, photographe et critique d'art) nous place immédiatement dans cet état d'esprit, en citant Fourier et son goût pour la variété. De la même manière, l'invitation à la flânerie pour nourrir l'art est agréablement évoquée par ces lignes, je ne résiste pas à vous citer un très court extrait :"Être un artiste c'est moins utiliser tel ou tel medium que d'avoir un monde intérieur à transmettre -presque malgré soi-, un monde singulier fait de références, d'admirations,, d'images et d'obsessions."

Le reste de la revue ne trahit pas cette idée, et nous passons avec plaisir de l'atelier du peintre Tim Eitel (1971) à Paris, à la lecture de l'oeuvre de Lubin Baugin (1610-1663) Nature morte à l'échiquier ; de la Villa Valmarana à Vicenza -édifiée à partir d'un refuge champêtre dès 1669 et transformé au fil des siècles- à l'église Saint-Pierre de Firminy, commandée au Corbusier.

Une large place est offerte à la photographie contemporaine, nous permettant de (re)découvrir Guillaume de Sardes comme photographe et directeur artistique, mais également le photographe Nicolas Comment pour terminer par de déroutants Carnets du Brésil , textes et photographies d'Antoine d'Agata

Peinture, architecture mais également musique, photographie et cinéma, tous les arts sont évoqués sans oublier un carnet central permettant d'être informé du marché et de l'actualité de l'art.

 

Une revue complète et de grande qualité, très bien écrite et qui ouvre à des formes d'expressions modernes -auxquelles je reconnais ne pas être toujours sensible, par ignorance. 

Je vous invite grandement à découvrir si ce n'est déjà fait !

 

 

Prussian Blue, le monde de l'art

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Le Turquetto, Metin Arditi

24 Juin 2013, 20:40pm

Publié par Parisianne

Ce chef d'oeuvre de Titien est exposé au Louvre. Vous l'avez peut-être déjà admiré ou simplement croisé dans la multitude des tableaux exposés. Croisé, c'est mon cas, je me souviens l'avoir vu sans pour autant avoir pris le temps nécessaire pour l'admirer. J'y retournerai, rien que pour lui, pour regarder de près et chercher, en vain, son secret. Pourquoi en vain, parce que je sais bien qu'il ne me dira rien et je crois que c'est ce qui me plaît !

 

Le Turquetto, ce roman de Metin Arditi, s'ouvre par une "Note au lecteur" qui débute ainsi "Il existe au musée du Louvre un portrait attribué à Titien, intitulé L'Homme au gant, qui présente une curiosité."... Rien de mieux pour piquer la mienne !

Suit un rapport : "Spectométrie de fluorescence par rayons X pour l'Homme au gant, Analyse d'une anomalie chromatique au coin inférieur droit".

 

Nous entrons alors dans le vif du sujet en faisant en bond en arrière.

Constantinople, septembre 1531. Elie, un jeune juif né en terre musulmane, regarde avec détachement son père s'affaiblir. Il est plus préoccupé par ses courses dans le Grand Bazar, l'observation, à la dérobée, des femmes présentées par les marchands d'esclaves mais surtout par ses dessins qui lui brûlent les doigts et attirent sur lui la colère d'un grand nombre.

Juif en terre musulmanne, la représentation de figures humaines est interdite par tous. Seul le pope l'encourage dans cette voie.

Lorsque son père meurt brutalement, Elie n'a qu'une issue : fuir la maison du marchand d'esclaves pour le compte duquel son père travaillait. Il s'embarque alors pour Venise et devient Ilias Troyanos, rapidement surnommé Le Turquetto. Son rêve se réalise enfin, travailler son art, apprendre et se former dans l'atelier du Maître, Titien, avant de prendre son indépendance.

 

Son talent le fait reconnaître par tous mais attire inévitablement les jalousies. Et voilà ce peintre rattrapé par son passé dans une Venise emprunte d'un catholicisme intransigeant et mauvais. Après avoir offert à l'une des congrégations de Venise une Cène magistrale qui trahit pourtant son judaïsme, Le Turquetto est traîné devant les tribunaux, condamné à mort et la totalité de son oeuvre vouée à disparaître dans un autodafé.

Seul L'Homme au gant, son dernier tableau, offert à Titien aurait échappé au désastre grâce à la supercherie du Maître.

 

Un véritable tableau chatoyant des couleurs de Constantinople puis de Venise se dessine alors sous nos yeux avec ses zones d'ombre et ses personnages plus ou moins lumineux.

Un roman très agréable à lire absolument pour qui aime les arts et l'histoire.

Le Turquetto, Metin Arditi

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Sur les lèvres

17 Juin 2013, 18:50pm

Publié par Parisianne

Puisque de nombreux jeunes gens ont planché aujourd'hui sur des sujets de philosophie, une petite pensée pour ceux qui l'an passé avaient travaillé sur :

"Peut-il exister des désirs naturels ? "

 

 

 

Il est bien naturel de croire aux lendemains

Quand ton sourire m'appelle et m'ouvre le chemin.

 

A tes lèvres gourmandes, je cueillerai l'ambroisie

A ton souffle, chaque jour, je saisirai la vie.

Le Grand Toscano, Igor MITORAJ 1983

Le Grand Toscano, Igor MITORAJ 1983

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D'aussi vastes déserts, Alain Emery

17 Juin 2013, 05:39am

Publié par Parisianne

D'aussi vastes déserts, Alain Emery

Rien de tel qu'une belle journée ensoleillée pour traverser d'Aussi vastes déserts d'Alain Emery et emboîter le pas à un auteur qui ne peut absolument pas dire, à l'instar d'un de ses personnages : "En ce temps là je n'avais pas l'oeil fin et je ne gardais pour point de mire que le bout de mon nez." 

Alain, c'est tout le contraire, il a l'oeil et regarde bien au-delà du bout de son nez pour scruter non seulement l'horizon de sa Bretagne mais aussi les âmes des plus pures aux plus noires, des plus sincères aux plus fourbes. Cette finesse d'observation lui donne un réel talent de portraitiste mais ne vous y trompez pas, il ne vous dépeindra pas seulement un joli minois, il vous fera ressentir l'émotion de la rencontre, "ces émotions […] qui ressemblent peut-être à celles qui étreignent le coeur fruste des géants quand ils parviennent à ouvrir, avec leurs gros doigts, de minuscules boîtes à musique."

Hommes, femmes, pauvres ou puissants apparaissent dans toutes leurs splendeurs, dans toutes leurs faiblesses. Et quand il quitte un instant la nature humaine, Alain Emery dresse un décor avec le même talent, "Par-dessus son épaule, j'aperçois le ciel de Paris. C'est un bon gros père en culottes de velours dont la plume s'échappe comme d'un édredon décousu. Il y a bien cette menace de suie qui court d'un toit à l'autre et ces liserés de plomb sur le biais des fenêtres, mais c'est la paix qui l'emporte malgré tout."

 

Dans ce recueil de 7 nouvelles, Alain nous embarque en faisant parler ses narrateurs à la première personne. Témoins privilégiés de tranches de vie, ils racontent des histoires, souvent tragiques, parfois surprenantes mais toujours émouvantes. Nous devenons les auditeurs attentifs.

En plein coeur de Paris, à l'ombre du Panthéon ou accroché à une falaise, chaque nouvelle est une aventure, une plongée dans l'écriture très imagée d'Alain Emery, pour notre plus grand bonheur.

N'ayez aucune crainte, si les déserts sont vastes, il fait vraiment bon s'y perdre.

 

Vous voulez un autre avis, c'est chez Eireann Yvon 

 

Alain Emery, D'Aussi vastes déserts - La Tour d'Oysel 14€

Le site internet de la Tour d'Oysel rencontre quelques soucis, pour commander : 

george.paita@orange.fr

 

 

 

 

D'aussi vastes déserts, Alain Emery

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Cadeau du jardin

15 Juin 2013, 07:50am

Publié par Parisianne

Un petit coin de paradis, niché au creux de la Picardie !

Un jardin extraordinaire, ça c'est le poète qui l'a dit, pour profiter d'un bol d'air

et surtout savourer sans modération les plaisirs simples et naturels.

Et dernièrement, la surprise était de petite taille pour un grand bonheur.

Quelques Ophrys Abeille (merci GG) se sont installées au jardin, discrètes et élégantes, elles offrents leur silhouette légère comme un papillon à qui veut bien leur prêter attention.

Quelques recherches s'imposaient.

De la famille des orchidées, l'ophrys tire son nom de "ophrus" = sourcils ; sous Pline l'Ancien (23-79 après JC), petite plante à deux feuilles dont on se servait pour teindre les sourcils et les cheveux ! 

Quant au nom d'espèce, Ophrys apifera, il renvoie aux abeilles : "apis" = abeille, "fera" = porteur.

Ces orchidées se reproduisent donc grâce aux abeilles solitaires. Elles attirent les jeunes abeilles mâles par des leurres visuels (elles prennent la forme de l'abeille femelle) ou olfactifs (phéromone). Et en cas de besoin, elles peuvent également s'autoféconder. 
Donc je vais les admirer sans les perturber et j'espère bien l'an prochain avoir un champ d'ophrys abeille sous mes fenêtres ! 

 

Plus d'info :

Corif, que je remercie pour l'intérêt de leurs articles.

Upmc, là c'est à GG que je dois l'adresse :)


 

 

 

Cadeau du jardin
Cadeau du jardin
Cadeau du jardin
Cadeau du jardin
Cadeau du jardin
Cadeau du jardin
Cadeau du jardin

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Bain de couleurs

13 Juin 2013, 18:02pm

Publié par Parisianne

Alors que la journée a été très grise et arrosée, un petit bain de couleur, clin d'oeil à Cathie, oeil de notre village et de ses environs. Cathie explore, je n'ai pas eu le temps d'aller bien loin mais juste à l'entrée du village la nature nous offre une jolie palette ! 

Bain de couleurs
Bain de couleurs

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Le Journal intime d'un arbre, Didier van Cauwelaert

12 Juin 2013, 07:34am

Publié par Parisianne

Encore van Cauwelaert me direz-vous ! Effectivement, c'est un hasard mais j'avais très envie de découvrir ce livre au titre enchanteur. 

 

Comme l'indique le titre, le narrateur de ce roman est un arbre. Un très vieux poirier prénommé Tristan qu'une violente tempête met à terre alors qu'il est sur le point d'être inscrit à la liste des Arbres remarquables. Aux côtés d'un autre poirier baptisé Isolde, Tristan traverse les époques et se trouve être le témoin d'autant de bonheurs que de drames. Sa chute lui fait prendre la parole pour évoquer ses rapports avec les hommes de toutes les époques vécues. 

"Un arbre n'a d'autres sentiments que ceux qu'on lui confie. D'autres émotions que celles qu'il perçoit. D'autres angoisses que la prémonition des tempêtes, des incendies, de la sécheresse et des bûcherons. Mais cette angoisse là, commune avec les animaux, n'a pas la même origine que la vôtre. Ce n'est pas la perte de nous-mêmes qui nous obsède, c'est la rupture d'une harmonie. L'arrêt des échanges avec les oiseaux, les insectes, les champignons, les jardiniers, les poètes ; la fin des interactions qui nous lient au soleil, à la lune, au vent, à la pluie, aux lois qui gouvernent la formation d'un paysage […]. Il y a chez un arbre qui meurt le souci de ce qui le remplacera. Le besoin que soient assurées ses fonctions, que soit comblé le vide qu'il laisse. C'est tout."

L'arbre prend la parole, à la première personne il raconte ses rencontres historiques (Dreyfus, Mercier) ou non, et son présent d'arbre mort transformé en bois à brûler mais aussi en sculpture par une jeune adolescente perturbée qui deviendra une artiste de renom. C'est à travers la première sculpture de celle qui se fera appeler Tristanne qu'il raconte le plus, la lutte contre la déforestation, les rapports entre les hommes, et les hommes, et les femmes, et l'histoire, et la vie...

Avec l'originalité qu'on lui connaît, Didier van Cauwelaert nous entraîne dans les pensées d'un arbre  tantôt avec sérieux, tantôt avec exagération et fantaisie mais toujours avec un style vivant pour nous mener  au bout de ce roman malgré les quelques longueurs et peut-être une certaine complaisance à l'égard de sujets bien ancrés dans l'air du temps.

"Les hommes ne savent pas nous entendre, parce qu'ils ne savent plus regarder les images que nous leur envoyons.

[…] les humains ont tendance à devenir des machines qui pensent mais n'imaginent plus."

 

N'oublions jamais de tendre l'oreille aux secrets de nos arbres, ils ont tant à nous apprendre !

 

Le Journal intime d'un arbre, Didier van Cauwelaert

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Elégantes

10 Juin 2013, 05:45am

Publié par Parisianne

Elégantes ancolies

Offrent dès le matin

Aux passants éblouis,

Leur charme très féminin.

 

Elégantes
Elégantes
Elégantes

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Cheyenne, Didier van Cauwelaert

8 Juin 2013, 15:26pm

Publié par Parisianne

Chose promise...

La référence à Cheyenne a été donnée lors de précédents échanges sur les livres de Didier van Cauwelaert. Je l'avais lu il y a très longtemps, j'en gardais un excellent souvenir mais un peu flou. Je l'ai donc relu pour ceux qui m'avaient interrogée à propos de ce livre.

A l'occasion d'un voyage spontané à la réception d'une carte postale d'une écluse dans le port d'Amsterdam, le narrateur, écrivain renommé, part à la recherche de son histoire sans suite avec Cheyenne, jeune femme fragile rencontrée dans son enfance.

 

Le narrateur a 11 ans, il est envoyé en Ecosse pour les vacances alors que son papa doit subir une intervention délicate de la hanche. Le jeune garçon, écrivain en herbe, est fermement décidé à mettre à profit ce voyage pour faire une halte à Paris afin de faire éditer son dernier roman à compte d'auteur. 

Pris en charge par une hôtesse, il tombe immédiatement sous le charme de cette dernière et, convaincu de ses chances, manoeuvre pour rester avec la jeune femme. En dépit de toutes les consignes strictes concernant les passagers mineurs, Cheyenne, hôtesse décalée, se charge de l'enfant en attendant de pouvoir le mettre dans un prochain avion. 

C'est ainsi que débute une relation en pointillés entre deux êtres que tout oppose et qui pourtant s'attirent sans jamais se trouver.

" C'est tellement ridicule un coup de foudre quand ça résonne dans le vide." 

Tout au long du trajet en Fiat 500, souvenir de la voiture de l'hôtesse à l'époque de leur première rencontre, le narrateur devenu un homme se remémore leur histoire, leurs ratés avec le sentiment d'être passé à côté de quelque chose.

"Les moments gâchés le sont toujours d'avance."

Cette plongée dans les souvenirs tantôt drôle, souvent tendre ou douloureuse, montre les destins croisés de ces deux êtres profondément ancrés l'un à l'autre, mais en décalage perpétuel.

"Le problème est là, Cheyenne, tout bêtement, même si je tourne autour : je ne supporte pas que tu te sois effacée avec le temps ; c'est une défaite, une humiliation, une faute que je ne me pardonne pas. J'ai perdu tes traits, je suis incapable de t'écrire autrement qu'en t'enfermant dans tes mots, dans nos gestes et mon désir. T'aurais-je mieux conservée si j'avais eu une photo de toi ? Un aide-mémoire, pour oublier, c'est encore plus efficace.

Tu veux la vérité ? Je ne me suis pas aimé avec toi. Ni à onze ans, ni dans le plaisir, ni dans notre déclin mutuel, le dernier jour, devant ces trains en gare. Je n'ai jamais triché avec toi, pourtant je n'ai jamais été moi-même. Déformé par le drame, le désespoir ou la satisfaction, tu crois me connaître mais si tu as eu le vrai, à chaque fois, tu n'as pas eu le bon. Celui dont tu avais besoin. Peut-être en est-il de même pour moi ; on ne s'est jamais connus quand il fallait."

Ce livre construit sous l'apparence d'une autobiographie "Est-ce bien un livre sur elle ? L'amour est un alibi, la mémoire n'est qu'un retour sur soi." est d'une lecture aisée et dresse un joli portrait d'une femme malmenée par la vie qu'elle a choisi.

 

Cheyenne, Didier van Cauwelaert

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