Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Les musardises de Parisianne

Joyeuses Pâques

31 Mars 2013, 07:45am

Publié par Parisianne

Pour un dimanche tout en douceur,
une scille fragile et délicate.

Joyeuses Pâques !

Joyeuses Pâques
Joyeuses Pâques

Voir les commentaires

Tendre l'oreille

29 Mars 2013, 13:45pm

Publié par Parisianne

Tendre l'oreille pour entendre tous les secrets enfouis et les silences aussi mais également ouvrir les yeux à la beauté qui nous entoure. 

Envie de jouer un peu avec les mots, réveillée par cette délicate sculpture de Jean-Baptiste Carpeaux, Jeune pêcheur à la coquille (1858). Une sculpture exposée au Louvre, en réponse à un sujet sur un forum qui me tient à coeur 

 

Tendre l'oreille

 Me diras-tu enfin ce que je veux entendre,

Que la vie s'offre à moi même si elle n'est pas tendre,

Que demain m'appartient et m'ouvre grand la porte

Du bonheur à saisir, de joies de toutes sortes.

 

Ta douceur sous mes doigts me laisse imaginer

Ce que l'oreille tendue je ne peux qu'effleurer,

Ces secrets dont je rêve d'entendre le murmure

Sans la faim ni le froid qui ont fait mes blessures.

 

Tu me souffles en silence des rêves de devenir,

Que j'écoute attentif en t'offrant mon sourire,

A toi, si précieux, mon joli coquillage

 Qui au fond de mes yeux verse mille voyages. 

 Me diras-tu enfin ce que je veux entendre,

Que la vie s'offre à moi même si elle n'est pas tendre,

Que demain m'appartient et m'ouvre grand la porte

Du bonheur à saisir, de joies de toutes sortes.

 

Ta douceur sous mes doigts me laisse imaginer

Ce que l'oreille tendue je ne peux qu'effleurer,

Ces secrets dont je rêve d'entendre le murmure

Sans la faim ni le froid qui ont fait mes blessures.

 

Tu me souffles en silence des rêves de devenir,

Que j'écoute attentif en t'offrant mon sourire,

A toi, si précieux, mon joli coquillage

Qui au fond de mes yeux verse mille voyages.

Voir les commentaires

Ouvrir les yeux

28 Mars 2013, 15:39pm

Publié par Parisianne

La promenade aujourd'hui sera parisienne. Marcher dans Paris, si l'on ouvre grand ses yeux est un plaisir dont on ne se lasse pas. Dans le XIVe arrondissement dernièrement, j'ai eu la chance d'emprunter la rue Cassini (du nom de la famille d'astronomes et cartographes d'origine clermontoise). Dès son entrée par la rue du Faubourg Saint-Jacques, cette rue a attiré mon attention par la variété de son architecture.

 

Ouvrir les yeux

Une plaque commémorative au numéro 2 indique qu'Alain-Fournier y a vécu et écrit le Grand Meaulnes, ce très beau roman qui a bercé mon adolescence et qu'il m'arrive encore de relire aujourd'hui aveccertes, un regard différent mais toujours la même tendresse.

 

Balzac bien avant y a également vécu sous le nom de Monsieur de Surville pour fuir ses créanciers après la faillite de sa fonderie de caractères d'imprimerie.

Ouvrir les yeux

Au numéro 3, un bel immeuble de l'architecte Jules Saulnier (1817-1881) offre au-dessus de la porte un élégant bas-relief sculpté par André Vermare, élève de Falguière en 1891, grand prix de Rome en 1897.

Vous pouvez voir la façade de cet immeuble sur la première photo.

Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux

Viennent ensuite trois hôtels-ateliers Art nouveau construits par Louis Süe et Paul Huillard pour les peintres Lucien et Jeanne Simons au numéro 3bis, Jean-Paul Laurens au numéro 5 et enfin Czernichowski au numéro 7, ce dernier bâtiment est impressionnant de constrastes tant par rapport aux deux premiers que du point de vue de sa structure propre  mélangeant les compositions classiques ! 

Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux

Pour finir, un immeuble typiquement Art déco inscrit à l'inventaire des monuments historiques en béton avec des petits cailloux (ça doit porter un nom mais je l'ignore, n'hésitez pas à me renseigner !) de l'architecte de Charles Abela.

C'est le bas relief qui a attiré mon attention, une fresque sculptée assez surprenante, vous jujerez vous-même, cette oeuvre de l'artiste Xavier Haas (1907-1950) est la seule de ce type qu'on lui connaisse. Souffrant de polyiomélite il participera à la fondation de l'Association des paralysés de France. Son oeuvre restera inachevée.

Je n'ai rien trouvé de particulier concernant cette fresque, j'y vois moi une représentation des arts, avec la sculpture, la peinture, l'écriture, la musique et la poésie mais c'est une interprétation très personnelle ! Si vous en savez davantage, je serai ravie de vos informations.

Notre promenade dans cette rue s'arrêtera là, le froid ayant eu raison de ma curiosité ! 

Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux
Ouvrir les yeux

Voir les commentaires

Claudel, 1915

26 Mars 2013, 09:23am

Publié par Parisianne

Camille Claudel, L'Implorante

Camille Claudel, L'Implorante

Un film de Bruno Dumont, avec Juliette Binoche et Jean-Luc Vincent entourés des patients et soignants d'un hôpital psychiatrique de Saint-Rémy-de-Provence.

 

Née en 1864, Camille Claudel a 49 ans lorsqu'elle est internée, à la demande de sa famille, dans un hôpital psychiatrique à Ville-Evrard,  nous sommes en 1913. En août 1914, en raison de la guerre, les malades sont transférés à Montdevergues à proximité d'Avignon. Camille n'en ressortira plus, elle y mourra en 1943, dans le dénuement et l'abandon le plus total.

Le film s'attache à quelques jours de l'hiver 1915, Camille est à Montdevergues sans réellement comprendre pourquoi, elle souffre de son isolement, de l'absence de visite et de la promiscuité avec de vrais malades mentaux. Seul espoir dans cette attente, une visite de Paul, annoncée pour la fin de semaine, vers laquelle elle concentre toute son attention, tous ses espoirs. Forte de cette lumière là, elle tente de supporter le drame quotidien de la folie de ses compagnes d'infortune avec lesquelles tout échange est impossible en dehors de quelques sourires parfois, douloureux. Lorsque Paul arrive enfin, il passe peu de temps avec sa soeur et refuse d'entendre sa souffrance, la condamnant à expier ses fautes sous prétexte de se soigner.

 

Avec une grande sobriété, Bruno Dumont met en scène toute la souffrance et l'attente. Juliette Binoche mise à nu nous montre une Camille désemparée, paranoïaque, certes, mais loin des malades mentaux qui l'entourent et avec qui elle semble néanmoins tisser quelques liens fragiles.

Pas de musique, le mistral, les pierres qui roulent sous les pas incertains, le martèlement des galoches sous les voûtes de l'abbaye, les cris et obsessions des patients et au-dessus de ces bruits du quotidien le silence ; le silence comme refuge, le silence comme bourreau. Les dialogues sont rares, les conversations impossibles, le plus bavard étant Paul lorsqu'il évoque en grands mots sa conversion auprès de l'abbé. Il n'aura pas tant de verve avec sa soeur.

L'inquiétude de Camille, sa lassitude se lisent sur le visage sans fard de l'actrice, ce visage qu'elle offre au soleil qui sculpte des reliefs dans une magnifique scène dans laquelle la lumière devient un personnage central. Camille, elle, ne sculptera plus jamais. 

La représentation de Don Juan par les patients, rappel de la tragédie de la femme trompée par Rodin, nous fait passer du rire aux larmes portant un instant à son paroxysme le désarroi de Camille qui ne supporte plus les cris, les bruits, la maladie mentale et même la sollicitude des soeurs en charge de la surveillance des patients. Les véritables patients filmés par Dumont se présentent devant nous avec toute leur souffrance, leur absence ou leur tendresse ; c'est extrêmement poignant de lire sur ces visages meurtris la tendresse, l'empathie même.

L'arrivée de Paul ouvre le film aux dialogues et à une autre folie, celle de la mystique excessive, sacrificielle. Tout à l'écoute de Dieu, il n'entend pas (ou ne veut pas entendre sa soeur). Il juge l'art responsable de la dévience de Camille, les artistes étant, sauf à être très forts mentalement, tous voués à la débauche et à la folie. Paul se confie au prêtre, au papier mais oublie de parler à sa soeur. Il ne voit que lui, admire son propre corps, son propre sacrifice financier pour sa soeur, sans sortir de son carcan.

L'espérance d'un retour à la liberté avec cette visite tant attendue par Camille  --elle n'avait vu personne de sa famille depuis son internement-- est écrasée par le silence, et c'est en silence que Camille rejoindra son banc face aux lavandes pour offrir son visage à la lumière.

Un film très fort, très dur et magistralement interprêté et filmé.

En un mot, un film bouleversant.

Camille Claudel, La Valse

Camille Claudel, La Valse

Auguste Rodin, Assemblage, masque de Camille Claudel et main gauche de Pierre de Wissant

Auguste Rodin, Assemblage, masque de Camille Claudel et main gauche de Pierre de Wissant

Voir les commentaires

Syngué sabour, Pierre de patience, Atiq Rahimi

24 Mars 2013, 19:09pm

Publié par Parisianne

Il s'agira ici du livre d'Atiq Rahimi, Goncourt 2008,  et non du film sorti récemment réalisé par l'auteur avec la participation de Jean-Claude Carrière. Personnellement, je n'ai pas vu le film mais si vous l'avez vu et que vous souhaitez en parler, vos commentaires seront les bienvenus.

 

D'après une légende perse, la syngué sabour, pierre de patience, est une pierre magique que l'on pose devant soi pour lui faire partager ses malheurs, ses souffrances, toutes ces choses qui rendent la vie pesante. On lui confie ce que personne ne peut entendre et la pierre absorbe jusqu'à exploser. Ce jour là, on est délivré de sa misère.

A quel prix ?

 

Quelque part en Afghanistan ou ailleurs " précise l'auteur.

L'histoire se passe dans un pays musulman en guerre, une femme veille son mari paralysé et sans aucune expression, depuis qu'il a reçu une balle dans la nuque. Seule avec ses deux filles au milieu du chaos, elle désespère de voir son mari revenir à la vie : "Au nom d'Allah, fais-moi signe pour me dire que tu sens ma main, que tu vis, que tu reviens à moi, à nous. Juste un signe, un petit signe pour me donner de la force, de la foi." Mais malgré ses soins attentifs et ses prières incessantes, l'homme ne donne aucun signe de vie. Les jours passent et la tension croît.

Peu à peu, la femme se met à parler à son époux, elle lui raconte sa vie, elle se raconte. Elle lui fait part de ses craintes avant son mariage, de sa terreur au moment de la nuit de noce trois ans après le mariage avec ce héros combattant qu'elle attendait confiée à la surveillance de sa belle-mère.

"Enfin, imagine, être fiancée pendant presque un an, et mariée pendant trois ans à un homme absentn ce n'est pas évident ! Je vivais avec ton nom. Je ne t'avais même pas vu, entendu, touché auparavant. J'avais peur, peur de tout, peur de toi, du lit, du sang. Mais en même temps c'était une peur que j'aimais."

Au fil des mots,  douloureusement d'abord puis plus ouvertement, elle se livre, laisse s'exprimer sa haine et sa colère, ses regrets aussi face à cet homme parfois violent, ce combattant qui n'a jamais eu la moindre considération pour elle.

"Le sanglot lui vole la voix. Elle s'écarte du mur, ferme les yeux, respire profondément pour dire un mot. Elle n'y arrive pas. Le mot doit être lourd, lourd de sens, lourd à écraser sa voix. Elle le garde alors au fond d'elle, et cherche autre chose de léger, doux, facile à énoncer : "Et toi, tu savais que tu avais une femme et deux filles !" Elle se frappe sur le ventre. Une fois. Deux fois. Comme pour expulser ce mot lourd qui s'est enfoui dans ses tripes. Elle s'accroupie et crie : "Est-ce que tu pensais un moment à nous lorsque tu épaulais ta putain de kalachnikov ? Fils de..."  réprimant encore le mot."

"Les hommes qui ne savent pas faire l'amour font la guerre."

Livrée à elle-même, elle finit par emmener ses filles chez sa tante et revient seule vers son homme pour poursuivre ses confessions même si parfois ses propres mots, son audace l'effraient "Mais... mais pourquoi je lui raconte tout ça ? Accablée par ses souvenirs, elle se lève lourdement. Je n'ai jamais voulu que quelqu'un le sache. Jamais ! […] Il me rend folle ! il me rend faible ! il me pousse à parler ! à avouer mes fautes, mes erreurs ! Il m'écoute ! il m'entend ! c'est sûr ! il chercher à m'atteindre... à me détruire !" 

Mais plus elle se confie, plus la confession devient nécessaire, "je me suis aperçue qu'en effet, depuis que tu étais malade, depuis que je te parlais, que je m'énervais contre toi, que je t'insultais, que je te disais tout ce que j'avais gardé sur le coeur, et que toi tu ne pouvais rien me répondre, que tu ne pouvais rien faire contre moi... tout ça me réconfortait, m'apaisait. […] Parce que désormais je possède ton corps, et toi mes secrets. Tu verras, […] mes secrets te feront vivre. […] Ton souffle est suspendu au récit de mes secrets. […] Mais ne t'inquiètes pas mes secrets n'ont pas de fin ". 

Au fil des jours, la femme traverse les épreuves de la guerre avec son lot de violences et de barbarie et poursuit le récit de sa vie. Comme Shéhérazade racontant ses histoires au roi de Perse pour sauver sa tête, la femme livre son intimité à son mari pour le maintenir en vie et se libérer de son fardeau. Elle lui raconte tout, jusqu'au don de son corps à un jeune soldat qui la prend pour une prostituée, ce pour quoi elle s'est fait passer dans l'espoir d'échapper au viol, et avec qui elle finit par lier une relation tendre. Elle avoue également les extrêmes dans lesquels elle est tombée à seule fin de garder son homme, ces choses inavouables auxquelles elle s'est soumise.

Et ainsi, jusqu'à l'éclatement de sa pierre de patience, jusqu'à sa délivrance,  brutale, douloureuse.

 

Dans un style plutôt simple, ce qui n'enlève rien à la beauté du récit, Atiq Rahimi (qui écrivait là son premier roman en français)  se met donc dans la peau de cette femme qui se livre progressivement à une véritable introspection. Le sujet est violent et douloureux, la révolte est permanente.

 

Un très beau récit malgré la voix de l'homme dans les propos de la femme. Je veux dire par là que certains passages me paraissent vraiment trop crus ou manquant de finesse, voire d'élégance pour que l'on puisse réellement affirmer qu'un homme peut réellement parler au nom d'une femme, même lorsqu'il s'agit d'un auteur de talent. Nous devrions avoir l'occasion de reparler de cette identification à l'autre sexe à travers le dernier livre de Marie Nimier, j'y reviendrai !

 

 

 

 

 

 

 

Syngué sabour, Pierre de patience, Atiq Rahimi

Voir les commentaires

La naissance d'Eve

23 Mars 2013, 07:08am

Publié par Parisianne

La naissance d'Eve

Je suis en retard mais il n'est jamais trop tard n'est-ce pas pour partager les bons moments. J'étais dernièrement au musée Rodin pour une lecture par Charles Gonzales et Michael Lonsdale sur le thème de la naissance d'Eve. 

Eve, la première femme créée d'après la Genèse dans une côte d'Adam ; Eve, celle qui transgressera les ordres et ira croquer le fruit de l'Arbre de la connaissance du bien et du mal (entre nous, qui aurait pu résister ?) et l'aura fait goûter à Adam, elle n'était pas égoïste !  Ce pêché de gourmandise aura tout de même des conséquences, Dieu chassera l'homme et la femme du jardin d'Eden pour qu'ils n'aient pas l'idée de cueillir le fruit de l'Arbre de vie qui les aurait rendus immortels. Eve sera condamnée à enfanter dans la douleur, à être soumise à son homme dont elle est également avide... (cela se passe de commentaires...) Adam sera quant à lui condamné à travailler pour se nourrir et à mourir. Voilà un résumé, un peu succinct je vous l'accorde, il faut lire la Genèse pour en savoir davantage.

 

C'est autour de ce thème et de La Naissance d'Eve sculptée par Rodin que se sont articulées les lectures poétiques de cette séance. Des extraits de la Genèse bien sûr, mais également des poèmes de Pierre Corneille, de Charles Péguy ou encore de Marceline Desbordes Valmore, Andrée Chédid ou Victor Hugo dont je vous mets ci-dessous "Le  sacre de la femme", c'est le plus simple à trouver. Des textes de Rodin lui-même qui parle de la création de cette oeuvre.

 

L'Eve de Rodin était destinée à être le pendant d'Adam sur la Porte de l'Enfer, dans un projet de 1881. Rodin commença à sculpter une figure fémine mais cette oeuvre restera inachevée pour une raison que je prends pour un clin d'oeil de la femme : le modèle, enceinte dut arrêter de poser ! Sensible à cet (heureux) événement qui l'avait conduit à modifier son oeuvre sans d'abord comprendre pourquoi, le sculpteur la laissera finalement en l'état, sans grande finesse mais avec une pose aussi sensuelle que pudique.

Féminine, tout simplement ?

La naissance d'Eve
La naissance d'Eve
La naissance d'Eve

Victor HUGO - Le sacre de la femme - Ève

(IV)

Ève offrait au ciel bleu la sainte nudité ;

Ève blonde admirait l'aube, sa soeur vermeille.

 

Chair de la femme ! argile idéale ! ô merveille ! 

Pénétration sublime de l'esprit 

Dans le limon que l'Être ineffable pétrit !

Matière où l'âme brille à travers son suaire !

Boue où l'on voit les doigts du divin statuaire !

Fange auguste appelant le baiser et le coeur, 

Si sainte, qu'on ne sait, tant l'amour est vainqueur, 

Tant l'âme est vers ce lit mystérieux poussée, 

Si cette volupté n'est pas une pensée, 

Et qu'on ne peut, à l'heure où les sens sont en feu,

Étreindre la beauté sans croire embrasser Dieu !

Ève laissait errer ses yeux sur la nature.

 

Et, sous les verts palmiers à la haute stature, 

Autour d'Ève, au-dessus de sa tête, l'œillet

Semblait songer, le bleu lotus se recueillait, 

Le frais myosotis se souvenait ; les roses 

Cherchaient ses pieds avec leurs lèvres demi-closes ;

Un souffle fraternel sortait du lys vermeil ; 

Comme si ce doux être eût été leur pareil, 

Comme si de ces fleurs, ayant toutes une âme, 

La plus belle s'était épanouie en femme.

Voir les commentaires

Le sermon de la chute de Rome, Jérôme Ferrari

21 Mars 2013, 12:12pm

Publié par Parisianne

Ce roman a reçu le Prix Goncourt 2012.

 

Je ne lis pas systématiquement les prix littéraires mais il m'arrive parfois de voir mon attention attirée par certains. Cette année, entre le Grand Prix du roman de l'Académie Française, le Prix Fémina étranger et maintenant le Goncourt je rétablis ma moyenne !

 

Je ne saurais cependant pas dire si j'ai été convaincue ou décontenancée par celui-ci. L'écriture de Jérôme Ferrari est certes très belle, portée par de longues phrases qui résonnent parfois comme le chant polyphonique dont il est question à plusieurs reprises. Mais l'alternance entre le lyrisme et une certaine trivialité, si elle ancre le roman dans le réel, m'a parfois dérangée. D'autre part, la référence explicite et expliquée au sermon de Saint Augustin a mis le doigt sur une de mes lacunes, je reconnais ne pas être suffisamment versée sur le sujet pour avoir, peut-être, saisi toutes les subtilités...

 

 Le premier chapitre m'a cependant paru original. Marcel contemple une photo sur laquelle il n'est pas. Et s'il n'est pas sur ce cliché c'est simplement parce qu'il n'est pas encore né. Il regarde donc sa famille telle qu'elle était avant sa naissance, il regarde sa mère, "et chaque fois qu'il croise le regard de sa mère, Marcel a l'irrépressible certitude qu'il lui est destiné et qu'elle cherchait déjà, jusque dans les limbes, les yeux du fils encore à naître et qu'elle ne connaît pas." C'est ainsi que s'ouvre devant nous l'histoire de Marcel, de sa famille dont il contemple les visages disparus "[…] nous savons ceci : pour qu'un monde nouveau surgisse, il faut d'abord que meure un monde ancien."

C'est cette succession de mondes que l'auteur nous donne à voir ici. Un monde s'effondre, un autre renaît de ses cendres mais cela signifie-t-il qu'un monde va toujours inexorablement à sa perte ? "Le monde est comme un homme : il naît, il grandit et il meurt." Saint Augustin

 

L'essentiel de l'histoire se passe dans un petit village de Corse. Matthieu, aidé par son grand-père Marcel qui lui prête de l'argent, et Libero son ami d'enfance, l'un et l'autre élèves brillants arrêtent leurs études de philosophie pour venir reprendre le bar du village de leur enfance afin de le faire à nouveau prospérer. Pleins de rêves et d'ambitions, les deux jeunes gens ne ménagent pas leurs forces pour attirer les clients. "On aurait dit que c'était le lieu choisi par Dieu pour expérimenter le règne de l'amour sur terre et les riverains eux-mêmes, d'habitude si prompts à se plaindre des moindres nuisances, au premier rang desquelles il fallait compter la simple existence de leurs contemporains, arboraient le sourire inaltérable et béat des élus." 

Le succès est au rendez-vous, villageois et touristes viennent autant pour le plaisir de se retrouver pour écouter le jeune chanteur que pour les jolies serveuses engagées par les nouveaux tenanciers. Ces derniers sont totalement pris par leur rêve au point de ne pas voir l'évolution des choses "ils n'étaient pas des dieux mais seulement des démiurges, et c'était le monde qu'ils avaient créé  qui les tenait maintenant sous l'autorité de son règne tyrannique […] ils surent que le monde qu'ils avaient créé ne les laisserait pas partir […]"

Leur entreprise prend rapidement un tour qui leur échappe, les conduisant à des comportements excessifs tendant vers la débauche. "Le démiurge n'est pas Dieu. C'est pourquoi personne ne vient l'absoudre des pêchés du monde."

Matthieu éternel rêveur et grand égoïste incapable de se prendre en charge ne voit rien venir alors que Libero fait preuve d'une plus grande clairvoyance et décide de tout arrêter parce qu'"il n'aimait pas ce qu'il était devenu". Mais lorsque la machine est lancée il est parfois impossible de l'arrêter.

"Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les mondes. Mais nous pouvons toujours guetter les signes de leur fin. Le déclenchement d'un obturateur dans la lumière de l'été, la main fine d'une jeune femme sur celle de son grand-père, ou lavoile carrée d'un navie qui entre dans le port d'Hippone, portant avec lui, depuis l'Italie, la nouvelle inconcevable que Rome est tombée."

Ce roman plutôt très sombre et pessimiste s'achève sur le sermon de Saint Augustin qui interroge "Depuis quand crois-tu que les hommes ont le pouvoir de bâtir des choses éternelles ? L'homme bâtit sur du sable. Si tu veux étreindre ce qu'il a bâti, tu n'étreins que le vent. Tes mains sont vides et ton coeur affligé. Et si tu aimes le monde, tu périras avec lui. " […] "Mais votre âme remplie de la lumière de Dieu ne passera pas. Les ténèbres ne l'engloutiront pas.

"Les mondes passent, en vérité, l'un après l'autre, des ténèbres aux ténèbres, et leur succession ne signifie peut-être rien."

Et finalement, le grand-père, Marcel, qui a vu s'effondrer son monde aurait-il poussé son petit-fils à sa perte en lui permettant de reprendre ce bar ?

De nombreuses questions incitées par Jérôme Ferrari, qui rappelons-le est professeur de philosophie. Un roman à la lecture finalement assez aisée même si parfois certaines références peuvent nous échapper, ce fut mon cas !

 

 

 

 

  

Voir les commentaires

Printemps

20 Mars 2013, 06:22am

Publié par Parisianne

Prendre la vie à bras le corps

Rire et chanter dès le matin

Inviter Soleil et ses ors,

Nuées de petits diablotins

Très habiles à nous faire chanter.

Ecouter la nature en éveil

Murmurer ses meilleurs conseils

Pour savourer le bel été

Sur lequel nous pourrons compter...

Printemps

Voir les commentaires

Gould Menuhin, Théâtre de l'Atelier

18 Mars 2013, 06:01am

Publié par Parisianne

Gould Menuhin, Théâtre de l'Atelier

Se rendre au théâtre est toujours une fête mais le charme de certains lieux rend le plaisir encore plus grand. C'est le cas du Théâtre de l'Atelier, niché au coeur de Montmartre, à deux pas du Sacré Coeur et de la place des Abbesses. Alors si, en plus, la représentation associe théâtre et musique la soirée ne peut qu'être belle.

Gould Menuhin, sur une idée d'Ami Flammer, mise en scène Charles Berling, Christiane Cohendy avec Ami Flammer, Charles Berling et Aurélie Nuzillard.

 

Vous connaissez tous l'acteur Charles Berling, certains connaissent sûrement le violoniste Ami Flammer, Premier Prix de violon au conservatoire national de Paris en 1969 dont le parcours musical fait rêver.

Dans cette pièce, Charles Berling et Ami Flammer dialoguent et jouent, jouent et dialoguent, se racontent et nous racontent la vie et la rencontre de ces deux immenses musiciens que furent le violoniste américain Yehudi MENUHIN (1916-1999) et le pianiste canadien Glenn GOULD (1932 - 1982).

Dans une mise en scène très originale, avec pour décor un studio d'enregistrement dont le fond nous montre des images d'archives, les deux artistes accompagnés de la jeune Aurélie Nuzillard (tantôt journaliste, tantôt épouse Menuhin) confrontent le talent et les différences fondamentales entre le violoniste homme de scène et le pianiste homme de studio.

Yehudi Menuhin, débute le violon alors qu'il est encore très jeune  et par un travail acharné devient vite un virtuose. Il n'a que 10 ans lorsqu'il vient donner un premier concert à Paris en tant que premier violon de l'Orchestre Lamoureux. L'année d'après, il interprête le triple concerto de Beethoven avec le New York Symphony Orchestra, sa carrière est lancée et tournée vers le public. Il voir l'art, et la musique en particulier, comme un moyen de rapprocher les hommes, ce qui lui vaudra de nombreuses critiques lorsqu'il jouera aussi bien pour les troupes américaines que pour des blessés allemands. 

Ami Flammer nous présente le virtuose et fait parler ses souvenirs et son coeur autant que son violon, il se met parfois dans la peau de Menuhin mais est le plus souvent un narrateur convaincant et passionné.

Glenn Gould a également commencé très tôt la musique, il est réputé pour ses interprétations très personnelles et son attitude excentrique. Dans les années 50, il participe à des concerts pour finalement abandonner totalement la scène en 1964 afin de se consacrer presque exclusivement à des enregistrements en studio, partant du principe qu'on ne savoure jamais si bien la musique que seul chez soi pour ne pas se laisser perturber par la mise en scène. 

Si Charles Berling, contrairement à Ami Flammer, n'interprête pas réellement la musique au piano, il n'en est pas moins totalement en phase avec le personnage de Gould dont il imite parfaitement les mimiques et la gestuelle de cet artiste original.

Au début un peu déconcertés par cette alternance entre le dialogue entre Charles Berling et Ami Flammer et la mise en scène d'instants de la vie des musiciens, on se laisse vite prendre au jeu et cette partition à quatre voix se joue devant nous pour notre plus grand plaisir.

 

Voir les commentaires

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

8 Mars 2013, 18:38pm

Publié par Parisianne

Elles ont entre 12 et 37 ans, viennent de Tokyo, Hiroshima, Hokkaido, de la ville, de la montagne, de la campagne, certaines n'avaient jamais vu la mer... Ces jeunes japonaises se retrouvent unies dans l'attente d'une nouvelle vie, toutes sur un navire en partance pour l'Amérique, toutes attendues là-bas par un mari qu'elles n'ont pas choisi mais qui a payé leur dot à leurs familles. Pendant la traversée, inquiétudes et questions alternent avec certitudes d'un avenir meilleur " à présent nous étions sur le bateau, le passé était derrière nous et il n'y avait pas de retour possible " […] " Si tu reviens, nous avait écrit notre père, tu attireras la honte sur la famille tout entière... "

 

Lorsqu'elles arrivent, les jeunes maris fringants dont elles conservent la photo dans leur kimono sont des hommes fatigués par le labeur, aigris, violents parfois. Rares sont ceux qui ont fait fortune comme elles le pensaient. Elles ont échappé aux rizières pour travailler dans les champs sous le joug d'exploitants blancs. Leur rêve ne devient pas réalité "et nous comprenions que jamais nous n'aurions dû partir de chez nous ".

La vie s'écoule, laborieuse toujours, douloureuse souvent, " quelque fois dans son sommeil l'homme posait sur nous ses mains épaisses et noueuses et nous essayions de ne pas nous soustraire à son étreinte. Parfois il ouvrait les yeux dans la lueur de l'aube, voyait notre tristesse et nous promettait que les choses allaient changer. Et nous avions beau lui avoir lancé quelques heures plus tôt : "Je te déteste " alors qu'il nous grimpait dessus dans l'obscurité, nous le laissions nous réconforter car il était tout ce que nous avions. Il arrivait qu'il regarde à travers nous sans nous voir, et c'était là le pire. Est-ce que quelqu'un sait qui je suis ici ? "

Effectivement, quelqu'un d'autre qu'un membre de la communauté japonaise s'intéresse-t-il au sort de ces familles ? C'est très rare. Etrangers ils sont, étrangers ils restent même après de nombreuses années de vie et de labeur sur les terres d'Amérique. " Ils ne voulaient pas de nous comme voisins dans leurs vallées. Ils ne voulaient pas de nous comme amis. " Mais ces travailleurs infatigables prennent vite le contrôle de certaines filières de production de légumes, par exemple. Les jalousies se déchaînent alors très vite entraînant des exactions " Parfois, ils passaient devant nos cabanes et criblaient nos fenêtres de chevrotines, ou mettaient le feu à nos poulaillers. Parfois ils dynamitaient nos remises. Brûlaient nos cultures alors qu'elles commençaient à mûrir... "

Malgré les difficultés, des enfants naîtront, certains resteront ancrés dans la tradition japonaise des parents, d'autres seront de vrais petits américains et renonceront à la culture de leurs ancêtres mais tous, à l'heure  de la seconde guerre mondiale deviendront des suspects, des ennemis à neutraliser, des espions en puissance. Et alors que pour quelques uns la vie était devenue plus clémente, tout va basculer de nouveau. " Du jour au lendemain, nos voisins se mirent à nous regarder différemment." "Dans les journaux et à la radio, on commençait à parler de déportation de masse. "

C'est ainsi que les japonais disparaissent des villes et des campagnes où ils étaient installés et que si quelques uns s'inquiètent de leur sort, d'autres disent simplement " il faut bien continuer à vivre "...

 

Ce beau roman, prix Fémina Etranger 2012, s'inspire de la réalité de la vie des nombreux immigrants japonais arrivés aux Etats-Unis au début du XXe siècle. L'écriture sobre fait parler un "nous" qui ne met pas en scène un personnage unique mais bien toutes ces femmes qui s'expriment d'une seule voix pour conter leur vie en une suite de longues énumérations lancinantes. Parfois, l'une d'entre elle se distingue et vient se faire entendre en criant un "je" retentissant alors exprimé au présent, l'ensemble du texte étant par ailleurs entièrement à l'imparfait. 

Un roman sur fond d'Histoire qui résonne comme un choeur douloureux sans larmoiement ni pathos. Très fort, très beau et aussi très instructif. Un livre marquant.

 

 

 

 

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

Voir les commentaires

1 2 > >>