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Les musardises de Parisianne

L'amour est une île, Claudie Gallay

30 Mai 2013, 05:42am

Publié par Parisianne

Avignon est écrasée de chaleur et de doutes. Le festival s'englue dans la grève menée par les intermittents, les uns se battent, les autres se résignent mais tous semblent insatisfaits. Au milieu de ce paysage chaotique, des destins se croisent pour mieux se briser.

Marie, une jeune fille perturbée par la mort de son frère vient dans l'unique but d'entendre jouer Nuit Rouge, la pièce que ce dernier a envoyée à Odon Schnadel, propriétaire du théâtre le Chien-Fou. Marie erre comme un fantôme et prends des photos. Elle sait que Paul a envoyé un autre texte, Anamorphose, dont il a attendu en vain un avis de publication. Par amour, Marie cherche la trace de ce frère disparu prématurément et se refuse à vivre.

Mathilde, surnommée La Jogar, est une actrice rendue célèbre par un texte qu'elle a écrit et joué. Elle revient dans sa ville natale. C'est la première fois depuis le début de son succès et sa fuite malgré l'amour passionné d'Odon qui n'a pas pu la retenir.

Odon offre au public la pièce de Selliès, un auteur inconnu pour un texte douloureux. C'est un pari presque plus dangereux que la roulette russe mais Odon ne reculerait pour rien au monde, comme s'il avait une dette envers Paul Selliès, et envers sa petite soeur Marie qui débarque avec toute sa souffrance.

"Une journaliste attend Odon dans la loge. Lui aussi est soulagé. Le trac était un peu encombrant mais, dans l'ensemble, c'était bien.

- Vous avez l'air épuisé, dit la journaliste, on dirait que c'est vous qui avez joué.

Il ne répond pas. Il cherche une bouteille d'eau.

Elle lui demande les raisons de ce spectacle plutôt sombre. Ça le met tout de suite en colère, comme si le théâtre était fait pour enjoliver.
- Une vie humaine se résume à quatre petites choses, l'amour, la trahison, le désir et la mort. Nuit Rouge creuse dans tout cela.

[…]

- Il n'y a que cela, la vie, la mort, l'inévitable ! Et l'utopie, c'est qu'il reste à inventer pour tenter de s'en sortir. C'est pour ça que le personnage de Julie meurt, elle est incapable d'ouvrir d'autres portes.

La journaliste trouve quand même étonnant ce choix d'un auteur inconnu.

[…]

Il dit que Selliès est mort à vingt-cinq ans, quelques semaines seulement après avoir écrit ce texte et sans même avoir eu le temps de savoir qu'il avait été lu.

- Je ne l'ai jamais rencontré. J'ai reçu le manuscrit par la poste.

Il dit qu'écrire ne suffit pas. Il parle de cette difficulté de trouver le souffle d'un texte, cette chose essentielle qui fait qu'il ne sera pas seulement joué mais porté, transcendé. La littérature est plus qu'une succession de mots."

 

Dans une atmopshère suffocante, Claudie Gallay fait vivre ses personnages grâce à son style sec, sans fioritures. C'est dense et rapide, violent et tendre, on se laisse prendre.

L'intrigue se noue au fil des pages comme se nouent les destins de chacun, c'est douloureux et l'on se rend compte que rien n'arrive par hasard. 

Un très beau roman différent mais tout aussi fort.

" L'amour est une île. Quand on part, on ne revient pas.

[…]

La passion est un fruit à croissance rapide, il retombe vite et ... pourrit "

L'amour est une île, Claudie Gallay

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Des corps dans l'atelier, chez Rodin

27 Mai 2013, 20:26pm

Publié par Parisianne

Au musée Rodin dernièrement, une lecture par Charles Gonzalès et François Marthouret sur le thème du rapport de l'artiste au modèle.

Des textes de Michel Ange, Antoine Bourdelle, Jean Genêt ou Giacometti mais aussi de très nombreux écrits de Rodin lui-même ainsi que des extraits de L'Art, Auguste Rodin, entretiens réunis par Paul Gsell.

Une lecture vivante, un véritable dialogue entre les deux acteurs ont fait de ce moment un instant privilégié. 

Rodin évoque dans L'Art son rapport au corps, j'ai découvert qu'il aimait s'entourer de modèles hommes et femmes qu'il invitait à se déplacer nus dans l'atelier afin d'observer les corps, les mouvements et donner ainsi plus de vie à son travail.

Voici un extrait de ces entretiens, c'est un peu long mais vraiment, prenez le temps de le lire, c'est très intéressant :

"Dans son atelier circulent ou se reposent plusieurs modèles nus, hommes et femmes.

Rodin les paie pour qu’ils lui fournissent constamment l'image de nudités évoluant avec toute la liberté de la vie. Il les contemple sans cesse, et c’est ainsi qu’il s’est familiarisé de longue date avec le spectacle des muscles en mouvement. Le nu qui pour les modernes est une révélation exceptionnelle, et qui, même pour les sculpteurs, n’est généralement qu’une apparition dont la durée se limite à la séance de pose, est devenu pour Rodin une vision habituelle. Cette connaissance coutumière du corps humain, que les anciens Grecs acquéraient à contempler les exercices de la palestre, le lancement du disque, les luttes au ceste, le pancrace et les courses à pied et qui permettait à leurs artistes de parler naturellement le langage du nu, l’auteur du  Penseur se l'est assurée par la présence continuelle d’êtres humains dévêtus qui vont et viennent sous ses yeux. Il est arrivé de cette façon à déchiffrer l’expression des sentiments sur toutes les parties du corps.

Le visage est généralement considéré comme le seul miroir de l’âme ; la mobilité des traits de la face nous semble l’unique extériorisation de la vie spirituelle.

En réalité, il n’est pas un muscle du corps qui ne traduise les variations intérieures. Tous disent la joie ou la tristesse, l’enthousiasme ou le désespoir, la sérénité ou la fureur... Des bras qui se tendent, un torse qui s’abandonne sourient avec autant de douceur que des yeux ou des lèvres. Mais pour pouvoir interpréter tous les aspects de la chair, il faut s’être entraîné patiemment à épeler et à lire les pages de ce beau livre. C’est ce que firent les maîtres antiques aidés par les mœurs de leur civilisation. C’est ce qu’a refait Rodin de nos jours par la force de sa volonté.

Il suit du regard ses modèles ; il savoure silencieusement la beauté de la vie qui joue en eux  […]

Certain soir, quand la nuit eut commencé à feutrer l’atelier de traits d’ombre, et tandis que les modèles se rhabillaient derrière des paravents, je m’entretins avec le maître de sa méthode artistique.

— Ce qui m’étonne chez vous, lui dis-je, c’est que vous agissez tout autrement que vos confrères. Je connais beaucoup d’entre eux et je les ai vus au travail. Ils font monter le modèle sur le piédestal qu’on nomme la table et ils lui commandent de prendre telle ou telle pose. Le plus souvent même ils lui plient ou lui allongent les bras et les jambes à leur guise, ils lui inclinent ou lui redressent le torse et la tête suivant leur désir, tout à fait comme s’il s’agissait d’un mannequin articulé. Puis ils se mettent à la besogne.

Vous, au contraire, vous attendez que vos modèles prennent une attitude intéressante, pour la reproduire. Si bien que c’est vous qui paraissez être à leurs ordres plutôt qu’eux aux vôtres.

Rodin, qui était en train d’envelopper ses figurines de linges mouillés, me répondit doucement :

— Je ne suis pas à leurs ordres, mais à ceux de la Nature.

Mes confrères ont sans doute leurs raisons pour travailler comme vous venez de le dire. Mais, en violentant ainsi la Nature, et en traitant des créatures humaines comme des poupées, ils risquent de produire des œuvres artificielles et mortes. "

 

Le rapport de l'artiste aux corps des modèles a donc été longuement abordé lors de cette lecture mais une question a également été posée : une oeuvre créée dans un environnement particulier -lumière, atmosphère- ne perd-elle pas un peu de son âme en quittant l'atelier de l'artiste pour rejoindre la demeure d'un collectionneur ou la salle d'un musée ? Il semble que Brancusi ait réglé le problème en léguant à l'Etat son atelier en l'état !

 

"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin
"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin
"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin
"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin
"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin
"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin

"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin

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Pour les mamans du monde entier...

26 Mai 2013, 06:53am

Publié par Parisianne

Pour les mamans du monde entier...

Bonne fête des mamans à toutes celles qui passeront ici.

 

Bonne fête Maman.

 

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Corps et âme, Franck Conroy

18 Mai 2013, 13:04pm

Publié par Parisianne

Corps et âme, Franck Conroy

Un grand merci à Laurence qui m'a soufflé le titre de ce magnifique livre !

 

Franck Conroy (1936-2005) est un écrivain américain. Il a publié des nouvelles et des articles sur la musique. C'est sans conteste un sujet qu'il maîtrise, tellement bien que pour un néophyte ce n'est pas toujours simple mais qu'importe de ne pas tout connaître ? Si quelques évocations techniques pas tout à fait à ma portée m'ont laissée sur le bord de la route, l'ensemble de ce roman m'a enchantée.

***********

New-York dans les années quarante.

Claude, un enfant très jeune, et malgré cela souvent livré à lui-même, observe le va-et-vient des passants depuis le soupirail de l'appartement en sous-sol qu'il occupe avec sa mère, Emma, ancienne chanteuse de cabaret devenue chauffeur de taxi. Il grandit seul, bercé par le martèlement des pas qui lui insuffle le goût du rythme.

Dans sa chambre, au milieu des fiches de taxis, de pneus de rechange et bidons d'huile, de vieux journaux et autres papiers, un trésor : "tout au fond, adossé au mur, presque enseveli sous des piles de livres et de partition, un petit piano console, blanc, avec soixante-dix touches et un miroir au-dessus du clavier". Attiré par l'instrument, l'enfant s'amuse " à tapoter des petites mélodies, parfois des fragments entendus à la radio, parfois des bribes de sa propre invention ". 

Peu à peu la musique s'immisce dans sa solitude. Après de longues hésitations, il se décide à pénétrer dans le magasin de musique devant lequel il s'arrête régulièrement. Aaron Weisfeld, qui a remarqué son manège, l'accueille chaleureusement, répond à ses questions avec beaucoup de gentillesse et en vient rapidement à l'initier à la musique, ayant décelé chez ce très jeune enfant une volonté d'apprendre et de réelles dispositions. Ainsi se noue entre le marchand et l'enfant une complicité studieuse dont naîtra un lien presque filial.

Aaron Weisfeld incite le petit garçon à travailler toujours davantage et avec rigueur, il le fait entrer en contact avec un maestro vieux et malade qui le prend sous son aile et lui permettra par testament de conserver son piano de concert et de fréquenter les meilleurs professeurs et d'être bien vite recherché par de grands musiciens avec qui il se produit.

"Il inspira profondément, une sorte de soupir, et la musique commença, occupant instantanément tout l'espace, telle une fleur géante s'épanouissant à partir du néant (...). L'air était dense de musique. 
Après les accords staccato des tutti, après le silence aussi bref qu'un battement de coeur (...), après la mesure et demie de doubles-croches qui s'écoulèrent comme les grains d'un sablier, Claude leva les mains, écouta Fredericks jouer les onze mesures suivantes. C'était clair, fougueux, apparemment facile. Claude s'entendit lui répondre une octave plus bas, avec une concentration réfléchie, contrôlant délibérément le sentiment d'euphorie qu'il sentait monter dans sa poitrine. C'était parti, ça leur échappait, c'était libre. Ils voguèrent jusqu'à la fin du morceau, comme un grand voilier roulant dans le vent.
"

A l'issue de ce premier grand concert en duo avec un de ses maîtres, le jeune homme se trouve entraîné par une vague de succès. La vie de Claude devient musique. D'apprentissage en rencontres, de travail en découvertes, il donne ses premiers concerts, se trouve sollicité par les grands et apprend la composition, faisant corps avec la musique.

"Le pouvoir de la musique était si fort qu'on eût dit qu'elle émanait des murs de la salle. Ils jouaient la musique, esprits, corps et âmes tendus à la limite, mais il était vrai que la musique les jouait aussi."

Ce court extrait explique merveilleusement le titre, le musicien fait corps avec la musique, la musique parle à l'âme. Et ce roman nous parle de ce lien si particulier à travers la quête de perfection de cet enfant devenu homme qui poursuit son chemin et ses interrogations sentant poindre dans sa culture classique un attrait pour les rythmes de jazz qu'il ne s'explique pas mais dont nous, lecteurs, aurons la clé. L'évolution du musicien suit la mouvance de l'époque, les doutes et les ouvertures sur d'autres cultures, comme sur une partition la vie est semée de noires et de blanches, de bémols et de silences que nous suivons avec délectation.

Un livre à savourer sans modération.

 

 

 

Mozart, concerto pour deux pianos K.635

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Petit à petit...

16 Mai 2013, 15:05pm

Publié par Parisianne

...l'oiseau fait son nid.

Ce joli couple de tourterelle avait trouvé refuge en haut d'un tilleul botté à l'automne. J'ai eu un plaisir immense à les observer durant une journée particulièrement longue et déplaisante, leur tendresse, leur application étaient un joli dérivatif.

Monsieur partait chercher des brindilles pour les porter à Madame et ils les installaient ensemble, Madame apportait en dernier la touche délicate, féminine et Monsieur repartait en quête de nouveaux matériaux. 

Malheureuseument, après 10 jours de patience à couver, un corbeau à fait fuir Madame en piquant sur son nid douillet. Nous ne les avons pas revus... 

Petit à petit...
Petit à petit...
Petit à petit...
Petit à petit...
Petit à petit...
Petit à petit...

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La place, Annie Ernaux

13 Mai 2013, 11:28am

Publié par Parisianne

 

Depuis longtemps je souhaitais découvrir Annie Ernaux dont je n'avais qu'entendu parler. Ne me demandez pas pourquoi j'ai choisi ce livre, La Place, plutôt qu'un autre, je serais bien incapable de vous répondre.

 

Dans La Place, Annie Ernaux nous livre l'histoire de ses origines.

Le récit débute par son épreuve de CAPES et enchaîne avec la mort de son père. Cette disparition qui fait ressurgir tout ce qu'il a été et tout ce qu'elle a fui.

 

La Place, c'est celle que l'on a dans la vie, celle que l'on se fait dans la société. Annie Ernaux semble ne jamais être à sa place. Elle s'éloigne de ses origines modestes et ne paraît pas plus à l'aise dans ce milieu bourgeois dans lequel elle s'installe.

 

Elle nous livre l'histoire de sa famille et de son père en particulier avec un recul à la limite de la froideur. Disons que ce doit être de la pudeur.

J'ai lu à l'instant qu'Annie Ernaux qualifiait elle-même son écriture de "plate", on parle également parfois d'écriture "blanche". Je préfère cette seconde qualification, ce n'est pas plat, c'est dénué de sensibilité. Cela ne signifie pas pour autant de sentiments.

 

Ce livre nous présente donc la famille de l'auteure, de ses grands-parents, installés dans le Pays de Caux, avec le grand-père qui se louait dans les fermes " c'était un homme dur [...]. Cette méchanceté était son ressort vital, sa force pour résister à la misère et croire qu'il était un homme " puis son père, né en 1899 "Quand je lis Proust ou Mauriac, je ne crois pas qu'ils évoquent le temps où mon père était enfant. Son cadre à lui c'est le Moyen Âge."

 

La famille est modeste mais bien à sa place. Trop peut-être pour la jeune fille qui fait des études supérieures et regarde d'un mauvais oeil ses parents un peu paysans. Mais son père avant-elle a également fui son milieu pour devenir ouvrier puis s'installer en ouvrant un petit commerce.

"Pour mon père, le patois était quelque chose de vieux et de laid, un signe d'infériorité. Il était fier d'avoir pu s'en débarasser en partie, même si son français n'était pas bon, c'était du français. "

Annie Ernaux parle beaucoup de la langue, on fait sa place par son langage et sa tenue "tout ce qui touche le langage est dans mon souvenir motif de rancoeur, de chicanes douloureuses, bien plus que l'argent !"

 

L'auteure présente donc ses parents avec un certain recul, elle prend la distance que l'on peut avoir avec les choses que l'on aime mais que l'on préférerait cacher aux yeux du monde.

 

Cette autobiographie est d'une lecture facile et rapide ce qui n'empêche pas la beauté de la langue. Je ne regrette pas d'avoir pénétré l'oeuvre d'Annie Ernaux par ce récit. Je vous invite à en faire autant.

La place, Annie Ernaux

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Promesses savoureuses

11 Mai 2013, 22:04pm

Publié par Parisianne

Fleurs de poirier

Promesses savoureuses

Fleurs de pommier

 

Promesses savoureuses

Fleurs de cerisier

Promesses savoureuses

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