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Les musardises de Parisianne

Plan B version Artiste avec un grand A

12 Décembre 2018, 12:14pm

Publié par Parisianne

Plan B version Artiste avec un grand A

Grand Corps Malade a sorti l'album Plan B Deluxe le 7 décembre chez Anouche Productions.

Une version Deluxe qui comprend quatre titres bonus inédits, notamment Sur la Lune dont vous pouvez voir le clip ci-dessous ainsi que la version piano voix de Dimanche soir, que vous avez peut-être entendue à ONPC.

Si comme moi vous êtes sensible à la volonté et au talent de ce garçon alors savourez son art de jouer avec les mots.

Je remercie cette fois encore Xavier de l'Agence Attitude de me tenir éveillée ! 

Plan B version Artiste avec un grand A
Plan B version Artiste avec un grand A

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Naufrage

9 Décembre 2018, 10:10am

Publié par Parisianne

Librement inspiré des Cris de Laurent Gaudé

Naufrage

Jules m’inquiète. Il est prostré, assis sur une caisse, les mains crispées sur les oreilles. Il ne se protège pas des pleurs ni du feu qui crépite en nous bien après la fin des assauts, il ne se défend plus de la guerre mais de ses voix intérieures qui hurlent dans la tempête et le submergent.

Une pâle lumière suinte dans la tranchée, Jules lève la tête. Nos yeux se parlent dans le silence. Le vrai silence, nous ne savons plus l’entendre. Un sanglot étouffé, un râle de souffrance, l’adieu à un frère nous martèlent incessamment les tympans. Quand ce n’est pas le fracas des balles sur les os. Le rugissement des obus déchirant la terre et les hommes.

Jules m’inquiète. Depuis la lettre de sa mère lui annonçant la naissance de ses filles, il ne parle pour ainsi dire plus. « Louise n’a pas écrit, elle doit être si fatiguée avec deux nourrissons » se contente-t-il de marmonner lorsque l’un de nous l’interroge.

La succion de la boue sous nos pas lui arrache toujours le même rictus, sa bouche tète l’air comme un nouveau-né. Et son regard se noie. Je l’ai entendu cette nuit fredonner une berceuse et l’ai vu se lever d’un bond, jeune père affolé par le cri de son tout petit. Il est resté là un moment, hagard, scrutant les hommes à ses côtés. J’ai deviné les larmes sur ses joues. Des larmes d’enfant qu’il ne pouvait sécher.

Il s’est laissé tomber à mes côtés et son murmure a imprégné ma nuit. Il m’a raconté la ferme, là-bas. Sa femme, son fils. Il m’a parlé de ses petites, de son envie de respirer leur peau, leur vie. Il m’a expliqué les voix qui le hantent, l’appellent, l’exhortent à les rejoindre. Il m’a parlé du chant de ses vivants au milieu de nos morts. Il m’a dit son envie de partir. Fuir.

Dans notre abri précaire, l’illusoire trêve nocturne nous offre un moment de paix et nous ramène chez nous. Jules parle des complaintes qui résonnent en lui et ranime par ses mots ma mémoire. Les paroles de ma mère, les rires de ma sœur, le chant des vendangeurs éclaboussant la terre d’un sang festif réveillent ma solitude. Dans la nuit de la Marne, mon soleil du Médoc me réchauffe les os, l’océan au loin chuchote dans ma tête, sa mélopée me submerge, son souffle me fouette le visage, j’en ai le goût du sel sur mes lèvres mordues pour retenir mon cri.

Jules s’est tu. Apaisé, il dort la tête posée sur mon épaule.

Je le repousse, me lève, m’éloigne du poste de garde. Un désir pressant donne de l’assurance à mon pas malgré l’obscurité. Personne pour me retenir. Je m’enfonce dans le boyau, enjambe les débris, et les corps de mes camarades. Un chant me guide, lumineux, envoutant. Mes voix m’appellent : « René, René… ». Mon nom déchire l’obscurité pour me précipiter dans la lumière. Comme un insecte, je m’élance aveuglément.

***

Le froid me sort de ma torpeur. J’ai dû m’assoupir sur l’épaule de René. Lui parler m’a libéré. Je cherche. Il n’est plus à mes côtés. Le flot de mes mots l’aura lassé, il est allé dormir. Le jour se lève sur un matin gris. Je me sens mieux.

Des ombres viennent à moi. Un corps échoue à mes pieds. Un seul mot : déserteur.

Le regard noyé de René m’emporte aussi sûrement qu’une lame de fond dans un tourbillon d’angoisse. Il a rejoint son océan, suivi le chant de ses sirènes.

©Parisianne

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Cris, Laurent Gaudé

7 Décembre 2018, 10:03am

Publié par Parisianne

Cris, Laurent Gaudé

Il y a quelques temps, je devrais plutôt dire quelques années, j'avais évoqué Laurent Gaudé, au sujet de la Porte des Enfers, j'avais prévu d'évoquer cet autre livre qui m'a profondément marquée. Il reste dans l'actualité des commémorations de ces dernières semaines, et m'avait à l'époque inspiré un texte court que je mettrais plus tard.

Autre livre, autre enfer, celui des tranchées cette fois. Et toujours autant de talent pour donner corps à ces personnages. J'aime décidement beaucoup cet auteur !

Cris, de Laurent Gaudé, ce sont des voix qui s'élèvent, des voix qui sortent de la terre meurtrie du front, de cette terre déchirée par la folie des hommes durant la Grande Guerre.

Marius, Boris, Ripoll, Jules ou encore le Gazé, le Lieutenant Régnier ou le Médecin, chacun leur tour ces hommes s'expriment dans un monologue intérieur.

Ils font entendre leurs cris de désespoir, de douleur, d'attachement à leurs frères, de haine à l'ennemi et à cette boue qui les uns après les autres va les ensevelir.

Une petite armée d'hallucinés qui n'a plus peur et ne sais plus dormir. Et dont les hommes restent, tête droite, regard écarquillé, en plein milieu du front. Nous sommes une armée de sourds éparpillés.

Les hommes se soutiennent, se supportent jusqu'au bout.

je suis arrivé au bout. Tout au bout de moi-même" et souffrent de voir souffrir leurs camarades. "Et je me demande bien quel visage à le monstre qui est là-haut, qui se fait appeler Dieu, et combien de doigts il a à chaque main pour pouvoir compter autant de morts.

Chacun parle à la première personne, observe la folie des combats et celle qui s’empare des plus fragiles "j'avais bien vu qu'il avait son air des mauvais jours. La haine au ventre. Et l'envie de courir tout droit, sans se coucher, sans esquiver, l'envie de ne plus se battre mais d'avancer, injuriant la terre entière."

Dans ce texte incantatoire, l'auteur de la Mord du roi Tsongor et du Soleil des Scorta nous plonge dans l'immédiateté des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissante.

Cris, Laurent Gaudé page 4 de couv

Je suis tout à fait de cet avis. Ces Cris résonnent encore, bien longtemps après avoir fermé ce magnifique livre.

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Alain EMERY, Silex

5 Décembre 2018, 18:57pm

Publié par Parisianne

Alain EMERY, Silex

EMERY Alain Silex, Zonaires Editions

 

Je vous avais prévenus, c'est pour un roman cette fois que je vous parle d'Alain EMERY. Son dernier né, aussi noir que le fond d'une grotte.

 

Que ce soit dans ses nouvelles, et les dernières dont je vous ai parlé sont vraiment savoureuses, ou bien dans ses romans, Alain maîtrise l'art du portrait, je disais dernièrement en m'appropriant ses propres mots "au scalpel", c'est encore le cas ici, même si l'outil est cette fois un tantinet ensanglanté !

 Vous me direz que je ne suis pas objective, parce qu'Alain est un ami, lisez donc les avis ici 

 Le destin a parfois des facéties de chef d'orchestre. Il s'installe dans la fosse, y convoque cuivres et cordes, et leur distribue une partition écrite pour eux. Quand vous, soliste, débarquez dans ce théâtre, il vous faut vous caler dans la mesure. Suivre le mouvement. Vous n'avez pas d'autre choix.

Partition pour chevrotine, était une sorte de fugue assez légère, caracolant sur des sujets plus ou moins actuels, Silex tient davantage du Requiem, par la profondeur de l'introspection autant que par la noirceur du sujet.

Avec un immense talent de conteur, Alain nous entraîne dans les méandres de l'âme du narrateur qui sentant la fin proche se confie par écrit aux inconnus qui trouveront sa dépouille.

 

Alain renoue ici avec une période qu'il affectionne, celle de l'après-guerre qui fait et défait les héros.

 

Le narrateur est de ces hommes de l'ombre qui portent en eux la noirceur de leurs actions brillantes, ermite dans un pays de montagne magnifiquement vivant sous la plume de l'auteur, le bonhomme est devenu aussi rugueux que les pierres qu'il foule depuis des décennies, lorsqu'un fait divers vient réveiller ses vieux démons.

 

Les cadavres sont nombreux, il faut le dire, mais l'art de la narration est grand et la beauté de l'écriture ferait presque oublier le sang qui imprègne la terre.

Certains bourreaux ont aussi un cœur, ils ont ici un sens aigu de l'amitié qui nous les rendrait presque sympathiques sous la plume poétique d'Alain.

 

Allons, n'ayez pas peur du noir et laissez vous tenter !

Ce soir, le ciel est un ventre de chat et des ravins montent comme des feux d'herbes humides. J'ai ouvert la fenêtre et la nuit qui s'y faufile à présent semble imprégnée de fer. La montagne est une griffe mauve et les nuages, qu'on croirait de braise, s'y éventrent en grognant. La forêt a tiré autour de moi d'impénétrables traits d'encre et sur le lac, se reflètent les rares étoiles.

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Musée Marmottan-Monet, Collections privées, un voyage des impressionnistes aux fauves

3 Décembre 2018, 20:25pm

Publié par Parisianne

Toulouse Lautrec

Toulouse Lautrec

Musée Marmottan-Monet, Collections privées, un voyage des impressionnistes aux fauves
Musée Marmottan-Monet, Collections privées, un voyage des impressionnistes aux fauves
Musée Marmottan-Monet, Collections privées, un voyage des impressionnistes aux fauves

C'est au musée Marmottan que ce tient, jusqu'au 10 février, cette magnifique exposition que je vous invite grandement à voir si ce n'est pas déjà fait.

Une soixantaine d’œuvres, peintures, sculptures, dessins, conservées en mains privées et pour beaucoup jamais exposées à Paris, font de cette exposition un des incontournables de l'automne parisien.

Caillebotte
Caillebotte

Caillebotte

Monet, Renoir, Caillebotte, Pissarro mais également Seurat, Signac ou encore Van Gogh puis Gauguin, Emile Bernard, les nabis, Bonnard, Vuillard, puis  Matisse et enfin les fauves avec derain, Vlaminck ou van Dongen pour n'en citer que quelques uns, et Picasso pour terminer font de ce parcours un condensé d'histoire de l'art de cette période foisonnante qui part des impressionnistes pour nous conduire à la modernité.

Monet
Monet
Monet

Monet

Une belle exposition à voir absolument !

Musée Marmottan-Monet, Collections privées, un voyage des impressionnistes aux fauves
Musée Marmottan-Monet, Collections privées, un voyage des impressionnistes aux fauves
Musée Marmottan-Monet, Collections privées, un voyage des impressionnistes aux fauves
Musée Marmottan-Monet, Collections privées, un voyage des impressionnistes aux fauves
Musée Marmottan-Monet, Collections privées, un voyage des impressionnistes aux fauves
Musée Marmottan-Monet, Collections privées, un voyage des impressionnistes aux fauves

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