L'art - mais il n'y a pas encore eu de l'art - l'art ne fait que commencer.
En raison des travaux à venir au Centre Pompidou et sur le parvis, l'Atelier (reconstitué) de Constantin Brancusi a été vidé, c'est l'occasion pour l'institution d'organiser une magnifique exposition consacrée à ce maître de l'art moderne.
Cette exposition me donne l'occasion de vous parler en même temps d'une bande dessinée d'Arnaud Nebache, Brancusi contre Etats-Unis, dans laquelle il évoque le procès à New-York de l’Oiseau dans l’espace, pièce magnifique, essence du vol, déclinée de nombreuses fois par l'artiste.
Entrer dans l'atelier de Brancusi, c'était pénétrer dans un autre monde.
Il ne pousse rien à l'ombre des grands arbres.
A sa mort en 1957, Brancusi, né en 1876, lègue à l'Etat français l'intégralité de son atelier à condition de le reconstituer dans le nouveau Musée d'Art Moderne. Ce sera d'abord au Palais de Tokyo puis, en 1977, sur la parvis du Centre Pompidou.
L'exposition actuelle retrace le parcours de l'artiste depuis ses jeunes années et son apprentissage à l'école des arts et métiers de Craiova puis à l'université nationale d'art de Bucarest. Dès cette période il est reconnu pour son talent puisqu'il obtient une commande publique. Désireux de parfaire sa formation, Brancusi rejoindra Paris à pied en s'arrêtant à Vienne puis Munich.
C'est en 1905 qu'il s'installe Impasse Ronsin dans le 15e arrondissement de Paris, et s'inscrit aux Beaux-Arts. L’exposition est d’ailleurs centrée autour de l’atelier, avec une petite reconstitution du lieu de travail, mais également les meubles façonnés par l’artiste, et de nombreuses photos.
Après un court passage dans l'atelier de Rodin, il décide de se lancer dans sa propre voie. Nous sommes en 1907, Brancusi abandonne le modelage pour la taille directe.
Le Baiser, si célèbre et si différent de celui du, plus célèbre encore, Baiser de Rodin, apparaît pour la première fois, il sera décliné pendant 40 ans, jusqu’à fondre les deux personnages masculin et féminin, réduits a leur union totale.
Le Baiser
L'atelier de l'Impasse Ronsin devient un lieu de travail, de vie, de fête, d'exposition et d'expérimentation.
Les amis passent, admirent, dansent entre les créations.
Brancusi travaille et simplifie à l'extrême.
Le buste devient tête, la tête aux traits à peine esquissés passe de portrait à image universelle.
La Muse endormie, portrait initial de la baronne Renée Irana Frachon décliné en plâtre puis en bronze, a d'abord été figuratif avant d'être cette magnifique tête couchée qui se joue de nous, regardeurs.
Bien sûr, tout ne se passe pas toujours bien, et Princesse X, réflexion sur le corps féminin qui ne retient que la courbe des formes arrondies de la tête et de la poitrine, fait scandale et sera enlevée par la police avant l'ouverture du Salon des Indépendants de 1920.
On doit à Matisse ou Picasso cette exclamation : "Voilà le phallus"... forcément, si les copains s'y mettent aussi, cela ne pouvait pas passer !
Brancusi poursuivra toute fois son travail sur la fusion du masculin et du féminin.
Une petite série de portraits !
Je n'ai cherché pendant toute ma vie que l'essence du vol. Le vol, quel bonheur !
Puis viennent les Oiseaux dans l'espace. On ne peut faire plus épuré. Un petit pan oblique pour figurer le bec, le reste n'est que légèreté, pureté, quête de l'absolu liberté, ascension vers le spirituel.
Et nous avons la chance de voir ces œuvres d'une grande délicatesse dans une salle ouverte sur Paris, le Sacré cœur en fond.
C'est un Oiseau dans l'espace, qui décidera de la naissance de la modernité. Envoyée à New York pour une exposition, l'Oiseau est arrêté à la douane, les douaniers lui refusent le statut d'œuvre d'art et veulent le taxer comme un morceau de métal. Brancusi portera plainte contre les Etats-Unis et un procès se tiendra à New York, mettant aux prises les tenants du figuratifs avec les amateurs d'expérimentation et de nouveauté.
Brancusi aura gain de cause, la sculpture moderne sera reconnue.
C'est là qu'intervient la BD dont je vous parlais en début de billet. Brancusi contre Etats-Unis. Un peu déroutée au début par le choix des couleurs, et le déroulé qui me semblait confus, le manque d'habitude sûrement, c'est comme les mangas que je prends toujours à l'envers, je me suis finalement habituée et j'ai aimé le débat.
Artiste ou artisan ? Œuvre d'art ou pièce manufacturée ? Vaste sujet et l'on voit apparaître des artistes comme Fernand Léger, Man Ray, Jean Cocteau et Marcel Duchamp pour ne citer qu'eux.
En ce qui concerne Duchamp, c'est intéressant qu'il ait été choisi pour l'occasion comme l'envoyé spécial au procès ! Nous savons que Duchamp vivait aux Etats-Unis mais nous savons surtout qu'il est l'inventeur du ready-made, ces objets détournés de leur utilité première auxquels il donne un titre pour en faire une œuvre d'art, souvenez-vous, l'urinoir, le porte-bouteilles ou encore la roue de vélo sur un tabouret. Comment ces oeuvres auraient-elles passé la douane, taxées ou non ?
Il est temps de finir avant de vous lasser. Quelques dernières petites choses cependant concernant Brancusi. Il faut imaginer qu'il a aussi beaucoup travaillé avec la photo, n'hésitant pas à demander à Man Ray de l'aider à choisir ses appareils. La photo permet de jouer avec le regard porté sur la matière et avec les reflets et la lumière. C'est aussi ce que fait le sculpteur avec ses œuvres.
Vous pouvez voir sur certaines photos le travail de polissage des bronzes, ils se font miroir des heures qui passent et de la lumière qui change, il se font reflet de nous qui les regardons. Brancusi est allé jusqu'à poser ses sculptures sur des socles pivotants pour leur donner un mouvement.
Enfin, puisque je parle de socle, regardez de près, vous verrez qu'un certain nombre d'entre eux est travaillé. Ils ne sont pas que socle, ils sont œuvre et quand une sculpture part, le socle peut bien sûr servir à une autre ou être utilisé comme sculpture et posé sur un socle ! C'est un peu la Colonne sans fin, qui s’annonce, un socle puis un autre et un autre encore jusqu'à atteindre 30 m de hauteur pour la version érigée en Roumanie en 1937-38.
Et juste avant de vous laisser, devinez quelles œuvres dans celles présentée ci-dessous portent le nom de Nouveau né ?
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Brancusi, mélomane aux goûts éclectiques, aimait voir des danseuses dans son atelier. Erik Satie était aussi de ses amis.
Vous imaginez une petite soirée entre amis : Fernand Léger, Man Ray, Marcel Duchamp, Erik Satie, Gabriële, et quelques autres, quel foisonnement d'idées, que de folies créatrices !
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Brancusi, l'esprit de la matière
Jamais Constantin Brancusi n'avait fait l'objet d'une exposition d'une telle ampleur. Plus de cent-vingt sculptures, mais aussi des photographies, dessins, films, archives, outils ainsi que du ...
https://www.centrepompidou.fr/fr/magazine/article/brancusi-lesprit-de-la-matiere
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1927, un procès ubuesque se tient à New York. Avocats, témoins, experts et artistes débattent pour savoir si le travail de Constantin Brancusi doit ê...
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