Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les musardises de Parisianne

Amour en cage

14 Février 2013, 08:15am

Publié par Parisianne

Amour en cage

Si je n'ai rien contre les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics comme le chantait si bien Georges Brassens, permettez-moi d'être totalement allergique à la pollution visuelle générée par cette mode des cadenas. Et je crains fort qu'aujourd'hui les ponts de Paris ne voient se multiplier les serments enferrés... Heureusement qu'Apollinaire nous a dit que Sous le Pont Mirabeau coule la Seine, on ne la verra bientôt plus...

 

*********

 

Qui sont donc ces amants qui sur le Pont des Arts emprisonnent leur amour et jettent à l’eau la clé pour, en des serments fous, enfermer leur futur ?

Qui sont ces amoureux aux sentiments si froids qu’il leur faut une grille pour crocheter leurs promesses ?

 

Je nouerais un ruban en guise de « je t’aime » et laisserais au vent le soin de l’emporter.

Partout où tu irais ce vent dans tes cheveux, sur ta joue, à tes lèvres glisserait de ces mots à peine murmurés, espoirs de lendemains, chantres de la liberté.

Il n’est nul besoin d’un de ces cadenas lourds, il suffit d’un regard, d’un sourire échangé pour sceller à jamais le plus doux des instants.

Quand sur le Pont des Arts passent ces amants-là front tourné vers demain, je crois en l’avenir.

Amour en cage

Voir les commentaires

Cris, Laurent Gaudé

13 Février 2013, 16:52pm

Publié par Parisianne

Laurent Gaudé est un auteur que j'aime particulièrement. Avant de vous parler prochainement de son dernier livre, Pour seul cortège, je mets cet article déjà publié en d'autres lieux. 

 

Cris, ce sont des voix qui s'élèvent, des voix qui sortent de la terre meurtrie du front, de cette terre déchirée par la folie des hommes durant la Grande Guerre.

 

Marius, Boris, Ripoll, Jules ou encore le Gazé, le Lieutenant Régnier ou le Médecin, chacun leur tour ces hommes s'expriment dans un monologue intérieur. Ils font entendre leurs cris de désespoir, de douleur, d'attachement à leurs frères, de haine à l'ennemi et à cette boue qui les uns après les autres va les ensevelir.

 

"Une petite armée d'hallucinés qui n'a plus peur et ne sais plus dormir. Et dont les hommes restent, tête droite, regard écarquillé, en plein milieu du front. Nous sommes une armée de sourds éparpillés."

 

Les hommes se soutiennent, se supportent jusqu'au bout, "je suis arrivé au bout. Tout au bout de moi-même" et souffrent de voir souffrir leurs camarades. "Et je me demande bien quel visage à le monstre qui est là-haut, qui se fait appeler Dieu, et combien de doigts il a à chaque main pour pouvoir compter autant de morts."

 

Chacun parle à la 1ère personne, observe la folie des combats et celle qui s'emparre des plus fragiles "j'avais bien vu qu'il avait son air des mauvais jours. La haine au ventre. Et l'envie de courir tout droit, sans se coucher, sans esquiver, l'envie de ne plus se battre mais d'avancer, injuriant la terre entière."

 

La critique en page 4 dit ceci :

"Dans ce texte incantatoire, l'auteur de la Mort du roi Tsongor et du Soleil des Scorta nous plonge dans l'immédiateté des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissante."

 

Je suis tout à fait de cet avis.

Ces Cris sous la plume de Laurent Gaudé résonnent encore, bien longtemps après avoir fermé ce terrible livre.

Cris, Laurent Gaudé

Voir les commentaires

Le Horla, Maupassant

12 Février 2013, 17:52pm

Publié par Parisianne

Parmi les plus célèbres nouvelles de Maupassant, Le Horla (1887) pénètre le monde du fantastique et de l'interrogation sur le double. Si je me penche aujourd'hui sur ce texte, c'est suite à une lecture par Nicolas Pignon, en présence de l'auteur, d'extraits d'Invisible et de Récit d'un noyé du philosophe Clément Rosset.

 

Je n'ai pu m'empêcher à l'écoute de ces textes de faire un parallèle avec le Horla qui évoque parfaitement le double même si, par rapport à Clément Rosset, il est davantage question chez Maupassant de folie, avec toute la dimension inquiétante que cela peut évoquer, plutôt que de dédoublement de la personnalité ou de "sortie de soi" comme c'est le cas chez C. Rosset. 

 

Une brève évocation des textes de Clément Rosset, sortis aux Editions de Minuit dont je vous livre le résumé sur le site marchand de ces mêmes éditions.

L'invisible, "Réflexions sur la faculté humaine de voir ce qui est invisible, d'entendre ce qui est inaudible, et de réaliser cet exploit, apparemment contradictoire qui consiste à ne penser à rien."

 

Alors forcément, quand je lis dans Maupassant " Est-ce que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe ? 

 

Récit d'un noyé, "Pendant que des médecins travaillaient à me maintenir en vie, à la suite d'une noyade qui aurait dû finir fatalement, j'ai vécu, ou rêvé, ou halluciné, des aventures si extraordinaires que l'idée m'est venue d'en rapporter au moins quelques-unes."

Ou encore, "Je suis perdu ! Quelqu'un possède mon âme et la gouverne ! quelqu'un ordonne tous mes actes, tous mes mouvements, toutes mes pensées. Je ne suis plus rien en moi, rien qu'un spectateur esclave et terrifié de toutes les choses que j'accomplis. " et plus loin "Mais celui qui me gouverne, quel est-il, cet invisible ? cet inconnaissable, ce rôdeur d'une race surnaturelle ? Donc les Invisibles existent".

 

Alors, je ne peux m'empêcher d'entendre en écho les propres paroles de Clément Rosset qui nous expliquait que pour écrire son Récit d'un noyé, sa main était " guidée " et que jamais il n'avait écrit avec autant de facilité.

Puis quand on trouve dans le Horla, "Je ne serais donc, en somme, qu'un halluciné raisonnant " comment ne pas tendre à voir en Maupassant un philosophe ?

Je vois pour ma part, non pas à proprement parler des similitudes dans ces textes mais une pensée qui, par instants, se rejoint mais je n'irai pas plus avant dans la comparaison n'ayant pas lu l'essai de Monsieur Rosset ni son récit ; je n'en ai entendu que des extraits. Je note cependant qu'ils semblent l'un et l'autre, à première vue, beaucoup moins noirs et angoissants que la nouvelle de Maupassant. 

 

Pour ce qui est du Horla, le parti pris de Maupassant d'utiliser la nouvelle sous forme de journal intime donne, il me semble, une intensité dramatique supplémentaire au récit dont la tension monte au fil des pages.

Le narrateur et cet "invisible" -qui l'occupe et le préoccupe- constituent toute la distribution.

 

Maupassant, auteur réaliste par excellence manifeste ici ouvertement son attirance pour le surnaturel autant que pour la folie. Intéressé  par les études faites sur l'hystérie, il a suivi les cours de Charcot sur le sujet, même s'il marque une certaine réserve. Pour des raisons personnelles (son frère a été interné l'année de la publication du Horla) Maupassant s'intéresse donc à la folie dont il fait un éloge en préface de Madame Hermet : " Les fous m'attirent... Pour eux l'impossible n'existe plus, l'invraisemblable disparaît, le féérique devient constant et le surnaturel familier. [...] Pour eux tout arrive et tout peut arriver... Eux seuls peuvent être heureux sur la terre car, pour eux, la Réalité n'existe plus. J'aime à me pencher sur leur esprit vagabond, comme on se penche sur un gouffre où bouillonne tout au fond un torrent inconnu, qui vient on ne sait d'où et va on ne sait où. "

Nombre de nouvelles de Maupassant mettent donc en scène la folie mais ici, il a souvent été dit que c'était sa propre folie que l'auteur évoquait, celle héréditaire ou encore provoquée par la syphilis, cette folie qui le conduit hors de lui, "hors-là", hors du monde.

Malade ou non, la force de son écriture nous montre cependant une très grande lucidité, n'est-ce pas là l'essentiel à notre plaisir de lecteurs ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Rien de nouveau ; il fait un temps superbe. Je passe mes journées à regarder couler la Seine."

"Rien de nouveau ; il fait un temps superbe. Je passe mes journées à regarder couler la Seine."

Voir les commentaires

Ugolin, chez Rodin

7 Février 2013, 10:46am

Publié par Parisianne

Ugolin, chez Rodin

Hier soir avait lieu la soirée de lecture au Musée Rodin. Au programme ce mois-ci, Ugolin, tyran de Pise.

Ugolin della Gherardesca (1220-1289) est le descendant d'une noble famille lombarde. Militaire et homme politique, il fut l'un des plus cruels tyrans du Moyen Age italien. Il gouverne par la terreur jusqu'à la révolte orchestrée par l'archevêque de la ville Ruggierri Ubaldini. Tombé aux mains de ce dernier, Ugolin est condamné à être enfermé avec ses fils

La légende dit que dernier survivant, Ugolin aurait mangé ses enfants. Ce mythe pourrait avoir été construit sur une mauvaise interprétation de la dernière phrase du récit du tyran dans le chant XXXIII de l'Enfer de Dante.

 

"Quand nous fûmes au quatrième jour,
Gaddo se jeta étendu à mes pieds,

et dit : " Père, ne viens-tu pas à mon secours ? "
Il mourut là, et comme tu me vois,
je les vis tomber tous les trois, un par un,
avant le sixième jour ; et je me mis alors,
déjà aveugle, à me traîner sur chacun d'eux,
les appelant pendant deux jours après leur  mort.
Et puis, ce que la douleur ne put, la faim le put. "

 

C'est précisément ce dernier vers qui fut source de mauvaise interprétation. Une interprétation sans doute influencée par les paroles mêmes des enfants, quelques vers plus haut dans le chant, qui disent à leur père se mordant les mains de rage désespérée :

 

" de douleur je mordis mes deux mains ; 
et eux, pensant que c'était par désir
de manger, se levèrent aussitôt
et dirent : "Père, nous souffririons bien moins
si tu nous mangeais ; tu nous as vêtus
de ces pauvres chairs ; enlève-les nous,
"

 

Il ne faut pas plus de quelques vers pour faire naître un personnage tragique ! Ugolin aura donc trouvé une résonnance dans la littérature mais aussi bien sûr dans la peinture (Goya) et la sculpture (Carpeaux et Rodin).

La magnifique statue d'Ugolin de Carpeaux a influencé Rodin. Ce dernier, avant de faire de son groupe une pièce à part, en fera le pendant des amoureux tragiques Paolo et Francesca (Le Baiser). Ugolin se trouve sur le vantail gauche en regardant la Porte de l'Enfer.

Cette lecture faite par Jean-Claude Dreyfus et Charles Gonzales, nous a donc permis d'évoquer le mythe de l'homme mangeur de ses enfants depuis les Dieux de l'Antiquité, Cronos par exemple, jusqu'aux ogres de nos contes pour les petits.

Un parcours littéraire ouvert sur la lecture d'un extrait de Ugolino d'H. W. von Gerstenberg (1737-1823), parsemmé de l'évocation d'Hérode et Hésiode mais également de Rimbaud ou encore de Jules Laforgue dont le Vaisseau fantôme vous fera penser, bien sûr, à une chanson pour enfants, je vous invite à lire ce texte ci-dessous !

Vous l'aurez compris, une soirée intéressante sur un thème assez noir -et un peu ardu parfois- qui nous aura également permis de faire référence à Freud et à Bruno Bettelheim avec sa célèbre Psychanalyse des contes de fées. 

 

 

Ugolin, chez Rodin

LE VAISSEAU FANTOME

Il était un petit navire

Où Ugolin mena ses fils,

Sous prétexte, le vieux vampire!

De les fair’ voyager gratis.

Au bout le cinq à six semaines,

Les vivres vinrent à manquer,

Il dit:« Vous mettez pas en peine;

«Mes fils n’ m’ont jamais dégoûté ! »

On tira z’à la courte paille,

Formalité! raffinement!

Car cet homme il n’avait d’entrailles

Qu’ pour en calmer les tiraillements,

Et donc, stoïque et légendaire ;

Ugolin mangea ses enfants,

Afin d’ leur conserver un père…

Oh! quand j’y song’, mon cœur se fend !

Si cette histoire vous embête,

C’est que vous êtes un sans-cœur!

Ah! j’ai du cœur par d’ssus la tête,

Oh! rien partout que rir’s moqueurs !…

Jules Laforgue (1860-1887)

 

Voir les commentaires

L'office des vivants, Claudie Gallay

6 Février 2013, 14:34pm

Publié par Parisianne

L'office des vivants est le premier roman publié  par Claudie Gallay en 2001, un texte âpre qui par la noirceur et la violence des sentiments autant que par l'évocation de la nature m'a fait, par moment, penser à Giono dans Colline.

 

Dès les première lignes, le style de Claudie Gallay, le rythme sec de ses phrases et sa façon de dire les choses nous transportent dans un environnement tragique.

"Le Père aurait mieux fait d'aller travailler comme il le faisait les autres étés, partir le matin bien avant le jour, suer sang et eau sur les foins, sur les bêtes et rentrer à la nuit.
Au lieu de cela c'est sur la Mère qu'il est allé suer.
Non !  qu'elle lui a dit, parce qu'elle savait bien que ce n'était pas la bonne lune, mais il l'a coincée quand même et il y  est allé sans retenue."

Le Père et la Mère vivent à la ferme, là-haut dans la montagne, avec leurs deux enfants Marc et Simone. La maison la plus proche est habitée par le grand-père et M'mé Coche. La pauvreté est là mais la famille s'en sort néanmoins. Jusqu'au jour où la 3e grossesse de la Mère les contraint à faire venir Mado, une jeune fille du village qui fait tourner le sang au Père. Il devient fou pour Mado, prenant leurs quelques économies pour lui acheter des foulards. La Mère perd son bébé mais le Père n'a d'yeux que pour Mado qu'il a installée sous leur toit pour mieux se repaître de sa chair.

"La Mère a honte. La honte ne se partage pas. C'est quelque chose qu'on a dans le ventre et qui vous brûle tout seul, sans partage."

Le jour où Mado disparaît avec l'argent de la famille, les choses prennent un tour plus dramatique. Ce sera encore pire quand neuf mois plus tard, un paquet sera déposé sur le pas de la porte : " C'est une fille, elle s'appelle Manue ".

Suit alors une longue descente aux enfers, une agonie lente sur fond de misère, de faim, de crasse abjecte et de violence physique et morale. Le Père contraint sa famille a rejoindre le village où il va chercher du travail et décide d'abandonner la jeune Manue aux grands parents vieillissants qui restent, eux, dans la montagne. Marc qui s'est viscéralement attaché à sa demi soeur se plie sans accepter. Un mal profond le ronge chaque jour davantage et sera plus intense encore lorsque Manue les rejoindra, grandie, belle jeune fille pour qui Marc éprouve un amour sans partage.

 

Le style rugueux comme la roche de Claudie Gallay convient parfaitement à cette histoire très dure, la violence est présente en permanence et ne nous laisse pas de répit, pourtant au milieu de tant de noirceur, alors que l'on pourrait craindre les pires extrémités, Marc garde son amour pur, jusqu'à la folie peut-être seule façon d'espérer ?

Comme dans les romans qui suivront, Claudie Gallay ne nous donne ici pas de réelles indications de lieu ni d'époque, seuls les enfants ont des prénoms, les autres personnages ne sont nommés que par leur rôle au sein de la famille. Une distanciation qui là encore sert la rudesse du texte. Un livre dur mais qu'on ne lâche pas.

"Du doigt, Manue dessine des papillons sur la buée de la vitre. Les papillons emportent le malheur en dehors des maisons. La poudre qu'ils ont sur les ailes, c'est tout le malheur amassé. "

 

L'office des vivants, Claudie Gallay

Voir les commentaires

Du domaine des murmures, Carole Martinez

5 Février 2013, 11:38am

Publié par Parisianne

Séduite par Coeur cousu, j'ai eu envie de pénétrer plus avant l'univers de Carole Martinez en me plongeant dans ce livre au titre enchanteur.

 

1187, le jour de son mariage, arrangé par son père, Esclarmonde refuse de se soumettre et offre sa vie à Dieu plutôt qu'au violent Lothaire. Elle demande à être emmurée dans une cellule construite pour elle avec pour toute ouverture sur le monde une fenestrelle fermée de barreaux. Elle ignore encore ce qui est entré avec elle et va bouleverser sa vie de recluse en l'élevant au rang de Sainte.

Derrière ses barreaux, Esclarmonde observe et devient malgré elle guide pour bon nombre de pélerins qui viennent la consulter. Sa réclusion lui permet un cheminement intérieur et lui offre de nombreuses visions qui vont jusqu'à la plonger au coeur des croisades, aux côtés de son père. La jeune femme par son sacrifice devient celle par qui le bien arrive, elle éloigne même la mort.

La naissance d'un fils, dont elle est seule à savoir qu'elle n'a rien de surnaturel, fait crier au miracle mais la condamne alors à un réel isolement. "Je n'avais pas menti, je m'étais contentée de taire une vérité que personne n'avait envie d'entendre et mon silence m'avait offert un espace blanc à brader, un vide dont chacun s'était emparé avec délice".

A la frontière du roman courtois et du conte philosophique, ce très beau texte est porté par une écriture en parfaite adéquation avec l'époque évoquée.

Entre rêve et réalité, songe et témoignage, on se laisse mener dans cette fable au souffle épique.

Du domaine des murmures, Carole Martinez

Voir les commentaires

Alceste à bicyclette, de Philippe Le Guay

4 Février 2013, 11:30am

Publié par Parisianne

Une fois n'est pas coutume, c'est de cinéma dont il sera question aujourd'hui et plus précisément du très beau Alceste à bicyclette qui met en face l'un de l'autre deux grands acteurs : Fabrice Luchini et Lambert Wilson.

L'histoire est simple, Gauthier Valence (Lambert Wilson), acteur tombé dans la facilité des séries télé, rencontre un vif succès mais aspire à une reconnaissance plus classique et décide de se lancer dans le théâtre pour y monter une pièce qui lui tient à coeur : le Misanthrope de Molière.

Pour ce faire, à l'insu de son entourage, il se rend sur l'Ile de Ré afin de convaincre, sous prétexte d'une amitié feinte mais d'une réelle admiration pour son talent, l'acteur Serge Tanneur (Fabrice Luchini) qui, fuyant le monde et ses mensonges, s'y est installé.

Tanneur ne se laisse pas aisément convaincre et met son confrère à l'épreuve en lui proposant de travailler la pièce quelques jours avant de prendre sa décision.

Rivalité verbale pour la distribu-ti-ion, entre ces deux  hommes à la grande ambi-ti-on, chacun étant Alcestes sans hésita-ti-on... (tout le monde n'est pas Molière... je ne maîtrise pas l'alexandrin).

Sur l'Ile de Ré balayée par les vents, les deux rivaux se donnent la réplique alternant  à pile ou face les rôles d'Alceste et de Philinte, chacun convaincu de sa juste interprétation et de sa supériorité pour le rôle principal. La rencontre avec Francesca jeune italienne en plein divorce douloureux (Maya Sansa) offre une autre source de rivalité entre ces deux egos néanmoins sympathiques et attachants.

Tout dans ce film est dans les contrastes, le grand et élégant acteur célèbre, coiffure impeccable, manteau blanc, souliers cirés, portable en poche et édition moderne du texte de Molière en main  fait face à celui qui a quitté la scène, pour se réfugier dans une maison aux murs décrépis, et se retrouve confronté à de vulgaires problèmes de fosse septique, négligé et pas rasé il braque sur son collègue un vieux Classique Larousse défraichi.  Le monde clinquant des stars parisiennes face à l'authenticité de l'île, jusqu'à l'image de toute puissance que véhicule l'acteur reconnu dont on attend qu'il fasse jouer son nom auprès de ses relations.

Tout oppose ces deux mondes dont les différences frappantes ne servent qu'à dévoiler la cruauté de la nature humaine, prête à tout pour se mettre en avant. Les deux hommes se jaugent, se jugent et se rejoignent sur l'amour de la langue et du texte pour mieux s'affronter. Ils sont, comme deux allumettes approchées d'une flamme, prêts à s'embraser et ils s'embrasent effectivement, pour la langue de Molière, pour la belle Francesca, pour un rôle qu'ils rêvent de porter au sommet. Mais au final, chacun se consumme.

 

Un très beau film doux-amer porté par une excellente distribution. Du rire, des sourires et de l'émotion et ce plaisir de la langue de Molière qui ponctue tout le film.

 

" Trahi de toutes parts, accablé d'injustices,
Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices,
Et chercher sur la terre un endroit écarté,
Où d'être homme d'honneur on ait la liberté.
"

 

Il ne reste qu'à relire Le Misanthrope ! 

 

Alceste à bicyclette, de Philippe Le Guay

Voir les commentaires

Un écrin pour une Diva

2 Février 2013, 17:44pm

Publié par Parisianne

Un écrin pour une Diva

Il serait injuste de ne pas débuter ce propos par un mot pour ce théâtre au charme incontestable, seul rescapé du Boulevard du Crime, dirigé par Monsieur Jean Bouquin. A deux pas de la bruyante Place de la République, ce théâtre est le fruit de la passion d'un homme qui accueille depuis 1976 nombre d'artistes et toutes formes d'expression (théâtre, chanson française, jazz ou encore comiques) et ne manque pas, il  me semble, de souhaiter un "bon spectacle" à chacun des heureux qui se faufileront dans le couloir pour rejoindre la salle aux plafonds peints par Daumier.

**********

La véritable histoire de Maria Callas,
Théâtre Déjazet

41 boulevard du Temple, 75003 Paris

 

Le rideau se lève sur un décor sobre : une estrade au fond de la scène longe une "baie vitrée", une chaise, parfois une coiffeuse tantôt classique tantôt clinquante, un plateau tournant tenant lieu tour à tour de lit, de scène, de pont d'un bateau. 

Devant la fenêtre ouverte sur New York, une jeune fille nous tourne le dos. Sa mère entre furieuse et l'invective pour qu'elle cesse de "penser", ce à quoi l'adolescente répond "je ne pense pas, je rêve". Elle rêve d'être légère, elle qui souffre de son surpoids. Sa mère, exubérante, exigeante la sort de sa rêverie en l'incitant à manger et à chanter, "une cantatrice doit être grosse" lui assène-t-elle.

Le rapport entre Maria et sa mère est immédiatement présenté comme conflictuel. Andréa Ferréol campe avec le talent qu'on lui connaît cette mère en tout points excessive qui a cependant décelé, très tôt semble-t-il, le talent de sa 2e fille. La jeune Lola Dewaere qui interprête Maria jeune n'a rien à envier à son aînée tant sa présence est lumineuse.

Maria grosse et très myope souffre, dit-elle, de n'avoir pas été aimée de sa mère traumatisée par la perte de son petit garçon à l'âge de trois ans, né avant Maria. Elle pousse cependant sa fille en lui faisant prendre des cours de piano et de chant avec les plus grands professeurs, prête à tous les sacrifices pour en faire une grande cantatrice.

 

La vie de Maria Callas s'égrenne alors devant nous en 12 séquences entrecoupées d'instants de voix durant lesquels, portée par des extraits des plus célèbres interprétations de la Diva, une jeune danseuse joue avec grâce la régisseuse de plateau, faisant tourner les décors.

Au-delà de ce rôle "technique", cette danseuse vêtue d'une ample tunique blanche paraît parfois symboliser l'âme tantôt enjouée, tantôt tourmentée de la cantatrice. Elle acueillera dans le tableau final le dernier souffle de la Diva alors que symboliquement, derrière le corps d'Onasis, Meneghini, Jacqueline Kennedy et la mère de Callas dérouleront le fil de sa vie.

 

La rencontre avec l'industriel Battista Meneghini viendra donner un tour nouveau à la vie de Maria Callas, il l'épouse en 1949 et délaisse ses affaires pour s'occuper pleinement de la carrière de son épouse. Il consent beaucoup pour elle, l'aidant dans sa volonté de perdre du poids, elle perdra plus de 30 kilos pour devenir la femme mince et si élégante que nous connaissons. Mais malgré sa passion pour l'opéra, Meneghini, interprêté par Raymond Acquaviva (également metteur en scène de la pièce) n'en reste pas moins un industriel et nous est présenté comme tel : il a fait un "investissement" et attend "un retour sur investissement" ! Il en oubliera de lui faire l'enfant dont elle rêve tant. 

 

En 1959, Maria, 36 ans, est au faîte de sa carrière lorsqu'elle rencontre Aristote Onassis, l'amour de sa vie, pour qui elle semble prête à tout quitter. Pierre Santini campe avec brio un Onasis peu sympathique plus attiré par la célébrité de Maria que par son art. Le mariage de celui-ci avec Jackie Kennedy, la rivale jouée par une Cécile Pallas froide, distante et calculatrice à souhait, contribuera à briser Maria. Cette dernière n'en restera pas moins proche de son amant pour l'accompagner jusqu'à sa mort. Maria elle-même mourra deux ans plus tard à l'âge de 54 ans, suicidée ?

Maintenant que vous connaissez tout (ou presque) de la vie de Maria Callas, penchons-nous sur ce rôle interprêté par deux jeunes comédiennes. Je vous ai parlé plus haut de Lola Dewaere, elle joue une Maria jeune pleine de volonté pour échapper à sa mère et atteindre le sommet de son art. Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, la jeune Maria ne disparaît pas de la mise en scène avec l'arrivée de Maria adulte, incarnée par  la magnifique Sophie Carrier. Le parti pris du metteur en scène a été de faire de la jeune Maria la conscience de l'adulte. Elles sont donc toujours ensemble sur scène, l'une dictant à l'autre la conduite à tenir ou lui remémorant les instants pénibles de son enfance, par exemple. Une conscience pas toujours bonne conseillère mais qui permet pour nous spectateur de nous délecter de la présence de ces deux talentueuses jeunes femmes. Lola Dewaere est très convaincante quant à Sophie Carrier, elle est tout simplement l'incarnation d'une de ces héroïnes d'opéra  nées sous la voix de "la Callas", dont on sait que les histoires d'amour se terminent souvent tragiquement !

*****

Pour conclure, je me dois de remercier chaleureusement Xavier de l'agence  attitude sans qui je n'aurais certainement pas eu l'idée d'aller voir cette pièce.

 

N'hésitez pas, le texte incisif de Jean-Yves Rogale donne toute son ampleur à la tragédie de cette Véritable histoire de Maria Callas.

 

 

 

 

Plafond peint par Daumier

Plafond peint par Daumier

L'Ave Maria de Schubert

Voir les commentaires

Une voix, une vie, Maria Callas

1 Février 2013, 15:00pm

Publié par Parisianne

Ce soir, je vous invite à savourer cette voix magnifique.

Si j'ai choisi l'Ave Maria de Gounod, c'est parce que je l'aime particulièrement, ça aurait tout aussi bien être celui de Schubert !

Après ce court bonheur, poursuivons le voyage et laissons-nous porter par l'inoubliable Maria Callas, dans Norma de Bellini. Ce montage trouvé sur Youtube m'a semblé particulièrement intéressant par ces photos de la Diva. Cette femme si belle et adulée dont on sent toute la fragilité.

Je reconnais ne pas être très au fait de l'histoire de sa vie même si je me suis un peu penchée sur la question mais dès demain je devrais pouvoir vous en dire plus grâce à la pièce

"La véritable histoire de Maria Callas",

une pièce de Jean-Yves Rogale mise en scène par Raylond Acquaviva,

avec Andréa Ferréol, Pierre Santini, Sophie Carrier,
Lola Dewaere, Raymond Acquaviva et Cécile Pallas.

 

Et le compte-rendu de la pièce Un écrin pour une Diva

 

Voir les commentaires

Thérèse Desqueyroux, François Mauriac, le livre

1 Février 2013, 06:00am

Publié par Parisianne

Vous avez peut-être pensé que j'allais parler du film de Claude Miller, sorti récemment, avec Audrey Tautou et Gilles Lelouche. Il n'en sera rien, je n'ai malheureusement pas encore eu l'occasion de le voir. Mais la perspective de cette adaptation m'a donné l'envie de relire ce très beau roman de François Mauriac paru en 1927.

 

Mauriac ouvre son oeuvre par une citation de Baudelaire, extraite du Spleen de Paris, "Seigneur, ayez pitié, ayez pitié des fous et des folles ! O créateur ! Peut-il exister des monstres aux yeux de celui-là seul qui sait pourquoi ils existent, comment ils se sont faits et comment ils auraient pu ne pas se faire..." Cette exergue nous place directement dans le domaine de la folie. Et pourtant, peut-on considérer que Thérèse est folle ?

L'introduction au roman par Mauriac offre une autre filiation, celle avec Flaubert lorsqu'il écrit "Madame Bovary c'est moi". Mauriac sera moins affirmatif mais on ressent dans le texte liminaire combien son personnage l'habite "Thérèse, beaucoup diront que tu n'existes pas. Mais je sais que tu existes, moi qui depuis des années, t'épie et souvent t'arrête au passage, te démasque". 

Au-delà de la fascination de l'auteur pour les empoisonneuses (il suit en tant que journaliste l'affaire Violette Noziere), Thérèse Desqueyroux est le portrait d'une société de province, de ces femmes écrasées par le poids de familles ou "les coeurs ne se découvrent jamais" ainsi que le portrait d'une région "j'ai été créé à l'image de ce pays aride où rien n'est vivant hors les oiseaux qui passent, les sangliers nomades."

Une grande partie du roman est une introspection de Thérèse qui sort du tribunal suite à l'ordonnance de non-lieu, un monologue intérieur sur le chemin du retour qui  la ramène à son mari. Ce mari qui, pour sauver l'honneur de la famille, n'a pas hésité à faire un faux témoignage.  Thérèse cherche à expliquer son geste sans y parvenir. Et lorsqu'à la fin, Bernard l'interroge avant de lui rendre cette liberté qu'elle attend sans savoir ce qu'elle va en faire, elle n'est pas davantage en mesure de répondre. 

Thérèse Desqueyroux est un roman lourd dont on ne parvient cependant pas à accabler la véritable coupable. Tous sont coupables de quelque chose, de leur étroitesse d'esprit, de leurs principes rigides, du manque de dialogue. La vieille tante sourde serait presque la plus attentive !

Pourtant, l'absence totale de sentiment, même à l'égard de sa propre fille, devrait nous rendre Thérèse très antipathique, elle fait plutôt figure de victime, jusqu'au bout, jusqu'à cette liberté qui lui est offerte, une liberté de rien dans la ville qui pourrait bien l'écraser et dans laquelle elle se jette à corps perdu.

"Qu'importe d'aimer tel pays ou tel autre, les pins ou les érables, l'Océan ou la plaine ? Rien ne l'intéressait de ce qui vit, que les êtres de sang et de chair. "Ce n'est pas la ville de pierres que je chéris, ni les conférences, ni les musées, c'est la forêt vivante qui s'y agite, et que creusent des passions plus forcenées qu'aucune tempête. Le gémissement des pins d'Argelouse, la nuit, n'était émouvant que parce qu'on l'eût dit humain".

Thérèse Desqueyroux en quête de l'humain ?

 

 

 

 

Thérèse Desqueyroux, François Mauriac, le livre

Voir les commentaires

<< < 10 20 30 40 50 51 52 > >>