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Les musardises de Parisianne

Une part de ciel, Claudie Gallay

23 Décembre 2013, 19:04pm

Publié par Parisianne

Une part de ciel, Claudie Gallay

Beaucoup d'entre vous savent déjà que Claudie Gallay est un auteur que j'apprécie particulièrement. Elle a le don de nous transporter dans son univers, de donner à ses romans une atmosphère très particulière qui vous saisit dès les premiers mots. Une part de ciel ne déroge pas à la règle. 

" Lundi 3 décembre

On était à trois semaines avant Noël. J'étais arrivée au Val par le seul train possible, celui de onze heures. Tous les autres arrêts avaient été supprimés. Pour gagner quelques minutes au bout, m'avait-on dit.

C'était où, le bout ? C'était quoi ? "

Ce questionnement résonnera tout au long de ce roman plein d'interrogations, de questions sans réponses.

Sous la forme d'un journal, du 3 décembre au 20 janvier, l'auteur nous donne à voir la vie au Val mais surtout le retour de Carole à l'invitation de son père, Curtil, au Val-des-Seuls dont elle dit "ce n'est pas l'endroit le plus beau ni le plus perdu, juste un bourg tranquille sur la route des pistes avec des chalets d'été qui ferment dès septembre."

Là, Carole retrouve son frère Philippe et sa jeune soeur Gaby ainsi que Jean, son premier amour. Tous installés dans l'attente, l'attente du père, habitué des grands départs, l'attente d'un accomplissement de soi, l'attente du mari, de la modernité, de lendemains meilleurs.

L'attente réunit tous les protagonistes, les éloigne, les rapproche, leur offre surtout le loisir de s'observer, de renouer des liens distendus.

Carole s'installe dans ce village qui a été le sien, travaille à une traduction d'un livre sur la vie de Cristo, cet artiste de l'éphémère qui habille pour mieux dévoiler, et renoue avec son enfance, marquée par l'incendie qui a ravagé leur chalet familial. Elle s'imprègne de cette atmosphère si particulière de la montagne et chasse ses démons en regardant vivre ceux auprès de qui elle a grandi mais qu'elle a fuis, un peu comme le père, toujours en partance.

Alors que le village se déchire sur la création d'une piste qui apportera la modernité aux yeux de certains, la perte de l'âme pour d'autres, les différents protagonistes se penchent sur leur propre vie, sur leurs propres chemins.

"Je me suis vue dans le miroir. Ce n'était pas glorieux. J'ai ouvert grands les yeux. Je connais tous les détails de mon visage, parfois je cherche les liens avec ce que je suis dedans. J'ai approché encore, les cils au ras du reflet. J'ai cherché mon âme. Mon âme, ou quelque chose qui devait être là, quelque part. "

Dans ce roman où la nature est incroyablement présente, Claudie Gallay nous emmène dans le cheminement de vie d'une famille désunie et pourtant profondément liée, et nous invite à saisir chaque instant.

" Ce jour-là, j'ai compris que la mort existait vraiment et qu'il ne servait à rien de s'en plaindre, qu'il fallait simplement profiter de ce qui était donné. "

Dans un style toujours sobre et efficace, Claudie Gallay montre une fois encore la portée de son talent et la grandeur du silence...

" Il est faux de penser que tout s'en va avec le temps. Certaines choses restent, elles s'ancrent. D'autres passent. "

 

 Claudie Gallay, Une part de ciel, Actes Sud

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Lecture chez Rodin

21 Décembre 2013, 19:01pm

Publié par Parisianne

Lecture chez Rodin

Le thème du jour était Le bonheur de ces heures solennelles, une mise en parallèle des oeuvres de Rodin avec sa collection d'antiques dans laquelle il puise son inspritation.

" Leur contemplation me procure le bonheur de ces heures solennelles à partir desquelles désormais l'Antique vous parle toujours ", écrit-il en 1904.

 

Cette lecture, et celles qui auront lieu en janvier et février, s'appuient sur l'actuelle exposition Rodin et l'Antique dont nous aurons l'occasion de reparler.

 

Lecture croisée entre Marie-Christine Barrault et Charles Gonzalès pour une évocation des sujets antiques que l'on trouve aussi bien en littérature qu'en sculpture, ou même en peinture mais là n'était pas le sujet.

Rainer Maria Rilke, dont nous avons entendu la lecture du sonnet à Orphée, est toujours très présent par ses écrits et son rôle auprès de Rodin, mais aussi Leconte de Lisle dans ce magnifique poème à la Vénus de Milo 

"Marbre sacré, vêtu de force et de génie,
Déesse irrésistible au port victorieux,
Pure comme un éclair et comme une harmonie,
O Vénus, ô beauté, blanche mère des Dieux !"

Et bien d'autres extraits de textes littéraires issus de La Guerre de Troie n'aura pas lieu de Giraudoux, de Sapho de Lamartine, de Lysistrata d'Aristophane, de Malherbe etc. Des textes pour dire la sculpture, des oeuvres pour évoquer l'antique, une grande richesse et une grande variété par un duo d'artistes qui nous ont entraînés à leur suite.

 

  Persée et Andromède
 

Au milieu de l'écume arrêtant son essor,

Le Cavalier vainqueur du monstre et de Méduse,

Ruisselant d'une bave horrible où le sang fuse,

Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d'or.

 

 

Sur l'étalon divin, frère de Chrysaor,

Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse,

Il a posé l'Amante éperdue et confuse

Qui lui rit et l'étreint et qui sanglote encor.

 

Il l'embrasse. La houle enveloppe leur groupe.

Elle, d'un faible effort, ramène sur la croupe

Ses beaux pieds qu'en fuyant baise un flot vagabond ;

 

Mais Pégase irrité par le fouet de la lame,

A l'appel du Héros s'enlevant d'un seul bond,

Bat le ciel ébloui de ses ailes de flamme.

José-Maria de Heredia

 

 

 

 

 

 

 

Persée et Andromède

Au milieu de l'écume arrêtant son essor,

Le Cavalier vainqueur du monstre et de Méduse,

Ruisselant d'une bave horrible où le sang fuse,

Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d'or.

 

Sur l'étalon divin, frère de Chrysaor,

Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse,

Il a posé l'Amante éperdue et confuse

Qui lui rit et l'étreint et qui sanglote encor.

 

Il l'embrasse. La houle enveloppe leur groupe.

Elle, d'un faible effort, ramène sur la croupe

Ses beaux pieds qu'en fuyant baise un flot vagabond ;

 

Mais Pégase irrité par le fouet de la lame,

A l'appel du Héros s'enlevant d'un seul bond,

Bat le ciel ébloui de ses ailes de flamme.

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Une main, des yeux, une seule voix...

14 Décembre 2013, 13:21pm

Publié par Parisianne

Nombre de nos lecteurs nous ont dit, "ce livre sera un beau cadeau", et nombreux sont ceux qui effectivement l'ont pris pour l'offrir. Alors si vous manquez d'idées pour Noël, je me permets de faire remonter ce message. Pour moi, cette aventure a été un cadeau dont je savoure chaque jour le plaisir qu'il m'a apporté ; le partager est un bonheur. 

 

Une fois n'est pas coutume, il va s'agir là d'un recueil qui me tient particulièrement à coeur.

Cette seule voix, aux Editions Jacques Flament est avant tout le fruit d'une rencontre et d'une amitié entre :

Alain EMERY, auteur de nouvelles et de polars, vous connaissez Alain, j'ai déjà parlé de ses livres et de son écriture si forte et imagée, et Anne LUROIS, cueilleuse d'images pour ce recueil, et de mots aussi parfois.

 

Ce n'est pas du livre lui-même dont il va s'agir aujourd'hui, vous risqueriez de penser que je ne suis pas totalement objective. J'espère dans les semaines à venir vous faire partager les retours de ceux qui auront flâné à nos côtés sur ces pages.

"Flâner", le choix du terme n'est pas anodin, Alain l'exprime très joliment dans son introduction ; ce livre a en effet été comme une promenade, faite ensemble... à distance.

Je pars souvent cueillir des brassées d'instants. De mes flâneries solitaires, sont nées de nouvelles images saisies par le regard d'Alain sur ces chemins de traverse que peuvent être les mots. 

Alors que je lui envoyais des séries de photos, je ne savais jamais quelle image Alain choisirait. A chacun de ses messages en retour, je lisais son texte sans regarder la photo pour tenter de deviner, de trouver un peu de mon regard dans ses mots. Vous me croirez ou non, chaque fois l'émotion a été au rendez-vous, et dans la majeure partie des cas, Alain avait choisi le cliché que j'espérais.

Au fil des mois, mon regard est devenu plus curieux, et aujourd'hui encore, lorsque je pars pour ma cueillette, je choisis souvent le noir et blanc en me disant que telle ou telle petite chose pourrait bien plaire à mon ami et complice ! 

 

J'espère sincèrement que ceux qui musarderont avec nous prendront autant de plaisir que nous en avons eu à composer ce recueil très joliment mis en page par Jacques Flament que je remercie très sincèrement.

 

 

 

Cette seule voix, Alain EMERY - Anne LUROIS

Jacques Flament Editions - 20 €

Pour un extrait du livre, c'est ici

 

Et pour une maginfique illustration par un sculpteur de talent, c'est là, Pat merci

Une main, des yeux, une seule voix...

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Mensonges d'Etats

3 Décembre 2013, 17:24pm

Publié par Parisianne

Il était temps, cette pièce n'est aujourd'hui plus à l'affiche à Paris. J'espère qu'elle va tourner en province et que certains d'entre vous auront le plaisir de la voir et de nous en parler.

Au théâtre de la Madeleine, j'ignore si c'est un hasard ou une volonté mais les dernières pièces que nous y avons vu avaient toutes pour sujet la deuxième guerre mondiale : Collaboration en février dernier, avec Michel Aumont et Didier Sandre, Diplomatie en 2011, avec André Dussolier et Niels Arestrup. Cette fois encore, le thème était donc la guerre mais il s'agissait plus précisément de l'opération Fortitude, cet incroyable mensonge mis au point pour tromper Hitler en lui faisant croire que le débarquement du 6 juin n'était qu'une ruse pour l'éloigner du Pas-de-Calais ou aurait lieu un mois plus tard le vrai débarquement sous le commandement du général Patton.

Samuel Le Bihan, Marie-Josée Croze, Jean-Pierre Malo, Bernard Malaka, Aurélien Wiik, Pierre-Alain Leleu et Eric Prat, dans une mise en scène de Nicolas Briançon nous entraînent dans cette partie de roulette russe.

Une interprétation dynamique pour un sujet grave qui plus que l'opération en elle-même met en évidence la difficulté de monter une telle opération sans causer de dommages irréparables. A qui peut-on faire confiance ? jusqu'à quel point ? Et surtout, jusqu'où peut-on aller dans le sacrifice ?

Un rebondissement peut-être un brin mélo nous montre combien, pour libérer du joug allemand les pays occupés et mener l'Allemagne nazie à sa perte, il a fallu condamner de milliers de soldats ou de civils.

Un beau moment de théâtre pour une évocation d'une tragédie toujours très présente dans les esprits. Je vous invite d'ailleurs à lire cet article et à visualiser cette vidéo d'une initiative de deux artistes anglais Jamie Woldley et Andy Moss.

L'image de la colonne Morris a été prise sur le site du théâtre de la Madeleine.

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