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Les musardises de Parisianne

Les solidarités mystérieuses, Pascal Quignard

19 Février 2014, 12:51pm

Publié par Parisianne

Les solidarités mystérieuses, Pascal Quignard

Nous avions déjà suivi Pascal Quignard dans son très beau roman Villa Amalia, nous le retrouvons ici avec ce non moins beau livre,  Les Solidarités mystérieuses, un roman très fort, le roman de la quête, quête d'apaisement, de racines, d'identité, d'amour. Chacune des parties porte le nom d'un protagoniste, on découvre peu à peu les personnages, vus les uns par les autres, liés les uns aux autres par les liens du sang et de la mer ; et le portrait de l'un dévoile l'autre en filigrane.

Claire, jeune linguiste d'une quarantaine d'année, revient dans le village de son enfance pour un mariage. Ce petit village de Bretagne, non loin de Saint-Malo, elle y a grandi avec son frère Paul, élevés par un oncle et une tante après le décès accidentel de leurs parents. C'est là qu'elle a rencontré son premier et seul amour, Simon,  installé avec son épouse et leur fils, devenu maire et pharmacien. 

Claire retrouve avec bonheur ces lieux, la rencontre avec Madame Ladon, son professeur de piano l'incite à rester.

" Sur la falaise, immobile, le corps dans le vent, dans le ciel, elle redevient heureuse."

Claire n'a pas toujours été heureuse en ces lieux, on lit entre les lignes une tension dans la famille de sa tante, on lit cet éloignement avec son frère envoyé en pension et qu'elle semble connaître peu mais, rapidement, la lande s'empare d'elle. Elle marche pendant des heures pour se l'approprier, faire corps avec elle, jusqu'à finir par s'installer dans une petite maison isolée où son frère la rejoindra bientôt.

Elle aimait ce lieu. Elle aimait cet air si transparent, par lequel tout était plus proche. Elle aimait cet air si vif, où tout s'entendait davantage. Elle éprouvait le besoin de reconnaître tout ce qu'elle avait découvert du monde, ici, jadis. (...) Elle aimait ce pays. Elle aimait cette grève si violemment escarpée, si noire, tellement raide, tellement à l'aplomb du ciel. Elle aimait cette mer. "

Au milieu d'une nature très présente, Claire se rapproche de Simon. Ils se sont aimés. Ils s'aiment encore.

 Elle l'observe de loin, partout, tout le temps. 

" Et il suffisait qu'elle crût qu'il la rejoignait pour se mettre à lui parler, dans son coeur, sans finir, comme s'il était là, et lui raconter tous les événements du jour. "

Elle l'aime encore et cela tourne à l'obsession.

" Elle pensait tellement à lui qu'elle n'était jamais seule. " voilà comment Paul, le petit frère de Claire analyse cette passion. Il viendra rejoindre sa soeur, veiller sur elle et faire lui-même sa vie dans cette lande balayée par les vents. Là, il va observer la passion, et vivre la sienne avec le jeune curé. Là, il va nouer avec sa soeur des liens extrêmement forts, ces solidarités mystérieuses qui font la beauté de ce livre.

Ce n'était pas de l'amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n'était pas non plus une espèce de pardon automatique. C'était une solidarité mystérieuse. C'était un lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment ne l'avait décidé ainsi. "

Porté par la nature et la musique, ce très beau roman nous entraîne au plus intime des liens que l'on tisse. L'écriture est sobre, en totale harmonie avec le décor. 

 

Pascal Quignard, Les solidarités mystérieuses, Gallimard 

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Fugue

12 Février 2014, 08:51am

Publié par Parisianne

 

En duo, trio, quatuor ou quintet, nous n’avons connu, au fil des générations, que de petites formations et, malgré le nombre de chefs, avons toujours marché à l’unisson !

Si aujourd’hui ta voix s’est tue, si ton regard ne guide plus les nôtres vers toutes ces choses qui retenaient ton attention, si nos routes, quelques temps, ne seront plus les mêmes, tes chemins de traverse seront toujours les nôtres ; nos cheminements seront toujours les tiens.

Derrière tes paupières closes ; c’est un peu de nous qui s’échappe. Nos rires et nos larmes, nos découvertes et nos querelles, nos lires et nos dires auront d’autres saveurs.

Notre quatuor est aujourd’hui bien démuni mais la partition n’est pas achevée, la musique se poursuit… pour toi qui l’aime tant.

Fugue

De près, de loin, vous avez été nombreux à nous manifester ces derniers mois de très touchantes marques de sympathie. 

Pour toutes ces attentions, sincèrement merci.

Anne

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Lisibilité

29 Janvier 2014, 09:24am

Publié par Parisianne

Il m'a très gentiment été signalé que la police que j'utilise pour les articles est modifiée sur certains environnement, rendant la lecture difficile.

Je veillerai donc, dorénavant, à n'utiliser que l'arial, lisible par tous, a priori.

N'hésitez pas à me contacter par la rubrique "contact" si vous constatez un dysfonctionnement et même si vous repérez des fautes dans les articles ! J'ai beau relire, il arrive que des choses m'échappent !

*****

Je remercie sincèrement Marick d'avoir pris le temps de m'informer de ce problème et j'en profite pour vous remercier tous, vous qui passez par ici, certains en laissant un commentaire, d'autres silencieusement mais régulièrement.  

S'il est un peu frustrant de ne pas savoir qui se cache derrière tel ou tel nom, c'est toujours un plaisir de voir que de nouveaux abonnés s'inscrivent à la newsletter,

Cet espace est avant tout un lieu de partage. N'hésitez pas à donner votre avis sur les différents articles, à faire part de vos propres ressentis sur les lectures ou autre posts.

Depuis le temps que je m'amuse à tenir un blog, j'ai constaté que des liens se sont tissés avec des personnes de tous horizons, et lorsque la lassitude me gagne, ça arrive, je pense à vous tous que je ne connais pas mais qui prenez le temps de me lire, certains depuis des années.

Alors de façon totalement irrégulière, en fonction de mon emploi du temps, mais toujours avec un grand plaisir, je reviens vers vous pour la beauté et la richesse de tous ces échanges.

A bientôt, donc

Anne 

 

 

Lisibilité

Tour de sphère

J’ai croisé dans la sphère 
Toutes sortes de caractères,
Des auteurs de bons mots
Qui soignent tous les maux,
Des accros du bonheur
Aux lignes pleines de saveurs,
Et parfois des passants,
Egalement charmants,
Qui sans en avoir l’air,
Laissent des commentaires,
Autant d’encouragements
Qui marquent l’engouement.
Chacun suit son chemin,
Prêt à tendre la main
A celui qui parfois
Semble perdre la foi.
Sur le fil de la toile,
Brillent toutes ces étoiles,
Ne soyez pas surpris
D’y trouver des amis.

Fantaisie, Anne 2009

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Prince d'orchestre, Metin Arditi

26 Janvier 2014, 21:14pm

Publié par Parisianne

Nous avons déjà eu l'occasion de parler de cet auteur, assez récemment à propos de La Confrérie des moines volants, et auparavant avec Le Turquetto. Vous ne serez donc pas surpris si je vous dis que j'aime les univers dans lesquels il nous entraîne, d'autant que bien souvent l'art y est omniprésent.

Il sera, comme le titre l'indique, question cette fois de musique.

Le roman démarre en avril 1997, sur un concert prestigieux au Victoria Hall de Genève où est donné Verdi, La Force du destin. Alexis Kandilis, le chef d'orchestre, est au sommet de sa gloire. " Il dominait tout. Les instruments. La musique. Ce que les gens allaient ressentir, penser... Tout. "

Mais à trop vouloir dominer, à se croire trop fort, le destin parfois bascule. Les exigences du chef, son orgueil le conduisent à faire quelques faux pas et la chute devient alors inévitable.

Des amis sincères, un homme rencontré par hasard et qui se bat lui-même contre le destin, un jeune prodige Russe, qui a eu le bonheur de jouer sous sa direction, tous s'unissent pour le soutenir. Rien n'y fait : le génie sombre, hanté par un souvenir trop lourd qui resurgit en musique avec l'entêtant Kindertotenlieder, Les Chants des enfants morts, de Mahler. Et chaque pas le conduit plus près du gouffre.

Contraint d'admettre que la gloire en tant que chef ne reviendra pas, il se lance dans la composition, il crée avec l'idée de mettre les musiciens en danger, "il expliqua avec ferveur la technique de composition qu'il suivait, par attaques tranchantes, la suppression du chef d'orchestre, et bien sûr, l'idée centrale, celle de redonner aux musiciens une place de premier rang. De les faire jouer au bord du volcan."

Là encore, la tentative de renaître sera vaine, conduisant Alexis au bord de son propre volcan lorsqu'arrivera le jour du B16, le projet d'enregistrement des neuf symphonies, cinq concertos pour piano, un concerto pour violon ainsi que le triple concerto pour violon, violoncelle et piano de Beethoven. Cette reconnaissance ultime de son talent lui ayant échappé au profit d'un autre chef, Alexis Kandilis ne s'en remettra pas.

Un roman mené à la baguette (d'accord c'est facile !) par l'auteur. Certains choix dans le mode de vie des personnages, dont un ménage à trois entre le chef et deux lesbiennes, peuvent surprendre et me font m'interroger encore une fois sur l'utilisation à outrance de faits de société.

Malgré cela, une écriture fluide et des personnages intéressants, l'ensemble avec la musique pour toile de fond et cette question comme un leit motiv, jusqu'où l'art peut-il offrir à l'homme la liberté d'être ?

Un dernier extrait pour conclure.

" Depuis trente cinq ans qu'il faisait ce métier, Ted avait appris à connaître les chefs. Tous, à des degrés divers, étaient difficiles. Mais tous aimaient la musique. Ils étaient portés par elle, nourris d'elle. Ils vivaient à travers elle. Les grands plus encore que les autres. Sans doute même était-ce là ce qui faisait leur marque : la vénération  qu'ils avaient devant la grande musique. 

Alexis n'était pas dans ce cas. Lui avait été aimé de la musique, plus sans doute qu'elle n'avait jamais aimé personne. Elle s'était offerte à lui dans toute son intimité. Il n'avait eu qu'à tendre la main pour connaître d'elle le mystère de chaque instant. Le secret de chacun de ses replis intimes. Mais dans sa frénésie de gloire, il n'avait pas imaginé qu'elle pourrait attendre de lui quelque chose en retour. Il s'était comporté avec elle comme un homme qui exploite l'amour d'une femme sans vergogne, tant il est persuadé qu'elle lui restera attachée toujours et quoi qu'il fasse, au point de tout accepter. Jusqu'à ce qu'un jour elle se dise que la plaisanterie a assez duré et le quitte."

 

Metin Arditi, Prince d'orchestre, Actes Sud

Paris, Street message !

Paris, Street message !

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Billie, Anna Gavalda

14 Janvier 2014, 06:00am

Publié par Parisianne

Après la belle écriture des Petites scènes capitales de Sylvie Germain, le contraste avec le style parlé de Billie d'Anna Gavalda a été saisissant. Il m'a d'ailleurs fallu un peu de temps pour parvenir à entrer non dans l'histoire mais dans les phrases ! Un sentiment déjà ressenti à la lecture de La Consolante, il y a quelques années.

J'ai le sentiment parfois qu'Anna Gavalda explore les phrases comme un peintre explorerait les formes, un Picasso de la littérature. Dans le cas présent, elle joue de l'oralité, un parler gouailleur, que l'on qualifierait aisément de langage des banlieues. Ce n'est pas ce que je recherche en lecture. Cependant, la tendresse que l'auteur montre à l'égard de ses personnages fait qu'elle nous accroche, et que l'on passe un moment plaisant, un sourire au coin des lèvres, parfois, un peu agacé par certains clichés, à d'autres instants, mais satisfait au final de cette lecture récréative. 

Le parallèle avec On ne badine pas avec l'amour de Musset et la transcription dans le phrasé des jeunes est assez drôle.

D'abord, il m'a expliqué tous les personnages dans ma langue natale : 

[...]

Perdican et Camille ont chacun un chaperon... T'as vu Pinocchio ? Alors un Jiminy Cricket si tu préfères... Quelqu'un qui s'occupe d'eux et qui les flique en permanence pour qu'ils restent dans le droit chemin. Pour Perdican, c'est maître Blazius [...] et pour Camille, c'est Dame Pluche. Maître Blazius, c'est un gros plein de soupe qui ne pense qu'à picoler et Dame Pluche, c'est une vieille bique qui ne pense qu'à tripoter son chapelet et à faire ksss... ksss... à tous les hommes qui approcheraient sa Camille d'un peu trop près. Elle, elle est mal baisée, enfin, pas baisée du tout, et y a pas de raison que la petite soit autrement. "

Evidemment, Musset après ça !

"Doucement bercé sur sa mule fringante, messer Blazius s'avance dans les bluets fleuris, vêtu de neuf, l'écritoire au côté. Comme un poupon sur l'oreiller, il se ballotte sur son ventre rebondi, et les yeux à demi fermés, il marmotte un Pater noster dans son triple menton. Salut, maître Blazius ; vous arrivez au temps de la vendange, pareil à une amphore antique." 

"Durement cahotée sur son âne essoufflé, dame Pluche gravit la colline ; son écuyer transi gourdine à tour de bras le pauvre animal, qui hoche la tête, un chardon entre les dents. Ses longues jambes maigres trépignent de colère, tandis que, de ses mains osseuses, elle égratigne son chapelet. Bonjour donc, dame Pluche ; vous arrivez comme la fièvre, avec le vent qui fait jaunir les bois. "

C'est pourtant le texte de Musset qui va offrir à Billie une re-naissance en la mettant en présence de Franck.

"Je pourrais y passer la nuit parce que, pour moi, ma vie, elle a commencé là...
Et ce n'est pas une expression, petite étoile, c'est un extrait d'acte de naissance, alors ne badine pas avec ça, s'il te plaît. Tu me vexerais."

Voilà comment Billie raconte leur vie, la sienne et celle de Franck, mis au banc l'un et l'autre de leur collège de province -la jeune fille parce qu'elle vient d'une sorte de bidonville infréquentable, le jeune garçon parce qu'il est sensible comme une fille. Ils unissent leurs malheurs pour se créer du bonheur, et ça marche. Billie et Franck deviennent inséparables même à distance et lorsque leur cursus scolaire les éloigne et qu'ils se perdent de vue quelques temps, la volonté finit par les ramener l'un vers l'autre pour leur offrir une nouvelle voie.  Leur parcours est un chemin plein de cahots et d'ornières plus ou moins bien traversés pour nous conduire à la chute finale sans grande surprise finalement mais avec beaucoup de tendresse.

Et comme la vie réserve toujours des surprises, l'histoire prend des tournures de conte de fée pour se terminer par un happy end peu classique.

Dans un style parfois cru, Anna Gavalda parvient à tenir le lecteur. J'aurais tendance à déplorer (encore) cette façon dont les auteurs depuis quelques temps surfent sur certains phénomènes de société mais il faut croire que c'est porteur ! Découvrez par vous-même et n'hésitez pas à faire part de vos avis.

 

Anna Gavalda, Billie, Le Dilettante

Billie, Anna Gavalda

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Petites scènes capitales, Sylvie Germain

9 Janvier 2014, 21:56pm

Publié par Parisianne

Street Art, Paris

Street Art, Paris

C'est avec Magnus que j'ai découvert il y a quelques années le talent de Sylvie Germain, c'est donc sans aucune hésitation que je me suis tournée vers son dernier livre surtout lorsque j'ai vu qu'il ferait l'objet d'une lecture par Marie-Christine Barrault en présence de l'auteur dans le cadre des soirées Textes & Voix. Je pensais, pour une fois, lire le roman avant de l'entendre, je n'en ai pas eu le temps. Cela ne m'a pas empêchée d'en savourer pleinement l'écoute, j'avoue aussi un faible pour le talent de Marie-Christine Barrault que le hasard des calendriers m'avait permis d'entendre chez Rodin quelques jours auparavant mais ça vous le saviez déjà !

****

Petites scènes capitales, voilà un titre bien explicite. Ce sont vraiment des scènes de vie que l'auteur nous donne à voir ici. La vie d'une famille recomposée, décomposée, une famille qui vit, rit, souffre, s'aime ou se jalouse, s'unit ou se détruit, une famille qui se fuit dans une vie qui s'enfuit.

La vie tout simplement sauf que cette vie là est présentée à travers les yeux de Lili qui deviendra Barbara à son entrée à l'école, parce que c'est le prénom que sa mère a déclaré à l'Etat civil avant de les abandonner son père et elle. Ce dernier ayant toujours préféré Lili, elle ne portera son prénom officiel qu'en dehors de la famille.

"Un jour, son père congédie leur solitude à deux, il se remarie. Viviane, un ancien mannequin de chez Patou, arrive flanquée d'une smala, trois filles dont des jumelles, et un fils qu'elle a eue avec de précédents amants ou maris. "

C'est ainsi que Lili/Barbara se retrouve avec une famille dont elle doit s'accomoder. Son père manifeste discrètement une préférence marquée pour Christine, l'une des jumelles, et Lili devient un simple élément de la maisonnée, un membre presque insignifiant, sans éclat ni de beauté ni d'intelligence.

"Elle, Barbara alias Lili, n'est qu'une petite fille ordinaire, ni belle ni laide, ni docile ni rebelle, gratifée d'aucun don spécifique, de celles dont on n'a rien à dire de particulier, que l'on remarque à peine. "

Alors, Lili s'échappe dans sa tête, et elle grandit ainsi, en s'envolant dans ses rêves et avançant au sein de la famille, sans éclat, sans esclandre.

"Dans cette famille, chacun est censé se tenir à sa place, et agir et parler en conséquence. Mais les pensées, elles, dans leurs obscurs retranchements et leurs sauvages soliloques, ne respectent ni ordres ni limites. "

" Le jour, elle ne prête pas attention aux façades des immeubles, mais le soir, dès que les fenêtres s'éclairent, elle les regarde avec avidité. Tous ces rectangles de lumière qui s'ouvrent dans l'obscurité la mettent en émoi ; ils trouent la nuit, percent la pierre, les briques, le béton et révèlent de l'intime tout en le tenant voilé. Ils ne révèlent rien, ils suggèrent, plutôt, ils donnent à rêver, à imaginer. "

Les années passent, la famille s'installe dans un certain confort, chacun suit sa voie jusqu'au drame, à l'accident qui fait basculer tout le monde.

"Le temps vient de se mettre à l'arrêt, de déclarer révolu le rythme qui jusque-là scandait les jours, les années, il bée. Un autre rythme va prendre le relais, identique en apparence, mais déchiré dans sa trame, distordu dans son élan. "

Mais la vie reprend, et si la famille est éclatée, si les liens difficilement tissés se sont distendus, Lili poursuit ses observations et sa quête de l'amour du père. Elle arrive sans bruit à l'âge des études supérieures qu'elle ne mène pas à bien et se retrouve aspirée par les événements de 68, s'installe dans une vie communautaire, trouve un amour sans retour. La petite Lili qui a toujours marché sans bruit s'échappe du carcan familial en laissant Barbara s'exprimer. Personne ne se soucie vraiment d'elle, la famille ne se retrouve qu'occasionnellement ou pour partager un secret bien gardé. Et le temps poursuit sa marche semant joies et peines, peines et joies.

" Peu importe que cela ne dure pas, la joie n'appartient pas à la durée, elle apparaît où et quand ça lui chante, comme la beauté, elle fulgure, se sauve, c'est un esprit follet, mais les petites échardes solaires qu'elle lance dans sa course se piquent dru dans la chair, ne se laissent pas oublier. "

Et ce sont ces "petites échardes solaires" d'une grande beauté que Sylvie Germain nous invite à suivre dans un style lumineux.

Un vocabulaire riche mais sans emphase et une véritable présence de la nature font de ces Petites scènes capitales de vrais beaux instants de lecture.

Je ne résiste pas à cette dernière phrase :

" Lili Barbara le regarde s'éloigner à petits pas sur le quai, il a une allure de coucou farceur qui se joue du temps qui passe, du temps qui va en recyclant l'avant perdu en après insaisissable, impénétrable, la vie  en mort, la mort en vie, le fini en nouveau, le nouveau en ancien, le connu en oubli et l'inconnu en savoir, la présence en absence, le silence en murmure, le plein en nuit, la nuit en rien  et le vide en lumière. "

C'est sur la lumière que s'achève ce livre, une incitation à saisir toute la lumière pour éclairer la vie.

 

 

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Meilleurs voeux

1 Janvier 2014, 06:00am

Publié par Parisianne

Bonne et heureuse année 2014 à tous.

Santé, sérénité pour vous et vos proches.

Bien amicalement

Anne

Meilleurs voeux

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Une part de ciel, Claudie Gallay

23 Décembre 2013, 19:04pm

Publié par Parisianne

Une part de ciel, Claudie Gallay

Beaucoup d'entre vous savent déjà que Claudie Gallay est un auteur que j'apprécie particulièrement. Elle a le don de nous transporter dans son univers, de donner à ses romans une atmosphère très particulière qui vous saisit dès les premiers mots. Une part de ciel ne déroge pas à la règle. 

" Lundi 3 décembre

On était à trois semaines avant Noël. J'étais arrivée au Val par le seul train possible, celui de onze heures. Tous les autres arrêts avaient été supprimés. Pour gagner quelques minutes au bout, m'avait-on dit.

C'était où, le bout ? C'était quoi ? "

Ce questionnement résonnera tout au long de ce roman plein d'interrogations, de questions sans réponses.

Sous la forme d'un journal, du 3 décembre au 20 janvier, l'auteur nous donne à voir la vie au Val mais surtout le retour de Carole à l'invitation de son père, Curtil, au Val-des-Seuls dont elle dit "ce n'est pas l'endroit le plus beau ni le plus perdu, juste un bourg tranquille sur la route des pistes avec des chalets d'été qui ferment dès septembre."

Là, Carole retrouve son frère Philippe et sa jeune soeur Gaby ainsi que Jean, son premier amour. Tous installés dans l'attente, l'attente du père, habitué des grands départs, l'attente d'un accomplissement de soi, l'attente du mari, de la modernité, de lendemains meilleurs.

L'attente réunit tous les protagonistes, les éloigne, les rapproche, leur offre surtout le loisir de s'observer, de renouer des liens distendus.

Carole s'installe dans ce village qui a été le sien, travaille à une traduction d'un livre sur la vie de Cristo, cet artiste de l'éphémère qui habille pour mieux dévoiler, et renoue avec son enfance, marquée par l'incendie qui a ravagé leur chalet familial. Elle s'imprègne de cette atmosphère si particulière de la montagne et chasse ses démons en regardant vivre ceux auprès de qui elle a grandi mais qu'elle a fuis, un peu comme le père, toujours en partance.

Alors que le village se déchire sur la création d'une piste qui apportera la modernité aux yeux de certains, la perte de l'âme pour d'autres, les différents protagonistes se penchent sur leur propre vie, sur leurs propres chemins.

"Je me suis vue dans le miroir. Ce n'était pas glorieux. J'ai ouvert grands les yeux. Je connais tous les détails de mon visage, parfois je cherche les liens avec ce que je suis dedans. J'ai approché encore, les cils au ras du reflet. J'ai cherché mon âme. Mon âme, ou quelque chose qui devait être là, quelque part. "

Dans ce roman où la nature est incroyablement présente, Claudie Gallay nous emmène dans le cheminement de vie d'une famille désunie et pourtant profondément liée, et nous invite à saisir chaque instant.

" Ce jour-là, j'ai compris que la mort existait vraiment et qu'il ne servait à rien de s'en plaindre, qu'il fallait simplement profiter de ce qui était donné. "

Dans un style toujours sobre et efficace, Claudie Gallay montre une fois encore la portée de son talent et la grandeur du silence...

" Il est faux de penser que tout s'en va avec le temps. Certaines choses restent, elles s'ancrent. D'autres passent. "

 

 Claudie Gallay, Une part de ciel, Actes Sud

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Lecture chez Rodin

21 Décembre 2013, 19:01pm

Publié par Parisianne

Lecture chez Rodin

Le thème du jour était Le bonheur de ces heures solennelles, une mise en parallèle des oeuvres de Rodin avec sa collection d'antiques dans laquelle il puise son inspritation.

" Leur contemplation me procure le bonheur de ces heures solennelles à partir desquelles désormais l'Antique vous parle toujours ", écrit-il en 1904.

 

Cette lecture, et celles qui auront lieu en janvier et février, s'appuient sur l'actuelle exposition Rodin et l'Antique dont nous aurons l'occasion de reparler.

 

Lecture croisée entre Marie-Christine Barrault et Charles Gonzalès pour une évocation des sujets antiques que l'on trouve aussi bien en littérature qu'en sculpture, ou même en peinture mais là n'était pas le sujet.

Rainer Maria Rilke, dont nous avons entendu la lecture du sonnet à Orphée, est toujours très présent par ses écrits et son rôle auprès de Rodin, mais aussi Leconte de Lisle dans ce magnifique poème à la Vénus de Milo 

"Marbre sacré, vêtu de force et de génie,
Déesse irrésistible au port victorieux,
Pure comme un éclair et comme une harmonie,
O Vénus, ô beauté, blanche mère des Dieux !"

Et bien d'autres extraits de textes littéraires issus de La Guerre de Troie n'aura pas lieu de Giraudoux, de Sapho de Lamartine, de Lysistrata d'Aristophane, de Malherbe etc. Des textes pour dire la sculpture, des oeuvres pour évoquer l'antique, une grande richesse et une grande variété par un duo d'artistes qui nous ont entraînés à leur suite.

 

  Persée et Andromède
 

Au milieu de l'écume arrêtant son essor,

Le Cavalier vainqueur du monstre et de Méduse,

Ruisselant d'une bave horrible où le sang fuse,

Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d'or.

 

 

Sur l'étalon divin, frère de Chrysaor,

Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse,

Il a posé l'Amante éperdue et confuse

Qui lui rit et l'étreint et qui sanglote encor.

 

Il l'embrasse. La houle enveloppe leur groupe.

Elle, d'un faible effort, ramène sur la croupe

Ses beaux pieds qu'en fuyant baise un flot vagabond ;

 

Mais Pégase irrité par le fouet de la lame,

A l'appel du Héros s'enlevant d'un seul bond,

Bat le ciel ébloui de ses ailes de flamme.

José-Maria de Heredia

 

 

 

 

 

 

 

Persée et Andromède

Au milieu de l'écume arrêtant son essor,

Le Cavalier vainqueur du monstre et de Méduse,

Ruisselant d'une bave horrible où le sang fuse,

Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d'or.

 

Sur l'étalon divin, frère de Chrysaor,

Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse,

Il a posé l'Amante éperdue et confuse

Qui lui rit et l'étreint et qui sanglote encor.

 

Il l'embrasse. La houle enveloppe leur groupe.

Elle, d'un faible effort, ramène sur la croupe

Ses beaux pieds qu'en fuyant baise un flot vagabond ;

 

Mais Pégase irrité par le fouet de la lame,

A l'appel du Héros s'enlevant d'un seul bond,

Bat le ciel ébloui de ses ailes de flamme.

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Une main, des yeux, une seule voix...

14 Décembre 2013, 13:21pm

Publié par Parisianne

Nombre de nos lecteurs nous ont dit, "ce livre sera un beau cadeau", et nombreux sont ceux qui effectivement l'ont pris pour l'offrir. Alors si vous manquez d'idées pour Noël, je me permets de faire remonter ce message. Pour moi, cette aventure a été un cadeau dont je savoure chaque jour le plaisir qu'il m'a apporté ; le partager est un bonheur. 

 

Une fois n'est pas coutume, il va s'agir là d'un recueil qui me tient particulièrement à coeur.

Cette seule voix, aux Editions Jacques Flament est avant tout le fruit d'une rencontre et d'une amitié entre :

Alain EMERY, auteur de nouvelles et de polars, vous connaissez Alain, j'ai déjà parlé de ses livres et de son écriture si forte et imagée, et Anne LUROIS, cueilleuse d'images pour ce recueil, et de mots aussi parfois.

 

Ce n'est pas du livre lui-même dont il va s'agir aujourd'hui, vous risqueriez de penser que je ne suis pas totalement objective. J'espère dans les semaines à venir vous faire partager les retours de ceux qui auront flâné à nos côtés sur ces pages.

"Flâner", le choix du terme n'est pas anodin, Alain l'exprime très joliment dans son introduction ; ce livre a en effet été comme une promenade, faite ensemble... à distance.

Je pars souvent cueillir des brassées d'instants. De mes flâneries solitaires, sont nées de nouvelles images saisies par le regard d'Alain sur ces chemins de traverse que peuvent être les mots. 

Alors que je lui envoyais des séries de photos, je ne savais jamais quelle image Alain choisirait. A chacun de ses messages en retour, je lisais son texte sans regarder la photo pour tenter de deviner, de trouver un peu de mon regard dans ses mots. Vous me croirez ou non, chaque fois l'émotion a été au rendez-vous, et dans la majeure partie des cas, Alain avait choisi le cliché que j'espérais.

Au fil des mois, mon regard est devenu plus curieux, et aujourd'hui encore, lorsque je pars pour ma cueillette, je choisis souvent le noir et blanc en me disant que telle ou telle petite chose pourrait bien plaire à mon ami et complice ! 

 

J'espère sincèrement que ceux qui musarderont avec nous prendront autant de plaisir que nous en avons eu à composer ce recueil très joliment mis en page par Jacques Flament que je remercie très sincèrement.

 

 

 

Cette seule voix, Alain EMERY - Anne LUROIS

Jacques Flament Editions - 20 €

Pour un extrait du livre, c'est ici

 

Et pour une maginfique illustration par un sculpteur de talent, c'est là, Pat merci

Une main, des yeux, une seule voix...

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