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Les musardises de Parisianne

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, M.A. Shaffer, A. Barrows

31 Juillet 2013, 14:18pm

Publié par Parisianne

Derrière ce titre un peu surprenant se cache un très beau roman épistolaire, écrit par l'Américaine Mary Ann Schaffer et sa nièce Annie Barrows.

Je l'avais lu avec bonheur en 2009, je viens de le relire à voix haute pour un nouveau bonheur partagé. Ce texte se prête parfaitement à l'oralité. La brièveté des lettres, le style fluide, sa légèreté et l'intérêt de l'histoire de Guernesey sous l'Occupation font de ce roman un beau moment de lecture. N'hésitez pas, lisez-le, si ce n'est déjà fait, et si le démarrage vous semble un peu délicat, insistez :)

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Nous sommes à Londres, en 1946, Juliet Ashton assure l'éreintante promotion d'Izzy Bickerstaff s'en-va-t-en guerre, chroniques humoristiques publiées dans un journal pendant la guerre et réunies en recueil par son éditeur et ami Sidney Stark. Ce livre rencontre un véritable succès mais Juliet éprouve le besoin de passer à autre chose et cherche l'inspiration pour un nouveau roman.

Le hasard d'un livre revendu par Juliet met entre les mains de Dawsey Adams, habitant l'île de Guernesey, un essai de Charles Lamb. Le nom et l'adresse de Juliet inscrits sur la couverture, et l'île encore privée de librairie conduisent Dawsey à écrire à la jeune femme pour lui demander l'adresse d'une librairie à Londres qui accepterait de lui procurer d'autres livres du même auteur. La jeune femme passionnée de littérature répond très spontanément à ce mystérieux correspondant.

"... je suis très heureuse d'avoir votre lettre entre les mains et de savoir mon livre entre les vôtres. Cela a été un déchirement de me séparer des Essais d'Elia, morceaux choisis. J'en possédais deux exemplaires et je manquais de place sur mes étagères. Néanmoins, je me suis fait l'effet d'une traîtresse en le vendant. Vous avez apaisé ma conscience.

Je me demande comment se livre est arrivé à Guernesey. Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas. "

Ainsi débute une correspondance qui s'étendra rapidement à d'autres habitants de l'île, Dawsey ayant piqué la curiosité de Juliet en évoquant le Cercle Littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Guernesey.

Au fil des lettres, au fil des mois, apparaissent des personnages attachants, tous tentés d'apporter leur contribution à Juliet décidée à consacrer son futur livre à Guernesey sous l'Occupation. Et chacun des personnages lève un bout du voile sur sa propre vie mais également sur tous les drames, toutes les privations et autres épreuves endurées par les habitants de l'île.

Les plumes se libèrent, les histoires ressurgissent et les liens se tissent. Avec toujours beaucoup d'humour et de pudeur, les membres du Cercle Littéraire racontent leur vie sous le joug allemand, l'évacuation précipitée des enfants vers l'Angleterre,  l'absence quasi totale de nouvelles pendant cinq longues années. Les rapports avec les Allemands, certains barbares, d'autres simplement humains. Toute la vie de Guernesey à cette époque se dessine à travers ces personnages : Amelia, Eben, Isola, Dawsey et Elisabeth, déportée pour avoir caché et soigné un jeune esclave polonais, et dont la petite fille de 4 ans, Kit, est élevée par chacun des membres du cercle.

L'intensité des lettres donne rapidement envie à Juliet de se rendre sur place et de rencontrer vraiment ses nouveaux amis. Elle sera adoptée par tous mais les lettres continueront d'affluer, certaines choses étant pour ceux qui les ont vécues, plus aisées à écrire qu'à dire.

 

Un vrai beau roman, riche d'enseignements sur l'histoire de l'Occupation de Guernesey, sur la nature humaine et la naissance de liens très forts. Mais surtout, un roman plein de légèreté malgré un sujet très noir, ce qui rend la lecture vraiment plaisante.

Victor Hugo par Rodin

Victor Hugo par Rodin

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Le Club des Incorrigibles Optimistes, J.M. Guenassia

29 Juillet 2013, 18:10pm

Publié par Parisianne

Joueurs d'échecs au Jardin du Luxembourg

Joueurs d'échecs au Jardin du Luxembourg

Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia a reçu le prix Goncourt des Lycéens et le prix des lecteurs de Notre Temps.

 

Avril 1980 - " Aujourd'hui on enterre un écrivain. "

Ainsi s'ouvre ce très beau roman. Nous sommes au cimetière du Montparnasse, Michel  Marini est là, anonyme dans la foule venue rendre un dernier hommage à Jean-Paul Sartre.

Impossible de rentrer dans le cimetière où on piétine les tombes, escalade les monuments, renverse les stèles pour s'approcher plus près et voir le cercueil. On dirait l'inhummation d'une vedette de la chanson ou d'un saint. Ce n'est pas un homme qu'on porte en terre. C'est une vieille idée qu'on ensevelit avec lui. Rien ne changera et nous le savons. Il n'y aura pas de société melleure. "

Et de fait, ce roman est un peu celui des illusions perdues. Renonçant à suivre les funérailles, Michel s'éloigne et rencontre Pavel, une vieille connaissance perdue de vue depuis 15 ans.

 

Et nous voilà en octobre 1959, Michel Marini est parvenu à réunir ses deux familles, entendez par là paternelle et maternelle, à l'occasion de son 12e anniversaire. Deux familles que tout oppose et qui s'ignorent ostensiblement, les uns ouvriers italiens communistes (du côté du père), les autres entrepreneurs petits-bourgeois ; deux familles réunies par une naissance non-désirée mais qui ne parviendront jamais à être unies. Ce jour là, le petit garçon est tout de même très fier d'être parvenu à convaincre sa mère d'inviter la famille de son papa, il est encore plus heureux quand il reçoit un bel appareil photo qui ne le quittera plus.

 

Michel est le narrateur, nous le suivons au lycée Henri IV, entre Montparnasse et le Panthéon, Maubert et Denfert-Rochereau.

"Lecteur complusif", il lit en permanence, même pendant les cours qui ne le passionnent guère, surtout les maths. Lorsqu'il découvre un auteur, il va au bout de son oeuvre et avance ainsi, un livre à la main même en marchant ! Quand il ne lit pas, c'est un champion de babyfoot et un observateur attentif de ce qui l'entoure. C'est ainsi qu'il rencontre les amis de son  grand frère. Parmi eux, Pierre sur le point de partir en Algérie et sa soeur Cécile. L'époque est nerveuse et les étudiants se passionnent pour la politique.

Fidèle du Balto tenu par le couple Marcusot, Michel fait une découverte qui va changer sa vie.

"Au bout du restaurant, en face de moi, derrière les banquettes, la porte au rideau vert. Jacky en sortait avec des tasses et des verres vides. Je me suis renfoncé dans le coin. [...] Mû par la curiosité, j'ai écarté le rideau. Une main malhabile avait inscrit sur la porte "Club des Incorrigibles Optimistes". Le coeur battant, j'ai avancé avec précautions. J'ai eu la plus grande surprise de ma vie. J'ai pénétré un club d'échecs. [...] La surprise, ce n'était pas le club d'échecs. C'était de voir Jean-Paul Sartre et Joseph Kessel jouer ensemble dans l'arrière salle enfumée de ce bistrot populaire. "

L'enfant se trouve peu à peu adopté par un groupe de réfugiés politiques venus des pays de l'est, certains pour fuir les purges communistes, d'autres communistes déçus ou même membres du parti ayant trahi la cause. Ces hommes, tous écorchés, déracinés, se retrouvent au Balto pour y jouer aux échecs et oublier leurs propres échecs.

" Malgré leur quotidien, ils n'étaient ni tristes, ni mélancoliques. Au contraire, ils affichaient un humour permanent et semblaient insouciants, comme si aucun souvenirs ne les encombrait. Gare à celui qui déprimait et manifestait son angoisse, il se voyait rappelé à l'ordre d'un "tu nous emmerdes avec tes problèmes. Tu es vivant, profites-en pour vivre. "

Sur fond d'algérie française et de rideau de fer, des destins se croisent, se lient et se déchirent sous le regard d'un enfant qui grandit en se posant des questions sur les chemins à prendre. La construction des personnages qui s'étoffent au fil des pages -au fil des années- rend le texte très vivant et on s'attache bien vite à Michel et Cécile mais aussi à Igor, Pavel, Leonid et autres Werner, sacha,Tibor ou Imré. 

Les histoires s'emmèlent à l'Histoire jusqu'à la chute terrible qui fait que l'on quitte à regrets tous les protagonistes.

Un roman à glisser dans votre valise et qui vous donnera sûrement comme à moi l'envie d'aller découvrir les joueurs d'échecs du Luxembourg et la Fontaine Médicis !

 

 

 

Le Club des Incorrigibles Optimistes, J.M. Guenassia

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La salle de bain du Titanic, Véronique Ovaldé

25 Juillet 2013, 11:24am

Publié par Parisianne

C'est forcément un lieu où l'on sombre...

 

Et Véronique Ovaldé, dans ce recueil de 3 nouvelles au titre surprenant, nous entraîne dans ce naufrage. Le naufrage d'une enfant que l'on devine, que l'on imagine sans que jamais rien ne soit dit explicitement.

Un petit recueil qui se lit très vite et qui pourtant laisse longtemps un arrière goût amer.

Je vous livre la page 4 :

"Vienna aimerait redevenir une toute petite fille.

Juste avant l'été de ses six ans. L'été où elle s'est perdue dans les dunes. Et où un homme l'a finalement ramenée à ses parents.

Elle voudrait revenir avant. Avant l'été où les choses se sont gâtées. Et où le monde a changé sa révolution. "

 

Dans un style efficace, Véronique Ovaldé brosse ces trois histoires et nous sommes impuissants...

J'ai découvert cette auteure grâce à une amie qui m'a offert Des vies d'oiseaux. Un livre étrange et envoûtant. Je reviendrai sans aucun doute vers d'autres de ses livres.

Lavabo cabine 1re classe du Titanic

Lavabo cabine 1re classe du Titanic

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Saint-Martin-aux-Bois (60)

20 Juillet 2013, 05:06am

Publié par Parisianne

Nous sommes dans l'Oise, dans un petit village initialement appelé Ruricourt où une communauté de chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin s'installe au XIe siècle pour fonder l'abbaye de Saint-Martin de Ruricourt, dite "aux bois", les bois prendront leurs aises et au XIIIe siècle, une lettre de Philippe Le Bel atteste du nouveau nom de Saint-Martin-aux-Bois.

La construction de l'abbatiale commence en 1260, elle subira comme bon nombre de ses consoeurs, les vicissitudes des guerres et autres invasions. 

Les monuments abbatiaux seront vendus comme biens nationaux à la Révolution sont achetés par des entrepreneurs qui en récupèrent les matériaux. L'église seule restera, considérée comme église paroissiale, elle sera épargnée. 

 

 

 

Saint-Martin-aux-Bois (60)

Je n'avais jamais eu l'occasion d'entrer dans cette église et ce qui m'a frappée dès l'arrivée c'est la lumière et l'élévation.

Remarquables aussi les stalles, et une peinture murale datée du XVe siècle.

 

Saint-Martin-aux-Bois (60)
Saint-Martin-aux-Bois (60)
Saint-Martin-aux-Bois (60)
Saint-Martin-aux-Bois (60)
Saint-Martin-aux-Bois (60)

Autre particularité de Saint-Martin, ce sont les stalles en bois et les très belles miséricordes.

Les stalles ont été construites sous l'abbatiat de Guy de Baudreuil (1492-1531). Elles sont richement ornées d'un décor flamboyan, surmonté d'un baldaquin.

Les stalles
Les stalles
Les stalles
Les stalles

Les stalles

L'autre particularité de ces stalles, ce sont les miséricordes sculptées. Elles représentent des scènes de la vie quotidienne mêlant animaux, humains mais aussi sujets imaginaires.

Les miséricordes
Les miséricordes
Les miséricordes
Les miséricordes
Les miséricordes
Les miséricordes
Les miséricordes

Les miséricordes

Pour plus d'information, je vous invite à vous rendre sur le site de l'Association Stalles de Picardie

Peinture murale

Peinture murale

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Petite surprise champêtre

18 Juillet 2013, 14:58pm

Publié par Parisianne

Au gré des flâneries champêtres,

On fait parfois des découvertes,

Au milieu d'un champ rouge sang,

Apparaît un coquelicot blanc.

 

Petite surprise champêtre

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Seule Venise, Claudie Gallay

15 Juillet 2013, 13:23pm

Publié par Parisianne

Seule Venise de Claudie Gallay, le roman d'une renaissance dans une Venise hivernale.

 

La narratrice, dont cette fois encore nous ignorons le nom, vient d'être quittée par son compagnon. Elle s'isole, elle s'enterre avant de se décider à tout quitter.

"Personne n'a étudié la douleur des humains quand ils sont ferrés du ventre. Cette impression de brûler, de se vider tout en restant vivant".

C'est à Venise qu'elle échoue.

Là, au fil des ruelles humides et des canaux, elle refait doucement surface. Chez Luigi, qui tient la pension de famille où elle loge, elle rencontre une danseuse et son amant "encore pris l'un dans l'autre. Jeunes, serrés. Accrochés. La vie ne leur est pas encore passée dessus" et un prince russe en fauteuil roulant dont la vie de dévoile au fil des pages.

Des liens se tissent entre confidences et silences, espoirs et déceptions.

Les mots sont justes.

Au hasard d'une de ces promenades, au cours desquelles elle compose un bouquet de trésors à offrir au prince (de la terre, une sous-tasse en papier, une boule de neige...), elle rencontre Dino Manzoni, le libraire au chat. Irrésistiblement attirée par cet homme, elle offre ses silences à l'écoute des passions de celui qui l'entraîne dans la lecture et la découverte de la ville, de l'art et de l'oeuvre de Zoran Music, peintre de Dachau.

"Il est des êtres dont c'est le destin de se croiser. Où qu'ils soient. Où qu'ils aillent. Un jour ils se rencontrent".

Et dans cette Venise vide de touristes, offerte à l'eau et aux froides journées qui précèdent et suivent les fêtes de fin d'année, les chemins se croisent, les destins se mêlent, parfois intimement.

"Je crois qu'on est ensemble, déjà. Qu'on a sa place dans la vie l'un de l'autre. Même s'il ne se passe rien. Même si on ne se touche pas."

Les personnages apprennent les uns des autres, découvrent des sensations, des histoires.

Le prince est un personnage particulièrement riche et avide de faire partager ses expériences.

"Chaque vin que vous buvez doit vous rappeler un vin déjà bu, un parfum, une terre. de même que chaque chose que vous apprenez doit se rattacher à quelque chose que vous savez déjà. C'est ainsi que le savoir se construit."

Les histoires des différents protagonistes se décrivent avec pudeur sous la plume vive de Claudie Gallay. Chapitres brefs, phrases courtes comme un criBeaucoup d'émotion, de sensibilité dans ce très beau roman que je viens de relire mais à voix haute cette fois, pour le partager avec mon auditrice préférée. Le style rapide se prête vraiment bien à la lecture à haute voix. Le plaisir a été entier, partagé.

 

 

Seule Venise, Claudie Gallay

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Immortelle randonnée, Jean-Christophe Rufin

2 Juillet 2013, 05:39am

Publié par Parisianne

Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi, de Jean-Christophe Rufin, éditions Guérin.

 

Ce Chemin là gardera pour moi une saveur particulière, non pour l'avoir parcouru réellement mais simplement parce que j'ai lu ce livre à voix haute, pour le partager avec  une personne qui m'est particulièrement chère et qui se trouve dans l'incapacité de lire. Et nous avons toutes deux apprécié ce cheminement, extrêmement bien écrit, merveilleusement décrit.

On ne présente plus Jean-Christophe Rufin, on ne présente pas le pélerinage de Saint-Jacques de Compostelle mais la rencontre des deux ne peut laisser indifférent. L'auteur nous donne à voir ici non seulement le chemin mais également son chemin, avec un regard tantôt critique, tantôt admiratif mais toujours vif et souvent drôle.

De belles rencontres, de magnifiques descriptions, un cheminement intérieur très riche, voilà de quoi offrir un très beau moment de lecture. 

Au-delà de l'idée du pélerinage en lui-même, qui pourrait rebuter certains, c'est à une véritable introspection que nous invite l'auteur, en posant simplement la question de ce que l'on doit mettre dans sa mochila, entendez par là sac à dos que le pélerin marcheur allège chaque jour davantage. Cette façon de se départir de certaines affaires jugées indispensables au début du Chemin, offre une véritable interrogation sur soi-même.

Entre réflexions philosophiques, portraits et émerveillements, Jean-Christophe Rufin nous fait vivre son Chemin pour notre plus grand plaisir.

 

"C'est à ce moment, au creux de la détresse, qu'il devient le plus tentant de se raccrocher à la dimension religieuse du pélerinage. A vrai dire, on l'avait presque oubliée, en tout cas sur le Chemin du nord où circulent peu de pélerins, tant l'atmosphère générale est profane et tant il est rare que quiconque aborde ce sujet. Cependant, quand les fraîches évocations du début se sont taries, quant on a échoué à discipliner sa pensée en lui assignant des objectifs sérieux, quand en somme, le vide menance et, avec lui, le triomphe de l'ennui et des petits embarras du corps, la spiritualité apparaît comme une planche de salut. Elle a, sur la pensée profane, le grand avantage d'être soutenur par les multiples références religieuses qu'offre le paysage, pour peu qu'on veuille bien y prêter attention."

 

 

 

 

 

Immortelle randonnée, Jean-Christophe Rufin

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