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Les musardises de Parisianne

Frida Kahlo, Diego Rivera au musée de l'Orangerie

25 Novembre 2013, 21:30pm

Publié par Parisianne

Cela faisait des années que je n'étais pas allée au Musée de l'Orangerie mais comme je connaissais plutôt mal l'oeuvre de Frida Kahlo et encore plus mal celle de Diego Rivera, l'occasion était trop belle. Je n'ai rien vu de l'Orangerie et j'y retournerai, même si l'atmosphère moderne m'a parue plutôt froide, ce n'est pas ce que je recherche dans un musée, j'aime quand ils ont une âme et là, de ce que j'ai vu... mais je n'ai certainement pas été au bon endroit.

Pour ceux qui, comme moi, ne sont pas spécialistes de ces artistes, un rappel rapide.

Diego Rivera est né au Mexique en 1886, Frida Khalo en 1907.

En 1909, Diego s'installe à Paris et fréquente les peintres cubistes. En 1916, il expose à New York avec Braque, Cézanne, Picasso, Van Gogh. Il rompra avec le cubisme pour revenir à plus de réalisme et voyagera en Italie pour s'imprégner des fresques de la Renaissance. De retour au Mexique en 1921, il participe au projet du ministre de l'Education de faire réaliser des peintures murales, fresques idéologiques et pédagogiques. 

Au même moment, Frida est étudiante en médecine. Victime d'un grave accident de bus, elle se retrouve alitée et commence à dessiner.

Ils se rencontrent en 1922 et se marient en 1929.

Tous deux engagés politiquement, leur combat est politique certes mais aussi fortement tourné vers l'identité mexicaine. Nous connaissons tous les images de Frida Kahlo portant les habits traditionnels.

Une vie de combats donc, contre la douleur pour Frida, contre les oppressions mais aussi contre l'enfermement pour Diego qui semble se refuser à rester dans un mouvement  qu'il soit pictural ou politique, aussi bien que dans la vie rangée d'un homme marié.

L'oeuvre de Diego Rivera est immense, au sens des dimensions ! Celle de Frida est plus intime, tant par la taille de ses oeuvres que par ses sujets souvent largement inspirés de sa vie et de ses nombreuses souffrances, tant physiques que morales.

La confrontation des deux oeuvres, et donc des deux artistes, est particulièrement intéressante et bien faite. L'oeuvre de Frida est douloureuse, violente, on ne peut rester indifférent. 

Frida semble dans l'ombre de son immense époux durant leur vie commune, pourtant l'histoire n'a t-elle pas retenu son nom mieux que celui de son mentor ? Ce mythe au féminin a, il est vrai, été maintes fois mis en avant, notamment par un film, que pour ma part je n'ai pas encore vu.

Je vous conseille vivement cette exposition et si vous avez envie d'approfondir le sujet, je vous invite à lire le hors série de L'Objet d'art, très intéressant.

 

Frida Kahlo (1907-1954) Autorretrato con Traje de Terciopelo 1926 Collection privée © Photo Francisco Kochen © ADAGP, Paris 2013

Frida Kahlo (1907-1954) Autorretrato con Traje de Terciopelo 1926 Collection privée © Photo Francisco Kochen © ADAGP, Paris 2013

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A suspicious river, Laura KASISCHKE

21 Novembre 2013, 14:59pm

Publié par Parisianne

A suspicious river, Laura KASISCHKE

A force d'en entendre parler, je me suis laissée tenter par cet auteure. Et bien le moins que l'on puisse dire c'est qu'on ne sort pas indemne de cette lecture. Il me faudra un peu de temps pour me remettre de ce choc là. Ce n'est assurément pas un livre que je conseillerai à tout le monde et que, si vous plongez malgré tout, je vous invite à lire quand le soleil brille et que vous avez la pêche ! N'allez pas cependant à travers ces quelques premières lignes imaginer que je n'ai pas aimé ce roman. L'auteure a un talent fou pour nous balloter entre drame et poésie. C'est violent, c'est cru et pourtant, on se laisse prendre par cette descente aux enfers. C'est bien de cela dont il s'agit, une descente aux enfers comme une fatalité, vécue par Leila, 24 ans, l'âge de sa mère quand, petite fille âgée de 7 ans, elle l'a trouvée égorgée par son amant et beau-frère.

*****
 

Leila a 24 ans, elle est réceptionniste au Swan Motel, partage la vie de Rick qui l'a épousée alors qu'ils n'avaient que 17 ans parce qu'elle s'est trouvée enceinte et qu'il peut avoir été le père de cet enfant, qu'elle n'a de toute façon pas souhaité garder. Leila, jolie fille, se prostitue avec les clients de l'hôtel et amasse de l'argent dont elle ne sait que faire dans une boîte qui déborde bientôt.

"Je me suis mise à penser à ça. "L'argent."
C'est ce que les gens penseraient, justement, que je fais ça pour l'argent.
Mais l'argent n'a rien à voir là-dedans. 
L'argent ne faisait que déborder de ma boîte à bijoux, des billets verts et secs. Je ne pensais à l'argent que lorsque j'en ajoutais au tas déjà constitué.
"

Ce n'est donc pas le besoin d'argent qui la motive, c'est presque une sorte d'atavisme. Sa mère se prostituait, Leila est très jeune traitée de la même manière par les hommes qui l'entourent et abusent d'elle. Elle observe, détachée de tout, de sa vie, de son propre corps, et lorsqu'elle croit ressentir enfin quelque chose dans les bras d'un homme c'est pour tomber encore plus bas.

"Il m'embrasse, longuement et durement, sur la bouche. C'est chaud. Je retiens faiblement sa chemise dans mon poing. Je me dis, y a-t-il quelque chose à moi, sous ma peau, qui ne pourrait pas tout aussi facilement être à lui ? Ou bien est-ce que je suis vide ? Une boîte cadeau pleine de Kleenex. J'ai même cessé de penser, de rêver. Juste de la neige maintenant, et de la fumée. Quand je ferme les yeux, je suis seule."

Leila survole sa propre existence pour s'enfoncer toujours plus, jusqu'à la fuite, tragique, violente, l'échappée ultime que l'on sent venir en se sentant impuissant.

"Mais moi, j'étais calme, planant en permanence à trois mètres au-dessus de mon corps. Peut-être qu'être avec moi n'était pas très différent qu'être tout seul. Vous pouviez être aussi rustre que vous le vouliez après. C'était sans doute ça qui plaisait en moi. Ou alors, c'était peut-être ce qui les mettait en colère ? "

Présent et passé sont étroitement liés et le récit passe de l'un à l'autre parfois sans transition pour marquer cette presque causalité entre ce qu'à été Bonnie Murray et ce qu'est sa fille, Leila. C'est violent, ça vous ébranle. Un roman très fort.

" Lever les yeux.
La lune est une faucille nette et, de temps à autre seulement, un lambeau de nuage se heurte à sa lame. Si vous tendez votre main devant vous, elle s'emplit d'argent, comme celui d'un trésor dérobé. Vous le rendez aux ténèbres en fermant votre poing, et même les étoiles sifflent le spectable. Certaines tombent quand vous regardez bien le ciel. Une poignée de planètes glisse dans la rivière -trop rapidement pour qu'on les attrape, même avec un filet.
"

Ne laissez pas filer les étoiles....
 

 

 

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Confidences

8 Novembre 2013, 23:51pm

Publié par Parisianne

Pat 5 http://pat5.over-blog.com/

Pat 5 http://pat5.over-blog.com/

Rassurez-vous, vous n'aurez ni scoop ni photos de paparazzi, encore moins d'annonce spectaculaire.

Disons que ce sera davantage un petit papotage entre amis.

Nous partageons depuis de longues années déjà, pour ceux qui me suivaient précédemment sur Parisianne ou bien sur Musardises, des lectures, des découvertes, des coups de coeur et des petits bonheurs.

 Il est vrai que sur Parisianne, il m'arrivait régulièrement de mettre en ligne de petits textes, des jeux d'écriture, quelques mots rimés, ce que je ne fais plus guère ici. Je n'ai pas raccroché la plume pour autant. Mon ami Pat avec cette merveilleuse plume et son encrier de marbre, et bien d'autres de mes proches, m'encouragent toujours à poursuivre. Alain Emery, vous le savez m'a menée vers l'édition par un chemin de traverse en m'offrant d'écrire sur mes photos pour ne faire résonner que Cette seule voix, et il m'arrive de participer à quelques concours de nouvelles. Je ne travaille effectivement que le format court, c'est ce que je préfère. J'aime l'exercice qui consiste à faire passer une émotion en peu de mots.

Pour ceux qui se poseraient la question, je n'ai encore jamais été éditée, pour la raison très simple que je n'ai jamais rien envoyé à un éditeur. J'ai failli avoir des petits livrets de quelques nouvelles suite à un concours mais cela ne s'est pas fait. Je n'ai pas cherché plus avant, je ne me sens pas prête. Et pour ceux que cette réponse agacera, j'en connais, et bien, je n'ai rien d'autre à dire pour ma défense. :)

Alors que je vous ai présenté il y a peu un article illustré par des photos du Grand Hôtel de Cabourg, prises l'an dernier à l'occasion d'une remise de prix à proximité, je vais pouvoir récidiver cette année puisque j'ai la chance non seulement d'être primée à nouveau, mais en plus d'avoir gravi deux marches. Ce n'est donc que du bonheur mais ce n'est pas là le plus important. Ce qui me fait un grand plaisir, c'est que mon texte a trait à la sculpture et fait une allusion non dissimulée à deux sculpteurs que j'admire particulièrement : Auguste Rodin, dont vous lisez régulièrement le nom sur ces pages puisque je suis une fidèle des lectures à l'Hôtel Biron, musée Rodin, dont je vous parle régulièrement, et Camille Claudel, dont la vie tragique fait parfois oublier la beauté du travail. Cette dernière éclaire depuis longtemps mon parcours d'écriture et m'a offert non seulement de belles émotions mais aussi de fort belles rencontres. 

Voilà donc un modeste clin d'oeil à Camille que je voulais partager avec vous en confidences, Camille Claudel, dont nous avons célébré le 70e anniversaire de la disparition le 19 octobre dernier. Un hommage lui a été rendu par une petite sortie d'oeuvres au musée Rodin et une très belle mise en scène de sa vie par sa correspondance magistralement interprêtée par Charles Gonzalès, un de ces grands moments d'émotion que tout ce qui a trait à l'art sait susciter.

Camille Claudel, La Valse, détail

Camille Claudel, La Valse, détail

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Bonheur simple

7 Novembre 2013, 19:54pm

Publié par Parisianne

Je ne vous le présente plus mais tout de même, voici mon copain Ernest ! 
Pourquoi Ernest ? Et pourquoi pas d'abord ! 

Nous nous rencontrons quotidiennement, il est toujours au rendez-vous quand je passe, et s'il n'est pas là le premier, j'attends un peu et il arrive. Comment ça je raconte des histoires, mais pas du tout, et puis, ça ne fait pas de mal de rêver un peu ! Un cli sur l'image et vous verrez qu'il a de belles moustaches.
 

Bonheur simple
Bonheur simpleBonheur simple
Juste pour le plaisir des yeux
Juste pour le plaisir des yeux
Juste pour le plaisir des yeux

Juste pour le plaisir des yeux

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Marcel Proust, Lettres à sa voisine

6 Novembre 2013, 20:40pm

Publié par Parisianne

Marcel Proust, Lettres à sa voisine

Alors que l'on célébrera le centième anniversaire de la parution Du côté de chez Swann chez Grasset, le 14 novembre prochain, une correspondance inédite de Marcel Proust avec sa voisine, Madame Williams vient de sortir chez Gallimard. 

Un joli petit livret, comme savent l'être les livres de Gallimard avec leur couverture sobre, un format intéressant, un beau papier avec des reproductions fac simile des lettres manuscrites et quelques photos pour illustrer le tout, voilà qui paraissait séduisant. L'avant-propos de Jean-Yves Tadié, et les annotations de ce dernier en collaboration avec Estelle Gaudry, ont achevé de me convaincre. 

C'est donc avec une certaine déception que je ferme ce livre qui, s'il est intéressant par certains côtés, notamment les qualités d'écriture, ne m'a pas semblé d'un intérêt fondamental.

Il est vrai qu'une correspondance à une seule voix manque nécessairement d'écho mais j'aurais aimé peut-être plus de profondeur dans ces lettres et si je les trouve, pour certaines, intelligentes, j'ai l'impression que seules les récriminations éternelles de Marcel Proust contre le bruit me resteront de cette lecture. Rappelons que Marcel Proust souffre s'asthme et de troubles du sommeil !

*******

Nous devons être en 1908 - les lettres ne sont pas datées - Proust demeure alors au 102 boulevard Haussmann, à Paris.  Marcel Proust est au 2e étage, Madame Williams occupe le 3e étage, et son mari, le Docteur Williams, a son cabinet dentaire attenant, ce qui ne manquait pas de causer de nombreux soucis au pauvre Marcel, malade, et craignant fort le bruit. 

Le ton des lettres est toujours emprunt d'une grande délicatesse à l'égard de la dame dont il s'enquiert de la santé fragile, la sienne mais aussi celle de son fils et livre un art du compliment "Madame, Par une grâce de générosité - ou un jeu de reflets - vous prêtez à mes lettres un peu des qualités qu'ont les vôtres. Les vôtres sont délicieuses, délicieuses de coeur, d'esprit, de style, de "talent". " (les guillemets à talent ne sont pas de moi mais bien de Proust lui-même ! " Puisse mon livre vous avoir donné autant de plaisir que j'en ai eu à lire votre lettre. " ou encore " Pardonnez-moi de ne pas vous avoir encore remerciée : c'est moi qui ai reçu de merveilleuses roses décrites par vous au "parfum impérissable" mais varié qui fait se succéder, dans les évocations du vrai poète que vous êtes, toutes les heures du jour, l'infiltration de l'arôme dans le clair obscur agatisé des "Intérieurs" ou son expansion dans l'atmosphère fluente et diluée des jardins. "

Même les récriminations sont joliment tournées "J'avais commandé pour vous ces fleurs et je suis désespéré qu'elles arrivent un jour ou contre toute prévision je me sens si mal que je voudrais vous demander du silence pour demain samedi. Or cette prière n'étant nullement conjuguée avec les fleurs, et leur faisant perdre tout leur parfum d'hommage désintéressé et les hérissant de mauvaises épines, j'aime encore mieux ne pas vous demander ce silence. "

Cette correspondance ne manque donc pas d'élégance bien sûr, et offre aussi d'intéressants éclairages sur l'oeuvre de Proust " La suite de Swann (si j'ai bien compris) ? ou bien Swann ? Si c'est la suite, il n'y a que les Extraits, fort longs il est vrai, du 2e volume, parus dans la Nouvelle Revue Française. La Guerre est arrivée, le 2e et le 3e volume n'ont pu paraître, naturellement. J'ai des amis qui continuent à faire des livres, et à en publier, puisqu'ils me les envoient. Sans doute leur éditeur n'est pas mobilisé comme le mien, leur pensée n'est pas mobilisée comme la mienne qui en fait d'"épreuves" en ce moment est tournée vers d'autres que celles qu'il me faut corriger. "

D'autres éclairages également sur les inquiétudes qu'il nourrit pour son frère et ses amis au front ou encore son propre ajournement pour raison de santé. Donc, comme je le disais pour commencer, des documents certes intéressants mais qui m'ont paru plus fades que le Mensuel retrouvé, série d'articles inédits du jeune Proust parus aux Editions des Buclats l'an dernier dans lesquels l'esprit et la fine observation de ses contemporains qui nourriront son oeuvre apparaissent déjà de façon manifeste. 

Malgré tout, une forte envie de retourner A la recherche du temps perdu, abandonnée en cours de route il y a quelques années... 

 

Marcel Proust, Lettres à sa voisine

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Danse noire, Nancy Huston

4 Novembre 2013, 09:40am

Publié par Parisianne

Il y a peu, je parlais de Nancy Huston et de Lignes de failles, premier roman que je lisais de cet auteur et que j'avais vraiment apprécié.

Il sera question aujourd'hui de Danse noire, le dernier livre de Nancy Huston, sorti chez Actes Sud pour la rentrée littéraire.

J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre et je reconnais que la lecture a été un peu fastidieuse. Mais j'ai eu la chance - et le bonheur - d'assister à une très belle lecture de ce livre en présence de l'auteure grâce à l'association Textes et Voix. Les acteurs-lecteurs, Fanny Cottençon et Nicolas Pignon, par leur talent et grâce au travail des membres de l'association sont parvenus à extraire l'essence du texte en offrant un fil conducteur qui m'a été utile dans la poursuite de ma propre lecture.

Comme dans Lignes de Failles, Nancy Huston brosse ici le portrait de plusieurs personnages à plusieurs époques. Mais ici le découpage de chaque partie en trois portraits dans une époque différente altère parfois la compréhension et l'alternance des langues ne facilite pas toujours les choses. 

En effet, ce livre est un film dans le roman ou un roman dans le film et chaque personnage s'exprime dans sa langue, c'est-à-dire en anglais ou en français québécois, plus précisément ici, joual, parler populaire voire argotique. Vous comprendrez donc que cela complique un peu les choses. Je me demandais d'ailleurs en commençant le livre quel était l'intérêt d'avoir des traductions sur la moitié des pages, Nancy Huston a  elle-même répondu à mon questionnement en expliquant qu'elle ne cherchait pas à paraître savante ni à montrer sa maîtrise des différents parlers mais qu'elle voyait ces traductions un peu comme les sous-titres dans un film. Son explication était intéressante, cela n'en reste pas moins fastidieux à la lecture même quand on maîtrise l'anglais mais pas nécessairement l'argot !

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Milo vit ses dernières heures, le réalisateur Paul Schwarz, à son chevet, rêve leur ultime projet : le film de la vie cahotique et tourmentée de Milo. C'est ainsi que nous découvrons les origines de celui qui s'éteint et nous conduit à travers l'évocation de ses racines de l'Irlande au Canada.

Neil, le grand-père, grandit en Irlande où il fait son droit mais rêve de devenir écrivain. Chassé par son père de la demeure familiale pour avoir soutenu la rébellion contre l'oppresseur britannique, Neil s'embarque en 1918 pour le Canada "... Et le voilà sur le bateau. Tu as envie que cette séquence nous donne mal au coeur, Milo. Dans le noir quasi total de sa cabine exiguë, sous le pont du navire secoué par les tempêtes de la fin novembre, au long des neufs jours et neufs nuits que dure l'interminable voyage de Liverpool à Québec, Neil vomit. Il rend Trinity College, la reine Elisabeth, la reine Victoria, le roi Edouard VII, le roi George V, et Billy Walsh l'achevêque de Dublin. Il rejette le Square Saint-Etienne et la mort de son cousin Thom. Il se débarrasse de Daisy, Dorothy, sa mère, son père, sa vie d'avant, son soi d'avant, et jusqu'au nom de Kerrigan." Après des débuts difficiles dans cette froide contrée, Neil finit par se marier et fonder une famille nombreuse. Aspirant toujours à devenir écrivain et à ne jamais oublier sa terre natale, il s'adresse à ses fils en anglais, laissant à son épouse le français pour les filles ! Lorsqu'il apprend qu'il a un petit fils, il s'en va le chercher pour le mener chez l'aînée de ses filles qui l'accepte dans sa famille et décelant son intelligence vive le pousse à apprendre, pas toujours avec la tendresse que l'on pourrait attendre d'une tante aimante.

Awanita, jeune prostituée indienne rencontre Declan dans un bar. Il devient son amant régulier et le père de Milo. Alcoolique et sans travail, il est incapable de subvenir aux besoins de la mère et de l'enfant et s'il s'engage à toujours veiller sur son fils, il ne prendra jamais soin de lui. Awanita plonge dans la drogue et ne verra jamais son enfant.

Milo, naît en 1952 d'une mère prostituée indienne et d'un père alcoolique incapable de le prendre en charge. L'enfant est ballotté de famille d'accueil en famille d'accueil. "L'enfant de l'absence est à nouveau enfermé dans le placard... dans un placard, plutôt, pas le même. Il a déjà connu pas mal de placards dans sa courte existence, et il a trouvé le moyen d'y survivre. Il a construit dans sa tête un placard plus sombre encore, y pénètre de son plein gré, verrouille la porte derrière lui. N'appelle personne, n'a besoin de personne, trouve en lui-même ce dont il a besoin. Une fois à l'intérieur, dans le noir du noir, il est heureux car il sait qu'en fermant les yeux il peut convoquer des images, des voix, et qu'elles afflueront. " Et Milo grandit, sauvage et volontaire, bon élève et prêt à tout pour avancer.

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Le roman est découpé en dix parties présentant chacune un moment de la vie des trois protagonistes. Chacune de ces parties porte pour titre un terme de la capoeira, mi danse mi art martial afro-brésilien dont le rythme scande tout le livre ta, ta-da Da, ta, ta-da Da, ta, ta-da Da, ta, ta-da Da... un rythme entêtant pour une vie comme un combat.

Un roman qui alterne entre violence et poésie, douleur et évasion sur fond d'Histoire de l'Irlande et du Québec. Un roman pas facile mais qui mérite que l'on s'y arrête, ne serait-ce que pour l'originalité de cette construction comme un film, avec les bruitages et les "on coupe" que lance le réalisateur et qui nous laissent parfois le souffle coupé nous aussi.

 

 

 

Danse noire, Nancy Huston

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