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Les musardises de Parisianne

Charlotte, David Foenkinos

14 Novembre 2014, 09:36am

Publié par Parisianne

Charlotte Salomon, Livres vivants, © Deville
images trouvées sur le net 

 

Paru chez Gallimard pour la rentrée littéraire, Charlotte de David Foenkinos vient de recevoir le Prix Renaudot. Ce n'est ni l'effet rentrée littéraire, ni la perspective d'un prix qui m'ont attirée vers ce livre, j'avais simplement envie de découvrir cet auteur. Il semble cependant, d'après ce que j'ai pu lire ici ou là, que ce roman-ci soit très différent de ce que David Foenkinos propose habituellement.

La forme choisie par l'auteur est à la fois surprenante et séduisante. Des phrases très courtes font de ce texte un poème en prose et rendent la lecture très rapide. Mais plus que ça, cette forme rend le récit percutant et comme l'histoire de cette jeune artiste victime de la barbarie nazie est bien évidement tragique, la cohérence entre fond et forme est parfaite.

Charlotte Salomon naît à Berlin en 1917 dans une famille juive, non pratiquante, marquée par les suicides, notamment celui de la soeur de sa propre mère, dont elle porte le prénom, puis celui de sa mère elle-même qu'elle n'apprendra que tardivement. Solitaire, elle vit auprès de son père médecin et de la seconde épouse de ce dernier, Paula, cantatrice à qui Charlotte voue une profonde admiration. L'époque troublée apporte son lot de terreurs et de drames, Charlotte et sa famille tentent malgré tout de poursuivre leur chemin, la jeune fille commence à dessiner et parvient à intégrer les Beaux-Arts pourtant fermés aux juifs. Paula privée de scène travaille sa voix avec un professeur dont Charlotte tombe éperdument amoureuse, de ces amours qui marquent une vie. Contrainte de fuir l'Allemagne, la jeune femme retrouve ses grands-parents dans le sud de la France où elle s'installe. La fureur les rattrape, la grand-mère profondément marquée par les tragédies familiales et la tournure des événements sombre dans la folie, le grand-père lui-même agressif contraint Charlotte à le fuir. Elle se réfugie dans son art pour ne pas sombrer.

"Sur le chemin du retour, elle respire profondément.

Ce jour-là, c'est la naissance de son oeuvre Vie ? ou Théâtre ?

En marchant, elle pense aux images de son passé.

Pour survivre, elle doit peindre son histoire."

Charlotte fredonne, peint et écrit, son art est total et il est toute sa vie.

"Vie ? ou Théâtre ? est une conversation entre les sensations.

La peinture, les mots, la musique aussi.

Une union des arts nécessaire à la cicatrisation d'une vie abîmée."

L'Histoire la rattrapera, mariée à un émigré autrichien, le jeune couple est dénoncé. Enceinte de quatre mois, Charlotte sera rapidement exécutée, elle meurt à Auschwitz en 1943.

 

Au-delà de l'histoire tragique de cette jeune artiste, au-delà du rapport entre les arts et de l'évocation de la montée progressive du nazisme qui rendent ce texte prenant, j'ai particulièrement aimé la façon dont l'auteur s'invite lui-même dans son roman. Il décrit sa passion pour cette artiste, sa quête qui le conduit sur les lieux où elle a vécu. Son envie, son besoin d'écrire sur Charlotte. C'est une forme d'obsession et cela donne plus qu'un corps au récit : une âme.

 

 

 
Charlotte Salomon, Autoportrait, 1940

Charlotte Salomon, Autoportrait, 1940

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