Laurent Gaudé est un auteur que j'aime particulièrement et qui est assez présent sur ces pages, Cris, La Porte des enfers, Danser les ombres, Eldorado, Sous le soleil des Scorta pour n'en citer que quelques uns, font partie de ces romans que l'on ne peut oublier.
C'est un auteur qui a une sensibilité et une pudeur qui me touchent profondément, et une écriture très inspirante, je m'étais même amusée pour un jeu d'écriture à écrire mon propre ressenti de Cris dans un Naufrage.
C'est un auteur qui sait flirter avec la mort, qui sait faire parler les ombres.
Je crois que sous une autre plume que la sienne je n'aurais pas lu Terrasses.
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Laurent Gaudé | **Terrasses ou Notre long baiser si longtemps retardé**
Vendredi 13 novembre 2015, il fait exceptionnellement doux à Paris - on rêve alors à cette soirée qui pourrait avoir des airs de fête. Deux amoureuses savourent l'impatience de se retrouver ; ...
Terrasses, c'est un récit poignant qui revient sur les attentats du vendredi 13 novembre 2015. Je le disais, écrit par un autre, je n'aurais pas lu ce livre parce que je ne lis quasiment jamais de récit de ce qui est trop proche, trop actuel. Et bien sûr, même si les années ont passé, ce jour dramatique reste à jamais dans nos mémoires.
Je vous invite à écouter Laurent Gaudé parler de son travail d'écriture. Un texte dont il parle comme d'un récit et non comme d'un roman. J'ai entendu qu'il y avait un projet de théâtre, là par contre je ne suivrai pas.
"Toi, oui, l'autre pas." Le Hasard a pris possession des rues. C'est lui qui décide. Il sourit par ce qu'il sent que ce soir, il va se bâfrer. Et il joue. Avec malice.
En lisant ce livre, j'étais sûre qu'il n'y aurait aucun voyeurisme. Je parlais de la pudeur de Laurent Gaudé, c'est un sentiment qui me semble nécessaire pour aborder un sujet si sensible. Il a magistralement réussi.
Ce livre est absolument bouleversant, n'en doutez pas un seul instant, et même si la vie est plus forte que tout, si le message est de lever notre verre contre la barbarie, cette lecture est glaçante, et je vous invite vraiment à lire un jour de lumière.
Le Hasard s'empare de nous, de tout, déchire des jeunes gens dans des flaques de sang et leur tord les traits. Il dévie nos chemins avec une joie féroce et donne à l'horreur le nom de destin.
L'auteur dans ce récit poignant se met, nous met à la place de chacun des personnages en s'exprimant toujours à la première personne du singulier ou du pluriel. Et nous sommes tout à la fois victime, inévitablement, mais aussi policier, parent, soignant, badaud, service d'entretien, etc. Les paroles se mélangent, faisant s'exprimer les vivants et les morts.
Nous prenons tout à bras le cœur, espérant avec ceux qui espèrent, pleurant avec ceux qui pleurent mais avec une grande sensibilité, une attention très respectueuse portée à chacun. Ce n'est pas pour rien que les personnages n'ont en majorité pas de prénom. Sauf Julie, à qui Mathieu, qui lui est totalement inconnu, tient la main dans ses derniers instants.
Chaque intervenant est multiple, évoqué par Laurent Gaudé dans des listes de prénoms, et nous sommes tous l'un d'entre eux, même nous qui avons eu la chance de vivre le drame à distance. Chaque victime est partout, à la fois au Bataclan ou aux terrasses des cafés, comme nous l'étions en suivant les actualités.
L'auteur nous plonge dans la tragédie sans donner un corps et un instant figé à chacun. Il rend ainsi ces moments terriblement présents.
C'est un hommage à ceux qui ont été fauchés dans des instants joyeux et festifs, et à tous ceux qui sont intervenus dans l'urgence de l'action.
Un livre fort et bouleversant.
Je laisse la parole à l'auteur pour terminer.
Nous avons envie de brandir ce que nous sommes. Pour défier ceux qui voulaient nous abattre. Nous ne sommes pas soumis. Blessés. Sonnés. Mais pas soumis. [...] Les terrasses des cafés deviennent le symbole de notre mode de vie. Nous y retournons. Nous trinquons haut et fort. Mais les images de cette nuit restent en nous. Nous avons appris qu'on pouvait mourir de marcher dans la rue, de s'attarder autour d'un verre avec des amis. Et pourtant, il faut continuer. Vivre. Comme on aime. Au nom de ceux qui sont tombés. Nous serons tristes, longtemps, mais pas terrifiés. Pas terrassés.
J'ai beaucoup de retard dans mes visites mais j'ai lu la belle chronique de Matatoune, il vous suffit de suivre le lien sur son nom.
Merci à eMmA dont l'Attente de l'Ange a une résonnance si particulière avec ce livre-ci.
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La rencontre autour du livre de Laurent Gaudé, Terrasses aura lieu le mardi 4 juin 2024 à 20H à la librairie Le Comptoir des mots à Paris. La rencontre avec l'auteur sera suivie d'une séance d...
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