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Les musardises de Parisianne

Victoria Mas, Le Bal des folles

9 Août 2020, 13:14pm

Publié par Parisianne

Victoria Mas, Le Bal des folles

Difficile de sortir un tel livre après le superbe roman d'Anna Hope La Salle de bal. J'ai d'ailleurs longuement hésité avant de me lancer dans cette lecture.

Victoria Mas, dont c'est le premier roman, nous offre là un ouvrage bien documenté et bien mené. Je n'ai cependant pas adhéré avec l'histoire d'Eugénie qui parle aux défunts et se retrouve internée par son père et son frère, dans une famille de notaires, ce genre de dons est plutôt malvenu, même en 1885, époque où l'on aime faire tourner les tables.

- Pourquoi faire interner votre fille, si vous n'attendez pas qu'elle soit soignée ? Nous ne sommes pas une prison. Nous oeuvrons à guérir nos patientes.
Le notaire réfléchit. Il se lève de sa chaise, époussette son hait-de-forme d'un geste résolu.
- On ne converse pas avec les morts sans que le diable y soit pour quelque chose. Je ne veux pas de cela dans ma maison. A mes yeux, ma fille n'existe plus.

L'internement psychiatrique du XIXe siècle, ce n'est une surprise pour personne, pouvait relever de raisons que l'on jugerait aujourd'hui insuffisantes pour justifier un tel châtiment. Nous avons bien sûr en tête l'internement de Camille Claudel qui par la seule volonté de sa mère et de son frère a terminé sa vie en hôpital psychiatrique après trente années d'isolement.

Les femmes sont bien entendu les plus vulnérables, sous le nom d'hystérie on place beaucoup de symptômes, on trouve donc dans le roman de vraies folles mélangées à de pauvres femmes placées là par un parent, un mari, ou ramassées dans la rue.

Le professeur Charcot vient révolutionner le monde de la psychiatrie en proposant des séances d'hypnose avec pour motivation de soigner. L'idée est louable, les moyens ne le sont peut-être pas toujours autant.

 

[...] les folles pouvaient désormais susciter le désir. Leur attrait était paradoxal, elles soulevaient les craintes et les fantasmes, l'horreur et la sensualité. Lorsque, sous hypnose, une aliénée plongeait en crise d'hystérie devant un auditoire muet, on avait parfois moins l'impression d'observer un dysfonctionnement nerveux qu'une danse érotique désespérée. Les folles n'effrayaient plus, elles fascinaient.

Fort de cette attirance, malsaine, je vous l'accorde, le bal de la mi-Carême est organisé chaque année à la Salpêtrière et réunit le gratin parisien et les aliénées lors d'une soirée costumée durant laquelle les notables viennent avec le fol espoir d'assister en direct à une crise de folie.

On cherche un défaut, une tare, on remarque un bras paralysé sur la poitrine, des paupières qui se referment un peu trop fréquemment. Mais ces aliénées offrent un spectacle de grâce surprenant. [...] Peu a peu les murmures reprennent, des rires éclatent, on se bouscule pour voir de plus près ces animaux exotiques, car c’est comme si l’on était dans une cage du Jardin des Plantes, en contact direct avec ces bêtes curieuses. Pendant que les aliénées prennent place sur la piste ou sur les banquettes, les invités se relâchent et gloussent, s’esclaffent et crient lorsqu’ils effleurent la manche d’une folle, et si l’on venait à entrer dans cette salle de bal sans en connaître le contexte, on prendrait pour fous et excentriques tous ceux qui, ce soir, ne sont pas censés l’être.

Le bal n'arrive qu'en toute fin du livre, il n'est donc a priori pas le sujet essentiel même si les préparatifs jalonnent le roman, avec tout l'enthousiasme que le choix des costumes et la perspective de voir et d'être vue peut susciter chez les femmes internées.

Le personnage essentiel de ce roman, est l'infirmière Geneviève qui en rencontrant la jeune Eugénie et ses fantômes, se met à douter et prend conscience de la vulnérabilité des femmes dans une société d'homme régie par des hommes.

Si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire ce livre à l'écriture agréable et qui se lit très bien. Mais s'il fallait n'en choisir qu'un, je vous inciterai davantage à vous tourner vers le roman d'Anna Hope.

Lire les deux est aussi une bonne alternative !

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