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Les musardises de Parisianne

Annabelle Combes La Calanque de l'Aviateur

29 Septembre 2019, 19:11pm

Publié par Parisianne

... graver sa trace personnelle, inscrire son identité au travers de cette idée insensée : installer une maison des phrases dans un bout du monde pluvieux et en ruine

Annabelle Combes La Calanque de l'Aviateur

C'est un peu le hasard qui m'a conduit vers ce livre, j'ai aimé la couverture, puis un article dans Page des Libraires, et je ne regrette pas. La Calanque de l'Aviateur d'Annabelle Combes aux Editions Héloïse d'Ormesson est une pépite, un de ces livres plein de poésie que l'on ferme à contrecoeur.

Plus elle lisait, plus elle découvrait le mode d'emploi du monde, un mode d'emploi singulier pour chacun.

A la disparition de sa mère, Leena est entrée dans le silence, son père "le décortiqueur, (...), normalien, agrégé de lettres classiques et de philosophie, latiniste et helléniste émérite, grand ponte du professorat en faculté, Sorbonne, Harvard, expert de la causerie, ..." a lui-même gardé le silence sur des explications qui auraient pu être nécessaires.

Son frère Jeep, s'est réfugié dans des paradis artificiels avant de fuir lui aussi.

A la mort du père, Leena quitte Paris pour rejoindre un bout de terre lointain, balayé par les vents et s'installe dans une ancienne mercerie.

Le silence va faire son travail. Le silence fait réfléchir les gens, il les rend intelligents. Ils deviennent capables de deviner ce qui se cache derrière les apparences. Et ils sont plus forts à percer les mystères de ce qui ne se dit pas.

Pour tout bagage, Leena apporte des mots, ceux des autres, inscrits dans ses cahiers, et cette idée merveilleuse, ouvrir une librairie.

Et peu à peu, les liens se créent, les silences s'envolent au souffle du vent.

Leena trouve sa voix dans la rénovation de la mercerie et offre à chacun des histoires, à chacun une histoire. 

Jeep de son côté trouve dans le jazz son équilibre et entreprend outre-Atlantique  une quête de leurs origines. Peu à peu ses chemins le mènent jusqu'à leurs vérités, celles qu'il pourra partager avec sa soeur quand il aura, à son tour, lu Madame Bovary et compris que dans les deux E de leur prénoms, Jeep et Leena, ce n'est pas le Wrong EyE qui se cache mais au contraire le Strong Eye.

Dans chaque livre, il y avait une phrase pour un homme, pour une femme, une phrase pour un unique homme, une unique femme. C'est pour cela que la littérature existe, qu'elle déroule des kilomètres de phrases depuis les commencements. Pour que chacun trouve la sienne, s'en empare et combatte avec.

La découverte par Léna d'un trésor caché sera le fil ultime pour la conduire vers son frère et lui permettre d'avancer dans ses projets, la librairie s'étend dans un Jardin littéraire "un jardin de légumes, de phrases et de fleurs".

Dans un style alternant entre poésie libre et récit, l'auteur nous conduit, nous perd parfois, pour mieux nous retrouver, sur des sentiers de mots. Parce que finalement, les vrais héros de cette belle histoire qui lie plusieurs destinées, ce sont les mots, les phrases que nous croisons un jour et qui nous gardent, nous guident.

Je vous invite à vous laisser emporter par ce livre original et riche de liens avec la littérature.

Je suis passeuse de phrase. Je cherche la perle rare chez les écrivains. Le personnage à faille, celui qui dit l'envers du décor. Je cherche la phrase qui reste parce qu'elle subjugue.
Entrave...
Parfois.

Annabelle Combes La Calanque de l'Aviateur

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James Holin, Carrément à l'Est, Mission en Balanklavie

15 Septembre 2019, 09:00am

Publié par Parisianne

James Holin, Carrément à l'Est, Mission en Balanklavie

C’est aux Editions AO – André Odemard que sortira prochainement le nouveau roman de James Holin que vous connaissez par ses précédents romans : Bleu, saignant ou à point ?, Sacré temps de chien, et Un zéro avant la virgule. Il est d'ailleurs déjà en précommande sur le site de l'éditeur, vous pouvez vous rendre ici

J’ai eu la chance, et le privilège, de le lire en avant-première, merci aux éditions AO – André Odemar.

Que c’est beau la Balanklavie, la nuit depuis son lit.

Les premiers romans de James étaient des polars rondement menés d’une plume acérée. Dans ce dernier roman, si l’écriture est toujours aussi vive, nous changeons de domaine pour entrer dans un récit – que je serai presque tentée de qualifier de road movie – qui nous emmène dans un pays dévasté par la guerre. Le narrateur et son camarade Roy traversent la Balanklavie, en proie à une guerre civile, envoyés par un organisme, l’YCQF, qui s’est fixé pour objectif de faire du pays, meurtri par des rivalités incessantes, un « Cosmo-World » où tout le monde serait beau et gentil !

Des canapés en cuir enfoncent leurs pieds chauds dans les yeux sanglants de tapis orientaux.

D’une écriture alerte portée par de nombreuses phrases nominales qui claquent aussi sûrement que les balles des snipers, James Holin nous entraîne avec son énergie habituelle et son humour cinglant, en semant au fil des pages des élans poétiques.

Sur le chemin du retour, à deux pas de l’aérodrome, entre la poire et le fromage, Pédronzino s’arrêtera quelques minutes dans un camp de réfugiés pour distribuer des biscuits secs.

Les caméras seront présentes. On fera des images puis… embarquement direct dans l’avion officiel : époussetage, désinfection, coupes de champagne, ricanements, bons mots et plaisanteries cyniques… Enfin, préparation, sous contrôle, des reportages pour le journal du soir. 

Le cynisme ne manque pas, nous faisant entendre des discours connus. Toute ressemblance… n’est pas nécessairement fortuite ! J’ai un regret, que le personnage d’Emir n’ait pas eu une plus grande présence, sa quête noble et tragique en fait un personnage à part à laquelle j’aurais aimé m’attacher davantage.

Un texte enlevé pour les amateurs de rythme, un humour cynique et savoureux, un zeste de poésie et un fond de réalité, voilà un roman qui ne laissera pas indifférent.

Le ciel est pâle sous sa pluie d’émeraude. Un éclair l’ouvre d’un coup de dent. Le rideau du théâtre se vide de son sang tandis qu’une avalanche de décibels nous emporte en roulant.

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Promenade en ville, toujours à la Nouvelle Athènes, Paris 9e

5 Septembre 2019, 22:24pm

Publié par Parisianne

Promenade en ville, toujours à la Nouvelle Athènes, Paris 9e

Pas de digression cette fois, nous entrons directement dans la rue Cardinal Mercier. Suivez-moi, et surtout ouvrez grands vos yeux et tendez l'oreille, dans ces endroits magiques la ville se fait discrète, elle laisse la place aux oiseaux, aux murmures de l'histoire. J'ai eu la chance de voir arriver un groupe d'ados qui sortaient probablement de leur première journée de lycée et se retrouvaient là, devant la fontaine pour se raconter leur journée. C'était joyeux, vivant, et drôle ! Je n'ai pas pris de photos de ces jeunes gens.

Promenade en ville, toujours à la Nouvelle Athènes, Paris 9e

En fait de rue, c'est une impasse percée en 1879 à l'emplacement de l'hôtel du baron Saillard, futur prison dite de Clichy, c'était la prison pour dettes, je n'ai pas trouvé grand chose sur cette prison, juste quelques lignes extraites de Paris ou le Livre des Cent-et-Un édité chez Ladvocat en 15 volumes de 1831 à 1834.

Avant de lire cette courte citation (j'ai recopié l'orthographe originale) dont je suis bien incapable de vous citer l'auteur, sachez juste ceci. Ce livre des Cent-et-Un a été écrit par cent un auteurs pour sauver le libraire Ladvocat de la faillite. Les hommes de lettres de l'époque donnent deux textes pour dresser un tableau de Paris. On compte parmi les auteurs de jeunes débutants en quête de reconnaissance (Sue, Dumas) aux côtés desquels quelques uns plus connus... Hugo, Chateaubriand ou Lamartine viennent ajouter leurs chroniques. L'ensemble forme un panorama parisien aussi diversifié que ses auteurs sont différents. 

Je ferme la parenthèse, mais reconnaissez qu'elle s'imposait !

Promenade en ville, toujours à la Nouvelle Athènes, Paris 9e

Aujourd'hui, cette prison s'est posée dans la CHaussée-d'Antin, région de luxe, de prodigalité et d'agiotage ; elle n'est séparée que par un mur du jardin Tivoli, séjour de joiees coûteuses et de plaisirs qui mènent gaiment à la ruine. Il semble au premier aspect que là était la véritable situation de la prison pour dettes.

Paris ou le Livre des Cent-et-Un

Donc, un hôtel particulier, une prison et aujourd'hui une impasse ! La prison a été démolie. Plusieurs immeubles de la rue sont l'oeuvre de l'architecte Jacques Drevet (1832-1900). C'est lui qui fait bâtir en 1884 à la demande de l'actrice Anna Judic, cet hôtel particulier qui a retenu mon attention.

Hôtel Judic
Hôtel Judic
Hôtel Judic
Hôtel Judic
Hôtel Judic

Hôtel Judic

Avant de faire quelques recherches, j'ai pensé que cet hôtel était anciennement un théâtre. L'architecte a sollicité le concours du sculpteur Jacques Trugard (1848-1904), ils ont ensemble dessiné les éléments en fer forgé réalisés par l'atelier Moreau frères. Les vitraux sont de Charles Champigneulle (1853-1905), maître-verrier connu pour avoir réalisé notamment les vitraux de l'église Notre-Dame de Sablé-sur-Sarthe (1895) ou l'église Saint-Jacques de Compiègne.

La base Mérimée nous indique que l'hôtel a été classé Monument historique en 1992.

 

Hôtel Judic
Hôtel Judic

Hôtel Judic

Un mot tout de même sur celle à qui l'on doit ce bel hôtel. Anna Judic (1849-1911) est une actrice et chanteuse, principalement d'opérettes. Elle connaît ses premiers succès aux Bouffes-Parisiens dans le Roi Carotte de Jacques Offenbach et Victorien Sardou. Elle voyage en Russie, en Amérique latine. 

Son succès dans Mam'zelle Nitouche, musique d'Hervé, livret de Henri Meilhac et Albert Millaud, assure sa fortune et lui permet de faire consctruire l'hôtel Judic. Un revers de fortune la conduira a vendre ses meubles puis son hôtel.

Elle est représentée dans une estampe de Toulouse-Lautrec et aurait servi de modèle à Zola pour le personnage de Rose Mignon dans Nana.

Je ne sais pas vous mais moi, j'ignorais jusqu'au nom de cette actrice. Pour en savoir plus, je vous invite à aller voir le site "Du temps des cerises aux feuilles mortes", vous pourrez ainsi mettre un visage sur ce nom.

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Promenade en ville : curiosité à la Nouvelle Athènes, 9e arrondissement de Paris

4 Septembre 2019, 20:14pm

Publié par Parisianne

Bonjour à tous, j'espère que la rentrée s'est bien passée, que votre été vous offert un temps de respiration et que personne n'a trop souffert des fortes chaleurs. A Paris quand il fait chaud... il fait chaud ! Alors on se cache ou l'on fuit quand on a la chance de pouvoir le faire. Mais quand reviennent des températures plus agréables, et qu'en plus il fait beau, on se passe du métro et on ouvre grand les yeux ! Vous venez ? je vous emmène dans le 9e arrondissement de Paris, vous voyez où il se trouve, rive droite dans le nord. L'escargot des arrondissements est bien visible sur cette carte dont je n'ai pas trouvé l'auteur, et que je retirerai si quelqu'un se manifeste, bien sûr !

Image du net, je n'ai pas trouvé d'auteur

Image du net, je n'ai pas trouvé d'auteur

Dans ce neuvième arrondissement de Paris se trouvent l'Opéra Garnier, les Grands Magasins (ce n'est pas moi qui vous y emmènerai !) mais aussi de nombreux théâtres et un quartier que l'on appelle La Nouvelle Athènes, qui est en fait un lotissement créé à partir de 1819-1820 par le receveur général des finances Augustin Lareyrière et l'architecte Auguste Constantin. 

C'est un quartier qui a accueilli de très nombreux artistes, parmi les plus célèbres, citons Eugène Delacroix (nous en reparlerons très vite), Gustave Moreau (dont l'atelier est aujourd'hui un superbe musée), George Sand, Alexandre Dumas, Victor Hugo, Frédéric Chopin, et bien d'autres, la liste est longue.

Je ne vais pas vous entraîner dans une visite détaillée de ce quartier très vivant, mais je voudrais juste attirer votre attention sur deux trois petites choses.

D'abord, pour parler d'un lieu connu, le Musée de la Vie Romantique que je vous conseille vivement de découvrir, comme tous les musées de la ville de Paris, l'accès aux collections permanentes est gratuit. C'est un endroit charmant, je vous laisse juges.

Promenade en ville : curiosité à la Nouvelle Athènes, 9e arrondissement de ParisPromenade en ville : curiosité à la Nouvelle Athènes, 9e arrondissement de Paris
Promenade en ville : curiosité à la Nouvelle Athènes, 9e arrondissement de Paris

Installé dans l'hôtel particulier d'Ary Scheffer (1795-1858) - portraitiste renommé d'origine hollandaise qui a Delacroix pour voisin, George Sand et Frédéric Chopin pour amis, entre autres - le musée abrite une collection d'art riche et variée mais aussi de nombreux objets surprenants comme le moulage de la main droite de George Sand. 

Tendez l'oreille, je suis certaine que vous entendrez la grande George Sand lire des extraits d'un de ses romans - je suis une inconditionnelle de La Petite Fadette et de Mauprat, et vous ? - ou Chopin se mettre au piano - et si nous écoutions Khatia Buniatishvili !

Promenade en ville : curiosité à la Nouvelle Athènes, 9e arrondissement de ParisPromenade en ville : curiosité à la Nouvelle Athènes, 9e arrondissement de ParisPromenade en ville : curiosité à la Nouvelle Athènes, 9e arrondissement de Paris

J'évoquais les nombreux théâtres du neuvième arrondissement, celui-ci se trouve dans un passage, dans la cour d'un immeuble que je vous invite à admirer. Il s'agit du Théâtre de l'Oeuvre, créé en 1892 par Aurélien Lugné-Poe, encouragé par ses amis les Nabis (Vuillard, Bonnard, Denis). Alfred Jarry, Oscar Wilde, Gorki ou encore Paul Claudel seront joués dans cette salle.

Je vous laisse apprécier l'architecture, c'était initialement ce que je voulais vous montrer mais il y a tant à découvrir quand on cherche un peu.

Demain nous traverserons la rue de Clichy pour nous rendre en face ! 

Oui, et nous éblouirons nos compatriotes des récits de nos aventures merveilleuses

Ubu Roi Alfred Jarry, 1888

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