Nous avons eu dernièrement le plaisir d'assister à l'AG de Paris Art Déco Society qui se tenait au Palais de la Porte Dorée, aujourd'hui Musée de l'histoire de l'immigration. Une occasion pour nous de découvrir ce Palais incroyable, nous y retournerons pour le musée dès que possible.
La période Art Déco m'intéresse particulièrement, nous sommes ici devant un monument caractéristique de cette période, il faut donc porter une attention particulière au Palais en lui-même, œuvre de l'architecte André Laprade, mais aussi aux décors intérieurs et au mobilier. Laprade a voulu faire de ce Palais une véritable oeuvre d'art totale, les éléments décoratifs sont donc aussi importants que l'archirecture.
Je suis très curieuse de cette période, il se pourrait que vous en entendiez parler régulièrement, si je ne l'ai pas déjà fait ! La vaisselle, le mobilier, les arts et même la littérature, tout m'intéresse ! J'ai d'ailleurs, pour la littérature, déniché, il y a peu, deux ouvrages dans lesquels je ne tarderai pas à me plonger mais ce n'est pas le propos du jour !
Dans les documents de famille, j'ai quelques exemplaires de l'Illustration conservés par mes grands-parents ; vous savez que j'aime les revues anciennes qui me servent parfois de support de travail avec les grands seniors que j'accompagne.
Le numéro spécial de Mai 1931 est entièrement consacré à l'Exposition coloniale, je l'ai parcouru souvent mais me suis replongée dedans hier pour y trouver les commentaires sur ce que nous avions pu voir.
La majorité des pavillons de l'Exposition ont été détruits, il reste ce magnifique Palais et quelques traces dans le Bois de Vincennes. Je vous invite à regarder l'article Wikipédia qui vous donnera un aperçu des nombreux pavillons, c'est ici.
Vous pourrez noter que le titre exact est Exposition coloniale internationale, elle s'est tenue du 6 mai au 15 novembre 1931.
L'Exposition se déroule en effet à Paris, mais d'autres puissances ont participé aux côtés de la France : Belgique, Brésil, Etats-Unis, Danemark, Italie, Pays-Bas, Portugal.
D'autres encore étaient simplement représentées à la Cité des informations : Grande-Bretagne, Allemagne, Grèce, Perse, République d'Argentine, Canada, Afrique du Sud, Haïti.
L'Hindoustan et la Palestine ayant pour leur part eu des initiatives officieuses, ne me demandez pas ce que cela signifie, je l'ignore.
Entendons-nous bien, il n'est pas question ici de colonisation mais bien d'art même si, ne nous mentons-pas, le propos de la revue est bien celui de son époque, entre scepticisme et grandeur de la France !
L’Exposition est un magnifique tableau où les architectes et les commissaires des colonies ont mis beaucoup d’âme et beaucoup de goût.
Ils disposaient, certes, d’un cadre incomparable. Mais combien dangereux ! L’eau, la lumière, les arbres sont des concurrents redoutables pour des œuvres humaines. La leur non seulement n’est pas indigne de son cadre, mais elle offre, malgré les éléments si divers qui la composent, une unité, une harmonie, un équilibre qui frappent et émeuvent les profanes et que les techniciens ne se lassent pas d’admirer tant ils tenaient pour impossible une telle réussite.
Les photos ci-dessous vous montrent le plan afin d'avoir une idée de la grandeur du site que l'on pouvait parcourir à pied mais aussi en train ou en car, comme vous pourrez le lire ci-dessous dans la citation de Paul-Emile Cadilhac.
Je conseille aux voyageurs qui redoutent les traversées de parcourir la planète en passant par l’Exposition. Là, ni roulis, ni tangage ; le mal de mer y est inconnu ; et l’on va par rail ou par autocar de Madagascar à l’Océanie et de la Martinique aux Indes néerlandaises. Les distances sont abolies, les océans supprimés, et ce n’est pas le moindre des miracles réalisés par le maréchal Lyautey.
Fête populaire et spectacle d’art, l’Exposition sera enfin un foyer intellectuel intense où les savants, les écrivains, les philosophes, les sociologues de tous les pays viendront confronter leurs thèses ou exposer leurs travaux. La capitale de la France, grâce à l’Exposition, sera plus que jamais la capitale de l’intelligence humaine.
Voici le Palais de la Porte Dorée tel que nous pouvons le voir aujourd'hui.
Vous noterez l'incroyable façade dont on parle comme "d'une tapisserie de pierre", oeuvre du sculpteur Alfred Janniot secondé par Gabriel Forestier et Charles Barberis.
Mieux que des paroles, je vous invite à regarder, juste sous les photos, la vidéo sur le site du palais.
Le hors-série de l'Illustration offre une présentation détaillée de l'Exposition, montrant je vous le disais en introduction autant de scepticisme que de patriotisme. L'ensemble des articles nous entraîne dans une déambulation illustrée de belles photos et dessins.
L'introduction bien sûr est faite par le Maréchal Lyautey, nommé commissaire général de l'Exposition dès 1927.
Petite parenthèse, en me penchant sérieusement sur les rédacteurs, j'ai noté que Claude Farrère, auteur des Civilisés, prix Goncourt 1905 et les frères Jérôme et Jean Tharaud, auteurs de Dingley L'Illustre écrivain, Goncourt 1906, avaient respectivement écrits, le premier sur Angkor et l'Indochine, les seconds sur les Pavillons des missions (catholiques et protestantes).
L'article Oeuvres métropolitaines qui décrit notre Palais, a été rédigé par Léandre Vaillat, critique d'art, romancier et collaborateur régulier à l'Illustration. Féru d'urbanisme, il s'intéresse aux aménagements de Paris et de la banlieue.
Je ne résiste pas à la citation suivante à propos du bas-relief que nous venons d'évoquer. C'est d'ailleurs à Léandre Vaillat que nous devons semble t-il la "tapisserie de pierre".
Ceux qui se piquent de vérité documentaire s'émerveilleront de la justesse des traits qui évoquent cette jungle animée, grouillante et cependant aérée.
Le même Vaillat évoque les fresques de l'intérieur en ces termes :
[...] M. Ducros de la Haille, avec ses élèves, s'est chargé de couvrir les murs de la salle des fêtes, au centre de l'édifice, de fresques rappelant les bienfaits que la France apporte à ses colonies.
Pierre-Henri Ducos de la Haille est donc chargé, en 1931, d'illustrer ce que la France avait apporté aux différents pays de son empire colonial, comme vous pouvez le lire sur le Journal du Palais dont je vous mets la photo.
La fresque centrale du Forum représente donc la France habillée de blanc et rouge, entourée de droite à gauche de l'Afrique, l'Amérique, l'Océanie, et l'Asie.
Vous pouvez voir sur mes photos combien le décor est riche et évocateur.
Voilà un bref aperçu de cet ensemble d'une grande richesse architecturale et historique. Il y aurait encore beaucoup à dire et de nombreux noms à citer notamment Jacques-Emile Ruhlmann et Eugène Printz pour l'aménagement des salons.
Dernières images pour finir, une photo de l'éléphant visible dans l'enceinte du temple Boudhique, qui était malheureusement fermé, installé dans deux vestiges de l'Exposition coloniale, les pavillons du Cameroun et du Togo. J'ai retrouvé l'éléphant dans l'Illustration et c'est avec lui que nous nous quitterons après ce voyage un peu long !
Merci aux courageux qui seront arrivés jusque là !
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