Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les musardises de Parisianne

Alain EMERY, Partition pour chevrotine

30 Novembre 2018, 18:43pm

Publié par Parisianne

Alain EMERY, Partition pour chevrotine

EMERY Alain Partition pour chevrotine, Editions Paul & Mike

 

Je ne vous présente plus mon ami Alain Emery, vous êtes maintenant habitués à lire régulièrement des avis sur ses nombreux livres.

Il y a longtemps que je voulais parler de son dernier recueil de nouvelles, et honte à moi de n'avoir pas pris le temps de le faire plus tôt, d'autant qu'entre temps Alain a publié un roman dont nous parlerons très vite.

 

Partition pour chevrotine est donc, je l'ai dit, un recueil de nouvelles mais quelles nouvelles !

Les questions ne manquaient pas. (…) Puisqu'il refusait de répondre et entretenait le mystère, nous avons jeté toutes nos forces dans la bataille. Quand il s'agit d'éplucher nos voisins, nous avons le cœur solide. Notre scalpel ne tremble pas, même si la plupart du temps, le résultat ressemble moins à une planche de biologie qu'à un jeu de massacre. 

Les bons sentiments

C'est au scalpel qu'Alain dresse toujours le portrait de ses personnages, pas un gramme de trop dans ces figures qui se dessinent sous nos yeux. Dans ces quinze courtes nouvelles, la noirceur de la plume n'est que le reflet de l'air du temps, et Alain prend un malin plaisir à mettre en lumière des travers de société, des événements marquants ou simplement la sottise humaine avec le talent qui est le sien et cette fois un zeste d'ironie qui n'est pas pour me déplaire.

Un recueil savoureux que je vous recommande vivement, Alain est un maître dans l'art de nous faire chuter et les sujets ici flirtent agréablement avec l'actualité.

Voir les commentaires

KALUNE

27 Novembre 2018, 19:37pm

Publié par Parisianne

Kalune, premier EP Zamora Label

Kalune, premier EP Zamora Label

Ce n'est pas particulièrement le genre de musique que j'écoute mais j'ai été sensible à cette chanson, ce Lâcher prise que Kalune dit si bien.

Merci à Xavier Chezleprêtre de l'Agence Attitude de m'avoir permis de découvrir cet artiste au parcours atypique, qui chante le malaise de notre terre, il gagne le concours de "chanson pour la planette" avec Le mal de terre. Il chante pour l'ourse Cannelle ou pour l'engagement citoyen. 

Kalune est un chanteur engagé qui mélange plusieurs univers musicaux réunissant violons et choeurs pour dire ses idées. 

Humaniste, misanthrope, artiste-artisan, punk à chats... Kalune chante l'écologie et l'engagement citoyen.

Voir les commentaires

Quand une image fait renaître un souvenir écrit

27 Novembre 2018, 11:29am

Publié par Parisianne

Photo empruntée à Khadija :-)

Photo empruntée à Khadija :-)

Il y a quelques temps déjà, j'avais pour un jeu d'écriture écrit ce souvenir d'enfance pour ce thème : " Évoquer quelque chose qui fait resurgir votre enfance, comme la « madeleine » de Proust ".

 

Et ce matin, une amie d'enfance, une sœur de cœur accompagnée de quatre autres Drôles de dames de cœur retrouvées il y a peu, a évoqué un ruisseau courant sous sa fenêtre pour bercer ses nuits viennoises, alors forcément, l'image a fait renaître l'enfant.  

 

Madeleine murmurée

 

Ma madeleine a la fraîcheur d’un torrent de montagne et la douceur d’un froissement de papier. Elle est inscrite en moi depuis qu’à l’âge de cinq ans, mes parents trop occupés par leur travail, m’ont envoyée passer l’été en Savoie.

 

Tous les soirs, le chant de l’eau courant sous ma fenêtre se faisait l’écho de mes larmes d’enfant, puis se muait en une douce berceuse alors que je posais ma tête sur un oreiller de papier. Je ne savais pas lire, mais chaque jour m’apportait une lettre à quatre mains dans laquelle, sur des cartes cueillies au long de l’année et cachées comme autant de trésors, des dessins et quelques lignes pleines de tendresse me racontaient leur amour.

 

Chaque été pendant de nombreuses années, le rituel a été le même. J’ai tissé au fil des mots des rapports très étroits avec des parents trop occupés.

 

Le murmure du torrent m’a offert, comme réconfort, le goût du silence des hommes lorsque la nature s’offre à moi. Et, je savoure toujours avec plaisir le chuchotement de l’enveloppe que l’on déchire pour voir danser sur quelques lignes toute la chaleur d’une pensée.

 

© Parisianne

Voir les commentaires

Valérie PERRIN, Changer l'eau des fleurs

26 Novembre 2018, 18:03pm

Publié par Parisianne

Valérie PERRIN, Changer l'eau des fleurs

PERRIN Valérie Changer l'eau des fleurs

 

Editions Albin Michel

 

C'est le hasard qui m'a conduit vers ce livre, j'en ai entendu parler et j'ai été intriguée sans avoir pour autant l'envie de l'acheter, alors quand une amie -merci Maryse- me l'a prêté j'ai saisi l'occasion, et je ne regrette pas.

 

Vous remarquerez cependant peu de citations dans cet article, et pour cause... mes livres à moi sont écrits, annotés, soulignés mais rassurez-vous, si vous m'en prêtiez un je vous le rendrais vierge de tout commentaire... ce qui est assez frustrant, et explique que j'emprunte rarement !

« J'ai rencontré Philippe Toussaint le 28 juillet 1985, le jour de la mort de Michel Audiard, l'immense scénariste. C'est peut-être pour cela que Philippe Toussaint et moi, on n'a jamais eu grand chose à se dire. »

Violette, née sous X et donc sans famille, rencontre Philippe Toussaint dans un bar où elle travaille à Charleville-Mézières. Leur liaison s'installe dans la durée malgré la réprobation des parents Toussaint qui ne l'accepteront jamais même après le mariage, et la naissance d'une fille.

 

La vie du couple, passé les élans passionnés, est faite de fuites et de silences rythmés par le passage des trains et la barrière à baisser et relever.

 

Au fil des années, des événements et des drames, les silences se font plus lourds jusqu'au départ pour une nouvelle vie : celle de garde cimetière, dans la maison de Sasha – magnifique personnage plein d'attention et d'humanité- qui a initié Violette à l'art du jardin comme un art de vivre et faire (re)vivre.

 


 

« Que je l'ai aimée cette première fois. Les mains dans la terre, le nez au ciel, pour faire le lien entre ces deux-là. Apprendre que l'un n'allait pas sans l'autre. Revenir deux semaines après les premières plantations et voir la transformation, compter les saisons autrement, la force de la vie. »

Et c'est là, près des morts que Violette reviendra à la vie, en accueillant les défunts dans son cimetière et les vivants avec leurs larmes et leurs rires, dans sa maison.

 

Mêlant en alternance le passé et le présent, l'auteur nous entraîne dans la découverte de destins croisés et l'on finit par s'attacher à certains personnages. De jolis portraits et des surprises, de la poésie et de l'émotion sans pathos, et une intrigue à la chute surprenante, les ingrédients pour un agréable moment.

 

Ne vous laissez pas impressionner par l'idée du cimetière, Violette Toussaint à l'art de le fleurir 

Voir les commentaires

HOPE Anne, Le Chagrin des vivants

11 Novembre 2018, 18:42pm

Publié par Parisianne

Je vous l'avais promis, en ce jour anniversaire, retrouvons Anna Hope dans un livre d'un autre genre, l'époque est un peu plus tardive que dans le premier qui se déroulait en 1911, nous sommes là en 1920, la guerre est finie, les blessures sont encore béantes.

Le Chagrin des vivants, Wake en version originale, invite effectivement à se réveiller pour retourner à la vie. L'Histoire malheureusement nous prouvera que l'envie de vivre ne suffit pas.

Monument aux morts Bexhill-on-Sea, East Sussex

Monument aux morts Bexhill-on-Sea, East Sussex

A présent, dans cette rue froide, elle prend conscience d'une chose. Que cette rencontre était ce qu'elle attendait, que quelqu'un partage sa vérité avec elle. Après quatre ans de guerre et encore deux ans d'anciens soldats, jour après jour, c'est ça qu'elle voulait, c'est ça qu'elle recherchait. La vérité de quelqu'un. Pas sa gaieté, ni sa bravoure, ni sa colère, ni ses mensonges. Et en quatre ans de guerre et deux ans de contrecoup, personne – ni Fraser ni son frère -, personne n'avait partagé sa vérité avec elle.

Sur quelques jours, du dimanche 7 novembre au jeudi 11 novembre 1920, Anna Hope nous invite à suivre trois femmes, chacune meurtrie par la guerre à  l'heure où la nation s'apprête à rendre hommage aux soldats morts au front en célébrant le Soldat inconnu.

Alternant entre le récit de la recherche d'un corps dans le Nord de la France jusqu'à l'arrivée du Soldat inconnu à Londres, et le quotidien des vivants, l'auteur dresse le tableau d'une époque autant que celui de ces femmes restées au pays et pourtant si profondément marquées par la douleur et le silence de leurs hommes.

Comment ose-t-il ? Comme si elle avait un problème, comme si elle était malade, et c'est pour ça qu'elle a osé le questionner, questionner n'importe lequel d'entre eux. Comme si tout ça, toute cette satanée guerre, n'était rien d'autre qu'un club de gentlemen élargi.

Ada dont le fils a été tué dans la Somme et qui, devant l'absence d'explications, ne se résout pas à le croire mort, le voit partout. Evelyn a perdu son fiancé, et son frère pourtant bien vivant n'est plus le même derrière son allure indifférente, elle cherche désespérément à se tuer à  différentes tâches sans parvenir à vivre. Enfin, Hettie  gagne sa vie en dansant chaque soir avec d'anciens soldats pour subvenir aux besoins de sa mère et de son frère rentré absent.

Chacune de ses femmes vit son propre calvaire. Elles n'ont certes pas été au front mais chacune à sa manière est blessée et peine à reprendre le fil de sa vie. Quelques figures au milieu de milliers d'autres, meurtries à jamais.

Sur le drapeau, Ada discerne le casque cabossé d'un soldat. C'est le même casque que portait Michael. Pendant une seconde stupéfiante, elle croit que c'est le sien, que c'est le casque qui était accroché autour du cou de son fils […] ; et le temps de cette seconde, elle est persuadée que le corps dans le cercueil est le sien. Soudain les sanglots d'une femme retentissent, pénétrants, incontrôlables. […]. Puis un autre sanglot, et encore un autre […]. Et c'est alors qu'elle comprend. Ils portaient tous le même casque. Tous les maris, frères et fils de ces femmes.

 

Anna Hope, avec beaucoup de délicatesse, nous fait vivre ces quelques jours pleins de tension pour nous conduire vers un nouveau souffle. Avec talent elle laisse deviner les liens  plus ou moins ténus entre les différents protagonistes.

Bien sûr, le sujet est grave mais la lecture de ce roman nous présente la Grande Guerre dans le regard des femmes britaniques. Si Ann Perry et d'autres s'y sont déjà employées, Anna Hope joint sa plume avec talent dans ce premier roman très bien construit. J'ai été particulièrement sensible à sa façon de glisser entre les pages des indices permettant de rapprocher les histoires.

Voir les commentaires

Les Fantômes de Paul Landowski

10 Novembre 2018, 19:14pm

Publié par Parisianne

Les Fantômes de Paul Landowski

Le 3 août dernier, sous une chaleur caniculaire, nous sommes retournés dans l'Aisne, sur les traces de Camille Claudel bien sûr, mais il m'était impossible d'aller dans cette région sans passer voir cette si émouvante sculpture, Les Fantômes de Paul Landowski. Oeuvre monumentale en granit rose, inaugurée en 1935 par le président Lebrun.

Je vous en ai déjà parlé, mais comment rester insensible. Nous étions déjà venu il y a quelques années mais l'émotion est toujours la même, et lorsque nous nous sommes rejoins au pied du groupe avec mon époux, nous sommes restés silencieux à écouter le vent qui malgré la chaleur soufflait ce matin là, pour nous, pour eux.

 

La France précède les soldats

La France précède les soldats

Quatre paliers pour quatre années de tragédie. Et sous un soleil de plomb bien qu'il soit encore tôt, je peux vous assurer qu'il nous était impossible de ne pas penser à tout ce qu'ont enduré ces hommes.

Nous étions là, 100 ans presque jour pour jour  après ces journées décisives, puisque c'est fin juillet 1918 que des milliers de soldats se sont élancés de cette Butte-Chalmont pour une offensive qui marquera un tournant dans la guerre.

 

Les Fantômes de Paul Landowski

Huit soldats de différents corps, un sapeur, un mitrailleur, un grenadier, un colonial, un fantassin, un aviateur et une jeune recrue, tous les yeux clos. Et la mort, spectre dans son linceul.

Les Fantômes de Paul Landowski
Les Fantômes de Paul Landowski
Les Fantômes de Paul Landowski
Les Fantômes de Paul Landowski
Les Fantômes de Paul Landowski
Les Fantômes de Paul Landowski
Les Fantômes de Paul Landowski
Les Fantômes de Paul Landowski

Les cérémonies ont été nombreuses, d'autres sont prévues, je n'ai participé à aucune mais ce temps passé là a été un moment très fort. Je vous conseille vivement d'aller honorer ces Fantômes si vous passez dans le coin, ils sont à Oulchy-le-Château, on les voit de loin et ils nous rappellent le sacrifice de tant de si jeunes hommes.

Voir les commentaires

La fleur à la boutonnière

8 Novembre 2018, 17:46pm

Publié par Parisianne

Comment ne pas penser, en ces périodes de commémoration du Centenaire de la Grande Guerre, à toutes ces vies brisées.

Ma façon à moi de les honorer par ce texte écrit il y a quelques temps, publié dans la revue Le Traversier et enregistré avec Rama et en libre écoute sur ABS-Multimédias en suivant le lien.

La fleur à la boutonnière

La fleur à la boutonnière

 

L’été offrait ses derniers fruits à la promesse d’ivresses joyeuses. Les belles journées faisaient oublier les prémices de l’automne dans les parfums que la terre chaude exhalait à l’approche du soir. Le village entier chantait la gloire d’une moisson généreuse, source de paix pour l’hiver.

Chez nous, la joie résonnait de pièce en pièce. Jeunes et vieux étaient réunis pour le mariage de mon cadet, dernière grande fête familiale à laquelle tout le village participerait avant les vendanges. La fiancée, un joli brin de fille, était radieuse dans la rondeur de ses dix-huit ans. Blonde comme ces fleurs de garance qui éclairaient les haies, rose comme le soleil au couchant, elle n’avait pas manqué de prétendants, qu’elle avait eu l’art d’éconduire avec la fermeté et la gentillesse d’une femme au caractère heureux et bien trempé. Mon frère à l’inverse était brun et ténébreux, roi du silence et des secrets. Ils formaient un de ces couples qui vous laissent muet d’envie et à qui le destin semble toujours sourire.

Les sombres rumeurs d’un monde éloigné du nôtre n’arrivaient pas à entacher l’allégresse de notre campagne en cette fin d’été triomphant. Il restait encore assez de bras jeunes et vigoureux pour mener à bien l’entretien des terres. Nous nous sentions hors d’un siècle devenu fou. L’animation régnait partout, les plus jeunes habillaient de gaîté la carriole qui le lendemain conduirait –sur ce chemin joliment orné par les dames– les mariés vers leur nouvelle demeure ; la petite jument grise avait été brossée pour l’occasion. Les cœurs étaient à la joie.

La dernière discussion que j’avais eue avec mon frère me laissait pourtant un goût amer que ne parvenaient pas à estomper les relents sucrés de la fête. Il me fallait lui parler. Notre récent entretien me perturbait et cet argent qu’il m’avait emprunté sans m’accorder d’explications me dérangeait plus encore. Je voulais comprendre. Ne l’ayant pas trouvé à l’extérieur, je montai à sa chambre dans cette grande maison refuge de nos rires et querelles d’enfants. Nos univers sacrés étaient côte à côte et nos lits, séparés par une maigre cloison, nous offraient toujours le plaisir des confidences sans face à face gênant. Nous avions passé l’âge des petits secrets chuchotés avant de s’endormir.

Dans la bâtisse fermée pour conserver la fraîcheur, le silence soudain pesant ne laissait présager rien de bon. J’entrai dans l’antre de mon frère. Sur le lit, un livre ouvert ondulait tel un drapeau blanc sur le champ de bataille des couvertures en désordre.

Au sol, un havresac vomissait des effets assemblés à la hâte. Et sur la chaise, posé sur une capote aussi bleue que notre ciel d’été, un pantalon garance laissait couler le sang de ses jambes désarticulées sur des brodequins flambant neufs.

Dehors les préparatifs de la fête tonnaient à mes oreilles. Mon frère se tenait devant moi, droit, fier, le regard conquérant déjà prêt à combattre mes arguments.

Il allait être heureux ! La comédie de la vie en avait décidé autrement. J’ignorais à qui irait le triomphe mais pressentais une inévitable tragédie. Un froid glacial s’était emparé de moi malgré la chaleur. Ma jambe folle m’empêchait une nouvelle fois de suivre les autres dans leurs plus terribles équipées.

Ils partaient la fleur au fusil, je restai, avec pour seule fleur celle qui fanerait bien vite à la boutonnière de ma veste de noces en cet été 1914.

 

© Parisianne

 

*****

Voir les commentaires