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Les musardises de Parisianne

Jean-Michel Guenassia, La Vie rêvée d'Ernesto G.

11 Janvier 2017, 20:07pm

Publié par Parisianne

Jean-Michel Guenassia, La Vie rêvée d'Ernesto G.

lI n'y a pas si longtemps, je vous parlais du dernier roman de Jean-Michel Guenassia, La Valse des arbres et du ciel. J'ai eu la chance de rencontrer l'auteur au salon du livre du Touquet, peu de temps après avoir lu son livre, et le plaisir de l'entendre en parler de façon très intéressante. J'en ai donc profité pour m'offrir un autre roman, que j'ai fait dédicacer bien sûr, et que je me suis empressée de lire tant le commentaire de Jean-Michel Guenassia m'assurant que j'y retrouverais l'esprit du Club des incorrigibles optimistes m'avait mis l'eau à la bouche. 

Pas question pour moi de suivre les personnages puisque l'action se déroule non pas dans des quartiers de Paris que je fréquente beaucoup mais en grande partie à Alger puis à Prague, néanmoins, le talent de l'auteur fait naître sans difficultés des images et des parfums, et renaître les événements ayant secoué l'Europe et le monde de 1910 à 2010.

J'ai retrouvé en effet l'esprit du Club des incorrigibles optimistes, les personnages ont de nombreux points communs dans leurs désillusions particulièrement.

Joseph Kaplan est médecin juif né à Prague en 1910, il marche dans les pas de son grand-père et de son père dont il est proche malgré leurs silences suite à la disparition brutale de l'épouse et mère chérie des suites d'une pneumonie.

"Souvent, Joseph s'était demandé s'il était responsable de ce silence ouaté qui s'était installé entre son père et lui ou peut-être l'un comme l'autre étaient-ils incapables de se parler, une forme de barrière affective (de ces mots qui n'arrivent pas à s'échapper, dissimulés derrière des sourires de connivence). On se dit, ces paroles vont blesser ou tout gâcher, on les enferme au fond de soi et, avec les années, on les empile jusqu'à dresser un mur infranchissable."

Brillant élève mais jeune garçon à la vie dissolue, son père finit par envoyer Joseph en France sous prétexte de faire une spécialisation en biologie dans la meilleure université au monde : à Paris.

"En application du principe qui veut que le jouir ait été créé pour travailler et la nuit pour s'amuser, Joseph sortait même quand la pluie et le froid vidait les rues des bourgeois et des manifestants ou quand il n'avait plus un rond à la fin du mois."

Fêtard autant que travailleur infatigable, Joseph poursuit alors son parcours aussi bien dans les domaines de la fête que de la biologie ! Infatigable danseur de tango, et passionné par Carlos Gardel, il fréquente tous les lieux de fête mais travaille comme un acharné, ne rentre pas à Prague fêter son succès universitaire, enchaîne voyages et conquêtes féminines aux visages oubliés sitôt séduites, se range un peu dans les bras d'une Viviane qui n'a rien d'une fée mais finit par disparaître et accepte un poste à l'Institut Pasteur d'Alger à un moment ou Hitler se fait de plus en plus pressant sur la politique européenne.

Les premières semaines de Joseph à Alger sont essentiellement centrées sur son travail, il doit faire ses preuves pour être accepté par les chercheurs de l'Institut, le voilà donc dans une vie rangée, jusqu'à sa rencontre avec le jeune Maurice chargé de lui trouver un appartement qui se charge aussi de lui présenter des amis, et des femmes, permettant à Joseph de renouer avec sa vie nocturne. De belles années d'insouciance jusqu'à la mission dans une zone abandonnée d'Algérie pour échapper aux rafles et poursuivre dans l'isolement le plus total les recherches de l'Institut puis le retour à Alger et enfin vers l'Europe, accompagné de celle qu'il a finalement aimé au premier regard.

Le retour à Prague est marqué par la découverte de la tragédie nazie, le pays se reconstruit peu à peu, l'idéalisme communiste s'installe, Joseph et son épouse s'investissent à corps perdu dans les causes du parti jusqu'à ce que doucement les choses basculent, les amis disparaissent accusés de trahison par le régime qu'ils ont contribué à mettre en place. La vie bascule à nouveau, l'épouse de Kaplan part voir sa mère en France et ne reparaît jamais, il est lui-même envoyé pour s'occuper d'un dispensaire au fin fond de la Bohème où il renoue avec une vie plus paisible entouré de sa fille Helena et de la femme d'un ami disparu. La vie est difficile mais apaisée jusqu'à l'arrivée d'un patient très particulier amené par les hautes instances dirigeantes qui chargent Joseph de le remettre sur pied malgré un état très critique.

Et la vie bascule à nouveau...

Si la surprise concernant l'identité du "patient" est amenée progressivement, le plus surprenant est la façon dont l'auteur le présente du point de vue de l'homme. C'est un peu déroutant mais c'est aussi tout l'art du roman de pouvoir rêver !

Les personnages sont forts, la traversée historique intéressante, et les désillusions nombreuses. Cela fait un chemin de vie riche de joies et de drames qui mènent Joseph jusqu'à ses cent ans et nous entraînent dans un tourbillon rondement mené par l'écriture de Jean-Michel Guenassia.

Vous l'aurez compris, j'aime !

Commenter cet article

JACQUELINE 12/01/2017 08:38

J'ai lu les deux romans! Avec énormément de plaisir!!!!!
Bonne Année Anne puisque jen'ai pas eu leplaisir de te le dire jusqu'à présent.