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Les musardises de Parisianne

Le Club des Incorrigibles Optimistes, J.M. Guenassia

29 Juillet 2013, 18:10pm

Publié par Parisianne

Joueurs d'échecs au Jardin du Luxembourg

Joueurs d'échecs au Jardin du Luxembourg

Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia a reçu le prix Goncourt des Lycéens et le prix des lecteurs de Notre Temps.

 

Avril 1980 - " Aujourd'hui on enterre un écrivain. "

Ainsi s'ouvre ce très beau roman. Nous sommes au cimetière du Montparnasse, Michel  Marini est là, anonyme dans la foule venue rendre un dernier hommage à Jean-Paul Sartre.

Impossible de rentrer dans le cimetière où on piétine les tombes, escalade les monuments, renverse les stèles pour s'approcher plus près et voir le cercueil. On dirait l'inhummation d'une vedette de la chanson ou d'un saint. Ce n'est pas un homme qu'on porte en terre. C'est une vieille idée qu'on ensevelit avec lui. Rien ne changera et nous le savons. Il n'y aura pas de société melleure. "

Et de fait, ce roman est un peu celui des illusions perdues. Renonçant à suivre les funérailles, Michel s'éloigne et rencontre Pavel, une vieille connaissance perdue de vue depuis 15 ans.

 

Et nous voilà en octobre 1959, Michel Marini est parvenu à réunir ses deux familles, entendez par là paternelle et maternelle, à l'occasion de son 12e anniversaire. Deux familles que tout oppose et qui s'ignorent ostensiblement, les uns ouvriers italiens communistes (du côté du père), les autres entrepreneurs petits-bourgeois ; deux familles réunies par une naissance non-désirée mais qui ne parviendront jamais à être unies. Ce jour là, le petit garçon est tout de même très fier d'être parvenu à convaincre sa mère d'inviter la famille de son papa, il est encore plus heureux quand il reçoit un bel appareil photo qui ne le quittera plus.

 

Michel est le narrateur, nous le suivons au lycée Henri IV, entre Montparnasse et le Panthéon, Maubert et Denfert-Rochereau.

"Lecteur complusif", il lit en permanence, même pendant les cours qui ne le passionnent guère, surtout les maths. Lorsqu'il découvre un auteur, il va au bout de son oeuvre et avance ainsi, un livre à la main même en marchant ! Quand il ne lit pas, c'est un champion de babyfoot et un observateur attentif de ce qui l'entoure. C'est ainsi qu'il rencontre les amis de son  grand frère. Parmi eux, Pierre sur le point de partir en Algérie et sa soeur Cécile. L'époque est nerveuse et les étudiants se passionnent pour la politique.

Fidèle du Balto tenu par le couple Marcusot, Michel fait une découverte qui va changer sa vie.

"Au bout du restaurant, en face de moi, derrière les banquettes, la porte au rideau vert. Jacky en sortait avec des tasses et des verres vides. Je me suis renfoncé dans le coin. [...] Mû par la curiosité, j'ai écarté le rideau. Une main malhabile avait inscrit sur la porte "Club des Incorrigibles Optimistes". Le coeur battant, j'ai avancé avec précautions. J'ai eu la plus grande surprise de ma vie. J'ai pénétré un club d'échecs. [...] La surprise, ce n'était pas le club d'échecs. C'était de voir Jean-Paul Sartre et Joseph Kessel jouer ensemble dans l'arrière salle enfumée de ce bistrot populaire. "

L'enfant se trouve peu à peu adopté par un groupe de réfugiés politiques venus des pays de l'est, certains pour fuir les purges communistes, d'autres communistes déçus ou même membres du parti ayant trahi la cause. Ces hommes, tous écorchés, déracinés, se retrouvent au Balto pour y jouer aux échecs et oublier leurs propres échecs.

" Malgré leur quotidien, ils n'étaient ni tristes, ni mélancoliques. Au contraire, ils affichaient un humour permanent et semblaient insouciants, comme si aucun souvenirs ne les encombrait. Gare à celui qui déprimait et manifestait son angoisse, il se voyait rappelé à l'ordre d'un "tu nous emmerdes avec tes problèmes. Tu es vivant, profites-en pour vivre. "

Sur fond d'algérie française et de rideau de fer, des destins se croisent, se lient et se déchirent sous le regard d'un enfant qui grandit en se posant des questions sur les chemins à prendre. La construction des personnages qui s'étoffent au fil des pages -au fil des années- rend le texte très vivant et on s'attache bien vite à Michel et Cécile mais aussi à Igor, Pavel, Leonid et autres Werner, sacha,Tibor ou Imré. 

Les histoires s'emmèlent à l'Histoire jusqu'à la chute terrible qui fait que l'on quitte à regrets tous les protagonistes.

Un roman à glisser dans votre valise et qui vous donnera sûrement comme à moi l'envie d'aller découvrir les joueurs d'échecs du Luxembourg et la Fontaine Médicis !

 

 

 

Le Club des Incorrigibles Optimistes, J.M. Guenassia

Commenter cet article

FMarmotte5 01/08/2013 11:36

Je le rajoute à ma "liste de livres à lire" merci bonne journée.

Parisianne 01/08/2013 15:50

Je suis toujours enchantée de lire que quelques mots sur un livre donnent envie de le découvrir. J'espère que vous me direz ce que vous en avez pensé.
Bonne lecture !
Anne

marineLou 31/07/2013 09:05

Tu me la donnes cette envie Anne
Bonne journée dans ton univers, près de cette belle fontaine aujourd'hui ce serait bien...
Bises

Alain 30/07/2013 18:42

Je l'ai depuis pas mal de temps sans avoir eu le temps - ni l'envie - de l'ouvrir. Mais je reconnais que tu me mets l'eau à la bouche. Alors, ma foi, je vais le croquer pendant les vacances. Merci, Anne!

Parisianne 30/07/2013 19:16

Alors tu me diras ce que tu en as pensé parce que vraiment moi je me suis laissée prendre par le rythme et la chute est intéressante.
Bonne lecture :)
Anne

JACQUELINE 29/07/2013 21:40

j'ai étudié Sartre en philo car mon professeur avait un faible pour cet auteur...mais de la façon dont il a traité mon pauvre Camus j'ai développé une farouche opposition à toutes ses oeuvres.....mais la façon dont tu parles de ce livre me met l'eau à la bouche!!!!

Parisianne 30/07/2013 19:18

Bonsoir Jacqueline,
Sartre n'a pas la vedette dans ce livre, au contraire, il est un peu écorné parfois ! Je reconnais aussi un faible pour Camus :)
Un livre à lire assurément, très bien construit vraiment.
Bonne soirée
Anne