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Les musardises de Parisianne

Danse noire, Nancy Huston

4 Novembre 2013, 09:40am

Publié par Parisianne

Il y a peu, je parlais de Nancy Huston et de Lignes de failles, premier roman que je lisais de cet auteur et que j'avais vraiment apprécié.

Il sera question aujourd'hui de Danse noire, le dernier livre de Nancy Huston, sorti chez Actes Sud pour la rentrée littéraire.

J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre et je reconnais que la lecture a été un peu fastidieuse. Mais j'ai eu la chance - et le bonheur - d'assister à une très belle lecture de ce livre en présence de l'auteure grâce à l'association Textes et Voix. Les acteurs-lecteurs, Fanny Cottençon et Nicolas Pignon, par leur talent et grâce au travail des membres de l'association sont parvenus à extraire l'essence du texte en offrant un fil conducteur qui m'a été utile dans la poursuite de ma propre lecture.

Comme dans Lignes de Failles, Nancy Huston brosse ici le portrait de plusieurs personnages à plusieurs époques. Mais ici le découpage de chaque partie en trois portraits dans une époque différente altère parfois la compréhension et l'alternance des langues ne facilite pas toujours les choses. 

En effet, ce livre est un film dans le roman ou un roman dans le film et chaque personnage s'exprime dans sa langue, c'est-à-dire en anglais ou en français québécois, plus précisément ici, joual, parler populaire voire argotique. Vous comprendrez donc que cela complique un peu les choses. Je me demandais d'ailleurs en commençant le livre quel était l'intérêt d'avoir des traductions sur la moitié des pages, Nancy Huston a  elle-même répondu à mon questionnement en expliquant qu'elle ne cherchait pas à paraître savante ni à montrer sa maîtrise des différents parlers mais qu'elle voyait ces traductions un peu comme les sous-titres dans un film. Son explication était intéressante, cela n'en reste pas moins fastidieux à la lecture même quand on maîtrise l'anglais mais pas nécessairement l'argot !

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Milo vit ses dernières heures, le réalisateur Paul Schwarz, à son chevet, rêve leur ultime projet : le film de la vie cahotique et tourmentée de Milo. C'est ainsi que nous découvrons les origines de celui qui s'éteint et nous conduit à travers l'évocation de ses racines de l'Irlande au Canada.

Neil, le grand-père, grandit en Irlande où il fait son droit mais rêve de devenir écrivain. Chassé par son père de la demeure familiale pour avoir soutenu la rébellion contre l'oppresseur britannique, Neil s'embarque en 1918 pour le Canada "... Et le voilà sur le bateau. Tu as envie que cette séquence nous donne mal au coeur, Milo. Dans le noir quasi total de sa cabine exiguë, sous le pont du navire secoué par les tempêtes de la fin novembre, au long des neufs jours et neufs nuits que dure l'interminable voyage de Liverpool à Québec, Neil vomit. Il rend Trinity College, la reine Elisabeth, la reine Victoria, le roi Edouard VII, le roi George V, et Billy Walsh l'achevêque de Dublin. Il rejette le Square Saint-Etienne et la mort de son cousin Thom. Il se débarrasse de Daisy, Dorothy, sa mère, son père, sa vie d'avant, son soi d'avant, et jusqu'au nom de Kerrigan." Après des débuts difficiles dans cette froide contrée, Neil finit par se marier et fonder une famille nombreuse. Aspirant toujours à devenir écrivain et à ne jamais oublier sa terre natale, il s'adresse à ses fils en anglais, laissant à son épouse le français pour les filles ! Lorsqu'il apprend qu'il a un petit fils, il s'en va le chercher pour le mener chez l'aînée de ses filles qui l'accepte dans sa famille et décelant son intelligence vive le pousse à apprendre, pas toujours avec la tendresse que l'on pourrait attendre d'une tante aimante.

Awanita, jeune prostituée indienne rencontre Declan dans un bar. Il devient son amant régulier et le père de Milo. Alcoolique et sans travail, il est incapable de subvenir aux besoins de la mère et de l'enfant et s'il s'engage à toujours veiller sur son fils, il ne prendra jamais soin de lui. Awanita plonge dans la drogue et ne verra jamais son enfant.

Milo, naît en 1952 d'une mère prostituée indienne et d'un père alcoolique incapable de le prendre en charge. L'enfant est ballotté de famille d'accueil en famille d'accueil. "L'enfant de l'absence est à nouveau enfermé dans le placard... dans un placard, plutôt, pas le même. Il a déjà connu pas mal de placards dans sa courte existence, et il a trouvé le moyen d'y survivre. Il a construit dans sa tête un placard plus sombre encore, y pénètre de son plein gré, verrouille la porte derrière lui. N'appelle personne, n'a besoin de personne, trouve en lui-même ce dont il a besoin. Une fois à l'intérieur, dans le noir du noir, il est heureux car il sait qu'en fermant les yeux il peut convoquer des images, des voix, et qu'elles afflueront. " Et Milo grandit, sauvage et volontaire, bon élève et prêt à tout pour avancer.

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Le roman est découpé en dix parties présentant chacune un moment de la vie des trois protagonistes. Chacune de ces parties porte pour titre un terme de la capoeira, mi danse mi art martial afro-brésilien dont le rythme scande tout le livre ta, ta-da Da, ta, ta-da Da, ta, ta-da Da, ta, ta-da Da... un rythme entêtant pour une vie comme un combat.

Un roman qui alterne entre violence et poésie, douleur et évasion sur fond d'Histoire de l'Irlande et du Québec. Un roman pas facile mais qui mérite que l'on s'y arrête, ne serait-ce que pour l'originalité de cette construction comme un film, avec les bruitages et les "on coupe" que lance le réalisateur et qui nous laissent parfois le souffle coupé nous aussi.

 

 

 

Danse noire, Nancy Huston
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L
Je suis justement en train de le terminer.<br /> Et j'adore. Plus que Lignes de faille.<br /> Le début et la forme ne sont peut-être pas des plus aisés, mais justement, c'est ce qui rend le bouquin attractif (en plus de l'histoire, des trois protagonistes). Une fois dedans, je plonge avec plaisir et délice sur Nita, Milo et Neil.<br /> Un bon Huston entre le Canada et l'Irlande, différent de ce que j'ai pu déjà lire d'elle.
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P
J'en conviens mais je trouve que ce n'est tout de même pas un livre très accessible ! Je n'ai lu que Ligne de faille mais le principe des portraits, des époques et de la filiation entre les personnages est commun aux deux romans, sauf que là c'est plus par plans !
J
Un roman haut en couleurs...quoique Pierre Schwarz soit déjà...du noir!<br /> TU nous donnes envie de nous y plonger!<br /> A bientot Anne
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P
Bonsoir Parisianne,<br /> Je trouve l'histoire pas elle même passionnante mais la manière de la raconter me rebute, vues mes petites capacités, d'autant plus s'il faut faire de la traduction simultanée.<br /> Je rejoins Jill, respect à la grande lectrice.<br /> Bonne soirée
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L
Son passage à la Grande Librairie ne m'a pas plus donné envie que ça, ce qui est assez rare pour être souligné !
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M
Je reconnais que quand je n'entre pas dans un bouquin je l'abandonne assez vite à présent... Ces rencontres doivent être très enrichissantes Anne !
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