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Les musardises de ParisiAnne

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Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


Moderato Cantabile, Marguerite Duras

Publié par Parisianne sur 5 Juin 2014, 10:07am

Catégories : #Lecture

Moderato Cantabile, Marguerite Duras

Moderato cantabile, ce roman de 1958 est celui par lequel je suis entrée dans le monde de Marguerite Duras, c'était il y a longtemps, pour le bac de français. Notre professeur nous avait fait travailler ce texte avec son enthousiasme communicatif. Je garde de cette période un excellent souvenir et puisqu'il est beaucoup question de Marguerite Duras cette année, j'ai eu envie de relire ce roman court.

Si le regard est forcément différent de celui que j'avais à 16 ans, la magie de l'écriture opère toujours et c'est avec un grand plaisir que j'ai retrouvé ce style si particulier et ces personnages si énigmatiques.

***

Anne Desbaredes, épouse du Directeur des fonderies d'une ville côtière, accompagne son petit garçon à sa leçon de piano. Alors que l'enfant, buté, refuse de répondre à la question de son professeur qui l'interroge sur le sens de "moderato cantabile" inscrit sur la partition qu'il travaille, un cri de femme vient ajouter à la tension.

Dans la rue, en bas de l'immeuble, un cri de femme retentit. Une plainte longue, continue, s'éleva et si haut que le bruit de la mer en fut brisé. Puis elle s'arrêta net. "

Et la vie d'Anne Desbaresde bascule tout à coup, dans le rouge du sang versé.

Un crime passionnel a été commis dans le café d'en face. Une femme, tuée par son amant. Ce fait divers tragique exerce une véritable fascination sur la jeune femme qui revient dès le lendemain et les jours suivants dans ce café où elle n'a rien à faire. Les ouvriers la connaissent, elle n'est pas à sa place, là, devant son verre de vin. Pourtant elle vient, et revient, jour après jour, faisant abstraction de tout, sauf d'un homme avec qui elle entame un dialogue silencieux, Chauvin, un ouvrier.

Anne et Chauvin évoquent le crime, tentent de comprendre avant de laisser place à leur imagination. Ils créent une histoire qui peu à peu, par les effets du vin devient leur histoire. Se noue alors entre eux un lien très fort, presque violent, terriblement bien évoqué par l'écriture froide de Duras. Une situation de tension de passion, portée par la couleur rouge, celle du sang, celle du vin, celle du magnolia qu'Anne porte accroché entre ses seins, celle du soleil couchant et jusqu'au tricot rouge de la patronne du café. 

Ce texte court, porté par une grande tension, pose de nombreuses questions laissées sans réponse. Marguerite Duras semble esquisser simplement l'idée que la mort peut ne pas être uniquement physique. Le crime qui porte l'histoire ne fait que montrer la mort sociale, psychologique dans laquelle sombrent les deux principaux protagonistes.

"- Je voudrais que vous soyez morte, dit Chauvin.

- C'est fait, dit Anne Desbaresdes.

(...)

Elle se retrouva face au couchant, ayant traversé le groupe d'homme qui était au comptoir, dans la lumière rouge qui marquait le terme de ce jour là."

A lire assurément !

A la fin de ma vieille édition, j'espère que les éditions suivantes ont conservé ces pages, on trouve quelques critiques de l'époque, je vous livre les premières lignes de celle de Claude Roy pour Libération, le 1er mars 1958 :

Le nouveau roman de Marguerite Duras, Moderato Cantabile, pourrait se définir : Madame Bovary réécrite par Bela Bartok - s'il ne n'agissait, avant tout, d'un roman de Marguerite Duras (qui ne ressemble finalement à personne) et de son meilleur livre (ce qui est dire beaucoup).

Claude Roy pour Libération, le 1er mars 1958

Autre critique, autre ressenti, ici Jean Mistler, pour l'Aurore, le 12 mars 1958

Le critique est en droit de se demander pourquoi ce second essai, car il ne peut d'agir que d'un essai en vue de créer plus tard une œuvre achevée. [...]
Je crois sincèrement que Madame Duras s'enfonce dans une impasse et je le déplore, car elle sait peindre, à touches menues, des scènes vivantes et vraies, par exemple la leçon de piano du gamin qui met toute la mauvaise volonté du monde à jouer une Sonatine de Diabelli et ne veut pas se rappeler que moderato veut dire modéré et cantabile chantant.

Jean Mistler, L'Aurore 12 mars 1958

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F
Un "Grand oeuvre" Yourcenar.
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L
Voilà qui me rappelle, à moi aussi, des année de lycéenne ! Il faudrait que je le relise, c'est si loin. Je viens justement d'acheter un hors-série de Télérama spécial Marguerite Duras ! <br /> Merci d'avoir réveillé ce souvenir
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M
Bonsoir Parisianne,<br /> <br /> Ton excellent billet me donne envie de relire ce roman. Pour moi aussi c'était il y a très longtemps... Ma mémoire a des trous... je me souviens que le titre m'avait intriguée à l'époque.<br /> Merci<br /> Douce soirée à toi;)<br /> Martine
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É
Bonjour Anne. Tu m'as donné envie de découvrir ce roman que je n'ai jamais lu.
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V
je n'ai pas lu ce roman...Marguerite Duras est à l'honneur dans les librairies bordelaises en ce moment. gros bisous Anne. cathy
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