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Les musardises de Parisianne

Villa Amalia, Pascal Quignard

27 Février 2013, 07:30am

Publié par Parisianne

Ann Hidden est pianiste et compositeur, connue et reconnue. Elle suit un jour son compagnon et le voit pénétrer la maison d'une autre qui l'accueille en lui prenant les mains et en tendant les lèvres vers ses lèvres.

"J'avais envie de pleurer. Je le suivais. J'étais malheureuse à désirer mourir." C'est ainsi que s'ouvre le roman de Pascal Quignard. 

Au même instant, alors qu'Ann s'accroche à la grille, un ami tout droit sorti de l'enfance ressurgit : Georges Roehl, ils ont grandi ensemble et vont renouer avec un passé enfoui. 

Profondément meurtrie, Ann décide de fermer toutes les portes de sa vie et d'en jeter les clés.

Avec la complicité récalcitrante de Georges, elle quitte tout pour disparaître sans laisser de trace, sans même prévenir sa mère restée en Bretagne dans l'attente de son mari qui a fui, lui aussi, des années auparavant sans jamais plus donner signe de vie.

Ann gomme sa vie et s'efface.

"Si le destin est cet élan qui, provenu d'un autre lieu du monde que de soi, s'empare d'un être pour l'attirer à sa suite, sans qu'il comprenne à aucun moment la nature, alors elle avait un destin. Elle en était consciente. Elle se dit : " Je ne sais pas où je vais mais j'y cours avec détermination. Quelque chose me manque où je sens que je vais m'égarer."

Démarre alors une errance qui la conduira dans le sud de l'Italie en quête d'une vie nouvelle malgré des ancrages dans le passé souvent évoqués par la musique. 

C'est là qu'elle fera une rencontre décisive et trouvera un nouvel amour

Elle était amoureuse -- c'est-à dire-obsédée. [...] Il y a dans tout amour quelque chose qui fascine. [...] Mais ce n'était plus un homme qu'elle aimait ainsi. C'était une maison qui l'appelait à la rejoindre. [...] Tous les amants ont peur. Elle avait terriblement peur de ne pas convenir à la maison. Elle eut peur de ne pas savoir s'y prendre en lançant les travaux. Peur d'en altérer la force. Peur de rompre un équilibre. Peur aussi d'être déçue. "

L'univers d'Ann devient observation et silence, réminiscences du passé et de son éveil à la musique. Pascal Quignard, que l'on connaît pour son livre Tous les matins du monde, fait de la musique un élément central qui éveille ou réveille ses personnages. Ainsi lorsqu'Ann évoque sa découverte de la musique alors qu'enfant elle écoutait son grand-père jouer en quatuor :

" Soudain la musique s'élevait. [...] Chaque fois ma gorge se serrait, ma peau se hérissait, le muscle de mon coeur tremblait, j'avais envie de sangloter, je ne savais plus comment respirer, j'étais submergée. [...]

Le monde intérieur s'ouvrit ainsi en moi. Par cette ouverture obscure mon corps prit l'habitude de passer, de quitter la terre, de quitter l'espace externe. [...]

Quelque fois, à un moment du morceau, c'était si beau.

La douleur se mêlait à la beauté intense.

Je ne bougeais plus, je ne vivais plus.

Les enfants commencent par être tétanisés par la beauté. Sidérés par elle. Mourant en elle. "

Après la fuite, la vie sociale va reprendre le dessus. Après l'isolement, Ann Hidden va renouer avec le monde, rencontrer un médecin et s'attacher à sa fille, une petite enfant fascinée par sa  musique. Connaître une jeune femme. Revenir au monde et au chaos jusqu'à un drame qui lui fera quitter la Villa Amalia et l'Italie, rentrer en France, enterrer sa mère et voir revenir son père au cimetière. Vivre avec Georges.  L'aimer " Finalement, ils s'aimèrent. Ils ne s'aimèrent pas sexuellement. Mais il s'aimèrent vraiment. Ils s'aimèrent comme deux enfants de six ans se seraient aimés.
Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller.

Aimer comme on aime les enfants c'est sauver de la mort."

Se marier avec lui avant de se retrouver seule à nouveau et de repartir dans l'errance. "Il y a un plaisir non pas d'être seule mais d'être capable de l'être. "

Et c'est finalement dans l'évocation de cette fuite, de cette solitude que le texte de Pascal Quignard est le plus grand, le plus beau. Est-ce une façon d'indiquer que la société pervertit ?

Un roman très fort dans un style à la fois sobre et poétique, des chapitres tantôt extrêmement brefs, parfois plus longs comme les phrases très rapides ou plus étirées. Ce textes est une partition, faite de noires et de blanches, de bémols et de silences aussi.

De longs silences qui poussent à la réflexion. 

 

 

 

 

Villa Amalia, Pascal Quignard
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E
j'ai découvert ce blog en suivant le lien depuis chez Marie-Ismène, et je ne découvre de nombreuses lectures communs, une chouette découverte!
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L
Je n'ai pas lu le roman mais j'ai vu l'adaptation cinématographique avec Isabelle Huppert dans le rôle principal.
Mais tu dévores les livres, en ce moment, Anne !
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P
Je n'ai pas vu le film mais si l'occasion se présente je crois que je me laisserai tentée !
Je lis pas mal c'est vrai mais j'ai aussi des articles d'avance sur des livres lus il y a quelque temps et dont je n'avais pas pris le temps de mettre en ligne mon petit avis.
M
j'ai noté le titre et l'auteur
j'ai envie de lire ce livre, peut-être m'aidera t'il à arrêter ma "fuite" !
merci Anne
bize
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P
Je te souhaite en tout cas un beau moment d'évasion, ça fait du bien !
Bises
Anne
P
Merci pour ce long exposé qui me donne envie de m'aventurer dans cette lecture. Je note.
Moi aussi, il faut que je m'évade et la lecture m'y aide.
Je t'embrasse
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V
je note le titre...fuir m'irait bien en ce moment,alors s'chapper par cette lecture gros bisous Anne. cathy
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P
:) la lecture est un excellent moyen d'évasion !
Bises
Cathy