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Les musardises de Parisianne

Corps et âme, Franck Conroy

18 Mai 2013, 13:04pm

Publié par Parisianne

Corps et âme, Franck Conroy

Un grand merci à Laurence qui m'a soufflé le titre de ce magnifique livre !

 

Franck Conroy (1936-2005) est un écrivain américain. Il a publié des nouvelles et des articles sur la musique. C'est sans conteste un sujet qu'il maîtrise, tellement bien que pour un néophyte ce n'est pas toujours simple mais qu'importe de ne pas tout connaître ? Si quelques évocations techniques pas tout à fait à ma portée m'ont laissée sur le bord de la route, l'ensemble de ce roman m'a enchantée.

***********

New-York dans les années quarante.

Claude, un enfant très jeune, et malgré cela souvent livré à lui-même, observe le va-et-vient des passants depuis le soupirail de l'appartement en sous-sol qu'il occupe avec sa mère, Emma, ancienne chanteuse de cabaret devenue chauffeur de taxi. Il grandit seul, bercé par le martèlement des pas qui lui insuffle le goût du rythme.

Dans sa chambre, au milieu des fiches de taxis, de pneus de rechange et bidons d'huile, de vieux journaux et autres papiers, un trésor : "tout au fond, adossé au mur, presque enseveli sous des piles de livres et de partition, un petit piano console, blanc, avec soixante-dix touches et un miroir au-dessus du clavier". Attiré par l'instrument, l'enfant s'amuse " à tapoter des petites mélodies, parfois des fragments entendus à la radio, parfois des bribes de sa propre invention ". 

Peu à peu la musique s'immisce dans sa solitude. Après de longues hésitations, il se décide à pénétrer dans le magasin de musique devant lequel il s'arrête régulièrement. Aaron Weisfeld, qui a remarqué son manège, l'accueille chaleureusement, répond à ses questions avec beaucoup de gentillesse et en vient rapidement à l'initier à la musique, ayant décelé chez ce très jeune enfant une volonté d'apprendre et de réelles dispositions. Ainsi se noue entre le marchand et l'enfant une complicité studieuse dont naîtra un lien presque filial.

Aaron Weisfeld incite le petit garçon à travailler toujours davantage et avec rigueur, il le fait entrer en contact avec un maestro vieux et malade qui le prend sous son aile et lui permettra par testament de conserver son piano de concert et de fréquenter les meilleurs professeurs et d'être bien vite recherché par de grands musiciens avec qui il se produit.

"Il inspira profondément, une sorte de soupir, et la musique commença, occupant instantanément tout l'espace, telle une fleur géante s'épanouissant à partir du néant (...). L'air était dense de musique. 
Après les accords staccato des tutti, après le silence aussi bref qu'un battement de coeur (...), après la mesure et demie de doubles-croches qui s'écoulèrent comme les grains d'un sablier, Claude leva les mains, écouta Fredericks jouer les onze mesures suivantes. C'était clair, fougueux, apparemment facile. Claude s'entendit lui répondre une octave plus bas, avec une concentration réfléchie, contrôlant délibérément le sentiment d'euphorie qu'il sentait monter dans sa poitrine. C'était parti, ça leur échappait, c'était libre. Ils voguèrent jusqu'à la fin du morceau, comme un grand voilier roulant dans le vent.
"

A l'issue de ce premier grand concert en duo avec un de ses maîtres, le jeune homme se trouve entraîné par une vague de succès. La vie de Claude devient musique. D'apprentissage en rencontres, de travail en découvertes, il donne ses premiers concerts, se trouve sollicité par les grands et apprend la composition, faisant corps avec la musique.

"Le pouvoir de la musique était si fort qu'on eût dit qu'elle émanait des murs de la salle. Ils jouaient la musique, esprits, corps et âmes tendus à la limite, mais il était vrai que la musique les jouait aussi."

Ce court extrait explique merveilleusement le titre, le musicien fait corps avec la musique, la musique parle à l'âme. Et ce roman nous parle de ce lien si particulier à travers la quête de perfection de cet enfant devenu homme qui poursuit son chemin et ses interrogations sentant poindre dans sa culture classique un attrait pour les rythmes de jazz qu'il ne s'explique pas mais dont nous, lecteurs, aurons la clé. L'évolution du musicien suit la mouvance de l'époque, les doutes et les ouvertures sur d'autres cultures, comme sur une partition la vie est semée de noires et de blanches, de bémols et de silences que nous suivons avec délectation.

Un livre à savourer sans modération.

 

 

 

Mozart, concerto pour deux pianos K.635

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J
Bonne fête des mères Anne, impossible d'ouvrir le com sur ta page de ce 26 mai... Amicales pensées, jill
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M
Merci d'être passée, j'espère vraiment que les choses se dérouleront de façon satisfaisante, je t'embrasse Anne
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É
Bonsoir Anne. Merci de nous faire partager ton enthousiasme pour ce livre. Bisous
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M
L'extrait que tu donnes ainsi que le compte rendu est passionnant, c'est je pense un très beau livre à noter...
Bisous Anne
J'espère que ça va chez toi
Marine
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L
Je suis heureuse que ce roman t'ait plus. C'est un livre qui a du souffle et qui m'a profondément marquée !
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