Il y a quelques temps déjà, j'avais pour un jeu d'écriture écrit ce souvenir d'enfance pour ce thème : " Évoquer quelque chose qui fait resurgir votre enfance, comme la « madeleine » de Proust ".
Et ce matin, une amie d'enfance, une sœur de cœur accompagnée de quatre autres Drôles de dames de cœur retrouvées il y a peu, a évoqué un ruisseau courant sous sa fenêtre pour bercer ses nuits viennoises, alors forcément, l'image a fait renaître l'enfant.
Madeleine murmurée
Ma madeleine a la fraîcheur d’un torrent de montagne et la douceur d’un froissement de papier. Elle est inscrite en moi depuis qu’à l’âge de cinq ans, mes parents trop occupés par leur travail, m’ont envoyée passer l’été en Savoie.
Tous les soirs, le chant de l’eau courant sous ma fenêtre se faisait l’écho de mes larmes d’enfant, puis se muait en une douce berceuse alors que je posais ma tête sur un oreiller de papier. Je ne savais pas lire, mais chaque jour m’apportait une lettre à quatre mains dans laquelle, sur des cartes cueillies au long de l’année et cachées comme autant de trésors, des dessins et quelques lignes pleines de tendresse me racontaient leur amour.
Chaque été pendant de nombreuses années, le rituel a été le même. J’ai tissé au fil des mots des rapports très étroits avec des parents trop occupés.
Le murmure du torrent m’a offert, comme réconfort, le goût du silence des hommes lorsque la nature s’offre à moi. Et, je savoure toujours avec plaisir le chuchotement de l’enveloppe que l’on déchire pour voir danser sur quelques lignes toute la chaleur d’une pensée.
© Parisianne
