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Les musardises de Parisianne

Jean-Marie Palach, Soeurs brisées

8 Mars 2020, 11:08am

Publié par Parisianne

Illustration Béatrix Agnès

Illustration Béatrix Agnès

Pour renouer avec les avis de lecture, quoi de mieux que de commencer par un auteur ami. Jean-Marie Pallach est un nouvelliste très souvent remarqué dans les concours, auteur de romans policiers mais aussi de romans jeunesse.

Aujourd'hui, c'est un joli roman, Soeurs brisées, aux Editions Daphnis et Chloé, qui va retenir notre attention. Ne vous fiez pas à la couverture rose, ce n'est pas un roman bonbon fondant !

Si elle vient, chaque semaine, depuis des années, c'est dans l'espoir de parler, de partager des émotions. Ce n'est pas encore pour cette fois. Héloïse demeure muette, se contente de poser l'assiette fumante sur la table et de contempler, elle aussi, l'écran plat sur lequel défilent des images du monde.

Jean-Marie Palach dans ce très beau roman, met en scène deux sœurs que tout semble opposer et qui ne parviennent pas à communiquer. L'aînée, Héloïse, a toujours été brillante et le succès littéraire qu'elle rencontre n'est pas un hasard. 

Faustine, la cadette, est une belle jeune femme qui n'a jamais cherché les succès et ne se rend même pas compte de cette beauté que sa sœur lui envie. 

[Faustine] a admis son infériorité, ses défauts. Certains êtres captent la lumière, sont faits pour la gloire, d'autres sont condamnés à des existences subalternes, peuplées d'ombres grises. Elle avait rapidement connu son affectation. Son père, le modèle, la référence, lui avait tôt indiqué le chemin morne qu'elle emprunterait, quand l'aînée gravirait des sommets.

La perte brutale de leurs parents dans un accident d'avion alors que la plus jeune n'est encore qu'une adolescente, les enferme dans une forme de dépendance, de la petite par rapport à la grande, qui s'inversera quand Héloïse traversera un second drame avec la mort de son fiancé dans un accident de la route alors qu'elle était au volant. On pourrait presque dire qu'elles sont quittes, et pourtant, un silence pesant s'immisce dans leurs échanges.

Vous me direz, le sujet n'est pas drôle. Détrompez-vous, il n'y a pas de pathos, les éléments terribles sont là, posés rapidement pour donner le contexte et permettre à l'auteur de belles études de caractères. 

Pour les écrivains, point de salut hors les écuries qui tiennent le haut du pavé. Héloïse découvre les dizaines de confrères, sagement assis derrière la pile de leurs bébés invendables, à l'affût des piétons qui ne s'arrêtent pas. Les gens considèrent avec méfiance ces déshérités, font un écart pour les éviter, ne pas les frôler. Leur misère pourrait être contagieuse.

Héloïse est écrivain, le passage de la vie à la mort hante toutes ces publications depuis des années, sans que le succès ne soit réellement au rendez-vous, même si un certains nombres de lecteurs lui sont fidèles. 

Quand son dernier livre rencontre un succès qui va la propulser sur le devant de la scène, la coquille dans laquelle elle s'était enfermée se fendille. Ce retour à la lumière entraîne sa jeune sœur dans son sillage, et impose de briser les silences.

 

Les pièces du puzzle s'assemblent, font sens. Une vérité émerge. Héloïse ordonne ses pensées. Elle décide de jouer franc-jeu. Sa sœur le mérite [...]

Dans un style agréable et fluide, Jean-Marie Palach nous invite à nous interroger sur les liens fraternels, mais également sur le deuil et la difficulté de la relation amoureuse. Avec beaucoup de finesse, les personnages sont peints dans leurs travers et leurs qualités, leurs forces et leurs faiblesses, jusqu'à nous les rendre familiers. 

Un autre personnage se glisse entre ces pages et joue un rôle primordial, c'est l'écrit, l'art de dire par les mots, la littérature, les livres qui sont un pont entre les personnages.

Jean-Marie, je vous l'ai dit, est également nouvelliste, ne perdez pas cette information de vue en lisant, je vous le conseille, ce très beau roman, vous y trouverez, glissés dans la trame du roman, quelques nouvelles joliment tournées. J'ai un faible pour Le Calvaire de Titien, mais il y en a d'autres tout aussi belles.

Alors n'hésitez plus, vous ne le regretterez pas !

Jean-Marie Palach, Soeurs brisées

L'auteur nous emmène également dans une flânerie parisienne, principalement dans le XIVe arrondissement de Paris, c'est une chance, j'avais justement prévu de vous y entraîner pour ensemble pousser quelques portes, c'était une jolie manière de vous inviter à me suivre, n'est-ce pas !

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