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Les musardises de Parisianne

HOPE Anna, La Salle de bal

30 Octobre 2018, 18:41pm

Publié par Parisianne

C'est grâce à une amie – merci Catherine – que j'ai découvert cette auteure dont je ne tarderai pas à vous reparler tant j'ai aimé aussi son premier roman.

Anna Hope est écrivain (désolée mais écrivaine je n'y arrive pas) et actrice née en 1974 à Manchester. Son premier roman Wake, (littéralement "réveiller") traduit en français par le Chagrin des vivants, et celui dont nous allons parler The Ballroom, La Salle de bal ont été respectivement publiés en 2014 et 2016.

Un coup de cœur pour moi que cette salle de bal qui m'a incitée à lire le premier presque dans la foulée. Il faut dire que j'ai un goût prononcé et pour l'Angleterre et pour la période.

HOPE Anna, La Salle de bal

L'asile de Sharston.
Elle en avait entendu parler depuis toute petite. Chaque fois qu'on faisait une ânerie : l'asile. Pour les aliénés. Les pauvres. Ils vont t'envoyer à l'asile de Sharston, et tu n'en sortiras jamais.

Hiver 1911, Ella Fay excédée de travail, de manque d'air et de lumière brise une vitre à la filature qui l'embauche depuis l'enfance. Cet éclat de colère la conduit à l'asile malgré ses cris « je ne suis pas folle ». Elle connaît la réputation du lieu : on n'en sort jamais.

Révoltée, elle se montre rétive jusqu'à ce qu'elle comprenne que sa seule échappée possible est dans la discipline. L'asile occupe les hommes aux travaux des champs ou autre tâches physiques et les femmes aux travaux d'intérieur, c'est à la teinturerie qu'Ella sera conduite, sans jamais sortir ou presque .

 

Le jeune docteur Fuller, en charge des patients, a des idées très modernes qu'il aime expérimenter sur les faibles dont il s'occupe. Musicien, il a instauré des séances de musique - il joue lui-même du piano pour les épileptiques - et la constitution d'un orchestre à l'aide de quelques surveillants de bonne volonté, qui lui permet chaque semaine d'ouvrir la salle de bal et d'inviter les hommes et les femmes internés dans l'établissement, à danser. Mais en plus de son goût artistique, il dessine également fort bien les portraits de ses patients qu'il épingle au mur de sa chambre, il manifeste une attention particulière pour les théories véhiculées par The Eugenic Review dont il est un lecteur assidu.

 

Dans cet univers sordide, entourée de démences et de frayeurs, Ella se lie avec Clem elle-même sous le charme du médecin qui pourtant la conduira à sa perte.

Contrairement à la musique, il a été démontré que la lecture pratiquée avec excès était dangereuse pour l'esprit féminin. 

Mais plus que tout, sa rencontre avec John va donner à la jeune femme un sentiment de liberté. Quelques brèves missives échangées à l'insu des surveillants vont bouleverser leurs vies.

John, irlandais taciturne s'attache à Ella, il lui apporte l'extérieur où il travaille par d'infimes présents (une fleur, une plume, une description des champs de blés dans l'or du soir), elle lui fait tourner le dos à sa douleur.

Et de vendredi en vendredi, ils se retrouvent dans la salle de bal pour tisser en silence des liens indéfectibles.

Lors de leur rencontre suivante, ils continuèrent à se mouvoir en silence, sans presque se regarder, mais c'était un homme différent avec lequel elle dansait, désormais. Quelqu'un dont l'intérieur, elle le savait, se déployait sur des kilomètres, même si son extérieur était aussi fermé et barricadé qu'avant. 

 

Mais les internés ne sont pas maîtres de leur destin, et le Dr Fuller de plus en plus sensible à l'eugénisme et au projet de loi sur le Contrôle des faibles d'esprit, n'a de cesse de surveiller les sentiments naissants.

 

Un roman magnifiquement construit qui nous entraîne dans la campagne anglaise mais surtout dans une époque fermée sur ses préjugés. Comme l'auteur l'indique dans les notes de fin, j'ai été moi aussi choquée par l'intérêt du gouvernement et de Churchill, alors ministre de l'Intérieur, pour l'eugénisme et la stérilisation massive des malades mentaux. Je n'avais jamais entendu parler de telles choses. Si l'auteur nous précise avoir pris des libertés romanesques et qu'à sa connaissance Churchill n'a jamais rien signé dans ce sens, elle nous renseigne tout de même sur la forme modifiée de la loi sous le nom de Mental Deficiency Act qui autorisait la ségrégation « des faibles d'esprit » sans la clause qui aurait permis la stérilisation forcée.

 

Un très beau livre que je vous recommande vivement.

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Quichottine 05/11/2018 11:03

Je ne connaissais pas cet écrivain (moi non plus, je n'y arrive pas avec "écrivaine")
Merci pour la découverte.
Bisous et douce journée.

Parisianne 05/11/2018 20:19

Merci de ton passage Quichottine, j’espère que tu vas bien et ton petit monde aussi. Je t’embrasse

virjaja 31/10/2018 10:45

on était vite enfermés à cette époque!!! il a l'air passionnant ce livre, je découvre cet écrivain. gros bisous Anne. cathy

Parisianne 31/10/2018 12:26

Découverte récente pour moi aussi Cathy. Le sujet m’intéresse, je me suis plongée il y à quelques années sur le cas de Camille Claudel, et chez nous non plus les hôpitaux psychiatriques n’étaient pas des lieux de grande humanité.