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Les musardises de Parisianne

culture

Niki de Saint Phalle "Il faut faire saigner la peinture"

8 Janvier 2015, 18:16pm

Publié par Parisianne

Niki de Saint Phalle "Il faut faire saigner la peinture"

Niki de Saint Phalle, "Il faut faire saigner la peinture !", tel est le titre de la très intéressante biographie de l'artiste écrite par Elisabeth Reynaud aux éditions Ecriture.

Merci à Xavier, de l'Agence Attitude, de m'avoir envoyé ce livre. Je ne suis pas certaine que j'aurais eu toute seule l'idée de le lire, je serais passée à côté de quelque chose.

 

***

Alors que la monstruosité a frappé à Paris, et réduit au silence des dessinateurs, des artistes de la vie et de l'expression libre, et qu'une image court sur le net pour direc'est l'encre qui doit couler, pas le sang ", ce titre " faire saigner la peinture " a une résonnance bien particulière. 

Nous saignons tous aujourd'hui face à cette barbarie. 

Quelques heures après ce terrible attentat, j'étais à une lecture du Chef d'Oeuvre inconnu de Balzac au musée Rodin. Charles Gonzalès et Jean-Claude Drouot ont bien sûr exprimé leur douleur, ce dernier a émis le souhait que l'art soit le vecteur de la paix.

Puisse ce voeux être exaucé, et l'art transmettre la lumière.

***

Niki de Saint Phalle est souvent plus connue pour ses Nanas, personnages hauts en couleurs et en rondeurs que pour l'ensemble de son oeuvre souvent marqué par la violence et l'engagement féministe entre autre. Mannequin, sculpteur, peintre, écrivain mais également cinéaste, toute sa vie, elle a créé pour s'exprimer avec violence parfois, poésie ou candeur dans d'autres moments.

Fille de la noblesse, franco-américain, Niki sera en rupture permanente avec son milieu et avec sa famille ; victime de viol par son propre père et du silence de sa mère, elle n'aura de cesse de se battre par l'art pour exorciser cette douleur.

" Elle a compris que la peinture est sa botte secrète contre le mal. Quand elle peint, elle est maître de son destin, elle reprend le gouvernement de son âme en vrac. " écrit Elisabeth Renaud. Et de fait, la peinture de Niki de Saint Phalle est non seulement une explosion de couleurs qui tendent à la vie mais aussi l'expression d'une vraie violence, d'une grande souffrance que la jeune femme semble garder en respect par la puissance expressive et pourtant naïve de ces créations.

Sa rencontre avec l'artiste Jean Tinguely lui apportera le complément de folie qui lui manquait peut-être !

"Jean et Niki se prennent pour Bonnie & Clyde, s'admirent l'un l'autre, jouent à se faire peur, car Jean peut être violent et Niki, dans ce cas, feint la soumission. Elle est très belle, Tinguely est foncièrement amoureux, c'est une passion érotique intense, mais ils n'entreront jamais dans le costume abhorré du couple traditionnel. Tinguely ne tarit pas d'éloge sur sa compagne. (...)  Il aime sa force, connnaît ses blessures, la trouve virile et féminine à la fois." nous dit l'auteur qui cite ensuite ces propos de Jean Tinguely en 1988 " Niki est un monstre sacré. C'est une calamité... Elle a une énergie colossale et sait s'en servir. C'est parfois écrasant.  (...) Niki de Saint Phalle est le plus grand sculpteur de tous les temps... Face aux hommes sculpteurs couchés, César la Couille, Arman la Valise, Tinguely la vieille ferraille pourrie, Giacometti, Henry Moore, les bronzeurs, tous des escros culturels, parasites, Niki de Saint Phalle sort en grand vainqueur, puissante et libre, propre et folle, dingue et forte, superbe et sensible, écrasant tous ces petits mecs, Michel-Ange and Co." Elisabeth Reynaud d'ajouter "Pour Michel-Ange ça reste à voir, mais le portrait est si poignant qu'on en reste coi." Je dirais moi-même, ah l'amour ! ça rend parfois aveugle (non que j'admire le travail de Niki, attention) mais aussi grandiloquent ! 

Avec aussi Rico Weber, compagnon de route et sculpteur lui-même, Niki ne cessera de créer, de se battre pour parvenir à exprimer tout ce qu'elle a en elle et parvenir à offrir des oeuvres monumentales dont le Jardin des Tarots en Toscane est presque l'oeuvre ultime puisqu'il ouvrira en 1998 alors que Niki s'éteindra en 2002.

Dans cette belle biographie, Elisabeth Reynaud nous fait pénétrer l'univers intimement artistique de Niki de Saint Phalle, elle ne cache ni son admiration, ni sa reconnaissance pour l'artiste qui a ainsi su explorer les méandres de sa conscience pour en extraire le meilleur.

J'aime cette forme de conclusion dans les dernières pages du livre :

" Sans chercher de signification intellectuelles, on reçoit par les yeux une immense claque, d'amour et de beauté fantasque. Un parfum de liberté sans entraves et de folie puérile, comme une grande douche de merveilleux sur nos âmes en pénitence.

Niki a voulu nous offrir des jouets fantastiques, si démesurés, que l'on se retrouve devant tels des tout-petits émerveillés. Il fallait bien que ces sculptures soient gigantesques pour que nous retrouvions nos âmes d'enfants. "

Il faut que nos âmes d'enfants sachent voir et montrer les couleurs pour lutter contre la violence, la barbarie et ne pas sombrer dans la noirceur.

***

Un livre à lire absolument pour pénétrer plus avant le monde si particulier de Niki de Saint Phalle, la lecture en est plaisante et aisée, très documentée avec de nombreuses citations tirées des écrits de Niki elle-même. Merci Xavier, merci Elisabeth Reynaud de m'avoir ouvert les portes de cet univers là dont je ne connaissais presque que les Nanas et autres personnages aussi chaleureusement fantaisistes. Je n'aurai plus le même regard sur son oeuvre.

Et j'espère compléter prochainement par mes impressions sur l'exposition qui se tient en ce moment au Grand Palais.

 

Les photos ci-dessous ont été prises par un groupe de voyageurs en visite au Japon dans l'île de Naoshima, je les remercie de leur contribution. 

 

 

 

Oeuvres de Niki de Saint Phalle dans l'île de Naoshima au Japon
Oeuvres de Niki de Saint Phalle dans l'île de Naoshima au Japon
Oeuvres de Niki de Saint Phalle dans l'île de Naoshima au Japon
Oeuvres de Niki de Saint Phalle dans l'île de Naoshima au Japon

Oeuvres de Niki de Saint Phalle dans l'île de Naoshima au Japon

A propos des Tirs c'est ici

 

"J'ai tiré sur des tableaux parce que tirer me permettait d'exprimer mon agressivité. Un meurtre sans victime. J'ai tiré parce que j'aimais voir le tableau saigner et mourir. "

Niki de Saint Phalle

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Sans voix

8 Janvier 2015, 07:17am

Publié par Parisianne

Sans voix

 

Hier encore nous partagions des voeux de sourires, de sérénété et de joie,

Aujourd'hui le noir a pris possession des médias, des réseaux sociaux, des coeurs blessés de chacun d'entre nous.

De tout coeur avec ceux brisés par la tragédie,

Souhaitons la lumière pour que cesse l'obscurantisme qui mène à la barbarie.

 

Sans voix

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Parlons musique

23 Septembre 2014, 21:45pm

Publié par Parisianne

Parlons musique

Vous êtes surpris, je comprends, je parle rarement musique parce que je suis néophyte même si la musique occupe une grande place dans mon quotidien. Cependant, ce soir je souhaite vous parler d'un choeur que j'affectionne particulièrement, d'un ensemble que je découvre et surtout, d'un chef que j'admire. 

Grâce à Xavier Chezleprêtre, de l'Agence Attitude, j'ai eu le plaisir de découvrir le Requiem de Mozart enregistré par le choeur Accentus et Insecula Orchestra sous la direction de Laurence Equilbey. Les solistes : Sandrine Piau, soprano ; Sara Mingardo, contralto ; Werner Güra, tenor ; Christopher Purves, basse baryton

Mozart, le Requiem, il faudrait être difficile pour ne pas être touché mais je reconnais qu'au-delà de l'oeuvre, c'est l'association de Laurence Equilbey, du Choeur Accentus et d'un enregistrement dans la chapelle royale de Versailles qui m'a séduite.

Le nom de Laurence Equilbey ne doit pas vous être inconnu, elle a dirigé de nombreux orchestres (Lyon, Bucarest, Varsovie etc.) et dirige également régulièrement l'orchestre de l'opéra de Rouen.

En plus de ses activités de chef, Laurence Equilbey est directrice artistique et pédagogique du département supérieur de jeunes chanteurs. Ce sont peut-être ces dernières fonctions qui l'ont incitée, avec le Conseil Général des Hauts-de-Seine, à fonder en 2012 Insula Orchestra dont le projet artistique réunit des musiciens confirmés de la jeune génération, travaillant sur des instruments d'époque.

Le Choeur Accentus quant à lui a été fondé il y a plus de 20 ans. C'est un orchestre de chambre professionnel très connu pour son répertoire a cappella. Vous aurez sûrement eu le bonheur d'écouter les Transcriptions et si ce n'est pas le cas, je vous conseille vivement de combler cette petite lacune.

Vous comprendrez donc que ce très beau Requiem de Mozart est particulièrement bien servi par cet ensemble choeur et orchestre sous la baguette d'un si grand chef.

En parallèle du CD distribué par Naïve, Laurence Equilbey et son équipe ont réalisé de petits reportages menés par Lorenzo, un jeune garçon passionné de musique classique. Ces petits films sympathiques donnent un autre regard sur l'oeuvre et la formation, rendant peut-être plus accessible l'ensemble en nous faisant pénétrer les coulisses de l'enregistrement sous le regard fasciné et un tantinet maladroit de Lorenzo. Je vous mets le premier opus, n'hésitez pas à regarder les autres. 

Pour conclure, je voulais vous raconter une petite anecdote. Il y a quelques temps déjà, je cherchais des infos sur les concerts d'Accentus (vous aurez compris que j'aime beaucoup ce choeur et que les Transcriptions m'accompagnent depuis longtemps déjà avec un plaisir sans cesse renouvellé) et je suis tombée par hasard sur une video. En y regardant de plus près, j'ai reconnu dans le choeur un copain de fac perdu de vue depuis de nombreuses années et qui déjà à l'époque chantait dans une formation parisienne, je me souviens être allée l'écouter dans une église de la capitale. J'ai été ravie de constater par hasard qu'il avait réalisé son rêve !

 

Xavier, merci ;)

 

 

  

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De l'ère des dinosaures à l'ère de glace

29 Juillet 2014, 14:02pm

Publié par Parisianne

Grâce à Xavier Chezleprêtre, de l'agence Attitude, je suis retombée en enfance, dans mes années de curiosité pour tout ce qui concerne la préhistoire. Je reconnais n'avoir plus le même goût pour cette époque aujourd'hui ! C'est en curieuse cependant que je me suis rendue à cette expo, De l'ère des dinosaures à l'ère de glace qui a lieu Porte de Versailles et que je vous conseille vivement de voir avec vos enfants et petits-enfants. 

Le début du parcours nous plonge dans l'ère glaciaire, au milieu de toutes sortes d'animaux plus gros les uns que les autres mais dont bon nombre nous rappellent qu'ils sont bien les ancêtres de certains que nous connaissons encore aujourd'hui.

Dans une succession des scènes représentant l'habitat naturel, nous pouvons voir et entendre (dans une belle cacophonie) les mamiphères et les hommes qui les entourent : Homo Erectus,  Homme de Neanderthal et Homme de Cro-Magnon.

Un petit bonheur pour les plus jeunes attirés par ces grosses bêtes au regard bien doux qui reconnaissent avec bonheur les personnages de leurs dessins animés. Moi-même j'en ai reconnu certains, c'est dire !

De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace

La deuxième partie de l'exposition nous transporte à l'ère secondaire, il y a 150 millions d'années.

Et nous voilà plongés au milieu des dinosaures, du plus petit au plus gros et effrayant. Terreur assurée pour les plus jeunes, mais c'est bien connu, les enfants aiment se faire peur, et j'en ai vu plus d'un se sauver en courant pour revenir à pas de loup observer par en-dessous l'énorme Tyrannosaure.

Au-delà de ce côté ludique pour les enfants, le parcours est intéressant et les audioguides fort utiles pour nous (r)enseigner.

N'hésitez donc pas à profiter des vacances pour vous y rendre, avec des enfants c'est encore mieux !

 

De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glace
De l'ère des dinosaures à l'ère de glaceDe l'ère des dinosaures à l'ère de glaceDe l'ère des dinosaures à l'ère de glace

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Caprices, Marguerite Duras

30 Avril 2014, 08:18am

Publié par Parisianne

Il ne vous aura pas échappé que l'année 1914 ne commémore pas simplement la tragédie de la Première Guerre Mondiale. Dans un registre moins dramatique, ceux qui s'intéressent à la littérature auront bien entendu noté les hommages rendus à Marguerite Duras - pseudonyme de Marguerite Donadieu le 4 avril 1914- à l'occasion du centenaire de sa naissance.

L'Association Textes et Voix ne pouvait manquer cet événement littéraire, nous avons donc eu le plaisir d'entendre une lecture d'un texte inédit, attribué à Marguerite Duras, Caprices, écrit en 1943 comme un texte "alimentaire" et publié l'année suivante aux Editions Nicéa dans la collection Visages de femmes, série de romans à l'eau de rose non signés par les auteurs. Voilà donc la raison qui explique que Caprice ne sera pas édité et qu'il n'apparaît pas dans l'intégrale de l'oeuvre de Duras aux éditions La Pléiade. S'il n'est pas accessible à tous, ce texte se dévoile par la voix, c'est Marie-Christine Barrault qui nous en a offert une très belle lecture.

Présenté (à tort) comme un roman de gare, ce texte -qui montre effectivement quelques travers de midinette- n'en est pas moins intéressant et s'il n'atteint pas la qualité de l'écriture de Duras, il laisse entrevoir de belles perspectives. J'ai pour ma part eu la tentation de le rapprocher de Moderato Cantabile, ce roman très fort paru en 1958.

Je ne vous fais pas languir plus longtemps, voici un petit résumé de l'histoire.

Bernard et Babeth, mariés depuis deux ans, sont en vacances à Biarritz avec la mère et le frère de cette dernière. Alors que ses proches partent pour une excursion, Babeth refuse de les suivre. Elle passe la journée sur la plage où elle aperçoit (par hasard) un jeune homme qui après avoir beaucoup nagé s'allonge non loin d'elle. Troublée par cette présence, elle n'a de cesse de se faire remarquer par lui, sans arrière pensée, juste parce qu'elle est femme et que ce n'est pas parce qu'elle est mariée qu'elle n'a pas le désir de plaire. Ils ne s'adressent pas la parole, se regardent à la dérobée ; rentrée à l'hôtel, Babeth confie son émoi inexplicable à son journal. Elle rencontrera de nouveau le jeune homme en se rendant à la foire pour y chercher des sucres d'orge, le trouble sera plus grand encore.

A quelques jours du retour à Paris, le couple va passer une soirée au casino. L'apparition est là, Bernard lui autorise une danse avec son épouse, ce mari très sûr de sa possession et fier de la beauté de sa compagne n'a aucune raison d'être jaloux voir même méfiant. Il aime Babeth, Babeth l'aime, il n'a pas grand chose à lui dire en dehors de l'évocation de ses affaires professionnelles et de son amour sincère, mais leur vie est parfaite.

Bernard s'absente une semaine pour se rendre, seul, chez sa mère. Babeth ne peut s'empêcher d'appeler le numéro de téléphone parisien que lui a confié le jeune homme au cours de leur danse. Irrésistiblement attirés l'un par l'autre, ils deviennent amants le temps de quelques jours. Celui dont nous apprenons qu'il s'appelle Jean repartira pour Biarritz au jour du retour de Bernard.

En quittant son amant, Babeth, effondrée, se demande comment elle va pouvoir reprendre sa vie auprès de son mari. Mais lorsque celui-ci la serre dans ses bras, " Elle pense qu'elle pourra rester avec lui, qu'elle est maintenant en règle avec la vie ".

***

L'histoire, vous en conviendrez est assez banale et son traitement dévoile une écriture rapide, sans recherche attentive. Malgré tout, et la salle hier était quasi unanime, il y a de l'esprit durassien dans ces lignes, une richesse de l'analyse des sentiments. Il est aussi très surprenant de se dire que ce texte assez osé est paru en 1944, Marguerite Duras a toujours osé quelques provocations dans sa façon de traiter de sujets humains, c'est ce qui fait d'elle peut-être la plus accessible des auteurs apparentés au Nouveau roman ?

Et pour conclure, cette citation extraite de Marguerite Duras, La passion suspendue, entretiens avec Leopoldina Pallotta della Torre, au Seuil, entretiens avec une jeune journaliste italienne traduits par René de Ceccatty dont je vous conseille la lecture.

"Leopolidina : Quelle est selon vous la tâche de la littérature ?

Marguerite Duras : De représenter l'interdit. De dire ce que l'on ne dit pas normalement. La littérature doit être scandaleuse : toutes les activités de l'esprit, aujourd'hui, doivent avoir affaire au risque, à l'aventure. Le poète même est en soi ce risque même, quelqu'un qui contrairement à nous, ne se défend pas de la vie. (...) "

 

Trouville, Hôtel des Roches noires

Trouville, Hôtel des Roches noires

Je vous rappelle que dans la rubrique Pages, vous trouverez le sommaire des lectures classées par ordre alphabétique d'auteurs.

 

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Bavardage au bord des mots...

25 Mars 2014, 12:11pm

Publié par Parisianne

Bavardage au bord des mots...

Un traversier est un petit navire destiné à relier deux points proches, mais Le Traversier qui nous occupe aujourd'hui n'offre pas une simple traversée, plutôt un voyage, un voyage immobile, un voyage en mots. 

***

Le Traversier est une revue littéraire à parution trimestrielle animée par une équipe désireuse de promouvoir l'écriture. Si je vous parle de cette revue aujourd'hui, c'est non seulement parce que j'ai la chance d'y avoir embarqué mais surtout parce que ma motivation est née de la très belle idée de concours  "A haute voixqu'ils ont proposé l'an dernier.

Il s'agissait d'écrire un texte court destiné à être lu à voix haute dans une maison de retraite ou une association pour malvoyants. A un moment où je découvrais moi-même le partage de la lecture par la voix, je ne pouvais rester indifférente. L'originalité de ce concours, dont le thème était libre, a séduit 64 participants, vous pouvez lire les textes lauréats en suivant le lien ci-dessus. Ils ont certainement été écrits pour l'écoute mais ont, là c'est une certitude, été choisis à l'écoute par des non-voyants.

A l'issue de ce concours, j'étais sur le quai, j'ai donc décidé de monter à bord pour expérimenter ce genre de traversée, et me forcer à écrire un peu. Si le concours n'a pas de thème, la publication, elle, en a un. La jalousie devait cette fois s'immiscer au sein de l'équipage. Heureusement, personne ne s'est retrouvé poussé à l'eau malgré un crime passionnel, une rivalité toute féminine et d'autres sentiments extrêmes, violents, à commencer par ceux évoqués dans l'édito. 

Alors voilà, j'ai embarqué pour ce voyage au long cours, de ces périples qui vous entraînent au-delà de vos horizons connus pour répondre à l'appel des mots et se laisser porter par ceux des autres. Bien au-delà du plaisir de voir son texte retenu, c'est là que se trouve tout l'intérêt d'une revue littéraire, dans la découverte d'univers, de styles différents dans des textes de format court.

Le Traversier accueille à son bord prosateurs et poètes, tous amoureux des mots et désireux de les partager. Alors, si le coeur vous en dit, embarquez vous aussi, et évadez-vous !

Vous trouverez toutes les informations sur le site et si vous avez des questions, une adresse mail est à votre disposition dans la rubrique "qui sommes-nous".

Bon voyage !

 

 

Bavardage au bord des mots...

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Lecture chez Rodin

21 Décembre 2013, 19:01pm

Publié par Parisianne

Lecture chez Rodin

Le thème du jour était Le bonheur de ces heures solennelles, une mise en parallèle des oeuvres de Rodin avec sa collection d'antiques dans laquelle il puise son inspritation.

" Leur contemplation me procure le bonheur de ces heures solennelles à partir desquelles désormais l'Antique vous parle toujours ", écrit-il en 1904.

 

Cette lecture, et celles qui auront lieu en janvier et février, s'appuient sur l'actuelle exposition Rodin et l'Antique dont nous aurons l'occasion de reparler.

 

Lecture croisée entre Marie-Christine Barrault et Charles Gonzalès pour une évocation des sujets antiques que l'on trouve aussi bien en littérature qu'en sculpture, ou même en peinture mais là n'était pas le sujet.

Rainer Maria Rilke, dont nous avons entendu la lecture du sonnet à Orphée, est toujours très présent par ses écrits et son rôle auprès de Rodin, mais aussi Leconte de Lisle dans ce magnifique poème à la Vénus de Milo 

"Marbre sacré, vêtu de force et de génie,
Déesse irrésistible au port victorieux,
Pure comme un éclair et comme une harmonie,
O Vénus, ô beauté, blanche mère des Dieux !"

Et bien d'autres extraits de textes littéraires issus de La Guerre de Troie n'aura pas lieu de Giraudoux, de Sapho de Lamartine, de Lysistrata d'Aristophane, de Malherbe etc. Des textes pour dire la sculpture, des oeuvres pour évoquer l'antique, une grande richesse et une grande variété par un duo d'artistes qui nous ont entraînés à leur suite.

 

  Persée et Andromède
 

Au milieu de l'écume arrêtant son essor,

Le Cavalier vainqueur du monstre et de Méduse,

Ruisselant d'une bave horrible où le sang fuse,

Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d'or.

 

 

Sur l'étalon divin, frère de Chrysaor,

Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse,

Il a posé l'Amante éperdue et confuse

Qui lui rit et l'étreint et qui sanglote encor.

 

Il l'embrasse. La houle enveloppe leur groupe.

Elle, d'un faible effort, ramène sur la croupe

Ses beaux pieds qu'en fuyant baise un flot vagabond ;

 

Mais Pégase irrité par le fouet de la lame,

A l'appel du Héros s'enlevant d'un seul bond,

Bat le ciel ébloui de ses ailes de flamme.

José-Maria de Heredia

 

 

 

 

 

 

 

Persée et Andromède

Au milieu de l'écume arrêtant son essor,

Le Cavalier vainqueur du monstre et de Méduse,

Ruisselant d'une bave horrible où le sang fuse,

Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d'or.

 

Sur l'étalon divin, frère de Chrysaor,

Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse,

Il a posé l'Amante éperdue et confuse

Qui lui rit et l'étreint et qui sanglote encor.

 

Il l'embrasse. La houle enveloppe leur groupe.

Elle, d'un faible effort, ramène sur la croupe

Ses beaux pieds qu'en fuyant baise un flot vagabond ;

 

Mais Pégase irrité par le fouet de la lame,

A l'appel du Héros s'enlevant d'un seul bond,

Bat le ciel ébloui de ses ailes de flamme.

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Frida Kahlo, Diego Rivera au musée de l'Orangerie

25 Novembre 2013, 21:30pm

Publié par Parisianne

Cela faisait des années que je n'étais pas allée au Musée de l'Orangerie mais comme je connaissais plutôt mal l'oeuvre de Frida Kahlo et encore plus mal celle de Diego Rivera, l'occasion était trop belle. Je n'ai rien vu de l'Orangerie et j'y retournerai, même si l'atmosphère moderne m'a parue plutôt froide, ce n'est pas ce que je recherche dans un musée, j'aime quand ils ont une âme et là, de ce que j'ai vu... mais je n'ai certainement pas été au bon endroit.

Pour ceux qui, comme moi, ne sont pas spécialistes de ces artistes, un rappel rapide.

Diego Rivera est né au Mexique en 1886, Frida Khalo en 1907.

En 1909, Diego s'installe à Paris et fréquente les peintres cubistes. En 1916, il expose à New York avec Braque, Cézanne, Picasso, Van Gogh. Il rompra avec le cubisme pour revenir à plus de réalisme et voyagera en Italie pour s'imprégner des fresques de la Renaissance. De retour au Mexique en 1921, il participe au projet du ministre de l'Education de faire réaliser des peintures murales, fresques idéologiques et pédagogiques. 

Au même moment, Frida est étudiante en médecine. Victime d'un grave accident de bus, elle se retrouve alitée et commence à dessiner.

Ils se rencontrent en 1922 et se marient en 1929.

Tous deux engagés politiquement, leur combat est politique certes mais aussi fortement tourné vers l'identité mexicaine. Nous connaissons tous les images de Frida Kahlo portant les habits traditionnels.

Une vie de combats donc, contre la douleur pour Frida, contre les oppressions mais aussi contre l'enfermement pour Diego qui semble se refuser à rester dans un mouvement  qu'il soit pictural ou politique, aussi bien que dans la vie rangée d'un homme marié.

L'oeuvre de Diego Rivera est immense, au sens des dimensions ! Celle de Frida est plus intime, tant par la taille de ses oeuvres que par ses sujets souvent largement inspirés de sa vie et de ses nombreuses souffrances, tant physiques que morales.

La confrontation des deux oeuvres, et donc des deux artistes, est particulièrement intéressante et bien faite. L'oeuvre de Frida est douloureuse, violente, on ne peut rester indifférent. 

Frida semble dans l'ombre de son immense époux durant leur vie commune, pourtant l'histoire n'a t-elle pas retenu son nom mieux que celui de son mentor ? Ce mythe au féminin a, il est vrai, été maintes fois mis en avant, notamment par un film, que pour ma part je n'ai pas encore vu.

Je vous conseille vivement cette exposition et si vous avez envie d'approfondir le sujet, je vous invite à lire le hors série de L'Objet d'art, très intéressant.

 

Frida Kahlo (1907-1954) Autorretrato con Traje de Terciopelo 1926 Collection privée © Photo Francisco Kochen © ADAGP, Paris 2013

Frida Kahlo (1907-1954) Autorretrato con Traje de Terciopelo 1926 Collection privée © Photo Francisco Kochen © ADAGP, Paris 2013

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Un ptit tour chez Zadkine

15 Octobre 2013, 21:33pm

Publié par Parisianne

Ossip Zadkine est né en 1890 en Biélorussie. En 1907, envoyé  par son père en Angleterre pour étudier l'anglais - of course- il s'initie également  à la sculpture.

En 1909 et 1910, il étudie à l'Ecole nationale supérieure des beaux arts de Paris, travaille à La Ruche, dans le 15e, et participe dès 1911 à des expositions.

Il rencontre Brancusi, Bourdelle, Picasso, Apollinaire, Modigliani et Matisse. 

Mobilisé pendant la première guerre, il en revient, comme tous, brisé.

En 1920, il épouse Valentine Prax avec qui il s'installera en 1928 au 100 bis rue d'Assas... C'est le lieu de notre visite aujourd'hui, vous venez ?

 

 

 

Musée Zadkine, 100 bis rue d'Assas

Musée Zadkine, 100 bis rue d'Assas

C'est à cette adresse qu'Ossip Zadkine et son épouse Valentine Prax resteront jusqu'à la fin de leur vie.

Leur demeure atelier aujourd'hui transformée en musée offre un petit coin de paix mais n'a pas le charme authentique du musée Bourdelle dont l'âme du sculpteur hante encore tous les espaces ! 

Cubiste, Zadkine introduit souvent dans ses sculptures des éléments expressionnistes, une idée de mouvement, des instruments de musique.

Le plus simple est de laisser parler son oeuvre d'une grande variété.

Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine
Un ptit tour chez Zadkine

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Delacroix, des couleurs et des mots

10 Septembre 2013, 16:20pm

Publié par Parisianne

Place de Furstenberg, Paris 6e

Place de Furstenberg, Paris 6e

A deux pas de l'église Saint-Germain-des-Prés, une petite place très paisible au coeur de ce quartier animé et, dans un angle, un hôtel particulier où le peintre Eugène Delacroix (1798-1865) a vécu ses dernières années pour être au plus près de l'église Saint-Sulpice où il travaille jusqu'en 1861 à la Chapelle des Saints-Anges.

Le musée n'est pas grand mais abrite un petit havre de verdure, récemment remanié pour lui rendre le charme cher à l'artiste. J'ai eu la chance d'y aller par une très chaude journée d'été et le lieu vaut vraiment le détour.

Delacroix c'est bien sûr le peintre de la couleur, La mort de Sardanapale, La liberté guidant le peuple, Les femmes d'Alger dans leur appartement ou encore la Chasse aux lions, pour n'en citer que trop peu, mais aussi les commandes officielles comme la bibliothèque de l'Assemblée Nationale ou celle du Sénat, toutes ces oeuvres qui feront de lui un artiste majeur du XIXe siècle et feront couler beaucoup d'encre et de salive à ses détracteurs autant qu'à ses admirateurs.

Mais ce maître a un autre talent que l'on connaît moins, celui d'écrivain. Il aurait d'ailleurs hésité entre les deux professions ! Il choisira la peinture mais alimentera de façon très régulière son Journal, véritable source d'informations sur son oeuvre et ses contemporains aussi riche qu'intelligente.

Delacroix a 24 ans lorsqu'il écrit en 1822 : "Je mets à exécution le projet formé tant de fois d'écrire un journal. Ce que je désire le plus vivement, c'est de ne pas perdre de vue que je l'écris pour moi seul. Je serai donc vrai, je l'espère ; j'en deviendrai meilleur. ce papoer me reprochera mes variations. Je le commence dans d'heureuses dispositions".

Le parler vrai perdure, c'est incontestable, mais on sent très vite une attention particulière portée sur ce qu'il écrit et une conscience très nette d'un passage à la postérité de ces observations sincères.

Le Journal de Delacroix offre au lecteur curieux de nombreux commentaires sur son travail, l'art, la littérature, ses voyages et ses contemporains mais aussi une attention très grande portée à la nature. Un petit plaisir à ne pas bouder :

"La première et la plus importante chose en peinture, ce sont les contours. Le reste serait-il extrêmement négligé que, s'ils y sont, la peinture est ferme et terminée." 1824

"Je n'aime point la peinture raisonnable ; il faut, je le vois, que mon esprit brouillon s'agite, défasse, essaye de cent manières, avant d'arriver au but dont le besoin me travaille dans chaque chose." 1824

"Le poète se sauve par la succession des images, le peintre par leur simultanéité. " 1834

"Combien de livres qu'on ne lit pas parce qu'ils se veulent être des livres. " 1843

"De l'abus de l'esprit chez les Français. Ils en mettent partout dans leurs ouvrages, ou plutôt ils veulent qu'on sente partout l'auteur, et que l'auteur soit homme d'esprit et entendu à tout [...] dans les arts de même. Le peintre pense moins à exprimer son sujet qu'à faire briller son habileté, son adresse ; de là, la belle exécution, la touche savante, le morceau supérieurement rendu. Eh ! malheureux, pendant que j'admire ton adresse, mon coeur se glace et mon imagination reploie ses ailes." 1844

Et pour finir avant de vous lasser, ce passage fort drôle, écrit en 1850, delacroix a 52 ans.

"[...] Je commence à prendre furieusement en grippe les Schubert, les rêveurs, les Chateaubriand (il y a longtemps que j'avais commencé), les Lamartine, etc. Pourquoi tout cela se passe-t-il ? Parce que ce n'est point vrai... Est-ce que les amants regardent la lune, quand ils trouvent près d'eux leur maîtresse ?... A la bonne heure, quand elle commence à les ennuyer.

Des amants ne pleurent pas ensemble ; ils ne font pas d'hymnes à l'infini, et font peu de descriptions. Les heures vraiment délicieuses passent bien vite, et on ne les remplit pas ainsi.

Les sentiments des Méditations* sont faux, aussi bien que ceux de Raphaël, du même auteur. Ce vague, cette tristesse perpétuelle ne peignent personne. C'est l'école de l'amour malade... C'est une triste recommandation, et cependant les femmes font semblant de raffoler de ces balivernes ; c'est par contenance ; elles savent bien à quoi s'en tenir sur ce qui fait le fond de l'amour. Elles vantent les faiseurs d'odes et d'invocation, mais elles attirent et recherchent soigneusement les hommes bien portants et attentifs à leurs charmes. [...] "

 

Reconnaissez que c'est savoureux !

* Lamartine

 

Musée Delacroix, 6 rue de Furstenberg 75006 Paris

 

 

 

 

 

Delacroix, des couleurs et des mots
Delacroix, des couleurs et des mots
Delacroix, des couleurs et des mots
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