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Les musardises de Parisianne

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

31 Octobre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

Après avoir abordé le sujet de l'Art Nouveau samedi, il aurait été logique que je vous parle aujourd'hui de la magnifique exposition Art Déco Paris New York qui se tient actuellement à la Cité de l'Architecture. Mais voilà, je n'ai pas envie de logique ! Alors nous y reviendrons, soyez en assurés, mais plus tard, je n'ai pas encore parcouru tous les méandres de cette exposition !

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

C'est dans un quartier de Paris entièrement neuf que je vous entraîne aujourd'hui, et il sera encore question d'architecture, puisque nous nous dirigeons vers la Bibliothèque nationale, sur le site François Mitterrand qui se trouve dans le XIIIe arrondissement. C'est un endroit que j'aime beaucoup, forcément, une bibliothèque, c'est un temple du livre, me direz-vous ! C'est vrai, même si ce sont des lieux que je fréquente très peu en tant que lectrice.

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

Il n'est pas question de vous faire une présentation détaillée des lieux, mais quelques mots tout de même. La BnF François Mitterrand a été inaugurée en 1995, elle a été conçue par l'architecte Dominique Perrault, retenu à l'issu d'un concours international en 1989. On lui doit également, sans être exhaustive : le nouvel Hippodrome de Longchamp à Paris, la restructuration du Pavillon Dufour du Château de Versailles, le Grand Théâtre d'Albi ou encore le Palais des Sports de Rouen, mais aussi l'université des femmes de Séoul et quelques ouvrages en Espagne, pour ne citer que ceux-là et dans le désordre. Dominique Perrault est également acteur du projet de village Olympique et Paralympique pour les Jeux Olympiques Paris 2024.

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

Symétrie, clarté, rigueur, équilibre, monumentalité définissent l'architecture du bâtiment, dont les matériaux font la part belle au verre, à l'acier et au bois.

Ce n'est peut-être pas toujours évident pour tous mais la bibliothèque a été pensée comme quatre livres ouverts posés autour d'un socle, sept étages de bureaux et onze étages de magasins, au centre desquels se trouve un jardin forêt d'un hectare, initialement composé de 126 pins sylvestres de la forêt de Bord en Normandie.

Je m'en tiendrai là pour mon descriptif très général, toutes les informations sont faciles à trouver sur le net, je ne vais donc pas vus assommer.

Les Tours duo de Jean Nouvel
Les Tours duo de Jean Nouvel

Les Tours duo de Jean Nouvel

Une mer d'arbre, un moutonnement de feuillages.

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

Je lisais dernièrement que le jardin, géré écologiquement et fermé au public offrait un espace privilégié à la faune et la flore.

Je rebondis sur ce dernier point, je suis toujours sensible à la présence animale dans Paris, ne vous fiez pas à ce que vous pouvez lire, il n'y a pas que des rats, même s'il y en a, comme dans toutes les villes où des détritus sont jetés, parfois sans grand respect des lieux. 

Vous me croirez ou non, la diversité, en particulier en matière d'oiseaux, est plus grande dans les jardins parisiens que dans mon havre picard !

La semaine dernière, j'ai croisé avec bonheur de petites chauves-souris (Pipistrelle commune), l'une près de la gare Montparnasse, l'autre dans le quartier de la Défense.

Vous savez également que les toits de certains monuments parisiens abritent des ruches. Mais je m'éloigne de mon sujet !

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement
BnF site François Mitterand et quartier en mouvement
BnF site François Mitterand et quartier en mouvement
BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

La passerelle qui nous permet de rejoindre la Rive Droite de la Seine offre une belle promenade vers le Parc de Bercy et les anciens chais ou le Palais Omnisport.

L'ensemble de ce quartier, en particulier la rive Gauche est encore en pleine mutation, de nombreux bâtiments très modernes sont sortis de terre depuis mon dernier passage, l'esthétique est très intéressante. Les architectes jouent beaucoup avec des surfaces vitrées qui se jouent de la lumière, personnellement je trouve l'ensemble souvent assez élégant et toujours différent.

Comme vous avez pu le voir sur la légende d'une photo, on aperçoit au loin les Tours Duo de l'architecte Jean Nouvel, je n'ai encore jamais été les voir de près, j'ignore d'ailleurs si le chantier est terminé mais je ne manquerai pas de m'y rendre à la première occasion, ne soyez pas trop impatients cependant ! 

Merci de m'avoir suivie !

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement
BnF site François Mitterand et quartier en mouvement
BnF site François Mitterand et quartier en mouvement
BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

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Paul Greveillac, Art Nouveau

29 Octobre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Paul Greveillac, Art Nouveau

Aucun art, semble-t-il, n'a tout à la fois réifié, aimé, idéalisé, sanctifié les femmes autant que l'"art nouveau". Il s'est épanoui dans une débauche de sensualité et de vie, avant que de pourrir dans l'horreur et la mort de la guerre. Comme si la balance de l'Histoire avait, sur un coup de tête, décidé qu'il était grand temps de mettre fin aux frivolités.

Le goût de l'architecture me vient de mon Papa qui m'a toujours appris à "regarder pour voir". J'ai bien retenu la leçon, et je ne me lasse jamais de flâner le nez en l'air pour admirer ce qui m'entoure. Il faut dire que j'ai de la chance, à Paris, la diversité architecturale est grande.

Alors un roman qui parle d'architecture forcément, je ne pouvais qu'être attirée. Vous l'aurez deviné, il est ici question d'Art Nouveau, cette période qui va de la fin du XIXe siècle au début du XXe, environ de 1880 à 1910.

De nombreux exemples sont visibles à Paris, ne serait-ce que dans les stations de métro dont les édicules art nouveau ont été conçus par le célèbre Hector Guimard. Vous pouvez voir sur ma vilaine photo ci-dessous son Castel Béranger, communément appelé Castel Dérangé par ses contemporains.

Paul Greveillac, Art Nouveau

Le bâti, s'il remplissait sa fonction, sa mission, de confort, n'avait pas besoin d'exister autrement que par lui. Si tel n'était pas le cas, il fallait, au contraire, qu'il s'ornât - afin, en quelque sorte, de dérober ses insuffisances. Aussi, le progrès technique signifiait-il l'obsolescence croissante de l'ornement. Les déploiements de l'électricité, de l'eau courante, étaient les accélérateurs de sa mise à mort.

Mais quittons Paris pour Budapest où se déroule l'action de notre roman. 

Lagos Ligeti, jeune architecte viennois quitte sa ville natale, et l'officine que son père pharmacien rêve de lui voir reprendre, pour s'installer à Budapest où tout est à faire. Mais les choses ne sont pas si simples quand il s'agit de changer les regards, de se faire connaître et de percer. Le jeune et ambitieux rêveur se heurtera bien entendu à beaucoup de difficultés que sa judéité ne fera qu'accentuer. 

Paris XVe - Architecte Alfred Wagon - 1905
Paris XVe - Architecte Alfred Wagon - 1905
Paris XVe - Architecte Alfred Wagon - 1905
Paris XVe - Architecte Alfred Wagon - 1905
Paris XVe - Architecte Alfred Wagon - 1905

Paris XVe - Architecte Alfred Wagon - 1905

Ce roman foisonnant mêle la réalité et la fiction. On y croise des architectes connus comme Ödön Lechner (1845-1914), Gyula Partos (1845-1916), Marcel Komor (1868-1944) mais aussi Auguste Perret (1874-1954) et quelques autres, on y trouve également l'évocation de livre ou traités faisant référence dans le monde de l'architecture comme le Modern Architektur d'Otto Wagner (1841-1918), lui-même architecte viennois considéré comme un des pionniers de l'architecture moderne à qui la Cité de l'architecture de Paris à rendu un bel hommage lors d'une magnifique exposition il y a peu. Ou encore l'Art de bâtir les villes, de Camillo Sitte (1843-1903), encore un Autrichien.

Des évocations de monuments que l'on peut voir à Budapest aussi bien sûr, mais également ailleurs en Europe, ce qui a rendu ma lecture un peu longue puisque ponctuée de nombreuses recherches ! Je n'ai pas la chance de connaître Budapest.

Et bien sûr qui dit architecture dit art !  Ce n'est donc pas un hasard de croiser également dans ces pages des personnages comme Alfons Mucha (1860-1939) ou Béla Bartok (1881-1945).

Vous l'aurez compris, un roman très riche et extrêmement intéressant qui ne nécessite cependant aucun connaissance particulière pour être apprécié.

 

Paul Greveillac, Art Nouveau - Gallimard

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Les Mots dans les yeux

26 Octobre 2022, 17:00pm

Publié par Parisianne

©Yves Lacoutière

©Yves Lacoutière

Comme dans un livre ouvert, se laisser emporter ? Ou voir la terre s’ouvrir et offrir ses sillons.

Serait-ce le survol de grands champs travaillés, policés, préparés pour d’abondantes récoltes ?

Je veux y voir des lignes tracées, des routes d’échappées, un souffle d’aventures !

Et sur les côtes me laisser glisser pour, entre les pages, rêver de terres lointaines, chevaucher les nuages et courir à tous vents !

©Anne Lurois-Delassise

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Lignes d’horizons

23 Octobre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Une lecture un peu longue d'un texte écrit, il y plusieurs années, comme une bouteille jetée à la mer, un besoin de mettre des mots sur des moments très particuliers et à jamais gravés, de ces instants ou l'amour est douleur mais malgré tout toujours plus fort. Plus fort que la mort.

C'est l'évocation des livres de Claudie Gallay qui a fait ressurgir ce texte qui était enfoui dans la mémoire de mon ordinateur.

Ces lectures à voix haute partagées avec ma maman malade, jusqu'au bout de sa capacité de conscience, font partie de moi. Et neuf ans après, chaque livre que j'ouvre, je l'ouvre en me demandant si nous aurions pu le lire ensemble.

Lignes d’horizons

La décision ne fut pas facile à prendre, tu hésitas longuement avant d’accepter de t’engager sur cette route. Puis, peu à peu, l’idée s’installa et l’enthousiasme te gagna, rendant à ton regard éteint son énergie et sa lumière. Tu acceptais de me suivre, tu avais pris ton temps mais tu étais enfin prête pour le voyage. J’ouvrais un peu la voie, te précédais d’un souffle mais nous partions ensemble, prenions de concert les chemins de traverse qui s’offraient à nous.

Après quelques discussions animées, tu choisis Compostelle pour ouvrir ce nouveau chapitre ; un cheminement plus qu’un chemin, un parcours intérieur porté par une seule voix. Tu nous offris un autre regard et l’apprentissage d’une nouvelle façon de découvrir. Nous avancions lentement pour tout savourer, tout appréhender, mais la route se fit sans encombres, nous encourageant à poursuivre, à passer outre les difficultés et à franchir nos limites. Nous progressions sur les chemins, au rythme du froissement des feuilles sous nos pas incertains. Nos avancées commencèrent à la mesure de tes désirs et de tes forces, j’étais inquiète de trop de fatigue. « Tu veux faire une pause ? Tu ne préfères pas que nous repartions un peu plus tard ? », ces questions revenaient en leitmotiv sur mes lèvres. Ma sollicitude te faisait sourire et souvent, tu me prenais la main et m’invitais à poursuivre.

Ce premier périple à peine achevé, ton enthousiasme devint gourmandise et, le temps de reprendre souffle, tu m’incitas à nous conduire à Venise. Sans délai donc, nous prîmes le large au fil de l’eau, au fil des mots, mais aussi, souvent, au bord des silences ; ces silences rythmaient nos face à face, silences pleins d’interrogations ou d’espoirs. Silences des mots dits pour cacher les absences.

Combien de temps pourrions-nous tenir à distance cet inconnu contre lequel nous avions entamé notre course ? La fuite était vaine, la tentative salutaire. Nous avions beau capturer chaque instant, saisir l’essence du tout, nous abreuver de chaque découverte, nous savions les jours comptés. Nos échappées n’en étaient que plus fortes.

Tu ne renonçais pas, désirant nous entraîner encore et encore vers de nouveaux voyages. Tes envies devenaient insatiables, tu en demandais chaque jour davantage.

Je craignais ton épuisement ? Tu me répondais évasion, liberté, conquête.

Qu’espérais-tu conquérir ? Le temps ? Peu importait après tout, tu voulais voyager sans frontières, nous irions de l’avant. Chaque nouvelle destination était source de concertation, pourrions-nous tenir la distance ? Les chemins ne seraient-ils pas trop escarpés ?

Notre carnet de route s’écrivait au hasard. Nous aurions pu nous laisser guider par le vent, par les saisons, par la raison, que sais-je encore ? Rien de tout cela n’entrait en considération.

Un mot éveillait une envie, et nous voilà parties !

Après les sentiers espagnols, et les eaux de la lagune, la chaleur de l’effort et les parfums de secrets, je t’emmenai en Russie, vaste pays que tu connaissais pour y être allée plusieurs fois mais dont tu ne te lassais pas de découvrir les trésors. Nous avions toujours partagé ce goût de l’âme slave, cette fantaisie à l’excès propre à de nombreux artistes dont tu avais nourri mon enfance. La faculté d’avancer, tels des funambules, sur un fil tendu entre rires et larmes, de marcher visage offert à la griffure des jours, de respirer le froid qui fige l’air dans les corps et de se laisser arracher par un violon à la torpeur des jours sans nuits, composaient un programme dans lequel nous nous retrouvions sans peine. Et quand la pause était venue, nous faisions souvent durer le plaisir en musique, pour prolonger l’éphémère.

Certains jours plus douloureux, je t’observais sans mots, tu fermais les yeux, cherchant au plus profond la force de poursuivre le voyage. Plus ton horizon s’étrécissait, plus ton envie d’espace croissait.

Vint alors le tour du Japon, « autant poursuivre sur notre lancée » m’avais-tu dit d’un air mutin, tu voulais comprendre comment sur un espace si réduit on pouvait ne pas voir la mer et, delà, traverser jusqu’à cette Amérique qui avait fait naître tant d’espoirs déçus pour de jeunes Japonaises du siècle dernier. Tu t’interrogeais, tu voulais savoir et suivre leur chemin douloureux. Mais l’escapade fut brève, malgré ta volonté, tu commençais à t’user. Tu m’invitas donc à tourner rapidement cette page et à nous emmener au bout d’une autre terre, une terre familière, déjà foulée souvent, un retour à des chemins sur lesquels ton pied ne buterait pas, sur des plages sans fin caressées de nuages.

Nous avions, au cours de nos explorations, croisé tant de personnages tantôt fantasques, tantôt sérieux, toujours attachants, que tu semblas les convier là, tous, une dernière fois avant qu’ils ne s’effacent dans les embruns pour laisser place à notre seule complicité. Tu les invitas dans le silence de tes souvenirs, évoquant nos périples avec un plaisir non dissimulé. Tu aimais faire revivre des instants, pour les ancrer à nos mémoires sur des routes de papier.

Tu t’arrêtas un soir, inspirant fort pour te laisser pénétrer des parfums de mer, caressant du bout des doigts ces feuilles qui t’échappaient dans le tourbillon de l’automne. Novembre nous convoquait au coin du feu, le temps se figeait dans la brume. L’hiver viendrait bientôt faire de toi sa parure.

Je sus, à ce moment, que derrière tes paupières baissées tu dessinais à l’encre noire les lignes d’horizons nouveaux pour des échappées devenues impossibles, une traversée au long cours que tu entamais seule.

Ton regard ne voyait plus depuis trop longtemps déjà, et ce tour de notre monde, ces échappées par ma voix au fil de nos lectures n’étaient pas parvenues à freiner la marche inéluctable du mal qui te rongeait. La course était perdue, le voyage terminé.

Ton esprit rejoignit alors la nuit de tes yeux pour poser un silence final sur notre odyssée merveilleuse, laissant entre mes mains un livre inachevé, une part de ciel à jamais dans l’ombre.

****

 

 

Lectures évoquées :

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée

Claudie Gallay, Seule Venise

Metin Arditi, La confrérie des moines volants

Julie Otsuka, Certaines n’avaient jamais vu la mer

Claudie Gallay, Une part de ciel.

Et de nombreuses autres non citées que nous avons faites au cours des 7 mois de maladie pendant lesquelles nous espérions encore. Quand je ne pouvais être sur place, nous faisions la lecture par téléphone, Maman installée confortablement, le téléphone posé à côté, sur ampli. Jamais elle ne s'est assoupie, nous étions toutes deux portées par le partage.

Une part de ciel est resté inachevé en octobre. Il m'a fallu plusieurs semaines avant de pouvoir le terminer en silence.

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Claudie Gallay, Victor

22 Octobre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Claudie Gallay, Victor

Retrouver Claudie Gallay est toujours un bonheur. J'ignorais qu'elle avait sorti un dernier livre, je l'ai aperçu par hasard sur la table de mon libraire. 

Petit rappel si vous ne connaissez pas Claudie Gallay, je vous invite à remonter le temps pour lire quelques chroniques faites il y a déjà quelques années.

Dans le désordre : L'Amour est une île, Les Déferlantes, Les Années cerises, Seule Venise, L'Office des vivants, Une part de ciel, Mon amour ma vie

Ils en manque mais ceux-là sont pour moi les plus forts. J'ai une tendresse très particulière pour Seule Venise, lu pour moi et relu à voix haute, un été douloureux. 

Ces deux-là font partie de moi, de mon génome et aussi de mon imaginaire, et je les aimais infiniment. Mais au fond je les connaissais peu. On ne sait pas grand-chose de qui sont les gens, même nos très proches’ leurs émotions profondes, leurs sentiments, les souffrances qu’ils éprouvent, les joies qui les traverse et. On est souvent à côté de leurs bonnes comme de leurs mauvaises pensées. A côté, et pourtant fortement reliés. Mais parfois tellement loin. Comme étrangers. Et seuls.
Et avec, pourtant.

Ces deux derniers romans m'ont un peu moins touchée, c'est sûrement la raison pour laquelle je ne les ai pas chroniqués, malgré tout, je ne résiste jamais à un écrit de Claudie Gallay ! Il m'en manque d'ailleurs un qu'il va me falloir trouver absolument.

Ce dernier livre est un récit très personnel, je devrais même dire intime, il me ramène à la voix que j'ai tant aimée dans nombre de ses livres, celle des introspections, des silences et des blessures qui font la force des romans de Claudie Gallay.

J’ai tiré les fils suffisamment loin pour avoir une idée de sa vie, une vie particulière, avec des choses faites, comme pour moi, des belles et des moins belles.
Une vie différente.
Une solitude aussi.

L'auteure se lance ici dans une enquête familiale pour en savoir plus sur les parents de son grand-père, abandonné à la naissance. Cette quête entamée bien des années auparavant ressurgit au moment où le monde entier se fige, se confine, s'isole. Un moment propice à l'introspection.
Avec sa manière bien à elle de nous mener dans son histoire, Claudie Gallay nous offre sa découverte d'un aïeul différent du reste de sa famille, et s'offre ainsi à elle-même - comme un soulagement - une filiation artistique.
Un très beau texte porté par une voix singulière qui trouve toute sa résonance dans la musicalité finale.

Si vous aimez l'auteur, n'hésitez pas. Si vous ne la connaissez pas, laissez-vous d'abord tenter par un de ses romans. Les Déferlantes est sans aucun doute le plus connu, le plus primé. Mais ils sont tous beaux. Il me prendrait bien l'envie d'en relire certains !

C’est un grand privilège de posséder un arbre, c’en est un autre de faire jouer un violon. Il faudrait que je trouve quelqu’un qui sache, afin de l’entendre, d’en entendre le son, la voix.

Claudie Gallay, Victor - Actes Sud

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Les Mots dans les yeux

19 Octobre 2022, 17:00pm

Publié par Parisianne

©Yves Lacoutière

©Yves Lacoutière

Sous les persiennes, au regard baissé sur les ruelles anéanties de chaleur, flotte une noce imaginaire.

Les longues manches d’une chemise d'un coton râpeux comme une barbe de quelques jours enlacent, dans le souffle chaud d’une étreinte, le caraco léger d’une belle et inaccessible voisine.

Et la fête fôlatre sur les pavés disjoints, entraînant au gré du vent l’ombre de tous les effets des alentours.

©Anne Lurois-Delassise

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"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e

17 Octobre 2022, 06:56am

Publié par Parisianne

"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e

Chana Orloff est née en 1888 dans un village d'Ukraine et morte en 1968. Vous vous doutez donc bien que le choix du verbe "rencontrer" dans mon titre est une image. C'est un choix totalement assumé tant, lorsque l'on entre dans l'atelier de cette merveilleuse artiste, on entre dans son univers.

J'ai souvent croisé des œuvres de Chana Orloff dans diverses expositions parisiennes, ou au Centre Pompidou, et chaque fois l'émotion a été la même tant son travail est criant de sincérité, et d'une apparente simplicité.

7 et 7 bis Villa Seurat, maison atelier de Chana Orloff

7 et 7 bis Villa Seurat, maison atelier de Chana Orloff

Un mot pour commencer sur la Villa Seurat, Cité d'artistes créée par Jean Lurçat, peintre et tapissier, et son frère André, architecte. Ils parviennent à convaincre quelques amis, Marcel Gromaire, Robert Couturier ou encore Chana Orloff de les suivre. Plus tard, ce sont Dali, Chaïm Soutine, Anaïs Nin et Henri Miller qui s'installeront là.

Chana Orloff fera construire sa maison-atelier par Auguste Perret, avec pour cahier des charges la fonctionnalité des lieux permettant de conjuguer vie familiale et professionnelle. Les travaux commenceront en 1926. Chana y passera le reste de sa vie avec sa famille qui aujourd'hui encore occupe les lieux et nous ouvre les portes de l'atelier tous les week-end et occasionnellement, lors des journées du patrimoine et comme c'était le cas la semaine dernière pour les Journées de l'architecture.

Je vous mets ci-dessous quelques photos de la Villa Seurat, la maison recouverte de vigne vierge est l'atelier de Jean Lurça, actuellement en restauration.

"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e

Mais revenons à Chana Orloff, qui a adopté ce prénom suite à l'erreur d'un policier sur sa fiche d'entrée en France en 1910, alors qu'elle vient se former à la couture chez Paquin. La jeune fille a 22 ans, elle vient seule à Paris, sa famille est restée dans la banlieue de Tel-Aviv où le père les a entraînés pour fuir les pogromes, en 1905 dans leur village ukrainien, leur maison a été mise à sac et incendiée.

La jeune fille montre de réelles aptitudes au dessin, un de ses professeurs aux cours de formation professionnelle qu'elle suit le soir après ses heures à l'atelier Paquin l'incite à s'inscrire en école d'art, c'est ainsi qu'elle intègre La Petite Ecole, qui deviendra plus tard L'Ecole des arts décoratifs, gratuite et ouverte aux filles. Vous savez que même si les jeunes filles commencent à avoir accès aux écoles d'art, c'est un tour de force pour y entrer.

C'est par une rencontre de hasard que Chana vient à la sculpture, elle ne cessera plus. Elle entre à l'Académie Vassilieff, à Montparnasse, et commence à se faire des relations, Soutine, Modigliani, Pascin, Zadkine. Elle se lie d'amitié avec Jeanne Hébuterne.

Chana apprend, découvre, se forme au contact des autres, mais c'est son oeuvre qu'elle construit, sa personnalité qu'elle découvre.

"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e

Chana Orloff presque autodidacte rencontre rapidement le succès, elle épouse le poète Ary Justman, Elie, leur fils naît en janvier 1918 mais un an après, Ary meurt de la grippe espagnole à trente ans.

Chana ne renonce pas, malgré le contexte difficile, malgré les supplications de sa famille. Elle reste à Paris, sculpte et parvient à vivre de son travail.

Nuit. Les étoiles sont éteintes.
Le vent mène sa danse
Comme sur la scène : il hurle, siffle et fracasse.

Ary Justman, Vision 1917 - Extrait

Gravures sur bois des artistes de l'époque pour le recueil Figures d'aujourd'hui qui paraît en 1923, expositions aux différents salons ou dans des galeries, Chana travaille et se tisse un réseau d'amitiés. Pierre, bois, marbre, bronze, elle s'essaie à tous les matériaux.

Elle excelle dans les portraits bien sûr mais ses maternités, ses enfants, ou les scènes familiales autant que les animaux rencontrent beaucoup de succès. Elle expose aux Etats-Unis, où elle restera presque une année. Une salle lui est réservée au Petit Palais en 1937, l'Etat achète La Grande Baigneuse accroupie pour le Musée d'Art Moderne.

Rattrapée par les lois antijuives de 1942, Chana et Elie se plient aux contraintes de plus en plus nombreuses et vivent dans la crainte avant de parvenir à fuir en Suisse. Là encore, Chana réagit, se remet au travail pour parvenir à vivre et sourire autant que faire se peut.

De retour à Paris dans son atelier saccagé, Chana reprend sa vie, se remet au travail mais l'époque a changé et son art est moins prisé, sauf en Israël où elle fait de nombreux séjours et d'importantes expositions, et où elle mourra brutalement en 1968.

"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e

L'oeuvre de Chana Orloff m'a toujours beaucoup touchée, il y a une expression très forte et que je trouve sincère dans ses portraits, ses maternités, danseuses ou autres sujets sont d'une grande pureté. Vous l'aurez compris, j'aime beaucoup ! J'étais d'autant plus heureuse de pouvoir enfin découvrir son atelier. 

C'est toujours avec bonheur que je découvre des artistes que l'histoire de l'art a un peu oubliés, en particulier des femmes. Le Musée du Luxembourg a récemment organisé de belles expositions sur ces grands oubliées qui ont pourtant eu beaucoup de succès de leur vivant. Je vérifie toujours dans les nombreux livres d'art dont je dispose, et bien souvent, aucune trace de ces femmes. Chana Orloff ne fait pas exception à la règle ! Absente d'un livre sur la sculpture, absente des anthologies d'histoire de l'art. Je vais finir par croire comme l'évoque le livre de Laure Adler et Camille Viéville (dans lequel Chana Orloff n'apparaît pas non plus, mais ce n'est pas une militante) : Les Femmes artistes sont dangereuses !

Et vous, vous connaissiez Chana Orloff ?

Je remercie sincèrement sa famille qui nous ouvre les portes de l'atelier et fait rayonner son travail, et son petit-fils, Monsieur Eric Justman qui nous accueillait la semaine dernière et répondait à nos questions.

"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e

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Lola Lafon, Quand tu écouteras cette chanson

15 Octobre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Lola Lafon, Quand tu écouteras cette chanson

Vous aurez sûrement entendu parler de cette collection Ma Nuit au musée, chez Stock, qui réunit les textes d'auteurs ayant été invités à passer une nuit dans un musée de leur choix.

Lydia Salvayre et Enki Bilal au Musée Picasso, Léonor de Récondo au Musée Gréco à Tolède ou Leïla Slimani dans les collections d'art de la Fondation Pinault à Venise, pour n'en citer que quelques uns. 

Lola Lafon a choisi l'Annexe dans le Musée Anne Franck à Amsterdam, et c'est un bouleversement. A travers cette expérience qui aurait pu n'être que littéraire, l'auteure nous livre une réflexion sensible et très personnelle d'une très grande émotion.

Le 18 août 2021, j'ai passé la nuit au Musée Anne Franck, dans l'Annexe.
Je suis venue en éprouver l'espace car on ne peut éprouver le temps. In ne peut pas se représenter la lourdeur des heures, l'épaisseur des semaines. Comment imaginer vingt-cinq mois de vie cachés à huit dans ces pièces exiguës ?

Le Journal d'Anne Franck, tous nous en avons entendu parler, et nous sommes nombreux à l'avoir lu. Il est souvent présenté comme le témoignage exceptionnel d'une jeune fille sur le drame qu'ont vécu de trop nombreuses familles juives pendant la Seconde Guerre Mondiale, et bien sûr, il a bouleversé le monde. 

Mais au-delà de cette image que nous nous sommes faites de ce Journal et, à travers lui, de cette adolescente, Lola Lafon nous donne à voir l'écrivain. Et j'ai trouvé très intéressante cette nouvelle manière de (re)lire le Journal d'Anne Franck, en ne le regardant plus comme un simple journal intime mais comme une œuvre témoignage conçue comme tel. Anne Franck a travaillé son manuscrit en vue de sa publication, elle ne s'est pas contentée de noter quotidiennement ses états d'âmes et son quotidien dans l'Annexe, ce lieu caché pour tenter d'échapper à l'horreur.

Anne n'œuvrait pas pour la paix. Elle gagnait du temps sur la mort en écrivant sa vie. N'oubliez pas ceci, insiste Laureen Nussbaum : Anne Franck désirait être lue, pas vénérée. Hannah Arendt qualifiait l'adoration dont elle est l'objet de "sentimentalisme bon marché aux dépens d'une immense catastrophe"... Elle n'est pas une sainte. Pas un symbole. Son Journal est l'œuvre d'une jeune fille victime d'un génocide perpétré dans l'indifférence absolue de tous ceux qui savaient. N'utilisez pas le mot "espoir", s'il vous plaît.

Lola Lafon nous bouscule dans ce récit mais c'est elle qu'elle a bousculé en se lançant dans ce projet vite devenu une épreuve, mais une épreuve calculée et peut-être nécessaire. 

Ce sont ses propres fantômes que l'auteure fait ressurgir, ceux de sa famille, victimes, comme la famille Franck, de la barbarie nazie, et d'autres encore, sacrifiés sur l'autel d'autres folies, comme un éternel recommencement qui résonne bien sûr dans le contexte actuel.

Avec une délicatesse, une pudeur, une sensibilité magistrales, Lola Lafon nous entraîne et nous bouleverse.

Plutôt que "savoir", il faudrait dire que je connais cette histoire qui est aussi celle de ma famille. "Savoir" impliquerait qu'on me l'ait racontée, transmise. Mais une histoire à laquelle il manque des paragraphes entiers ne peut être racontée. Et l'histoire que je connais est un récit troué de silences, dont la troisième génération après la Shoa, la mienne, a hérité.

Le titre du récit fait référence à la chanson des Bee Gees que je vous mets en lien, vous imaginez bien que ce titre de 1968 n'est pas lié à Anne Franck, je vous laisse découvrir ce livre magnifique pour comprendre le lien. Très émouvant.

Ce n'est avouer l'impuissance de l'écriture d'avouer qu'on ne peut imaginer, il ne faut pas imaginer, comment prétendre imaginer. Ce verbe-là, "imaginer", n'a pas a place dans ma nuit. Pourtant, il le faut, même et surtout si on n'y parvient pas. Il faut essayer d'imaginer.
[...]
Ecrire est un geste d'espoir obstiné, la preuve d'une espérance insensée.

Les enfants ont tout le temps du monde, alors ils en font bon usage : ils l'oublient.

Lola Lafon, Quand tu écouteras cette chanson, chez Stock dans la collection Ma Nuit au musée

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Les Mots dans les yeux

12 Octobre 2022, 17:00pm

Publié par Parisianne

©Yves Lacoutière

©Yves Lacoutière

Sourcils en accents circonflexes et regard perdu, elle repose à l’ombre de son arbre.

Seule, abandonnée au silence, les grands vents doivent y siffler leur désespoir et les oiseaux y faire chanter la vie.

J’imagine grimper les marches usées, franchir le seuil, pénétrer dans la pièce au sol craquant d’herbes et de terre laissées par les animaux de passage, ou quelques randonneurs égarés dans ces confins d’un monde.

Les parfums sauvages ont remplacé celui du café, le fumet du dîner qui mijote sur le poêle.

Le souffle des animaux dans l’étable n’est plus qu’un lointain souvenir, et plus une poule ne caquette alentours. Frissons du vide.

Une échelle édentée offre un accès aux combles ouverts à tous les horizons. De là-haut, la vue d’un côté s’ouvre sur les sommets enneigés déchirant un ciel limpide, de l’autre, elle plonge vers la vallée écrasée de chaleur.

Loin, très loin, la grande ville a tout aspiré.

La maison délaissée me fait l’effet d’une île. Désertée.

Sérénité et paix dans le murmure de la nature. Prendre le large.

©Anne Lurois-Delassise

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Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie

10 Octobre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie

Encore une découverte, Sam Szafran, un peintre parisien né en 1934 et décédé en 2019, un contemporain donc, présenté aujourd'hui au musée de l'Orangerie, à quelques pas des Nymphéas de Monet.

Contrairement à André Devambez dont nous parlions la semaine dernière, Sam Szafran est un autodidacte. Rescapé des rafles durant la seconde Guerre Mondiale, il est accueilli en Suisse en 1944 puis partira en Australie, en 1947, avec sa sœur et sa mère, seules rescapées des camps où les autres membres de la famille ont été massacrés.

Lorsqu'il regagne la France en 1951, il est un pur autodidacte. Il suit les cours de la Grande Chaumière, rencontre Nicolas de Staël, Joan Michell (expo à venir à la Fondation Vuitton), Yves Klein, Jean Tinguely et de nombreux autres.

Un temps tenté par l'abstraction, il revient vers la figuration et lorsque en 1960 il se voit offrir une boîte de pastels, il en fait son outil de prédilection. Sa rencontre avec Alberto Giacometti en 1964 est déterminante. Le sculpteur qui mourra deux ans plus tard sera officieusement son maître.

Du beau monde dans l'univers de cet artiste, non ? Giacometti, est un artiste que j'aime particulièrement, et dont j'aurai sûrement l'occasion de vous reparler puisque je vais suivre une série de cours sur les artistes du Montparnasse à la Fondation Giacometti.

Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie

C'est curieux la vie. Ce n'est pas drôle mais c'est curieux.

Sam Szafran dans le film de Antoine Cretton, Sam Szafran - ni dieu ni maître, 2013

Je vous le disais en démarrant, Sam Szafran est un autodidacte, il a connu beaucoup de galères avant de percer, c'est à son obstination et à son travail qu'il doit son succès. 

De grands "genres" se détachent dans son œuvre, l'exposition met en avant les Ateliers, les Escaliers et les Feuillages.

Maître du fusain et du pastel, Sam Szafran utilise aussi la photo pour juxtaposer, notamment les escaliers, afin de donner différents points de vue.

Mes photos ne sont pas très belles, les œuvres sont sous verre donc beaucoup de reflets, et je ne sais pas très bien comment parler de cette découverte qui m'a autant charmée que déroutée.

 

La vraie problématique consiste à unir la lumière et la couleur à travers la forme et le dessin. Par conséquent, le dessin est le vrai problème.

Sam Szafran, Entretiens avec Alain Veinstein, Flamarrion 2013

Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'OrangerieSam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'OrangerieSam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie

J'aime beaucoup les Ateliers et Escaliers, ces derniers sont quasiment tous habités, je veux dire par là qu'un personnage apparaît presque systématiquement.

L'artiste, dans un entretien avec Jean Clair pour un catalogue d'exposition en 1999, dit : "J'ai toujours vécu dans l'escalier." On le surnomme parfois d'ailleurs "le Maître de l'escalier", je n'irai pas dire le contraire tant ses œuvres m'ont frappée.

J'aime aussi beaucoup les escaliers, petite, chez ma grand-mère, la marche la plus large, celle du virage, était ma place pour lire. J'adorai me réfugier là, à la fois à l'écart et au centre de la maison dont je voyais la vie à travers la balustrade. Mais en voyant les escaliers de Szafran, c'est au magnifique livre du regretté Carlos Ruiz Zafon, L'Ombre du vent que j'ai pensé. Il y a un côté fantastique dans son découpage des espaces, dans ses ponts entre les différentes vues, c'est très intéressant.

Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie

Le pastel me touche particulièrement, j'aime le côté sensuel, le velouté de cette technique aux couleurs souvent très belles. Vous remarquerez dans une des photos de feuillages, une jolie touche de couleurs, ce sont les pastels de l'artiste, joli, non ?

Il me semble que ce sont ces feuillages qui m'ont pourtant le plus dérangée dans cette exposition. J'ai eu l'impression d'étouffer. J'ai tout de suite pensé à Boris Vian et à l'Ecume des jours. Pourtant, j'ai trouvé la technique fascinante, le rendu magnifique. Je crois que j'aurais besoin de revoir cette exposition, et peut-être même de suivre une visite guidée qui m'ouvrirait quelques portes à la compréhension ! Alors ne soyez pas surpris si un jour je parle à nouveau de Sam Szafran !

Et vous, vous connaissiez ? Quel est votre ressenti face à son œuvre ? Votre avis m'intéresse, je m'interroge en fait sur la faisabilité de cette expo avec certaines de mes Vieilles Dames. Agréable ou oppressant ? c'est assez rare que je sois si partagée sur une expo. Ma curiosité personnelle est piquée, mon intérêt pour l'art me conduit à toujours trouver intéressantes les différentes manières, même celles que je goûte moins mais je sais en général ce que je peux, ou non montrer aux personnes fragiles que j'accompagne. Mais là... je doute !

Sam Szafran, Obsessions d'un peintre

Musée de l'Orangerie jusqu'au 16 janvier 2023.

Commissaires : Julia Drost et Sophie Eloy

Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie

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