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Les musardises de Parisianne

culture

Ariane Bois, Ce pays que l'on appelle vivre

28 Janvier 2023, 10:00am

Publié par Parisianne

Ariane Bois, Ce pays que l'on appelle vivre

A l'occasion d'une rencontre Babelio Plon, j'ai eu le plaisir de découvrir Ariane Bois, journaliste et romancière que je ne connaissais pas, au cours d'un échange très sympathique.

Ce Pays qu'on appelle vivre a pour cadre le camps des Milles, ce camp, situé en zone libre, non loin d’Aix en Provence, dont on parle finalement assez peu, dans lequel ont été envoyés les Allemands et étrangers ayant fui le régime nazi, juifs, tziganes, engagés dans les combats politiques contre le fascisme, tous les condamnés de la barbarie.

Beaucoup d'artistes, considérés comme dégénérés sont venus se réfugier en zone libre, certains ont pu quitter la France pour les Etats-Unis ou d'autres pays outre-mer qui, pendant un temps, ouvraient leurs frontières.

D'autres, connus ou inconnus, ont été livrés comme beaucoup d'anonymes, hommes, femmes et enfants, à l'enfer des camps.

Le camp avale les hommes, en commençant par leur esprit, et recrache des êtres brisés, à la limite de la folie.

Ariane Bois fait du camp un personnage à part entière de son roman, c'est en grande partie là que se déroule l'action sur fond de noirceur malgré le rouge des tuiles fabriquées sur place avant guerre ; par opposition, Marseille, non loin, joue le rôle de la lumière, de l'espoir, puisque les prisonniers sont parfois autorisés à s'y rendre pour tenter d'obtenir un visa vers un avenir meilleur, et c'est à Marseille que le principal protagoniste Léo, rencontrera Margot, son soleil, son grand amour.

Mais c'est également à Marseille que sont retenues les femmes et les enfants, pour lesquels Margot se bat, afin de leur procurer le minimum de confort dans des foyers de fortune, hôtels ou immeubles réquisitionnés. Séparées de leurs époux et vivant dans des conditions difficiles, elles sont la garantie que les hommes ne chercheront pas à fuir.

Les hommes eux, sont donc aux Milles, ce camp de transit qui reçoit les ennemis du Reich en attente d'un départ. Vous aurez peut-être en mémoire l'épisode du train des Milles, mis sur le devant de la scène par un film avec Jean-Pierre Marielle, je vous mets un cours extrait.

Comme dans de nombreux camps, certains acteurs de ce terrible épisode (gardiens pasteurs, curés ou simples civils), se sont battus au péril de leur vie pour sauver ces hommes, ces femmes et ces enfants livrés en masse à l'Allemagne nazie en 1942. On dénombre plusieurs Justes, certains cités par Ariane Bois dans son roman.

[...] toutes les silhouettes se ressemblent, comme s'il s'agissait du même homme multiplié à l'infini. Le camp détruit ainsi toute individualité, toute velléité de se démarquer des autres. On fait partie d'un troupeau, celui des internés.

Le parti pris de l'auteur d'écrire un roman, et la fluidité de son écriture, rendent la lecture aisée, et si quelques invraisemblances - mais n'est-ce pas là tout le charme du roman ? - ponctuent le texte, elles n'enlèvent rien à l'intérêt historique. Ariane Bois maîtrise parfaitement son sujet, elle mêle habilement fiction et réalité pour nous dépeindre des situations dramatiques, de vains espoirs, et la force de l'art pour tenir face à l'horreur.

Léonard Stein, caricaturiste de presse juif allemand n'a de cesse de s'échapper, et devant son impossibilité de fuir, il s'évade par ses dessins.

L'auteure qui connaît manifestement bien les lieux, évoque la fresque Le Banquet des Nations, dans le réfectoire des gardiens, une partie est l'œuvre du peintre Karl Bodek, qui sera déporté des Milles et mourra à Auschwitz.

Les rapports entre ces hommes certains combattifs d'autres résignés, la difficulté de leur vie difficile mais oisive, est terriblement bien présentée, nous rendant certains protagonistes attachants, d'autres méprisants.

Vous l'aurez compris, un texte riche d'informations qui donne véritablement envie d'approfondir le sujet.

Je vous invite à suivre le lien ci-dessous vers le site du Camp des Milles.

La réputation de Varian Fry s'est vite étendue. Ce journaliste de gauche avait été missionné dès l'été 40 par l'American Emergency Comittee pour permettre à des intellectuels, des écrivains, des artistes en danger dans le sud de la France de rallier les Etats-Unis grâce à un visa d'urgence. Eleanor Roosevelt elle-même, la femme du Président, courageuse dans sa lutte contre le racisme et le fascisme, militante des droits des noirs et des droits des femmes, l'aide dans ses démarches.
Varian Fry a déjà secouru l'écrivain André Breton, le peintre André Masson, Konrad Heiden, le biographe de Hitler, dont le dictateur veut la peau, le prix Nobel de physiologie Otto Meyerhof, et l'immense Marc Chagall, ou encore Hannah Arendt. De manière légale lais aussi clandestine...

Un autre personnage, bien réel celui-là aussi, apparaît dans le roman d'Ariane Bois, il s'agit de Varian Fry, ce journaliste américain qui en 1935 à Berlin, est témoin de la maltraitance d'un vieil homme juif roué de coups dans la rue. Outré il tente dès son retour d'alerter les puissances étrangères et l'opinion publique sur les dangers imminents que représente Hitler. Il aura du mal à se faire entendre mais finira par arriver en France avec une liste de nom de personnalités à sauver.

Très honnêtement, j'ai découvert il y a peu l'existence de Varian Fry à l'occasion d'une conférence à la Fondation Giacometti sur les artistes de Montparnasse dans les années 1940. L'homme m'a immédiatement intéressée. Et j'ai fait quelques recherches. Il y a plusieurs livres, je n'ai pas encore trouvé celui qui pourrait m'éclairer, mais vous pouvez visualiser sans peine quelques vidéos sur le net, notamment une visite virtuelle de la Villa Bel Air, qui a abrité André Breton, son épouse et sa fille, ainsi que Max Ernst, entre autres.

Varian Fry dont le Centre Américain deSsecours de Marseille dérange les autorités françaises et inquiète les autorités américaines sera renvoyé aux Etats-Unis. Il n'aura de cesse d'interpeller le monde pour tenter de sauver les hommes de la barbarie.

Que dire de plus ? Il y aurait beaucoup de choses à évoquer encore. Le rôle des femmes, leur combativité, leur force, la bonté des uns face à la cruauté des autres, des thèmes qui restent tristement d'actualité en somme. J'aurais également pu vous raconter un peu l'histoire entre Léo et Margot, leur lutte commune pour la liberté et les enfants mais est-ce bien utile de vous raconter ?

Alors, il me reste simplement à vous inviter à lire ce beau roman plein d'humanité, ce roman riche d'enseignements sur un pan très sombre de notre histoire, pour ne jamais oublier.

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Du Bonheur des Dames au Bon Marché ou l'inverse !

29 Novembre 2022, 11:16am

Publié par Parisianne

Du Bonheur des Dames au Bon Marché ou l'inverse !

Vous en aurez sans doute entendu parler, le Bon Marché se met à l'heure du Bonheur des Dames.

A l'occasion des 170 ans de la création de ce mythique Grand magasin immortalisé par Emile Zola dans son célèbre roman Au Bonheur des Dames, le Bon Marché se transforme le temps de quelques soirées en théâtre immersif.

"Immersif" est un mot qui revient de plus en plus fréquemment au sujet des expositions notamment, je n'ai pour ma part jamais testé encore, faute de temps pour tout faire mais aussi parce que je préfère voir un tableau de Cézanne que la projection grand format de son œuvre. Mais j'irai, parce que malgré tout je suis curieuse !

Dans le cas présent, "immersif" signifie que nous sommes à un étage du grand magasin et que nous déambulons de scène en scène pour suivre les acteurs, chacun ayant un petit espace aménagé, un boudoir, un bureau, un espace de vente, etc. Les acteurs se déplacent d'un point à un autre en fonction de leurs interactions, libre à nous de suivre l'un plutôt que l'autre.

Pour l'intrigue, honnêtement, c'est parfois un peu compliqué d'être au bon endroit au bon moment ! Mais qu'importe, c'est très bien fait, merveilleusement original et nous avons passé un agréable moment. Il faut tout de même savoir qu'il est presque impossible de s'asseoir et que pendant presque trois heures nous avons déambulés. Il faut donc être bien sur ses jambes !

Inutile également d'espérer revivre le roman de Zola, il est en personne dans le spectacle en train de l'écrire ! Dommage, je n'avais pas pris l'exemplaire illustré par maman que je vous avais montré il y a quelques temps, ici, je lui aurais demandé une dédicace ! Nous retrouvons les personnages par leur nom et leur rôle mais l'histoire qui dans ce spectacle tourne à l'intrigue policière est une libre réinterprétation  du roman. Cela n'en est pas moins agréable !

Une découverte donc et c'est toujours un plaisir ! On trouve assez peu d'image en ligne, et les photos sont interdites, vous pouvez donc visualiser la présentation du Bon Marché que je vous ai mise ci-dessous mais surtout cette vidéo de Brut avec Augustin Trapenard.

Du Bonheur des Dames au Bon Marché ou l'inverse !

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BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

31 Octobre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

Après avoir abordé le sujet de l'Art Nouveau samedi, il aurait été logique que je vous parle aujourd'hui de la magnifique exposition Art Déco Paris New York qui se tient actuellement à la Cité de l'Architecture. Mais voilà, je n'ai pas envie de logique ! Alors nous y reviendrons, soyez en assurés, mais plus tard, je n'ai pas encore parcouru tous les méandres de cette exposition !

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

C'est dans un quartier de Paris entièrement neuf que je vous entraîne aujourd'hui, et il sera encore question d'architecture, puisque nous nous dirigeons vers la Bibliothèque nationale, sur le site François Mitterrand qui se trouve dans le XIIIe arrondissement. C'est un endroit que j'aime beaucoup, forcément, une bibliothèque, c'est un temple du livre, me direz-vous ! C'est vrai, même si ce sont des lieux que je fréquente très peu en tant que lectrice.

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

Il n'est pas question de vous faire une présentation détaillée des lieux, mais quelques mots tout de même. La BnF François Mitterrand a été inaugurée en 1995, elle a été conçue par l'architecte Dominique Perrault, retenu à l'issu d'un concours international en 1989. On lui doit également, sans être exhaustive : le nouvel Hippodrome de Longchamp à Paris, la restructuration du Pavillon Dufour du Château de Versailles, le Grand Théâtre d'Albi ou encore le Palais des Sports de Rouen, mais aussi l'université des femmes de Séoul et quelques ouvrages en Espagne, pour ne citer que ceux-là et dans le désordre. Dominique Perrault est également acteur du projet de village Olympique et Paralympique pour les Jeux Olympiques Paris 2024.

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

Symétrie, clarté, rigueur, équilibre, monumentalité définissent l'architecture du bâtiment, dont les matériaux font la part belle au verre, à l'acier et au bois.

Ce n'est peut-être pas toujours évident pour tous mais la bibliothèque a été pensée comme quatre livres ouverts posés autour d'un socle, sept étages de bureaux et onze étages de magasins, au centre desquels se trouve un jardin forêt d'un hectare, initialement composé de 126 pins sylvestres de la forêt de Bord en Normandie.

Je m'en tiendrai là pour mon descriptif très général, toutes les informations sont faciles à trouver sur le net, je ne vais donc pas vus assommer.

Les Tours duo de Jean Nouvel
Les Tours duo de Jean Nouvel

Les Tours duo de Jean Nouvel

Une mer d'arbre, un moutonnement de feuillages.

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

Je lisais dernièrement que le jardin, géré écologiquement et fermé au public offrait un espace privilégié à la faune et la flore.

Je rebondis sur ce dernier point, je suis toujours sensible à la présence animale dans Paris, ne vous fiez pas à ce que vous pouvez lire, il n'y a pas que des rats, même s'il y en a, comme dans toutes les villes où des détritus sont jetés, parfois sans grand respect des lieux. 

Vous me croirez ou non, la diversité, en particulier en matière d'oiseaux, est plus grande dans les jardins parisiens que dans mon havre picard !

La semaine dernière, j'ai croisé avec bonheur de petites chauves-souris (Pipistrelle commune), l'une près de la gare Montparnasse, l'autre dans le quartier de la Défense.

Vous savez également que les toits de certains monuments parisiens abritent des ruches. Mais je m'éloigne de mon sujet !

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement
BnF site François Mitterand et quartier en mouvement
BnF site François Mitterand et quartier en mouvement
BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

La passerelle qui nous permet de rejoindre la Rive Droite de la Seine offre une belle promenade vers le Parc de Bercy et les anciens chais ou le Palais Omnisport.

L'ensemble de ce quartier, en particulier la rive Gauche est encore en pleine mutation, de nombreux bâtiments très modernes sont sortis de terre depuis mon dernier passage, l'esthétique est très intéressante. Les architectes jouent beaucoup avec des surfaces vitrées qui se jouent de la lumière, personnellement je trouve l'ensemble souvent assez élégant et toujours différent.

Comme vous avez pu le voir sur la légende d'une photo, on aperçoit au loin les Tours Duo de l'architecte Jean Nouvel, je n'ai encore jamais été les voir de près, j'ignore d'ailleurs si le chantier est terminé mais je ne manquerai pas de m'y rendre à la première occasion, ne soyez pas trop impatients cependant ! 

Merci de m'avoir suivie !

BnF site François Mitterand et quartier en mouvement
BnF site François Mitterand et quartier en mouvement
BnF site François Mitterand et quartier en mouvement
BnF site François Mitterand et quartier en mouvement

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"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e

17 Octobre 2022, 06:56am

Publié par Parisianne

"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e

Chana Orloff est née en 1888 dans un village d'Ukraine et morte en 1968. Vous vous doutez donc bien que le choix du verbe "rencontrer" dans mon titre est une image. C'est un choix totalement assumé tant, lorsque l'on entre dans l'atelier de cette merveilleuse artiste, on entre dans son univers.

J'ai souvent croisé des œuvres de Chana Orloff dans diverses expositions parisiennes, ou au Centre Pompidou, et chaque fois l'émotion a été la même tant son travail est criant de sincérité, et d'une apparente simplicité.

7 et 7 bis Villa Seurat, maison atelier de Chana Orloff

7 et 7 bis Villa Seurat, maison atelier de Chana Orloff

Un mot pour commencer sur la Villa Seurat, Cité d'artistes créée par Jean Lurçat, peintre et tapissier, et son frère André, architecte. Ils parviennent à convaincre quelques amis, Marcel Gromaire, Robert Couturier ou encore Chana Orloff de les suivre. Plus tard, ce sont Dali, Chaïm Soutine, Anaïs Nin et Henri Miller qui s'installeront là.

Chana Orloff fera construire sa maison-atelier par Auguste Perret, avec pour cahier des charges la fonctionnalité des lieux permettant de conjuguer vie familiale et professionnelle. Les travaux commenceront en 1926. Chana y passera le reste de sa vie avec sa famille qui aujourd'hui encore occupe les lieux et nous ouvre les portes de l'atelier tous les week-end et occasionnellement, lors des journées du patrimoine et comme c'était le cas la semaine dernière pour les Journées de l'architecture.

Je vous mets ci-dessous quelques photos de la Villa Seurat, la maison recouverte de vigne vierge est l'atelier de Jean Lurça, actuellement en restauration.

"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e

Mais revenons à Chana Orloff, qui a adopté ce prénom suite à l'erreur d'un policier sur sa fiche d'entrée en France en 1910, alors qu'elle vient se former à la couture chez Paquin. La jeune fille a 22 ans, elle vient seule à Paris, sa famille est restée dans la banlieue de Tel-Aviv où le père les a entraînés pour fuir les pogromes, en 1905 dans leur village ukrainien, leur maison a été mise à sac et incendiée.

La jeune fille montre de réelles aptitudes au dessin, un de ses professeurs aux cours de formation professionnelle qu'elle suit le soir après ses heures à l'atelier Paquin l'incite à s'inscrire en école d'art, c'est ainsi qu'elle intègre La Petite Ecole, qui deviendra plus tard L'Ecole des arts décoratifs, gratuite et ouverte aux filles. Vous savez que même si les jeunes filles commencent à avoir accès aux écoles d'art, c'est un tour de force pour y entrer.

C'est par une rencontre de hasard que Chana vient à la sculpture, elle ne cessera plus. Elle entre à l'Académie Vassilieff, à Montparnasse, et commence à se faire des relations, Soutine, Modigliani, Pascin, Zadkine. Elle se lie d'amitié avec Jeanne Hébuterne.

Chana apprend, découvre, se forme au contact des autres, mais c'est son oeuvre qu'elle construit, sa personnalité qu'elle découvre.

"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e

Chana Orloff presque autodidacte rencontre rapidement le succès, elle épouse le poète Ary Justman, Elie, leur fils naît en janvier 1918 mais un an après, Ary meurt de la grippe espagnole à trente ans.

Chana ne renonce pas, malgré le contexte difficile, malgré les supplications de sa famille. Elle reste à Paris, sculpte et parvient à vivre de son travail.

Nuit. Les étoiles sont éteintes.
Le vent mène sa danse
Comme sur la scène : il hurle, siffle et fracasse.

Ary Justman, Vision 1917 - Extrait

Gravures sur bois des artistes de l'époque pour le recueil Figures d'aujourd'hui qui paraît en 1923, expositions aux différents salons ou dans des galeries, Chana travaille et se tisse un réseau d'amitiés. Pierre, bois, marbre, bronze, elle s'essaie à tous les matériaux.

Elle excelle dans les portraits bien sûr mais ses maternités, ses enfants, ou les scènes familiales autant que les animaux rencontrent beaucoup de succès. Elle expose aux Etats-Unis, où elle restera presque une année. Une salle lui est réservée au Petit Palais en 1937, l'Etat achète La Grande Baigneuse accroupie pour le Musée d'Art Moderne.

Rattrapée par les lois antijuives de 1942, Chana et Elie se plient aux contraintes de plus en plus nombreuses et vivent dans la crainte avant de parvenir à fuir en Suisse. Là encore, Chana réagit, se remet au travail pour parvenir à vivre et sourire autant que faire se peut.

De retour à Paris dans son atelier saccagé, Chana reprend sa vie, se remet au travail mais l'époque a changé et son art est moins prisé, sauf en Israël où elle fait de nombreux séjours et d'importantes expositions, et où elle mourra brutalement en 1968.

"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e
"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e

L'oeuvre de Chana Orloff m'a toujours beaucoup touchée, il y a une expression très forte et que je trouve sincère dans ses portraits, ses maternités, danseuses ou autres sujets sont d'une grande pureté. Vous l'aurez compris, j'aime beaucoup ! J'étais d'autant plus heureuse de pouvoir enfin découvrir son atelier. 

C'est toujours avec bonheur que je découvre des artistes que l'histoire de l'art a un peu oubliés, en particulier des femmes. Le Musée du Luxembourg a récemment organisé de belles expositions sur ces grands oubliées qui ont pourtant eu beaucoup de succès de leur vivant. Je vérifie toujours dans les nombreux livres d'art dont je dispose, et bien souvent, aucune trace de ces femmes. Chana Orloff ne fait pas exception à la règle ! Absente d'un livre sur la sculpture, absente des anthologies d'histoire de l'art. Je vais finir par croire comme l'évoque le livre de Laure Adler et Camille Viéville (dans lequel Chana Orloff n'apparaît pas non plus, mais ce n'est pas une militante) : Les Femmes artistes sont dangereuses !

Et vous, vous connaissiez Chana Orloff ?

Je remercie sincèrement sa famille qui nous ouvre les portes de l'atelier et fait rayonner son travail, et son petit-fils, Monsieur Eric Justman qui nous accueillait la semaine dernière et répondait à nos questions.

"Rencontrer" Chana Orloff dans son atelier maison de la Villa Seurat, Paris 14e

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Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie

10 Octobre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie

Encore une découverte, Sam Szafran, un peintre parisien né en 1934 et décédé en 2019, un contemporain donc, présenté aujourd'hui au musée de l'Orangerie, à quelques pas des Nymphéas de Monet.

Contrairement à André Devambez dont nous parlions la semaine dernière, Sam Szafran est un autodidacte. Rescapé des rafles durant la seconde Guerre Mondiale, il est accueilli en Suisse en 1944 puis partira en Australie, en 1947, avec sa sœur et sa mère, seules rescapées des camps où les autres membres de la famille ont été massacrés.

Lorsqu'il regagne la France en 1951, il est un pur autodidacte. Il suit les cours de la Grande Chaumière, rencontre Nicolas de Staël, Joan Michell (expo à venir à la Fondation Vuitton), Yves Klein, Jean Tinguely et de nombreux autres.

Un temps tenté par l'abstraction, il revient vers la figuration et lorsque en 1960 il se voit offrir une boîte de pastels, il en fait son outil de prédilection. Sa rencontre avec Alberto Giacometti en 1964 est déterminante. Le sculpteur qui mourra deux ans plus tard sera officieusement son maître.

Du beau monde dans l'univers de cet artiste, non ? Giacometti, est un artiste que j'aime particulièrement, et dont j'aurai sûrement l'occasion de vous reparler puisque je vais suivre une série de cours sur les artistes du Montparnasse à la Fondation Giacometti.

Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie

C'est curieux la vie. Ce n'est pas drôle mais c'est curieux.

Sam Szafran dans le film de Antoine Cretton, Sam Szafran - ni dieu ni maître, 2013

Je vous le disais en démarrant, Sam Szafran est un autodidacte, il a connu beaucoup de galères avant de percer, c'est à son obstination et à son travail qu'il doit son succès. 

De grands "genres" se détachent dans son œuvre, l'exposition met en avant les Ateliers, les Escaliers et les Feuillages.

Maître du fusain et du pastel, Sam Szafran utilise aussi la photo pour juxtaposer, notamment les escaliers, afin de donner différents points de vue.

Mes photos ne sont pas très belles, les œuvres sont sous verre donc beaucoup de reflets, et je ne sais pas très bien comment parler de cette découverte qui m'a autant charmée que déroutée.

 

La vraie problématique consiste à unir la lumière et la couleur à travers la forme et le dessin. Par conséquent, le dessin est le vrai problème.

Sam Szafran, Entretiens avec Alain Veinstein, Flamarrion 2013

Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'OrangerieSam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'OrangerieSam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie

J'aime beaucoup les Ateliers et Escaliers, ces derniers sont quasiment tous habités, je veux dire par là qu'un personnage apparaît presque systématiquement.

L'artiste, dans un entretien avec Jean Clair pour un catalogue d'exposition en 1999, dit : "J'ai toujours vécu dans l'escalier." On le surnomme parfois d'ailleurs "le Maître de l'escalier", je n'irai pas dire le contraire tant ses œuvres m'ont frappée.

J'aime aussi beaucoup les escaliers, petite, chez ma grand-mère, la marche la plus large, celle du virage, était ma place pour lire. J'adorai me réfugier là, à la fois à l'écart et au centre de la maison dont je voyais la vie à travers la balustrade. Mais en voyant les escaliers de Szafran, c'est au magnifique livre du regretté Carlos Ruiz Zafon, L'Ombre du vent que j'ai pensé. Il y a un côté fantastique dans son découpage des espaces, dans ses ponts entre les différentes vues, c'est très intéressant.

Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie
Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie

Le pastel me touche particulièrement, j'aime le côté sensuel, le velouté de cette technique aux couleurs souvent très belles. Vous remarquerez dans une des photos de feuillages, une jolie touche de couleurs, ce sont les pastels de l'artiste, joli, non ?

Il me semble que ce sont ces feuillages qui m'ont pourtant le plus dérangée dans cette exposition. J'ai eu l'impression d'étouffer. J'ai tout de suite pensé à Boris Vian et à l'Ecume des jours. Pourtant, j'ai trouvé la technique fascinante, le rendu magnifique. Je crois que j'aurais besoin de revoir cette exposition, et peut-être même de suivre une visite guidée qui m'ouvrirait quelques portes à la compréhension ! Alors ne soyez pas surpris si un jour je parle à nouveau de Sam Szafran !

Et vous, vous connaissiez ? Quel est votre ressenti face à son œuvre ? Votre avis m'intéresse, je m'interroge en fait sur la faisabilité de cette expo avec certaines de mes Vieilles Dames. Agréable ou oppressant ? c'est assez rare que je sois si partagée sur une expo. Ma curiosité personnelle est piquée, mon intérêt pour l'art me conduit à toujours trouver intéressantes les différentes manières, même celles que je goûte moins mais je sais en général ce que je peux, ou non montrer aux personnes fragiles que j'accompagne. Mais là... je doute !

Sam Szafran, Obsessions d'un peintre

Musée de l'Orangerie jusqu'au 16 janvier 2023.

Commissaires : Julia Drost et Sophie Eloy

Sam Szafran, Obsessions d'un peintre au Musée de l'Orangerie

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André Devambez au Petit Palais

3 Octobre 2022, 13:52pm

Publié par Parisianne

André Devambez au Petit Palais

André Devambez (1867-1944), Vertiges de l'imagination

Voilà un artiste, il faut bien l'avouer méconnu, que le Petit Palais nous invite à découvrir, peut-être à redécouvrir pour les plus chanceux. Oeuvrant dans la toute fin du XIXe et au début du XXe, il fait partie de ces "petits maîtres" aujourd'hui oubliés que certains musées prennent plaisir à mettre à l'honneur pour notre plus grand bonheur.

J'ai eu la chance de suivre la conférence inaugurale en présence de la commissaire d'exposition Maïté Metz et de monsieur Michel Ménégoz, spécialiste du peintre, ainsi qu'une visite guidée très intéressante pour en apprendre un peu plus sur cet artiste étonnant. 

N'hésitez pas à y emmener les plus jeunes, lorsque j'ai fait la visite avec une de mes vieilles dames un mercredi après-midi, nous avons l'une et l'autre remarqué que les enfants semblaient beaucoup s'amuser, armés d'un fascicule et d'un crayon, et non d'une tablette comme c'est de plus en plus souvent le cas.

Allez, suivez-moi !

André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais André Devambez au Petit Palais

Parisien de naissance, fils d'un graveur et éditeur de livres d'art, il montre assez jeune des prédispositions pour le dessin ce qui incitera ses parents à le pousser dans les études artistiques. André Devambez suivra donc les cours de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, prix de Rome en 1890, et lui-même chef d'atelier aux Beaux-Arts de 1929 à 1937.

Il sera également peintre officiel du ministère de l'Air en 1934, peut-être grâce à cette invention magnifique, le Dirigeablobus, qui permet de passer au-dessus des travaux de la Place de l'Opéra ! Une invention qui aurait sûrement beaucoup de succès aujourd'hui tant Paris est envahi de travaux.

Dirigeablobus
Dirigeablobus

Dirigeablobus

Passionné par les inventions de son époque, Devambez peint la modernité le métro, les dirigeables, les avions, avec autant de précision que de curiosité mais non sans une certaine fantaisie comme vous avez pu le voir. 

Nombre de ses vues sont plongeantes, ce qui démontre sa grande originalité malgré son parcours très classique.

André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais

En bon parisien, Devambez ne manque pas de représenter les scènes de la vie comme ici les quais du métro, ça n'a pas changé, ou une vue, depuis le second étage de la Tour Eiffel, de l'Exposition industrielle de 1937.

Mais en fin observateur, Devambez n'hésite pas à mettre en scène des moments de l'histoire parisienne comme l'émeute que vous pouvez voir également ci-dessous.

André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais

Illustrateur pour des revues comme le Figaro Illustré ou l'Illustration, il laisse aller son imagination fantasque. Vous reconnaitrez Gulliver bien sûr ! 

André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais

Vous ne pourrez pas ne pas avoir noté l'acuité du regard de la photo qui ouvre cette page. Par sa formation académique, Devambez a acquis un talent de portraitiste qu'il mettra au profit des siens, sa mère mais aussi son épouse et ses enfants, Pierre et Valentine dont on retrouve les portraits tout au long de l'exposition, au milieu de quelques "trognes" du Paris de la nuit.

 

André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais

Même si les photos ne sont pas toujours très parlantes, je suis certaine que vous aurez remarqué la diversité dans les formats des œuvres. André Devambez est aussi habile dans les grands formats que dans les "Tout-Petits", ces oeuvres extrêmement petites qui se vendaient bien au moment des fêtes, et dans lesquelles il a représenté aussi bien des contes pour enfants que de petites scènes de genre. Il faisait d'ailleurs lui-même ses cadres.

André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais

Cette exposition m'a permis de découvrir ce peintre, dont j'avais pourtant sûrement vu des œuvres au MUDO à Beauvais mais sans m'y arrêter vraiment.

C'est un artiste attachant, un très grand travailleur qui modèle ses sujets en terre avant de les peindre, et n'hésite pas à retoucher jusqu'au dernier moment.

Attentif à sa famille, il ne se lasse pas de représenter ses proches et ira jusqu'à illustrer son propre conte pour ses petits-enfants : Auguste a mauvais caractère.

Une belle découverte et certainement l'expo la plus souriante de cette rentrée, les autres, vous le verrez sont souvent un peu sombres, tant dans les sujets que dans la tonalité.

André Devambez au Petit Palais
André Devambez au Petit Palais

André Devambez, Vertiges de l'imagination

Petit Palais jusqu'au 31 décembre 2022, en partenariat avec le musée des Beaux-Arts de Rennes

André Devambez au Petit Palais

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"Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse" disait Musset... et bien non !

26 Septembre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Jeux de couleurs façon ParisiAnne

Jeux de couleurs façon ParisiAnne

Contredire Musset, il faut oser me direz-vous ! Et bien j'ose parce que pour moi le "flacon" compte au moins autant, si ce n'est plus, que "l'ivresse" !

Et là, je vous sens perplexes. N'ayez pas peur de le dire, vous vous demandez sans aucun doute où je veux en venir, vous vous dites même "mais que lui arrive t-il, aurait-elle abusé des élixirs du flacon, serait-elle partie pour des paradis artificiels ?"

Que nenni, aujourd'hui, parlons : vaisselle ! Là, je reconnais que c'est un de mes (nombreux) points faibles, j'adore la vaisselle !

 

On les appelle les arts de la table. Inséparables d’un autre art, celui de la gastronomie, ils sont, depuis plus de trois siècles, le reflet d’un certain art de vivre à la française. La céramique, l’orfèvrerie et la verrerie expriment les innovations, les goûts et les mœurs des époques qui les ont vu vivre.

Inès Heugel, Les Arts de la table français

Hommage à la grand-mère de Gilles

Hommage à la grand-mère de Gilles

Mes grands-mères, ma maman, et maintenant ma belle-maman et sa maman (que je n'ai pas connue) - vous suivez ? - m'ont laissée gardienne de leur vaisselle !

Il faut dire que de toutes ces dames, en particulier du côté maternel - parce que par bonheur mon papa a des sœurs et j'ai donc la chance d'avoir deux tantes adorables - il n'en reste qu'une et je suis celle-là !

Donc voilà, la vaisselle encombre nos buffets et placards, certes, mais c'est tellement chouette de pouvoir profiter de ces héritages qui nous offrent de jolies tables que j'accorde aussi souvent que possible aux fleurs du jardin.

Hommage à ma grand-mère maternelle

Hommage à ma grand-mère maternelle

Saviez-vous que les fleurs n'apparaissent sur les tables qu'à la fin du XVIIe siècle ? Avant cela, pas réellement de décor, et avant le XIXe siècle pas non plus, dans les demeures, de pièce dédiée essentiellement à la salle à manger. Bien souvent, on installe les tables en fonction du nombre de convives, peut-être aussi de la saison, dans une pièce ou une autre.

Les nappes de couleurs font également une apparition tardive, vers les années 1920, on opte auparavant pour des nappes blanches, parfois monogrammées. 

C'est passionnant de voir l'évolution au fil des siècles. Vous aurez tous entendu parler des services dits "à la française" (tous les plats sont sur la table) ou "à la russe", le service est fait par des valets qui proposent chaque plat aux convives. 

J'ai pour habitude, pour des questions de pratique et de dressage des assiettes, de servir en cuisine la plupart du temps. Mais, pour être honnête, je ne fais jamais de grande tablée ! Et vous ?

"Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse" disait Musset... et bien non !

Les premiers modèles de tasses sont appelés « tasses à moka », du nom d’une variété de café originaire d’Arabie. En faïence ou en porcelaine, ces tasses sont cylindriques, assez hautes et disposent d’une anse verticale. Les lignes des tasses évoluent peu depuis leur naissance, mais une tendance s’affirme assez vite : les récipients réservés au chocolat ou au thé s’évasent davantage… D’une contenance plus importante, on parle de « tasses à déjeuner » ; plus petites, ce sont les modèles moka.

Clémentine Pileau-Peyre et Carine Albertus Photos Julien Chamou Vaisselle vintage, 200 ans de styles

Les assiettes, les couverts, les verres bien sûr et les plats de service, c'est un monde merveilleux ! Mais je reconnais une vraie faiblesse pour les services à thé et à café ! Rien de plus élégant qu'une jolie théière, une belle cafetière un peu ancienne, un sucrier et un pot à lait, non ? Et même les tasse à expresso que nous utilisons souvent aujourd'hui ne manquent pas d'un certain intérêt !

"Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse" disait Musset... et bien non !

Le premier vrai grand service est créé pour le roi Louis XV, par la manufacture de Vincennes. En faïence, sur fond bleu céleste, il a un succès immédiat, et son prix est bien inférieur à celui de la vaisselle d’or et d’argent. Les assiettes en céramique sont gaies et colorées, et ne risquent pas d’être fondues pour renflouer les caisses du royaume…

Vaisselle vintage, Christine Pomeau-Peyre et Carine Albertus

"Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse" disait Musset... et bien non !
Hommage à Belle-maman et à ses nombreuses pièces Arcopal ainsi qu'à ses talents de couturière

Hommage à Belle-maman et à ses nombreuses pièces Arcopal ainsi qu'à ses talents de couturière

Entre les grandes marques, Vincennes, qui deviendra Sèvres, Chantilly, Creil, Limoges bien sûr, mais aussi Sarguemines, ou Gien, et les nombreuses autres ; entre la porcelaine tendre et la faïence fine, il y a beaucoup à découvrir et je suis loin de maîtriser le sujet, mais nous y reviendrons sûrement parce que la question m'intéresse. 

Et qui sait si un jour, à force de parler vaisselle, je ne finirai pas par parler cuisine ? 

Bibliographie, parce que forcément tout passe aussi par les livres !

Les Arts de la table français, Inès Heugel, Les Carnets du chineur. Editions du Chêne, 1998

La Passion des arts de la Table, Inès Heugel, photosChristian Sarramon. Editions du Chêne, 2005

Vaisselle vintage, Christine Pomeau-Peyre et Carine Albertus, photos Julien Chamoux. Editions Hoëbeke, 2009

 

Bien sûr je n'ai pas que la vaisselle des grands-mères, il faut bien aussi un peu de modernité !
Bien sûr je n'ai pas que la vaisselle des grands-mères, il faut bien aussi un peu de modernité !
Bien sûr je n'ai pas que la vaisselle des grands-mères, il faut bien aussi un peu de modernité !
Bien sûr je n'ai pas que la vaisselle des grands-mères, il faut bien aussi un peu de modernité !

Bien sûr je n'ai pas que la vaisselle des grands-mères, il faut bien aussi un peu de modernité !

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Faire revivre Françoise Sagan

19 Septembre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

1953 L'Opéra comique affiche une soirée lyrique consacrée à Maurice Ravel. [...] le programme obligé est comme toujours l'Heure espagnole, sur un livret de Franc-Nohain, et l'Enfant et les sortilèges, sur un livret de Colette.
A l'entracte vient s'asseoir près de moi une petite demoiselle dont je remarque tout de suite la vivacité du regard. [...] je me rends compte que cette jeune personne glisse discrètement un œil sur ma partition de l'Enfant et les sortilèges.
Quand nous quittons l'Opéra, elle me confie : "j'aime bien la musique de Ravel, mais c'est surtout pour Colette que je suis venue !"
Début d'une conversation qui se prolonge dans un café du boulevard des Italiens. Entretien fort agréable car elle pétille d'intelligence.
Nous nous reverrons de temps à autre, toujours avec plaisir

Jean Périsson, Une vie de héraut

Faire revivre Françoise Sagan

1956 Chez le coiffeur, je feuillette un magazine. En tournant une page, je suis tombé sur un grand article consacré à Françoise Sagan. Rien de remarquable à cela. L'article est d'ailleurs assez banal. Mais à la page suivante, une grande photo me saute aux yeux. Là, je crois défaillir. Françoise ! Ce n'est pas possible, Françoise... certes elle a changé de nom, mais c'est bien elle, Françoise, ma charmante rencontre de la soirée Ravel, et les longues conversations qui ont suivi...
J'ai lu Bonjour Tristesse [...]
Comment ai-je pu être aveugle pour ne pas faire le rapprochement ! Cette petite Françoise qui rêvait de devenir écrivain, ne méritait-elle pas que son rêve se réalisât ?

Jean Périsson, Une Vie de héraut

Si je commence en citant Jean Périsson dont je vous ai parlé dernièrement à propos de Carmen à Pékin, ce n'est pas un hasard.

Comme lui, comme beaucoup, j'ai lu Bonjour tristesse, et j'aime Françoise Sagan. Alors entendre Jean me raconter sa rencontre avec la jeune Françoise Quoirez me l'a rendue plus proche encore. 

En 2017, je travaillais avec Jean Périsson chaque mardi quand j'ai vu qu'au Théâtre du Petit Montparnasse se jouait une pièce Françoise par Sagan, d'après Je ne renie rien, une compilation des nombreux entretiens donnés par Françoise Sagan dans une trentaine de journaux et avec des journalistes différents, entre 1954 (date de parution de Bonjour Tristesse) et 1992 . Caroline Loeb en tête d’affiche, je n’ai pas hésité une seconde.

La presse, les gens ont parlé de phénomène. Je suis un écrivain dont on lit les livres. Cela n'a rien de phénoménal. C'est ce qu'on peut appeler un destin si l'on est romantique et un peu emphatique ; une carrière si l'on est cynique et pratique ; un accident si l'on n'aime pas mes livres ; une bonne chose si on les aime ; une réussite si on se place du point de vue du succès...

Françoise Sagan, Je ne renie rien

Pour mon travail de stimulation des grands seniors, je dois sans cesse trouver des sujets variés pour les intéresser. Je savais que Sagan était un sujet pour Jean, alors je suis allée voir la pièce et j'ai relu les entretiens. Et je me suis triplement régalée : de la magnifique interprétation de Caroline Loeb qui a rendu Françoise Sagan vivante ; de la lecture de ces entretiens pleins du facétieux esprit de l'auteure ; de moments privilégiés partagés avec Jean en lui lisant des extraits du livre et lui expliquant mon émotion pendant la représentation.

Je me souviens encore avec hilarité du jour où j'ai dit à Karajan que l'œuvre de Bruckner que je préférais, c'était La Truite !

Françoise Sagan, Je ne renie rien

Vous imaginerez sans difficultés la réaction d'un chef d'orchestre à ce souvenir de Françoise Sagan ! Pour nous aussi ce fut un moment d'hilarité !

Le seul sujet pour un écrivain, c'est ce qui se passe dans la tête et le cœur des gens. Le reste est anecdotique.

Faire revivre Françoise Sagan

Françoise la fragile, l'excessive, la noctambule, l'enfant gâtée, comme un fruit abîmé. Je pourrais vous mettre encore bien d'autre citations extraites de ces entretiens tant mon livre est annoté.

Ces entretiens, je les avais parcourus déjà mais voir la pièce, entendre Caroline Loeb faire revivre Françoise Sagan par la posture, l'expression, m'a donné envie de les relire pour pouvoir les partager avec Jean Périsson. 

Mon passe-temps favori, c'est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre mon temps, perdre mon temps, vivre à contretemps. Je déteste tout ce qui réduit le temps, c'est pourquoi j'aime la nuit. Le jour, c'est un monstre, ce sont des rendez-vous. Le temps de nuit, c'est une mer étale. Cela n'en finit pas. J'aime voir le lever de soleil avant d'aller dormir.

Aujourd'hui, j'ai vu par hasard que la pièce revenait à Paris, alors si vous aimez Sagan, à vous d'aller voir cette interprétation magnifique.

Mon souvenir est de 2017 au théâtre du Petit Montparnasse, et il est  encore très présent alors foncez !

La seule terreur que puisse avoir un écrivain, c'est de ne plus entendre les voix qui l'habitent.

Françoise Sagan, Je ne renie rien

Pour entendre les mots de Françoise Sagan, n'hésitez pas, allez écouter Caroline Loeb, vous ne serez pas déçus.

Faire revivre Françoise Sagan

Caroline Loeb, Françoise par Sagan, mise en scène Alex Lutz à la Divine Comédie Paris 9e, du 3 septembre au 31 décembre.

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Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo

12 Septembre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo

l'Hôtel Salé, le plus grand, le plus extraordinaire, pour ne pas dire extravagant des grands hôtels parisiens du XVIIe siècle.

Musée Picasso - Bruno Foucart 1985

Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo

Aujourd'hui, une échappée dans le Marais, au musée Picasso dans ce magnifique hôtel particulier qu'est l'Hôtel Salé où je vous ai déjà emmenés l'an dernier. Pour ceux qui auraient oublié c'est ici. Vous noterez que la photo de l'Hôtel n'est pas la même !

Je ne suis pas spécialiste de Picasso et pas toujours sensible à son travail mais les lieux sont superbes et ne me laissent jamais indifférente. N'oubliez pas de regarder également le mobilier et les lustres, ils sont l'œuvre de Diego Giacometti, c'est le cas de la chaise sur la photo ci-dessous.

Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo

Ce qui va nous occuper aujourd'hui, c'est la très belle exposition que se tient au premier étage de l'Hôtel Salé jusqu'au 31 décembre 2022, cette exposition qui nous montre le goût de l'artiste pour le thème de l'enfance. Et c'est très touchant.

Certains pourront objecter que Picasso a eu une vie personnelle certainement très perturbante pour ses enfants, j'en conviens, je n'ai d'ailleurs aucune sympathie pour l'homme. Mais en voyant les oeuvres exposées, nombreuses provenant de collections particulières, j'ai découvert la tendresse d'un père pour sa première fille (un fils Paulo était né 14 ans auparavant).

Michel Cot - Profil Pablo Picasso et Maya à côté de la sculpture Tête de femme (Dora Maar) 1955

Michel Cot - Profil Pablo Picasso et Maya à côté de la sculpture Tête de femme (Dora Maar) 1955

A voir cette photo, on pourrait se dire que le père et sa fille regardent vers l'avenir. Or en cette années 1955, alors qu'ils travaillent ensemble sur le film de Henri-Georges Clouzot, Le Mystère Picasso, ils ignorent encore qu'ils ne partageront plus que quelques années de complicité. Picasso n'accepte pas le mariage de sa fille chérie en 1960, et elle part pour ne jamais revenir. Un film très intéressant présenté en début de parcours nous explique que Maya a appris la mort de son père en écoutant les actualités avec ses enfants. 

Prenez quelques instants pour regarder cette courte présentation du film de Clouzot, et notez au passage la musique de Georges Auric du groupe des Six et Claude Renoir, fils de Pierre Renoir le peintre, pour la photo.

Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo

Avant d'aborder le sujet Maya, il faut bien sûr parler de sa mère, Marie-Thérèse Walter qui n'a que 17 ans quand Picasso fait sa rencontre en 1927. Il a 45 ans et est marié à Olga, il n'est donc pas envisageable de s'afficher avec cette très jeune fille qui restera cachée, mais évoquée dans l'œuvre du maître, vous pouvez dans les images ci-dessus voir deux portraits de Marie-Thérèse et ses initiales glissées dans la Guitare à la main blanche (1927).

Maya naît en 1935. Elle est la première fille de Picasso qui a déjà un fils, et aura ensuite Paloma et Claude.

Comment ne pas être sensible à la beauté des dessins ci-dessous qui dénotent une tendre attention portée au bébé et à sa jeune maman.

Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo

Les nombreux dessins que l'on peut admirer au long du parcours nous permettent de voir grandir Maya. Ce qui est frappant et qui a tout de suite interpellé "ma vieille dame" du mercredi, c'est l'absence de sourire sur le visage de la petite fille. Picasso demandait à Maya de ne pas sourire. Et pourtant, dans les nombreuses photos  présentées dans l'exposition, on voir que c'est une enfant lumineuse, extrêmement souriante.

Comment expliquer cette volonté de son père de la représenter le visage fermé ?

Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo

Quatorze portraits peints ! Maya est celle qui a été la plus représentée par son illustre papa !

Voyez la série qui suit, Maya au bateau, Maya à la poupée, Maya au tablier à carreaux, etc. 

Et, petite parenthèse, imaginez une jeune maman, américaine, faisant la visite avec son bébé dans les bras. Nous nous sommes arrêtées pour observer la manière dont cette toute petite fille était attirée par les couleurs des tableaux. C'était juste incroyable de voir l'attention et l'excitation d'un si jeune enfant ! J’ai échangé quelques mots avec la maman touchée de notre attention. Comme quoi, il n'y a pas d'âge pour réagir à l'œuvre de Picasso !

Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo

Des dessins, des peintures mais aussi des souvenirs. Souvenirs d'enfance prêtés par Maya pour enrichir cette exposition, des personnages de papier faits par son père pour distraire la petite fille pendant la guerre, une poupée de fortune, des assemblages étonnants, tout un monde de l'imaginaire porté par un père fasciné et fascinant !

Je vous épargne les photos de la dernière partie de l'exposition qui nous montrent les "reliques" : vieux manteaux, vieilles chaussures mais aussi ongles et cheveux de l'artiste qui, très superstitieux, les envoyait à Marie-Thérèse et Maya pour qu'elles les conservent pieusement... qu'elles se soient exécutées de son vivant, admettons. Que les ongles du maître soient aujourd'hui encore dans une petite boîte exposée en musée me dépasse un peu. Je n'ai d'ailleurs pas été voir de près, c'est le genre de chose qui m'indispose !

Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo
Maya et Marie-Thérèse

Maya et Marie-Thérèse

La visite est terminée, il temps d'emprunter le magnifique escalier dans l'autre sens !

Au Musée Picasso : Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo

Maya Ruiz-Picasso, Fille de Pablo, au Musée Picasso - 5, rue de Thorigny Paris

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De Séville à Pékin, le voyage de Carmen

29 Août 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Couverture du vinyle 33 tours Carmen à Pékin, éditions Stil

Couverture du vinyle 33 tours Carmen à Pékin, éditions Stil

1er janvier (1982). Le grand jour est arrivé. Ce soir sera l'aboutissement d'un an et demi de travail.

Jean Périsson, Une Vie de hérault, l'Harmattan

Parmi les nombreux grands seniors avec qui j'ai eu la chance de travailler, Jean Périsson (1924-2019), chef d'orchestre, restera à jamais dans mon cœur. J'ai eu la chance de partager avec Jean plusieurs années de bavardages curieux autour de la musique, bien sûr, mais aussi de la poésie, de la littérature, du cinéma, de l'art en général et de la vie avec l'art en particulier.

Nous avons eu des moments de grande complicité, et je suis encore aujourd'hui proche de son épouse et de son fils aîné qui comptent beaucoup pour moi.

 

 

(...) orchestre, choeurs et solistes ont donné le meilleur d'eux-mêmes. Sans la moindre baisse de tension, nos jeunes ont tenu bon jusqu'à l'affrontement terrible du duo final. La réaction du public est proprement indescriptible. On peut utiliser le mot de "triomphe" parce qu'il n'y en a pas de plus fort. Les musiciens de l'orchestre envahissent la scène pour se mêler aux artistes du plateau sous une avalanche de fleurs.

Jean Périsson, Une Vie de hérault, l'Harmattan

Je vous cite ici quelques extraits de son livre Une Vie de hérault qui retrace le parcours magnifique de ce grand chef qui a vécu dans la lumière sans la chercher et est aujourd'hui, malheureusement, oublié.

Bien que diminué par la maladie, Jean a toujours été très réactif à mes sollicitations, chaque semaine lorsque j'arrivais, je savais qu'il aurait préparé quelque chose à me montrer où qu'il aurait rebondi sur un sujet évoqué la semaine précédente.

C'était un challenge magnifique, j'étais en veille permanente pour attirer son attention. Mon admiration pour ce grand homme était à la hauteur de l'affection qu'il me portait.

 

A l'issue de la dernière, une fois que le public s'est retiré, je garde l'orchestre dans la fosse et je leur fais un petit discours d'adieu, traduit par mon interprète. Puis je remets solennellement ma baguette, celle qui a dirigé les 6 premières, à Mme Zheng Xiaoying, qui va désormais prendre le flambeau.

Jean Périsson, Une vie de hérault, l'Harmattan

Bien sûr, cette expérience de Carmen en chinois a été souvent l'objet de nos bavardages. J'étais fascinée par ce travail, et je regrette vraiment que l'on ne trouve pas d'extrait en ligne. J'ai eu la chance d'écouter de nombreux morceaux et c'est impressionnant. Vous imaginez le travail ? Traduire Carmen, faire en sorte que la langue chinoise colle parfaitement à la musique. 

Entendre Jean Périsson en parler lui-même, riant des anecdotes nombreuses, fronçant le sourcil aux souvenir des difficultés rencontrées, restera parmi mes plus beaux souvenirs.

 

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