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Les musardises de Parisianne

lecture

Clara lit Proust, Stéphane Carlier

4 Février 2023, 10:00am

Publié par Parisianne

Clara lit Proust, Stéphane Carlier

Coup de cœur ! Encore me direz-vous ! Oui, oui, j'ai un grand cœur !

Vous ne pouvez pas ne pas avoir remarqué dans la presse écrite ou télévisuelle qu'il est très à la mode de parler de Proust et de la Recherche du temps perdu avec une véritable intention de montrer que c'est un texte accessible au plus grand nombre. Il faut dire que 2022 s'y prêtait puisque nous célébrions le centenaire de sa disparition. Il y a donc eu une très belle exposition au musée Carnavalet, une autre à la Bnf, des pièces de théâtres, et bien sûr des livres.

Je ne suis pas proustienne, et si je savoure son esprit, sa phrase, et sa manière, il m'arrive de trouver le temps long à sa lecture... oui, oui, je n'ai pas peur de le dire ! 

Il est assez amusant d'ailleurs de voir parfois la surprise et l'ironie si vous avez un petit Proust en main et que l'on vous demande d'un air un peu suspicieux "tu lis Proust ?"... Oui, ça m'arrive, effectivement ! Je n'ai d'ailleurs pas encore tout lu, je me laisse pour cela quelques années, il y a des moments plus propices que d'autres à ce genre de lecture.

Mais si nous analysons les choses : dans les cercles littéraires, que je fréquente un peu, vous l'aurez deviné, ne pas avoir lu l'intégralité de la Recherche est un tantinet scandaleux, et ailleurs, lire Proust est un tantinet snob !

Vous notez la différence dans les appellations, les familiers parlent de la Recherche, les réfractaires de Proust. C'est un signe, je suis certaine que vous l'avez déjà remarqué !

Un peu de sérieux, Anne voyons ! Effectivement par ce que ce qui est important dans mon propos du jour, c'est qu'il n'est ni besoin d'aimer Proust, ni nécessaire d'avoir lu la Recherche pour apprécier ce petit livre de Stéphane Carlier Clara lit Proust.

Le rythme qu'il impose est ce qu'elle apprécie le plus chez lui. Il oblige à une lenteur mais aussi à une vigilance, c'est très particulier. Combien de fois, pendant sa lecture, son esprit a quitté les mots pour se lancer dans une liste de courses ou lui rappeler une conversation qu'elle avait eue dans la journée au salon. Lenteur et vigilance, détente et concentration. Proust, c'est son yoga.

L'histoire est très simple. Clara est coiffeuse dans un petit salon excentré d'une petite ville de Saône-et-Loire. Elle vit sa petite vie tranquille et sans passion, entre son petit ami beau comme un prince et son activité monotone, jusqu'au jour ou un grand et beau client fort élégant oublie un livre. Vous l'aurez deviné, ce livre c'est Proust bien sûr. Et il va changer la vie de Clara qui va progressivement sortir de sa chrysalide et s’en trouver grandie.

Vous avez vu l’effet là, plein de « petit » pour grandir… Décidément, j’ai l’humeur taquine aujourd’hui, ne m’en veuillez pas !

Bien le lire c'est aussi ne pas hésiter à sauter des passages. Ce sont quelquefois cinq pages qu'elle survole avant de reprendre sa lecture au début d'un nouveau chapitre. Sur les quatre mille pages au total de la Recherche, il y a de la marge. Elle le fait sans état d'âme, certaine que même Marcel, s'il se relisait aujourd'hui, se trouverait trop long par moments.

Au-delà du fait que Clara lise Proust, ce que j'ai aimé dans ce roman à la lecture très facile, c'est que Clara lise Proust à voix haute. Cela peut paraître surprenant, mais j'ai trouvé ça très beau, terriblement touchant. J'ai beaucoup aimé les passages où il est question de sa préparation, de ses annotations dans le texte pour, lors de sa lecture, "n'être qu'aux mots". 
Bien sûr, ceux qui me connaissent savent mon rapport particulier à la lecture à voix haute, j’en ai parlé il n’y a pas si longtemps dans Lignes d’horizons.

C'est une belle manière d'entrer dans la langue de Proust que de l'écouter. Je vous confie une petite anecdote, l'an dernier, j'ai entraîné Gilles au théâtre pour un seul en scène, une traversée de la Recherche du temps perdu par David Legras, c'était juste magique ! Et même Gilles a apprécié, bien qu'il ait commencé par râler un peu... il est assez coutumier de mes fantaisies, mais il a la gentillesse de me suivre !  Donc si vous avez l'occasion, n'hésitez pas à aller écouter Proust.

Le secret, c'est la lenteur. Elle permet de limiter les risques de bafouillement, de basculement en lecture automatique et, surtout, autorise la personne qui écoute à goûter toute la saveur du texte.

Voici donc un livre à mettre entre toutes les mains parce qu'en plus de nous offrir quelques belles citations de ce grand auteur du XXe siècle que je ne nommerai plus, son nom doit apparaitre au moins dix fois dans les lignes qui précèdent, c'est une ode à la vie, à la confiance en soi, à l'amitié sans préjugés. Et ça fait beaucoup de bien. 

Et pour finir, je lui laisse le mot de la fin, à qui ? A Marcel bien sûr !

"Il en est ainsi pour tous les grands écrivains, la beauté de leurs phrases est imprévisible, comme est celle d'une femme qu'on ne connaît pas encore ; elle est création puisqu'elle s'applique à un objet extérieur auquel ils pensent - et non à soi - et qu'ils n'ont pas encore exprimé."

Marcel Proust, A l'Ombre des jeunes filles en fleurs

Stéphane Carlier, Clara lit Proust. Gallimard collection Blanche

Le temps passé à lire Proust, c'est du temps gagné, volé par l'intelligence et non à elle.

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Xavier-Marie Garcette, La Vierge noire et le voyou

30 Janvier 2023, 18:00pm

Publié par Parisianne

Xavier-Marie Garcette, La Vierge noire et le voyou

Il y a 60 ans aujourd'hui, le 30 janvier 1963, disparaissait Francis Poulenc, né en 1899.

Hasard du calendrier, enfin pour moi puisque le livre sort ce lundi en librairie, je termine ce jour  La Vierge noire et le voyou, Une brève histoire de Francis Poulenc, de Xavier-Marie Garcette

J'avais très brièvement évoqué Poulenc dans ma chronique du Groupe de Six de Pierre Brevignon, un livre passionnant, mais je vous l'accorde un peu ardu. 

Comme tout le monde, je connais Poulenc par le Dialogue des Carmélites, Les Mariés de la Tour Eiffel, Babar ou encore quelques poèmes d'Eluard, Apollinaire, Desnos, ou Radiguet mis en musique, mais ce n'est pas connaître, je l'ai vite compris en lisant cet  ouvrage. J'avais un léger a priori, je crois. sa musique ne me semble pas toujours très accessible et trop aux portes de la modernité parfois. 

C'est donc avec curiosité que je me suis plongée dans la biographie romancée de Xavier-Marie Garcette, que je dois d'abord remercier pour notre sympathique entretien grâce à Média Livres. J'étais désolée de jouer les mauvaises élèves, je n'avais pas eu le temps de lire le livre, et je ne suis pas la plus habile aux entretiens impromptus, ni aux entretiens tout court, d'ailleurs, il faut bien le reconnaître ! 

Certains critiques semblent ne pas admettre que Poulenc, qui depuis 1936 compose des œuvres religieuses admirables, et vient ainsi renouveler de façon marquante le répertoire de la musique chorale, ait pu se laisser aller à composer cette musique pourtant charmante mais qui sent un peu le voyou justement, avec quelques clins d'œil à des thèmes populaires ou jazzy dans le troisième mouvement.

Peut-être aurez-vous pris le temps d'écouter, au moins partiellement, ce Concerto pour piano mal jugé à sa présentation en 1950, et qui vaudra au critique Claude Rostand, cette petite phrase mainte fois reprise.

Il y a deux personnes chez Poulenc : il y a, si j'ose dire, du moine et du voyou.

Claude Rostant cité par XM Garcette

Avec beaucoup d'habileté, Xavier-Marie Garcette nous offre de suivre Francis Poulenc en nous présentant ses deux facettes d'ange et de démon, et c'est passionnant.

Dans un style agréable, l'auteur nous conduit de Paris au Quercy en passant par la Touraine, il nous ouvre les portes des salons, des salles de concert et fait revivre une époque riche d'autant de drames que de créations. C'est agréable, curieux, enlevé et surtout bien sûr, musical !

Comment lire un tel livre sans se plonger dans l'écoute. Lors de notre rencontre, j'ai demandé à l'auteur si une pièce en particulier avait guidé sa main, mais non, c'est l'œuvre tout entier qui est au cœur de ce récit, l'œuvre d'un homme traversé par ses passions et ses doutes, ses élans de l'âme et du cœur. Un homme qui vit difficilement son homosexualité qui lui semble parfois en totale contradiction avec sa foi née d'une rencontre avec la Vierge Noire de Rocamadour, mais un homme qui vit dans l'effervescence artistique, intellectuelle et engagée de son temps.

J'ai été très sensible au découpage du livre par référence aux différentes créations de Poulenc, à commencer par Les Biches (impossible de ne pas penser à la toile de Marie Laurencin), en 1924, jusqu'au Dialogue des Carmélites, d'après le texte de Bernanos, en 1957.

Poulenc déteste les tendances qui commencent à poindre : atonalité, dodécaphonisme, musique sérielle, rien de tout cela ne trouvera jamais grâce à ses yeux. Il est et demeurera jusqu'à la fin de sa vie un mélodiste.

Vous l'aurez compris, un livre qui m'a totalement séduite, brisant mes préjugés en me forçant à écouter plus attentivement et surtout à découvrir vraiment le travail de Francis Poulenc.

J'aime particulièrement ce type d'ouvrage qui convie l'histoire de l'art à la table des lettres, avec La Vierge noire et le voyou, Une brève histoire de Francis Poulenc sous la plume de Xavier-Marie Garcette, j'ai eu un festin de reine !

Suivre Francis Poulenc et croiser Georges Auric, Max Jacob, Cocteau, Eluard, Ginette Neveu et tant d'autres, c'est traverser une époque foisonnante et c'est un réel bonheur. 

Alors, je n'ai qu'un mot à dire, foncez chez votre libraire, même si la musique de Poulenc ne vous parle spontanément pas, je suis certaine que vous vous laisserez entraîner.

Je ne résiste pas à la tentation de vous partager ce montage dédié à Jean Périsson qui me manque tant.

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Ariane Bois, Ce pays que l'on appelle vivre

28 Janvier 2023, 10:00am

Publié par Parisianne

Ariane Bois, Ce pays que l'on appelle vivre

A l'occasion d'une rencontre Babelio Plon, j'ai eu le plaisir de découvrir Ariane Bois, journaliste et romancière que je ne connaissais pas, au cours d'un échange très sympathique.

Ce Pays qu'on appelle vivre a pour cadre le camps des Milles, ce camp, situé en zone libre, non loin d’Aix en Provence, dont on parle finalement assez peu, dans lequel ont été envoyés les Allemands et étrangers ayant fui le régime nazi, juifs, tziganes, engagés dans les combats politiques contre le fascisme, tous les condamnés de la barbarie.

Beaucoup d'artistes, considérés comme dégénérés sont venus se réfugier en zone libre, certains ont pu quitter la France pour les Etats-Unis ou d'autres pays outre-mer qui, pendant un temps, ouvraient leurs frontières.

D'autres, connus ou inconnus, ont été livrés comme beaucoup d'anonymes, hommes, femmes et enfants, à l'enfer des camps.

Le camp avale les hommes, en commençant par leur esprit, et recrache des êtres brisés, à la limite de la folie.

Ariane Bois fait du camp un personnage à part entière de son roman, c'est en grande partie là que se déroule l'action sur fond de noirceur malgré le rouge des tuiles fabriquées sur place avant guerre ; par opposition, Marseille, non loin, joue le rôle de la lumière, de l'espoir, puisque les prisonniers sont parfois autorisés à s'y rendre pour tenter d'obtenir un visa vers un avenir meilleur, et c'est à Marseille que le principal protagoniste Léo, rencontrera Margot, son soleil, son grand amour.

Mais c'est également à Marseille que sont retenues les femmes et les enfants, pour lesquels Margot se bat, afin de leur procurer le minimum de confort dans des foyers de fortune, hôtels ou immeubles réquisitionnés. Séparées de leurs époux et vivant dans des conditions difficiles, elles sont la garantie que les hommes ne chercheront pas à fuir.

Les hommes eux, sont donc aux Milles, ce camp de transit qui reçoit les ennemis du Reich en attente d'un départ. Vous aurez peut-être en mémoire l'épisode du train des Milles, mis sur le devant de la scène par un film avec Jean-Pierre Marielle, je vous mets un cours extrait.

Comme dans de nombreux camps, certains acteurs de ce terrible épisode (gardiens pasteurs, curés ou simples civils), se sont battus au péril de leur vie pour sauver ces hommes, ces femmes et ces enfants livrés en masse à l'Allemagne nazie en 1942. On dénombre plusieurs Justes, certains cités par Ariane Bois dans son roman.

[...] toutes les silhouettes se ressemblent, comme s'il s'agissait du même homme multiplié à l'infini. Le camp détruit ainsi toute individualité, toute velléité de se démarquer des autres. On fait partie d'un troupeau, celui des internés.

Le parti pris de l'auteur d'écrire un roman, et la fluidité de son écriture, rendent la lecture aisée, et si quelques invraisemblances - mais n'est-ce pas là tout le charme du roman ? - ponctuent le texte, elles n'enlèvent rien à l'intérêt historique. Ariane Bois maîtrise parfaitement son sujet, elle mêle habilement fiction et réalité pour nous dépeindre des situations dramatiques, de vains espoirs, et la force de l'art pour tenir face à l'horreur.

Léonard Stein, caricaturiste de presse juif allemand n'a de cesse de s'échapper, et devant son impossibilité de fuir, il s'évade par ses dessins.

L'auteure qui connaît manifestement bien les lieux, évoque la fresque Le Banquet des Nations, dans le réfectoire des gardiens, une partie est l'œuvre du peintre Karl Bodek, qui sera déporté des Milles et mourra à Auschwitz.

Les rapports entre ces hommes certains combattifs d'autres résignés, la difficulté de leur vie difficile mais oisive, est terriblement bien présentée, nous rendant certains protagonistes attachants, d'autres méprisants.

Vous l'aurez compris, un texte riche d'informations qui donne véritablement envie d'approfondir le sujet.

Je vous invite à suivre le lien ci-dessous vers le site du Camp des Milles.

La réputation de Varian Fry s'est vite étendue. Ce journaliste de gauche avait été missionné dès l'été 40 par l'American Emergency Comittee pour permettre à des intellectuels, des écrivains, des artistes en danger dans le sud de la France de rallier les Etats-Unis grâce à un visa d'urgence. Eleanor Roosevelt elle-même, la femme du Président, courageuse dans sa lutte contre le racisme et le fascisme, militante des droits des noirs et des droits des femmes, l'aide dans ses démarches.
Varian Fry a déjà secouru l'écrivain André Breton, le peintre André Masson, Konrad Heiden, le biographe de Hitler, dont le dictateur veut la peau, le prix Nobel de physiologie Otto Meyerhof, et l'immense Marc Chagall, ou encore Hannah Arendt. De manière légale lais aussi clandestine...

Un autre personnage, bien réel celui-là aussi, apparaît dans le roman d'Ariane Bois, il s'agit de Varian Fry, ce journaliste américain qui en 1935 à Berlin, est témoin de la maltraitance d'un vieil homme juif roué de coups dans la rue. Outré il tente dès son retour d'alerter les puissances étrangères et l'opinion publique sur les dangers imminents que représente Hitler. Il aura du mal à se faire entendre mais finira par arriver en France avec une liste de nom de personnalités à sauver.

Très honnêtement, j'ai découvert il y a peu l'existence de Varian Fry à l'occasion d'une conférence à la Fondation Giacometti sur les artistes de Montparnasse dans les années 1940. L'homme m'a immédiatement intéressée. Et j'ai fait quelques recherches. Il y a plusieurs livres, je n'ai pas encore trouvé celui qui pourrait m'éclairer, mais vous pouvez visualiser sans peine quelques vidéos sur le net, notamment une visite virtuelle de la Villa Bel Air, qui a abrité André Breton, son épouse et sa fille, ainsi que Max Ernst, entre autres.

Varian Fry dont le Centre Américain deSsecours de Marseille dérange les autorités françaises et inquiète les autorités américaines sera renvoyé aux Etats-Unis. Il n'aura de cesse d'interpeller le monde pour tenter de sauver les hommes de la barbarie.

Que dire de plus ? Il y aurait beaucoup de choses à évoquer encore. Le rôle des femmes, leur combativité, leur force, la bonté des uns face à la cruauté des autres, des thèmes qui restent tristement d'actualité en somme. J'aurais également pu vous raconter un peu l'histoire entre Léo et Margot, leur lutte commune pour la liberté et les enfants mais est-ce bien utile de vous raconter ?

Alors, il me reste simplement à vous inviter à lire ce beau roman plein d'humanité, ce roman riche d'enseignements sur un pan très sombre de notre histoire, pour ne jamais oublier.

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Michel Pastoureau, Dominique Simonet, Le Petit livre des couleurs

14 Janvier 2023, 10:00am

Publié par Parisianne

Michel Pastoureau, Dominique Simonet, Le Petit livre des couleurs

Michel Pastoureau, historien, anthropologue, se prête dans ce petit recueil au jeu des questions posées par l'écrivain Dominique Simonet et c'est un plaisir à consommer sans modération surtout quand il fait gris !

A force de les avoir sous les yeux, on finit par ne plus les voir. En somme, on ne les prends pas au sérieux. Erreur ! Les couleurs ne sont pas anodines...

Comment résister à une telle introduction ! J'écoutais dernièrement un petit reportage qui disait que nous avions fait disparaître les couleurs, que nous étions presque uniformément en noir, gris ou jean, que nos murs étaient tous blancs etc. Ce qui n'est pas totalement faux.

Les couleurs sont pourtant partie intégrante de nos vies et dans cet essai dont vous aurez sûrement entendu parler, Michel Pastoureau nous explique leurs origines, leurs rôles à travers l'histoire, leur évolution.

C'est passionnant, de lecture facile et légère. On se prend à sourire devant certaines évidences.

Je n'ai qu'un mot à dire, n'hésitez pas, si ce n'est déjà fait, à vous plonger dans ce petit livre joyeux, et dites-nous donc qu'elle est votre couleur préférée ! 

Je fais partie de la catégorie des consensuels, mais j'ai un goût commun avec Michel Pastoureau, et pour le côté élégant, le noir est mon meilleur ami ! Je vous ai donné des pistes là !

 

La leçon que nous tirons ici est réjouissante : une couleur n'existe que parce qu'on la regarde. Elle n'est en somme qu'une pure production de l'homme. A méditer.

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Bernard Chambaz, La Peau du dos

8 Janvier 2023, 18:00pm

Publié par Parisianne

Photo Anne Lurois-Delassise

Photo Anne Lurois-Delassise

Découverte de cet auteur que je ne connaissais pas, romancier, poète, historien, prix Goncourt du premier roman en 1993 pour L'Arbres de vies chez Françoise Bourin, entre autres, je ne les citerai pas tous.

Bernard Chambaz a également participé en 2020 à l'expérience Ma nuit au musée, il a en tiré un livre Ephémère, pour sa nuit passée à côté de Parme, au musée Franco Maria Ricci.

Je ne l'ai pas lu et ne connais pas ce musée, donc n'hésitez pas à apporter en commentaire des informations si vous en avez, et des conseils de lectures d'autres livres de cet auteur aussi !

Pendant quelques secondes, son chiffon entre les mains, Auguste regarda le type assis sur le rebord d'un rocher de l'autre côté de la clairière. Depuis un bon quart d'heure, l'homme n'avait pas bougé, il se retournait régulièrement comme si un sanglier ou Dieu sait quoi pouvait débouler dans son dos et il semblait en proie à des pensées sombres. [...]
Auguste avait d'autres sujets d'intérêts et il ne prêta plus attention à ce type qui avait l'air d'un ouvrier en rupture de ban. Il continua un moment à essayer de peindre la clairière, il chercha une nuance de jaune qui correspondait à cette heure mais il n'y parvint pas. Par réflexe, il observa les confettis de lumière sur les feuilles des hêtres [...]

Vous aurez peut-être deviné avec la référence aux "confettis de lumière" et avec l'Autoportrait de couverture de ce roman, Auguste Renoir (1841-1919) est l'un des deux protagonistes de ce livre. C'est d'ailleurs ce qui m'a attiré quand j'ai lu la page quatre de couverture.

La poésie de l'écriture rend parfaitement la quête de lumière de l'artiste, c'est un des points forts de cet ouvrage à l'écriture très agréable et poétique... trop peut-être !

Nous rencontrons ici un Renoir jeune, pas encore connu et déjà passionné par son art qui fait de lui un observateur de ce qui l'entoure.

Raoul se présenta brièvement. Il arrivait de la gare de Fontainebleau, il avait cheminé, un peu au hasard mais plein sud, et, bien qu'il eut l'habitude de beaucoup marcher, il s'était arrêté là parce qu'il avait mal aux pieds. Malgré sa barbe de prophète, il ne devait pas avoir trente ans et, à ses mains, ce n'était sûrement pas un ouvrier. Auguste comprit encore, à demi-mot, que Raoul ne savait pas où dormir la nuit prochaine, et - aussi - qu'il préférait éviter les pandores.*

Raoul, c'est Raoul Rigault (1846-1871), journaliste et homme politique acteur de la Commune de Paris, fusillé par un sergent versaillais le 24 mai 1871.

Les deux hommes se seraient vraiment rencontrés, les deux anecdotes racontées par l'auteur, rencontre en forêt de Fontainebleau puis à Paris à la préfecture où Renoir a été conduit parce que considéré comme espion à la solde des Versaillais alors qu'il peignait sur les bords de Seine, sont des faits réels. Le reste est belle broderie d'auteur, ce qui ne gâche rien au plaisir.

Les faits se déroulent donc à la fin de la guerre de 1870 et pendant la Commune de Paris, période très agitée et violente que Renoir, qui n'a manifestement jamais cherché à s'engager politiquement, survole alors que Rigault est un acteur.

On évoque la mort tragique de Bazille, grand ami du peintre, on croise quelques figures caractéristiques de l'époque, on entre au Louvre à sa réouverture après la guerre, ... on... 

Et voilà, "on" pour signifier que malgré la beauté indéniable de l'écriture, j'ai eu un sentiment de distance entre l'auteur et ses personnages.

La maîtrise des sujets, art et histoire, est évidente, je vous disais d'ailleurs en démarrant que Bernard Chambaz était poète et historien, mais voilà, je ne suis pas parvenue à m'attacher aux personnages, pas d'émotion pour moi dans ce texte malgré la lumière des tableaux décrits. Et finalement, je l'ai lu presque plus comme un essai que comme un roman. Donc beau texte mais petite déception.

L'avez-vous lu ? Votre avis m'intéresse !

Au carrefour de deux routes, il s'assit sur une vieille table de vénerie, posa sa planche à dessin contre le tronc incliné d'un frêne, fixa une première feuille de papier avec une pince, respira longuement et se lança. Une deuxième, une troisième feuille suivirent, il s'émerveillait qu'un simple coup de crayon fît surgir la lumière, il s'agaçait d'un geste loupé, il recommençait, complètement absorbé parce qui se tramait entre sa feuille de papier et les frondaisons qu'il avait sous les yeux, obéissant à sa main comme si elle était la providence.

Bernard Chambaz, La peau du dos Editions du sous-sol

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Frédérique Trigodet, Il y aura toujours un comptoir quelque part

26 Décembre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

Frédérique Trigodet, Il y aura toujours un comptoir quelque part

Frédérique Trigodet n'est pas une inconnue pour ceux d'entre vous qui me suivent depuis quelques temps, nous avions déjà évoqué son très beau Vent fou il y a quelques mois.

Dans ce nouveau recueil, Frédérique Trigodet nous offre des nouvelles rythmées de brèves de comptoir, ces instantanés volés au gré de cafés pris ici où là.

C'est drôle, tendre, surprenant, à découvrir absolument !

Je m’assois en tournant le dos à la troupe d’arsouilles collée au bar. Ça m’intéresse pas les types qui voient pas plus loins que leur prochain demi ou la course à venir… Moi. j’ai mieux que ça : je plante mes yeux dans le décor et je profite de la vue. […]
Je viens tous les matins. Je m’assois et je touille mon café, les yeux perdus dans ce paysage de mer. Je pourrais passer des heures à contempler cette peinture sur le mur du fond.

Café océan

J'ai écrit sur Babelio :

"S'asseoir aux côtés de Frédérique Trigodet pour prendre un p’tit noir dans un bistrot, c’est la garantie d’y goûter le sel de la vie.
Ce nouveau recueil alternant brèves de comptoirs et nouvelles est aussi gourmand que le morceau de sucre imprégné d’une goutte de café que l’on offre aux enfants, on y retrouve autant de douceur que d’amertume, et on en redemande tant l’auteure sait viser juste."

Il est rare que je reprenne ici mes critiques Babelio, mais là, je n'arrive pas à me détacher de cette image du café sur le sucre tant les textes de Frédérique me font cet effet doux amer.

Il y a tant de solitudes en compagnie dans ces nouvelles qu'on ne peut rester insensible aux fines observations de l'auteure.

Parce qu'il est là le charme de ce recueil, Frédérique Trigodet ne se contente pas de nous raconter ce qu'elle a saisi, elle nous invite à ses côtés pour - un café bien chaud entre les mains - savourer chaque instant, observer chaque client avec attention, tendresse, amusement parfois mais bienveillance toujours.

Et c'est un délice de se laisser emporter dans des voyages immobiles mais plein de richesses.

La mer vient se frotter au bord du quai en clapotant, bruit mouillé qui réveille des souvenirs. Je résiste encore un peu, afin de les laisser là où ils sont.

Je ne bouge pas

Frédérique est éditée chez Zonaires, n'hésitez pas à visiter le site de la maison, vous y trouverez de jolies choses, et s'il est trop tard pour les glisser sous le sapin, il n'est jamais trop tôt ni trop tard pour offrir un livre.

Tout au long du voyage, je me suis dit qu'au moins j'étais loin.

Brève

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Polina Panassenko, Tenir sa langue

3 Décembre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

Polina Panassenko, Tenir sa langue

Il n'y a pas de vice de forme. La procureure a refusé par ce qu'elle ne voit pas pourquoi un enfant dont le prénom a été francisé peut vouloir reprendre son prénom de naissance une fois devenu adulte. Elle ne voit pas pourquoi on voudrait porter le prénom qu'on a reçu de ses parents plutôt que celui offert par la République.

Voilà un coup de cœur ! Entendue à la Grande Librairie, alors que j'avais déjà noté ce livre après avoir lu un bref résumé dans Pages des Libraires, Polina Panassenko a fini de me convaincre, et je ne regrette pas de m'être laissée porter par sa langue.

Le point de départ : récupérer son prénom russe Polina, devenu Pauline à la naturalisation.

Et  l'ensemble du récit se construit autour de cette quête à travers l'évocation de l'arrivée de l'enfant en France avec ses parents, de la découverte d'un pays, mais surtout de l'apprentissage d'une langue puis, un peu plus tard, de la conservation de la langue maternelle.

 

A l'intérieur, une salle éblouissante, pleine d'enfants. [...] Je fais un pas en avant, je lâche la cuisse de ma mère. Quand je me retourne, elle a disparu. En ce même instant, tous les mots disparaissent.
Plus de mots. Que des sons.

Comme j'ai aimé ce passage qui décrit si justement l'entrée de la petite fille à la maternelle. Comment vivre un tel choc, se retrouver tout à coup propulsé dans un univers de sons tous étrangers ?

Et comment ne pas penser à tous ces déracinés qui font l'actualité.

Si le son marche, il devient mot. S'il ne marche pas, je le relâche dans le fleuve. Un son qui marche c'est un son qui produit quelque chose. Un son qui ne marche pas équivaut au silence. Tu fais le son mais l'autre fait comme si tu n'avais rien dit.

Commence alors pour l'enfant, l'apprentissage de la langue française. Mais apprendre le français, n'est-ce pas prendre le risque de perdre le russe, cette langue qu'elle retrouve l'été pendant les vacances à la Datcha avec les grands-parents, dans ce pays nouveau qui n'est plus l'URSS mais où il ne faut pas se trahir, ne pas dire que l'on vit en France, cela pourrait représenter une menace.

L'apprentissage est donc double pour l'enfant, apprendre le français pour s'intégrer dans son pays d'accueil, parler le russe pour être chez elle dans ce pays de sa naissance.

Elle évoquera avec beaucoup de finesse la langue du dedans et celle du dehors quand elle est en France. "Quand on sort, on met son français" écrit-elle, de la même manière qu'on enfilerait un manteau !

Ma mère veille aussi sur mon russe comme sur le dernier oeuf du coucou migrateur. Ma langue est son nid. Ma bouche, la cavité qui l'abrite. Plusieurs fois par semaine, ma mère m'amène de nouveaux mots, vérifie l'état de ceux qui sont déjà là, s'assure qu'on n'en perd pas en route. Elle surveille l'équilibre de la population globale. Le flux migratoire : les entrées et sorties des mots russes et français. Gardienne d'un vaste territoire dont les frontières sont en pourparlers. Russe. Français. Russe. Français. Sentinelle de la langue, elle veille au poste frontière. Pas de mélange. Elle traque les fugitifs français hébergés par mon russe.

Mais le russe reste la langue des grands-parents, et il semble qu'à un moment de l'adolescence, ce russe symbolise une forme d'enfermement puisqu'il faut taire les attaches françaises. Pourtant, les grands-parents sont au centre de la vie de la jeune fille qui revient toujours vers eux, jusqu'à leur mort. Ce lien avec la Russie fortement lié à la figure du grand-père, ce lien avec l'enfance est tout entier concentré dans le prénom, et c'est une des raisons pour lesquelles le prénom ne doit pas être francisé.

L’accent qui revient malgré toi, on le remarque et on se moque : T’as l’accent qui pointe.
C’est l’en-dedans qui sort dehors. C’est le relief qui fait tomber ta langue dans le domaine public. Le même que celui des femmes enceintes. On veut savoir qui c’est là-dessous. [...]
Je suis la seule de ma famille à avoir perdu l'accent russe. La paroi entre le français et le russe est devenue étanche. Plus rien ne filtre au travers. [...]
L'accent c'est ma langue maternelle.

Vous l'aurez compris, c'est un très beau texte sur la langue bien sûr, mais également sur les difficultés du déracinement. 

Polina Panassenko traite le sujet avec beaucoup de sensibilité, d'humour et d'amour, et c'est très touchant. Je vous invite vraiment à découvrir ce beau récit à la lecture aisée, malgré quelques termes russes qui peuvent dérouter.

Un très agréable moment de lecture qui ouvre à plein de questions !

Polina Panassenko, Tenir sa langue

Polina Panassenko, Tenir sa langue - Editions de l'Olivier

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Edmonde Charles-Roux et Dominique de Saint-Pern

26 Novembre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

© Anne Lurois-Delassise

© Anne Lurois-Delassise

Dominique de Saint Pern nous offre dans Edmonde et Edmonde l'Envolée, une très riche et très intéressante biographie de cette femme de tête au parcours incroyable.

Edmonde s'ouvre en 1938, la jeune fille a 18 ans, la vie s'ouvre devant elle sur un horizon bouché. Fille d'un ambassadeur, la famille vit dans l'aisance mais la guerre va bousculer les choses et briser tous les codes.

Falkenhausen sourit à l'idée que, si cette jeune femme avait été aussi fermement décidée à sauver la France qu'elle l'était à voler au secours de sa famille, la Wehrmacht aurait eu du souci à se faire. En réalité, il ne connaissait pas d'arme plus performante qu'une femme obstinée, née avec le sentiment d'avoir le monde à sa disposition.

Cette phrase résume parfaitement le tempérament d'Edmonde Charles Roux, c'est d'ailleurs presque la seule que j'aie surlignée dans ce premier opus, la jeunesse d'Edmonde est faite de combats, d'engagements, tant dans les mondanités que dans la guerre. 

Cette jeune fille, qui se bat pour sauver sa sœur et son neveu des Chemises noires, se fait infirmière militaire, soldat à la 5e DB, renseigne la Résistance, joue du piano avec Samson François et côtoie le beau monde à Megève, fera de sa vie un engagement qui la conduira à toujours passer d'un monde à l'autre avec une grande aisance. 

Edmonde est une femme d'un grand courage, une amie loyale, mais il faut que tu le saches, c'est une arrangeuse avec un grand A. Surtout, ne prends pas pour argent comptant ce qu'elle te dira...

Pierre Combescot, conversation avec Dominique de Saint Pern 2016

Et nous voilà en 1945, Edmonde sort de la guerre et se lance dans la vie, nous entamons le deuxième volet de sa vie Edmonde l'Envolée, de Dominique de Saint Pern.

C'est avec les Lazareff au magazine Elle qu'Edmonde décrochera son premier emploi avant de rejoindre Vogue. Elle fréquente Robert Doisneau, enchaîne les liaisons amoureuses, elle sera la maîtresse d'Orson Wells, André Derain, François-Régis Bastide, Maurice Druon, est très amie avec Aragon et Elsa Triolet.

Ce n'est pas un monde qui s'ouvre avec elle, mais des mondes qui se croisent et dans lesquels elle semble se frayer un chemin sans ciller. 

Elle croque la vie à pleine dents et n'hésite pas à mordre qui cherche à lui faire de l'ombre. Proche de François Nourrissier, elle entre sans rien dire en écriture jusqu'à décrocher le Goncourt en 1966 pour son superbe roman, Oublier Palerme.

Cette année-là, les éditions Grasset raflent cinq des sept grands prix littéraires. Le Goncourt, le Grand Prix de l'Académie française qui va a François Nourissier pour Une histoire française, ainsi que l'Interallié, le Médicis et le Grand Prix national des Lettres.
Edmonde renoue avec l'insouciance.

La consécration dès son premier roman ! Edmonde Charles Roux rentre dans le cercle très fermé des écrivains, et cela lui ouvre de nombreuses portes. Elle est ainsi invitée à Marseille où le maire Gaston Defferre organise en son honneur une réception.

Ils ne se quitteront plus, unis par des liens discrets, une liaison cachée jusqu'au divorce de Gaston et mariage avec celle qui deviendra Madame Defferre, en 1973, et l'accompagnera jusqu'au bout dans tous ces engagements politiques.

Et la voilà propulsée à nouveau dans tous les univers politiques et culturels, militants et mondains, à côtoyer les Mitterrand, Jacques Lang, Roland Petit, Zizi Jeanmaire, Coco Chanel, et tant d'autres mais aussi, bien sûr, de nombreux écrivains jusqu'à intégrer le jury du Goncourt dont elle deviendra présidente de 2002 à 2014, avant de céder sa place à Bernard Pivot.

 

 

L'absence, c'est de vivre avec un couteau dans le cœur et de savoir que si l'on ne bouge pas le couteau ne bouge pas.

Edmonde Charles Roux, Les Femmes et l'amour, 2011

Très engagée aux côtés de son mari Gaston Deferre, Edmonde Charles Roux fait partie du paysage politique notamment à Marseille où elle œuvre en faveur d'une culture accessible au plus grand nombre. La disparition de Gaston Defferre sera un véritable tsunami dans sa vie. Elle restera malgré tout très active, en particulier en littérature et publiera Elle Adrienne et L'Irrégulière, mon itinéraire avec Chanel, une biographie parfois controversée de Coco Chanel, mais néanmoins très intéressante.

Edmonde Charles Roux s'éteint en 2015 à l'âge de 95 ans.

Ces deux livres sont d'une lecture vraiment très agréable et nous entraînent dans le sillage de grands noms de la presse, de l'art et de la littérature autant que de la politique, vraiment très intéressant.

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James Holin, Aimez-vous les uns les autres !

19 Novembre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

James Holin, Aimez-vous les uns les autres !

Nous retrouvons aujourd'hui James Holin, que vous connaissez bien et si ce n'est pas le cas, vous pouvez retrouver ses différents titres, déjà évoqués ici,  en fin d'article. 

James Holin, auteur de nouvelles et de romans noirs, nous entraîne cette fois dans un roman qui renoue avec une unité de temps restreinte, comme le précédent Pleine balle. Et cette fois encore, ça fonctionne.

Le maître de cérémonie, dans son costume de radis noir et sa chemise froissée, se tenait devant le pupitre, les mains rassemblées sur le devant comme un pénitent. Il ouvrit le bal d’une voix grave, soucieux de manifester à l’assemblée sa profonde affliction.

Nolan est réveillé en fanfare par une descente de police un peu musclée, les forces de l'ordre étant à la recherche de son frère aîné, soupçonné de faire de mauvais trafics jusqu’à tomber entre les mains d’un caïd de banlieue. Mais une seconde surprise attend Nolan Dardanus, lorsque sa mère trouve une lettre d'un notaire qui invite son cadet à se rendre sans délai à Laon pour les obsèques et la succession d'un inconnu.

Le jeune homme se fait un peu tirer l'oreille mais se retrouve finalement dans le train avec pour seul espoir, trouver un moyen de sortir son frère de ce mauvais pas.

Il découvre alors que l'inconnu est son père, richissime industriel, qui, avant de mourir, à exigé que ses enfants trouvent un accord pour la succession, dans le cas contraire seul l'un d'entre eux héritera de la totalité.

C'est ainsi que Nolan fait connaissance avec ses deux frères et deux sœurs, tous plus intéressés les uns que les autres, sans compter la belle-mère qui ne souhaite pas se laisser déposséder.

Une fausse route avec un morceau de petit Jésus. Pas mal comme fin pour un bouffeur de curé […]

L'auteur nous offre là un roman énergique, truculent, irrévérencieux et drôle ! Son écriture vive se prête tout à fait à ces scènes rocambolesques, les personnages caricaturaux nous conduisent de rebondissements en rebondissements. De la cérémonie funèbre totalement déjantée à la bagarre joyeusement arrosée avec des Gilets Jaunes sur un rond point, rien ne nous est épargné, surtout pas de rire !

Et dans la morosité ambiante, le rire est salvateur ! Alors ne nous privons pas de cette lecture réjouissante.

 

Retrouvez tous les romans de James Holin dont j'ai déjà parlé ces dernières années.

Sacré temps de chien, en 2015, ou l'art de se laisser mener en bateau.

Un zéro avant la virgule, 2016, vous succomberez au charme de la Normandie.

Bleu, saignant ou à point, 2018,  l'art de jouer du couteau ?

Carrément à l'Est, en 2019, un genre un peu différent des autres mais savoureux à souhait.

Pleine balle, 2021 un roman à vive allure, très percutant

Pour en savoir plus sur l'auteur, allez lire en page 11, ce bel article dans le Petit Versaillais.

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Claudie Gallay, Détails d’Opalka

15 Novembre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

Claudie Gallay, Détails d’Opalka

[...] un artiste qui travaille au plus près de sa vie peut rejoindre un universel qui nous bouleverse tous.

Le rendez-vous découverte-culture du lundi a été remplacé par le Prix Goncourt en soirée ! Pour ceux qui suivent, ce rendez-vous manqué ne vous aura pas déçus j'espère ! 

Trêve de plaisanterie, encore une page lecture mais celle-ci est en même temps une page découverte puisqu'il est ici question du récit de Claudie Gallay sur le peintre Roman Opalka.

Certains d'entre vous auront peut-être déjà entendu parler de ce peintre, pour ma part c'est une totale découverte, et je dois reconnaître que j'ai d'abord été décontenancée, je n'arrivais pas à comprendre son travail et encore moins la fascination de l'auteure.

Puis peu à peu, je suis entrée dans le texte de Claudie Gallay, j'ai fait quelques recherches sur Roman Opalka, et finalement, j'ai été très touchée par sa quête jusqu'à la fin, sa fin.

Il va capter le temps, le matérialiser, le magnifier en inscrivant son irréversible progression. Il avancera ainsi vers sa mort en la regardant en face et consacrera à ce tête-à-tête l'intégralité de sa vie.

Pour résumer en quelques mots bien insipides l'œuvre de Roman Opalka, je dirais simplement qu'il a passé sa vie a peindre en blanc des nombres qu'il comptait à voix haute, en s'enregistrant, que son support noir s'est éclairci toujours un peu plus jusqu'à devenir blanc... donc des nombres blancs sur fond blanc.

De plus Opalka à l'issue de chaque séance de travail se prenait en photo, un autoportrait vide de toute expression pour ne pas montrer des émotions mais bien la fuite du temps, ce temps compté comme les secondes d'un sablier infini.

Et une oeuvre multiforme : peinture, voix, photo.

Ses toiles s'appellent Détails suivi d'un nombre, le dernier sera  5 607 249 dans le 233e tableau.

Dans une époque avide de nouveautés, il marche à contre-courant, renonce à surprendre Il ne doute pas. Il érige un monument avec la légèreté d'un marcheur obstiné qui a enfin trouvé son souffle.

Cette découverte m'a particulièrement intéressée et m'a bien sûr donné l'envie de voir les toiles en vrai, j'irai chercher la prochaine fois que je me rendrai au Centre Pompidou, il me semble qu'il y en a au moins une et vraiment, je suis intriguée. 

La fascination de Claudie Gallay pour cet artiste est assez déroutante et en même temps j'ai beaucoup aimé les parallèles qu'elle fait avec son propre travail d'écrivain, non sans une certaine forme d'ironie parfois.

Mais le parallèle entre le peintre et l'écrivain est évoqué clairement, je ne résiste pas à vous citer ce passage :

"L'espoir de créer une œuvre extraordinaire accompagne tout peintre face à une toile "non touchée", une toile encore blanche." écrit Opalka.

Et Claudie Gallay de poursuivre :

"Cette pensée éclaire mot pour mot ce que je ressens en début de chaque roman, la conviction, parce que le premier mot n'a pas encore été posé, parce que rien n'a encore été choisi, décidé, alors que les pages sont toutes vierges, qu'il est possible encore d'écrire un livre fabuleux. A chaque publication, je sais que ce livre parfait n'a pas été écrit et je repars à sa quête, comme Achille courant après sa tortue sans parvenir jamais à la rattraper, s'en approchant seulement. J'écris pour rejoindre une idée de livre idéal, tout mon parcours d'écrivain est lié à cette poursuite."

Ce n'est pas le seul rapprochement que l'auteure fait entre les deux manières de s'exprimer, et je trouve toujours très intéressant de créer des liens entre les arts.

Ses toiles sont la transposition de notre propre usure, elles sont des miroirs, des surfaces de méditation.

Pour établir moi-même un parallèle entre les deux œuvres, il me faudrait relire intégralement les romans de Claudie Gallay, ce que je ne ferai pas tout de suite faute de temps et par excès de gourmandise, il y a tant de découvertes à faire ! Alors si vous en lisez certains et qu'entre temps vous vous soyez penché sur l'œuvre d'Opalka, je compte sur vous pour partager votre ressenti !

Je note tout de même que l'auteure me conduit régulièrement vers la découverte d'artistes contemporains vers lesquels je ne me serais sûrement jamais tournée, je pense notamment à Marina Abramovic, qu'elle évoque dans La Beauté des jours. Mais autant Opalka m'intrigue, autant j'avoue une réticence totale, presque une allergie profonde, aux performances de Marina Abramovic, qui a le don de me mettre très mal à l'aise.

Un récit très intéressant donc, l'écriture de Claudie Gallay rend la lecture agréable malgré un sujet un peu ardu, il faut en convenir. 

Et vous, avez-vous été un jour mené vers un artiste par le biais de la littérature ? 

Je ne peux pas ne pas repenser à ma lecture de l'Oeuvre de Zola, sûrement mon premier choc artistique par les mots !

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