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Les musardises de Parisianne

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Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

24 Septembre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

L'article qui suit date un peu, c'est une re-publication, ce que je fais rarement, mais celle-ci est volontaire.

Après dix ans de silence, Julie Otsuka publie un nouveau roman dont vous aurez sans doute entendu parler, La Ligne de nage, paru dans la Collection Du monde entier de Gallimard.

A cette occasion, j'ai eu la chance, grâce à Babelio, et Gallimard, de recevoir ce livre et d'être invitée ce lundi 26 septembre à une rencontre avec l'auteur. Je vous en reparlerai donc bientôt.

Il me semblait logique, voire nécessaire, de relire ce précédent roman pour me replonger dans l'écriture et l'univers de cette auteure.

Il me reste d'ailleurs à trouver également son premier roman, Quand l'empereur était un dieu paru en 2004 chez Phébus, et que je n'ai pas encore lu.

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

Elles ont entre 12 et 37 ans, viennent de Tokyo, Hiroshima, Hokkaido, de la ville, de la montagne, de la campagne, sont filles de pêcheurs mais aussi de paysans et certaines n'avaient jamais vu la mer... 

Ces jeunes japonaises se retrouvent unies dans l'attente d'une nouvelle vie, toutes sur un navire en partance pour l'Amérique, toutes attendues là-bas par un mari qu'elles n'ont pas choisi mais qui a payé leur dot à leurs familles. Pendant la traversée, inquiétudes et questions alternent avec certitudes d'un avenir meilleur.

à présent nous étions sur le bateau, le passé était derrière nous et il n'y avait pas de retour possible " […] " Si tu reviens, nous avait écrit notre père, tu attireras la honte sur la famille tout entière...

Lorsqu'elles arrivent, les jeunes maris fringants dont elles conservent la photo dans leur kimono sont des hommes fatigués par le labeur, aigris, violents parfois. Rares sont ceux qui ont fait fortune comme elles le pensaient.
Elles ont échappé aux rizières pour travailler dans les champs sous le joug d'exploitants blancs.

Leur rêve ne devient pas réalité "et nous comprenions que jamais nous n'aurions dû partir de chez nous ".

La vie s'écoule, laborieuse toujours, douloureuse souvent,

quelque fois dans son sommeil l'homme posait sur nous ses mains épaisses et noueuses et nous essayions de ne pas nous soustraire à son étreinte. Parfois il ouvrait les yeux dans la lueur de l'aube, voyait notre tristesse et nous promettait que les choses allaient changer. Et nous avions beau lui avoir lancé quelques heures plus tôt : "Je te déteste " alors qu'il nous grimpait dessus dans l'obscurité, nous le laissions nous réconforter car il était tout ce que nous avions. Il arrivait qu'il regarde à travers nous sans nous voir, et c'était là le pire. Est-ce que quelqu'un sait qui je suis ici ?

Effectivement, quelqu'un d'autre qu'un membre de la communauté japonaise s'intéresse-t-il au sort de ces familles ? C'est très rare. Etrangers ils sont, étrangers ils restent, même après de nombreuses années de vie et de labeur sur les terres d'Amérique.
" Ils ne voulaient pas de nous comme voisins dans leurs vallées. Ils ne voulaient pas de nous comme amis. "

Mais ces travailleurs infatigables prennent vite le contrôle de certaines filières de production de légumes, par exemple. Les jalousies se déchaînent alors très vite, entraînant d'inévitables exactions.

Parfois, ils passaient devant nos cabanes et criblaient nos fenêtres de chevrotines, ou mettaient le feu à nos poulaillers. Parfois ils dynamitaient nos remises. Brûlaient nos cultures alors qu'elles commençaient à mûrir...

Malgré les difficultés, des enfants naîtront, certains resteront ancrés dans la tradition japonaise des parents, d'autres seront de vrais petits américains et renonceront à la culture de leurs ancêtres.
Mais tous, à l'heure  de la guerre deviendront des suspects, des ennemis à neutraliser, des espions en puissance. Et alors que pour quelques uns la vie était devenue plus clémente, tout va basculer de nouveau.

" Du jour au lendemain, nos voisins se mirent à nous regarder différemment." "Dans les journaux et à la radio, on commençait à parler de déportation de masse. "

C'est ainsi que les japonais disparaissent des villes et des campagnes où ils étaient installés et que si quelques uns s'inquiètent de leur sort, d'autres disent simplement " il faut bien continuer à vivre "...

Cette vie qui continue voit disparaître peu à peu des mémoires ces déracinés, déportés sans que personne ne sache réellement ce qu’ils sont devenus.

Et au bout d’un moment, nous nous apercevons que nous parlions d’eux au passé. Certains jours, nous oublions qu’ils étaient parmi nous, même s’ils ressurgissent souvent tard le soir, à l’improviste, dans nos rêves.

Ce beau roman, prix Fémina Etranger 2012, s'inspire de la réalité de la vie des nombreux immigrants japonais arrivés aux Etats-Unis au début du XXe siècle. L'écriture sobre fait parler un "nous" qui ne met pas en scène un personnage unique mais bien toutes ces femmes qui s'expriment d'une seule voix pour conter leur vie en une suite de longues énumérations lancinantes. Parfois, l'une d'entre elle se distingue et vient se faire entendre en criant un "je" retentissant alors exprimé au présent, l'ensemble du texte étant par ailleurs à l'imparfait. Puis peu à peu des noms, des prénoms se glissent dans la litanie, un enfant, un mari, un marchand, tous ces anonymes qui surgissent au milieu de ce « nous » collectif pour donner une vie à ceux qui seront vite effacés.

Un roman sur fond d'Histoire qui résonne comme un choeur douloureux sans larmoiement ni pathos. Très fort, très beau et aussi très instructif. Un livre marquant.

Julie Otsuka, Certaines n'avaient jamais vu la mer. Editions Phebus

Prix Femina Etranger 2012

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Une année en livres : voyage en Chine avec François Cheng

17 Septembre 2022, 09:20am

Publié par Parisianne

Une année en livres : voyage en Chine avec François Cheng

Ce bas monde est vraiment d’une diversité incroyable » […] Les visages ne sont pas pareils, il en va de même pour le destin de chacun, les heureux, les malheureux, les enviables, les pitoyables ; est-ce que l’idéal serait que tous aient une figure identique, un destin identique ? Peut-être pas. Si c’était le cas, comment chacun pourrait-il porter un nom ? Comment pourrait-on être saisi devant un homme aux vertus exceptionnelles, ou avoir le cœur qui bat devant une beauté sans pareille ? Ce serait comme de manger chaque jour le même plat. Ce serait le comble de la monotonie et de l’ennui. Plus il y a de gens différents, plus c’est intéressant.

Nous avons tous à un moment ou à un autre entendu François Cheng s'exprimer avec cette manière si attachante qui lui est propre, avec une sagesse que nous ne pouvons que lui envier même s'il dit lui-même qu'il ne cherche pas la sagesse.

Je n'avais jamais pris le temps de lire aucun de ses livres, lorsque par hasard L'Eternité n'est pas de trop a croisé mon chemin et s'est glissé dans ma poche pour mes trajets en métro. 

Lan-ying ouvre sa paume et laisse Dao-sheng y coller la sienne. Instant de muette communion et d'extase hors paroles. L'intimité née de deux mains en symbiose est bien celle même de deux visages qui se rapprochent, ou de deux cœurs qui s'impriment l'un dans l'autre. La corolle à cinq pétales, quand elle éclôt, est un gant retourné de l'intérieur vers l'extérieur, elle livre son fond secret, se laisse effleurer par la brise tiède qui sans cesse passe, ou butiner sans fin par d'avides papillons et abeilles qui accourent. Entre deux mains aux doigts noués, le moindre frémissement bruit de battements d'ailes [...]. La main, ce digne organe de la caresse, ce qu'elle caresse ici n'est pas seulement une autre main, mais la caresse même de l'autre.

De flamme et d'azur, François Cheng et Kim En Joong

De flamme et d'azur, François Cheng et Kim En Joong

Sensiblement à la même période, je visitais le musée Cernuschi, pour y préparer une séance de travail, où se tenait une exposition très belle réunissant François Cheng - académicien et poète d'origine chinoise - et Kim En Joong - peintre et père dominicain d'origine coréenne. L'alliance de la peinture avec la calligraphie et la littérature offrait un ensemble d'une grande sensibilité. Vous pouvez le voir sur les deux photos que je joints à cet article.

La vraie beauté est élan même vers la beauté, fontaine à la fois visible et invisible, qui jaillit à chaque instant depuis la profondeur des êtres en présence. Puisque la beauté est rencontre, toujours inattendue, toujours inespérée, seul le regard attentif peut lui conférer étonnement, émerveillement, émotion, jamais identiques.
La beauté est fragile, Dao-sheng le sait, à ses dépens. Elle advient sur la crête de l'instant. La moindre négligence et elle s'évanouit. Et tant d'éléments extérieurs, brutaux, cruels, qui viennent l'étouffer.

Très vite, la beauté de la langue et la poésie sensible du roman de François Cheng m'ont entraînée. L'histoire est simple, au XVIIe siècle, à la fin de la dynastie Ming, un homme qui n'a pas prononcé ses vœux, quitte le monastère dans lequel il vivait depuis trente ans pour retrouver la seule femme qu'il a jamais aimée, une jeune fille de grande famille dont - pour leur plus grand malheur - il n'a fait que croiser le regard silencieux.

Qu'arrive-t-il quand on n'est plus "en présence" ? La beauté subsiste-t-elle lorsqu'on ne peut plus se voir ? Et qu'en est-il de l'amour qui lui est si proche et si lié ? Comme la beauté, l'amour est rencontre. Qu'arriverait-il si l'amour était privé de la présence ?

Au-delà de ce qui pourrait paraître une simple histoire d'amour, finalement assez banale, l'auteur nous entraîne dans une réflexion humaine, voire spirituelle sur fond d'histoire d'une société chinoise dans laquelle la femme ne s'appartient pas. 

Les échanges entre le principal protagoniste et les missionnaires jésuites sont riches d'humanité et d'interrogations.

De flamme et d'azur, François Cheng et Kim En Joong

De flamme et d'azur, François Cheng et Kim En Joong

Soleil levant, soleil couchant, lune cachée, lune présente, nous ne nous oublierons pas un seul instant, restons à chaque instant ensemble !

Un très beau texte qui nous entraîne dans la découverte d'un amour au-delà de toutes contingences, et nous offre à découvrir un monde d'une grande poésie et d'une extrême violence. 

Un auteur à découvrir assurément pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu.

Nos chemins se recroiseront-ils ? Peu importe. Car nous sommes déjà amis ; nous ne nous oublierons plus.
- En cette vie, et après la mort ?
- Puisque nous partons ensemble pour l'éternité !

François Cheng, L'Eternité n'est pas de trop

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Muriel Barbery, Une Rose seule

10 Septembre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Muriel Barbery, Une Rose seule

Le son de la pluie sur le parapluie lui fit du bien, elle rêva un instant de vivre dans une goutte pleine et close, sans ailleurs ni autrefois, sans perspectives ni désir.

Vous aurez peut-être remarqué que le dernier roman de Muriel Barbery est dans la sélection du Goncourt, alors avant de le lire, je me dois de vous parler de celui-ci, lu il y a quelques temps déjà et beaucoup aimé.

L'histoire en deux mots :

Rose arrive au Japon pour la première fois. Elle vient à la demande de son père qu'elle n'a pas connu et qui à sa mort a laissé une lettre à son intention. La jeune femme doit alors apprivoiser l'idée d'un père marchand d'art contemporain dont elle ignore tout, mais également un pays avec des codes bien particuliers et des merveilles que son père a décidé de lui faire découvrir en la faisant conduire de temples en jardins.

Muriel Barbery, Une Rose seule

La vie est transformation. Ces jardins sont la mélancolie transformée en joie, la douleur transmuée en plaisir. Ce que vous regardez ici, c'est l'enfer devenu beauté.

Un roman qui se passe au Japon donc, et nous offre en plus du voyage un foisonnement d'émotions, de sentiments partagés entre la colère et la joie, la peine et l'incompréhension. Rose va partir en quête d'explications sur sa naissance mais c'est elle qu'elle va trouver, guidée par le bras droit de son père.

C'est beau comme un jardin fleuri, délicat et sensuel.

Je vous invite vraiment, si ce n'est déjà fait, à lire ce très agréable roman avant de vous pencher sur le nouveau.

Muriel Barbery, Une Rose seule

Le Japon est un pays où on souffre beaucoup mais où on n’y prend pas garde. Pour récompense de cette indifférence au malheur, on récolte les jardins où les dieux viennent prendre le thé.

Muriel Barbery, Une Rose seule

Muriel Barbery, Une rose seule. Actes Sud

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La vie des livres

5 Septembre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

La vie des livres

Qui a dit "encore" un sujet sur les livres ?  :-)

Je vous l'accorde c'est un peu une obsession ! et le lundi normalement c'est culture et découverte ! Mais faisons une entorse à la règle que je me suis fixée et que je ne garantis pas de tenir...

C'est un livre en kit dont je vais parler aujourd'hui ! Vous savez, comme les meubles bien connus que nous avons tous un jour eu à monter en râlant un peu.

La vie des livres
La vie des livres
La vie des livres
La vie des livres
La vie des livres

Quelle surprise, en ouvrant un colis, de trouver les pages d'un livre, manifestement ancien, pour protéger son contenu. J'aime tant les livres qu'une telle maltraitance ne pouvait que me faire frissonner, d'autant plus quand j'ai reconnu quelques monuments parisiens parmi les gravures chiffonnées.

Dans le cas présent, j'étais aussi chiffonnée que les pages, le cœur déchiré à l'idée de ce beau livre malmené. Alors, malgré mon peu de goût pour les puzzles, et mon habileté et ma patience plus que limitées, je me suis appliquée à trier les morceaux de ce papier si épais sous les doigts que le simple fait de le manipuler avait saupoudré la table d'une fine poussière blanche.

La qualité du papier dans nos livres d'aujourd'hui n'a pas la tenue impeccable que l'on pourrait espérer, vous y aurez sûrement été aussi sensibles que moi. Et vous savez (pour avoir lu l'article de samedi) qu'en plus j'ai eu le privilège de m'asseoir souvent sur les piles de papier dans l'imprimerie familiale et que donc : J'aime mon confort  !

 

Morceau par morceau, j'ai trié, classé et collé comme je pouvais, parvenant ainsi à reconstituer 21 pages complètes. Il ne manque rien d'autre que les 300 pages supplémentaires constituant l'ouvrage !

Bien vite j'ai vu l'intérêt du document et constaté que dans sa barbarie, l'auteur du massacre avait eu l'amabilité de respecter l'ordre des pages et de m'offrir ainsi quelque chose d'assez cohérent bien que très incomplet !

Mais quel est donc cet ouvrage vous demandez-vous ? Il s'agit d'un guide, écrit en 1890 par un certain Constant Chmielenski, dit Constant de Tours, né en 1850, mort on ne sait quand en 19... et dont le titre : De Paris à la mer : voyage d'un petit Parisien, nous met l'eau à la bouche.

 

La vie des livres

L'amusant dans les fragments qui me sont tombés entre les mains, c'est qu'ils concernent le chapitre La Traversée de Paris, en partant du Pont d'Austerlitz jusqu'à la Concorde, autant dire le cœur de Paris avec les quais et les bouquinistes ! Finalement, j'ai de la chance !

Il s'agit en fait d'un petit bout de la troisième partie du livre, qui en compte huit pour rejoindre la mer au Havre.

Le propos général semble ne pas manquer d'intérêt et les gravures sont très belles. C'est le genre de livre que j'adore feuilleter et dont maintenant je rêve de trouver un exemplaire au cours de mes flâneries chez les bouquinistes ! 

Je ne résiste pas à la gourmandise de cette description du Jardin des Plantes :

La vie des livres
La vie des livres
La vie des livres

Au quai Saint-Bernard, nous faisons la rencontre d'une vieille connaissance parisienne : le Jardin des Plantes. [...]
Le silence de ses allées ombreuses et de ses bosquets paisibles - où se donnent rendez-vous des promeneurs de tout âge, le vieillard, l'étudiant et de jolies caravanes d'enfants - est bien troublé quelques fois par le rugissement des lions, le grognement des ours, le hurlement des loups ; au parfums des fleurs de mêle peut-être l'odeur des fauves de la Ménagerie : ça n'en est que plus agréable.
Quel joyeux souvenir laisse à tous cet aimable pensionnat d'animaux féroces [...]

La vie des livres

Sautant d'une rive à l'autre, empruntant passerelles et ponts, l'auteur nous entraîne au fil de l'eau et m'invite à courir dès que j'en aurai l'occasion, pour découvrir le Square Barye dans lequel le monument à la gloire de ce célèbre sculpteur animalier, grand ami de Delacroix vient, je crois, d'être restauré.

L'Hôtel de Ville, Le Panthéon, la Tour Clovis (beffroi d'Henri IV) et d'autres monuments sont évoqués dans cette partie intitulée "Autour des îles parisiennes". Et bien sûr, Notre-Dame. Là encore, je ne résiste pas à la citation :

Au centre de la Cité se dresse une merveille qui s'appelle Notre-Dame de Paris. "Les grands édifices, comme les grandes montagnes, a écrit Victor Hugo dans un livre immortel, sont l'ouvrage des siècles. Chaque flot du temps superpose son alluvion, chaque race dépose sa couche sur le monument, chaque individu apporte sa pierre."

La vie des livres

Notre-Dame, vaste symphonie en pierre, réunit dans les détails de sa construction toute la série des transformations de l'architecture ogivale. Au-dessus des êtres fantastiques qui habitent éternellement la grande galerie : éléphant, ours, aigle, grands singes groupés autour d'un ange qui semble, comme un berger, jouer du chalumeau pour rassembler son troupeau, des corbeaux d'un noir brillant volent en tous sens et croassent. Heureux d'errer librement dans ce merveilleux domaine, ils courent sur les sculptures, sortent des clochetons où le Temps "ôtant une pierre", leur a creusé un nid...

La vie des livres

Vous aurez, comme moi, été sensibles à la citation de Victor Hugo mais aussi à l'ironie des mots.

Là où Hugo décrit un apport de génération en génération, tant dans la construction naturelle des montagnes que dans l'œuvre des bâtisseurs, nous sommes à l'heure des constatations alarmantes de destruction.

Quant au "chalumeau", terme générique employé au Moyen Âge et à la Renaissance pour désigner les instruments à vent, il ne peut que nous faire frissonner employé pour Notre-Dame dont le tragique incendie de 2019 reste si présent à nos esprits. 

Mais poursuivons notre périple, longeons l'Hôtel de ville en saluant Etienne Marcel sur son cheval, l'Hôtel-Dieu, le Tribunal de commerce et le Marché aux fleurs avant de poursuivre vers la Conciergerie et le Pont Neuf qui supporte les mascarons de Germain Pilon !

Entre les palais de la chicane et la maison hospitalière s'encadre le luxuriant Marché aux fleurs ; souvent les parterres débordent, inondant de roses, de lilas, de marguerites ou de géraniums les quais et les ponts voisins, fleurissant les parapets sous les fenêtres des pauvres malades, embaumant l'air autour des grilles et de la lourde porte en ogive de la prison de la Conciergerie, enveloppant de parfums les créneaux de la Tour de César et les chapeaux pointus des Tours d'Argent et Bon-Bec.

La vie des livres
La vie des livres
La vie des livres

En 1792, Henri IV et son cheval furent métamorphosés en canons, et plus tard, Napoléon Ier, descendu de la colonne Vendôme, fut fondu à son tour et du bloc sortit un nouvel Henri IV à cheval, qu'à l'aide d'une souscription populaire on replaça en 1818 sur le Pont-Neuf. [...] La seconde arche de la rive droite était jadis flanquée d'une pompe, "La Samaritaine", dont un établissement de bains flottant nous conserve le nom. [...] Sur les demi-lunes, longtemps furent installées des boutiques de marchands en plein vent et sur ses trottoirs autrefois fourmillaient, dans un tohu-bohu pittoresque, baladins et chanteurs de "ponts-neufs". Le Pont-Neuf s'est assagi en vieillissant, mais il est toujours solide et soutient sa réputation passée en proverbe "se porter comme le Pont-Neuf [...].

La vie des livres
La vie des livres

Sur la rive gauche de la Seine, du Pont Saint-Michel au Pont-Neuf, le quai des Grands-Augustins aligne ses beaux arbres touffus qui protègent contre les coups de soleil les amateurs de vieux livres et qui étendent leur feuillage jusqu'au dessus des pénichiens, ces nautae de Lutèce groupés dans le port entre les bouquinistes de la rive gauche et les orfèvres d'en face.

Comme au rythme lent d'un bateau se laissant porter par le fleuve, nous poursuivons le voyage en regardant défiler sous nos yeux le panorama parisien. Ici le Louvre, les galeries du bord de l'eau, les guichets du Carrousel, là le quai de la Mégisserie (sans mégissiers) ou encore le Palais de l'Institut ; levant parfois les yeux pour admirer la jupe d'un pont, se retournant pour regarder le chemin parcouru et le coeur historique, la Cité.

Le Pont des Arts, qui va du Louvre à l'ancien Palais des Arts aujourd'hui Institut, est le premier pont de ce genre qui ait été fait en France. Il date de 1804 ; son plancher de bois, bordé d'une balustrade de fer, surmonte des arches en fer scellées dans les piles de pierre ; le profil en est très léger.

La vie des livres

Le Palais de l'Institut occupe l'emplacement de l'Hôtel et de la fameuse Tour de Nesle ; la paix, l'étude et le recueillement ont succédé aux crimes légendaires de la tour ! C'est aujourd'hui le temple de nos "immortels" qui, au nombre de quarante, forment l'Académie française. Mais c'est aussi le Palais des quatre autres académies : l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, l'Académie des Sciences, l'Académie des Beaux-Arts et l'Académie des Sciences morales et politiques. Rien ne manque à sa gloire, il manquerait à celle des bouquinistes, s'il ne trônait pas au milieu d'eux. Depuis le Quartier-Latin jusqu'au Pont-Royal, s'étalent sur les bords de la Seine non seulement le bric-à-brac de la littérature et de l'art, trésors égarés sur les parapets...

La vie des livres

C'est une flânerie fort plaisante que nous a offert, sans le vouloir, celui qui a déchiré les pages d'un livre pour en protéger un autre ; je me suis prise au jeu de cette redécouverte poétique de ces lieux que, pour ma part, je parcours régulièrement.

Vous aurez, je l'espère eu autant de plaisir que moi, et si votre curiosité est piquée, n'hésitez pas à vous rendre sur Gallica, le livre est en consultation libre, je vous ai mis le lien ci-dessous, sur le titre de l'ouvrage.

Je me réjouis pour ma part de savoir que ces pages meurtries qui étaient destinées à finir à la corbeille, changeront bientôt de main pour une renaissance d'un autre type. Mais ça c'est une autre histoire !

Constant de Tours, Voyage d'un petit parisien. De Paris à la mer. Paris, Emile Gaillard, 1898

Léon Rudnicki (1873-1958) - peintre, décorateur et illustrateur. Après un passage à l'Ecole de Arts décoratifs, il se spécialisera dans l'illustration, notamment de nombreux livres d'art. Il participe également à la réalisation d'une partie des fresques de l'Opéra de Vichy.

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Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !

3 Septembre 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !

Hier, je flânais dans la bibliothèque en attendant que mon bricoleur de mari m'arrange un détail technique dans mon bureau lorsque je suis retombée sur ce livre que j'aime particulièrement, tant d'ailleurs que peut-être je vous en ai déjà parlé, je n'ai pas vérifié mais tant pis, deux fois, de toute façon, valent mieux qu'aucune !

Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !

Ecrire le monde, la naissance des alphabets, de Nouchka Cauwet, vous trouverez les références en fin d'article, la maison d'édition n'existe plus mais j'espère que le livre poursuit sa vie tant il est beau et intéressant.

C'est un livre pour enfants, me direz-vous ! Certes, mais justement, c'est là que c'est intéressant, parce que c'est un livre qui ouvre au monde des mots en parlant de la naissance des alphabets, donc de l'écriture, donc de la communication, donc un livre qui ouvre à la vie !

La musique qui s'échappe du piano est bleue. Elle envahit l'espace qui, peu à peu, disparaît. Seules se détachent sur un fond blanc les lettres qui écrivent le nom d'un musicien, Mozart, et quelques touches de piano.
Si l'on représentait un autre instrument : un basson, une trompette, une flûte, un tambour ou un violon, de quelle couleur serait leur musique ?

Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !

Petite-fille et fille d'imprimeur, les lettres... je suis tombée dedans quand j'étais toute petite, j'ai appris à marcher dans l'encre, j'ai lu mes premiers livres perchée sur des piles de papiers dans l'atelier de l'imprimerie familiale, et même si seuls des documents techniques passaient entre nos mains, la notion d'écrit a toujours été pour moi une évidence.

Lorsque mon fils était petit, j'adorais dénicher pour lui toutes sortes de livres que nous regardions ensemble, le soir, avant d'aller dormir. Il a appris à reconnaître les lettres de son prénom sur la porte de sa chambre, nous ne manquions jamais de nous arrêter pour épeler : G - U - I - L - L - A - U - M - E reconnaissez que nous avons été très forts, il avait déjà presque toutes les voyelles !

Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !

Mais revenons à notre livre ! Il démarre par un joli conte, l'histoire de la déconvenue d'une petite fille dont le message dessiné pour son frère est interprété à l'envers par ce dernier. Un quiproquo qui amuse tous les adultes mais pas la petite inuit qui a complètement manqué son effet et se demande "comment transmettre un message à quelqu'un qui est loin, et être sûr qu'il comprenne ce qu'on veut lui faire savoir ?"

Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !

Le livre nous entraîne dans les évolutions de l'alphabet en présentant chaque lettre dans ses différentes écritures, en donnant quelques explications et en offrant la lecture d'un extrait de poème (manuscrit par des enfants) puis une illustration par un artiste de l'époque moderne.

Cahier de 1932 de ma grand-mère née en 1920

Cahier de 1932 de ma grand-mère née en 1920

Ainsi présenté, cela peut paraître un peu savant pour des enfants, c'est vrai mais il ne faut pas s'arrêter à ça, non ? Il suffit de savoir leur présenter avec délicatesse pour piquer leur curiosité.

C'est beau, fin et intelligent. C'est aussi ludique puisque de petites questions sont posées qui n'attendent pas de réponses savantes.

Deux peuples ont joué un rôle important pour faire connaître l'écriture alphabétique : les Phéniciens et les Grecs. Habiles marins, ils sillonnaient les mers et faisaient du commerce. Ils eurent beaucoup de contacts avec le monde extérieur. Les Grecs inventèrent les voyelles et choisirent d'écrire de gauche à droite, après avoir écrit, comme les Phéniciens de droite à gauche puis boustrophédon*, c'est-à-dire en avançant alternativement de gauche à droite et dans le sens opposé.

* chouette en plus on a un superbe mot pour le scrabble ! 

Boustrophédon, vous connaissiez ? Pour moi c'est une découverte ! Mais si l'un d'entre vous passe à Chartres, la verrière de la Passion de la cathédrale Notre-Dame doit être lue en boustrophédon ! J'irai vérifier dès que possible !

Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !

Le livre se termine par le Voyage des alphabets pour nous expliquer la découverte des premières écritures dans le Sinaï vers 1500 av. J.C. et s'achève sur les alphabets que nous connaissons : l'alphabet grec, cyrillique, hébreu, arabe et les caractères chinois (ceux que je vous ai mis ci-dessus).

Alors petits ou grands, n'hésitez pas, découvrez, écrivez, dessinez la vie en lettres !

Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !
Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !

Araméens, Nabatéens et Hébreux ont vécu sur la même terre à la même époque. Ils ont échangé des marchandises mais aussi des paroles. Cela explique que l'on puisse entendre aujourd'hui encore certains mots prononcés de la même façon en arabe et en hébreu. Seule l'écriture diffère.

Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !
Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !
Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !
Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !

Ecrire le monde, la naissance des alphabets de Nouchka Cauwet et illustré par Patricia Reznikov, chez Belem Editions 

Une année en livres et tant de mots pour Ecrire le monde !

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Une année en livres et 555 sonates de Scarlatti

27 Août 2022, 15:49pm

Publié par Parisianne

Une année en livres et 555 sonates de Scarlatti

[...] une bibliothèque est un corps mobile, toujours en mouvement, où les livres naviguent, tanguent, s'engloutissent et réapparaissent. On ne compte pas les fantômes, les égarés dans un rayonnage où on les retrouvera dix ans plus tard, sans parler des pièces qui tombent en miettes quand on les ouvre pour la première fois depuis deux siècles.

555, Hélène Gestern, ce livre avait retenu mon attention dans un exemplaire de Page des Libraires puis je l'avais oublié, merci eMmA de l'avoir évoqué sur le groupe que nous fréquentons, Un Café, un livre une ville.

Pas de pièces non ouvertes depuis deux siècles dans ma bibliothèque mais des livres fantômes et des fantômes de livres, sans aucun doute !

La musique ne pouvait exister que dans l'immensité du silence intérieur

Hélène Gestern, 555

Cette sonate est un tourbillon émotionnel qui mélange l'exultation, l'apaisement, l'allégresse. La joie qui s'y exprime est pénétrée d'ombres ; Dieu sait de quelles douleurs le compositeur a nourri l'or et la lumière qui font vibrer sa musique.

Manig Terzian dans 555 de Hélène Gestern

Vous l'aurez compris, la musique de Scarlatti est au cœur de ce roman choral. Cinq personnes liées malgré elles par l'amour de la musique et une quête - quête de perfection, de rédemption, de reconnaissance, de pouvoir aussi d'une certaine manière - mais une quête matérialisée par une partition trop brièvement apparue et sur laquelle chacun fonde de nombreux espoirs pour arriver à ses fins ou étancher sa soif de gloire ou de pouvoir, de vie ou de survie.

Grégoire Coblence, menuisier ébéniste talentueux et dépressif depuis le départ de sa femme ; Giancarlo Albizon, luthier d'excellence, séducteur, menteur et joueur ; Manig Terzian, claveciniste virtuose vieillissante spécialiste de Scarlatti : Rodolphe Luzin-Farge professeur et musicologue ambitieux également spécialiste de Scarlatti ; Joris De Jonghe collectionneur richissime et désabusé depuis la mort de son épouse mélomane. Tous ont un amour réel pour la musique de Scarlatti, chacun a ses raisons propres.

Lorsque Grégoire Coblence trouve, dans la doublure de l'étui très ancien d'un violoncelle qu'il doit restaurer, une partition ancienne, son instinct l'incite à y voir une découverte majeure dont il s'ouvre à son associé le luthier. D'abord désintéressé, ce dernier comprendra la valeur de l'œuvre en écoutant la célèbre Manig Terzian lors d'un déchiffrage impromptu. Il n'en faut pas plus pour faire de ces quelques notes un trésor qui ne manque pas de disparaître très vite lors d'un vol dans l'atelier du luthier.

Une année en livres et 555 sonates de Scarlatti

Cinq versions d'une même quête donc, qui nécessite d'être attentif au narrateur qui prendra la parole dans les différents chapitres. Cela peut-être un peu déstabilisant au départ, mais l'on s'habitue assez vite à la tonalité de chacun, la nonchalance dépressive de Grégoire n'étant pas difficile à repérer face à l'assurance orgueilleuse du musicologue ou à l'angoisse du luthier criblé de dettes et qui a laissé s'échapper la poule aux œufs d'or.

Au milieu de ce quintet, une voix s'invite tel un chef d'orchestre qui semble au départ mener la danse. Rapidement, des indices permettent de deviner qui tire les ficelles, la question reste de savoir si la merveilleuse sonate qui trouble tant d'esprits est ou non la 556e sonate de Scarlatti.

Je ne crois pas à la postérité des êtres. La gloire, la célébrité sont des hochets pour grandes personnes. Se croire immortel parce qu'on a gravé quelques disques n'est qu'une idiotie, une preuve supplémentaire de la vanité humaine. En revanche, je sais que la musique, la mémoire sonore de la musique, telle qu'on l'a transmise dans les comptines fredonnées au berceau, les chants, les rituels, avant de commencer à la déposer sur des rouleaux de cire il y a cent vingt ans, n'a pas d'âge.

Ce roman qui se lit et s'écoute - merci la technologie qui permet de vite trouver le morceau cité - offre un très agréable moment. Le style est plaisant, l'histoire bien menée. J'ai retrouvé avec émotion la référence au violoncelle de guerre de Marcel Maréchal, et l'évocation bouleversante du camp de Terezin. J'ai aimé l'interaction entre les personnages qui se dévoilent à travers le regard de l'autre, attachants ou antipathiques, là n'est pas la question, ils sont des vies.

J'ai un regret malgré tout, celui de n'avoir pas entendu à nouveau LA sonate en épilogue, pour replonger avec les différents protagonistes dans l'émotion premier du concert.

Ce furent trois minutes de beauté pure, de grâce suspendue, un de ces moments magnétiques qui abolissent la distance entre la musique, l'interprète et son public. Comme un corps gigantesque, la salle absorbait les mesures, se laissait happer, embraser, subjuguer par cette énergie neuve [...]
Cette femme m'avait rappelé que, malgré les coups de poignard, malgré les outrages que la vie nous inflige, elle pouvait encore, sans prévenir, nous inonder de joie, pour peu qu'on accepter de la laisser venir à soi.

Hélène Gestern, 555 aux  Editions Arléa. Vous pouvez y aller les yeux et les oreilles grands ouverts !

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Une année en livres

20 Août 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Une année en livres

Livre ne veut pas nécessairement dire lecture ! Comme vous, j'imagine, il y a dans ma bibliothèque des livres que je me contente de parcourir sans les lire totalement, ces livres dans lesquels parfois se trouvent glissés une fleur séchée, un ticket de cinéma ou de métro, un billet de musée, une vieille photo ou un mot doux ! Vous penserez peut-être des livres d'art, des romans inachevés voire même à des manuels techniques. Pas trop de technique en ce qui me concerne, mais de nombreux manuels de langue et de littérature, les fameux Lagarde & Michard en tête, avec vous le voyez sur la photo, un doublon pour le XVIIe siècle puisque, il me semble en avoir déjà parlé, celui de ma maman a rejoint mes étagères.

Deux nouveaux manuels un peu particuliers viennent de s'installer dans mon bureau.

Une année en livres

Quelques mots sur ces livres qui appartenaient à mon beau-père décédé dernièrement à la porte de ses 99 ans.

Dr Hermann Schierding & Dr. Paul Vrijdaghs, La France et les Français, Anthologie de civilisation moderne.

 

Né en 1923, il avait 20 ans quand il a été envoyé à Berlin en tant que dessinateur industriel dans le cadre du STO. La première page intérieure du livre indique de sa main : Berlin den 28 April 1944.

Vous pouvez voir sur la photo une carte de "contrôle" tristement estampillée. Il s'agit non pas d'un laisser-passer mais d'une carte d'autorisation d'envoi de courrier vers la France. Il est bien précisé que si cette carte est perdue, elle n'est pas remplacée, que seule le retour de la carte entièrement remplie permettra d'en obtenir une nouvelle. Il y a à l'intérieur 24 cases, 13 sont remplies et datées entre mars 1944 et janvier 1945.

Venons-en maintenant au livre en lui-même.

Une année en livres

Mes recherches sur les auteurs n'ont rien donné malheureusement, j'essaierai d'en savoir plus mais pour le moment rien à dire.

Le livre date de 1930, la maison d'édition Georg Westermann, du nom du libraire qui va fonder la maison en 1838, existe toujours, c'est semble t-il aujourd'hui une grosse maison, je vous mets ci-dessous le lien, si comme moi vous êtes curieux de ces découvertes.

Dans la composition du présent manuel, nous nous sommes conformés aux prescriptions du Ministère prussien de l'Instruction Publique, en vertu desquelles l'enseignement des langues vivantes doit être, surtout dans les classes supérieures, orienté vers la compréhension du génie national et familiariser les jeunes gens avec le caractère et la mentalité du peuple dont ils apprennent la langue.

Nous avons donc là un manuel scolaire de 1930, écrit suivant les prescriptions du Ministère prussien de l'Instruction Publique, et qui se trouve, en 1944, entre les mains d'un jeune français prisonnier qui s'est fait " cueillir comme un bleu que j'étais, en sortant de chez moi " (citation de mon beau-père dans ses derniers jours, j'ai eu la chance de passer plusieurs heures avec lui et de l'entendre raconter encore, j'ai dans mon téléphone une série de petits enregistrements de sa voix).

Les citations que vous pouvez lire sont extraites de l'Avant-propos des auteurs. 

Nous nous sommes donc efforcés de dresser un tableau de la civilisation française moderne sous ses aspects les plus variés, dans une série de textes choisis pour la plupart dans les œuvres les plus marquantes du XIXe et XXe siècles.

Le livre est réparti en 11 chapitres que je vous liste ici parce que c'est vraiment intéressant de voir ce découpage. Rappelons que le propos est littéraire, ce sont donc essentiellement des extraits d'œuvres. Rassurez-vous, je ne vous ferai pas le détail de chacun mais je vous donnerai tout de même quelques exemples !

Chapitre I : Origine et caractère de la nation française et de sa langue
Chapitre II : Quelques aspects régionaux de la France
Chapitre III : Types sociaux
Chapitre IV : Religion. Famille. Sens moral
Chapitre V : Culture artistique et littéraire
Chapitre VI : Patrie
Chapitre VII : La guerre et les idées pacifistes
Chapitre VIII : L'Allemagne et les Allemands vus par les Français
Chapitre IX : Les deux Empires
Chapitre X : Secousses politiques et économiques
Chapitre XI : Pages coloniales

Suivent la notice biographique et les notes

On comprendra que nous ayons dédaigné les aberrations de certains "écrivains" dadaïstes et autres, puisque leurs excès ne survivront pas au déséquilibre psychique qui caractérise notre époque.

Je disais que le propos est littéraire, il y a quelques exceptions. Chacun des chapitres offre une succession d'extraits de textes, on y trouve dans le désordre Boileau, Mme de Staël, Victor Hugo, Gustave Flaubert, René Bazin (oncle d'Hervé), Guy de Maupassant, Emile Zola, Pierre Loti, René Benjamin, Paul Claudel, Paul Verlaine, Théophile Gautier, Edmond Rostand, Anatole France, et je ne les cite pas tous. Nombreux sont ceux qui nous sont aujourd'hui inconnus, il faut bien le reconnaître.

J'ai quand même remarqué que deux extraits de Goncourt figuraient dans les textes cités : René Benjamin avec Gaspard, prix Goncourt 1915, dans le chapitre Types sociaux, et Henri Barbusse avec Le Feu, prix Goncourt 1916, dans le chapitre La guerre et les idées pacifistes.
 

A de rares exceptions près nous nous sommes bornés aux textes littéraires, ceux-ci étant les seuls qui joignent la valeur documentaire aux qualités esthétiques et éducatives et qui puissent contribuer à la fois à la formation de l'esprit et à celle du goût.

Il y a également des textes tirés de proclamations de Napoléon 1er, la Marseillaise dans son intégralité, des discours (l'Amour de la patrie de Gambetta 1872), des extraits d'articles de journaux et de manuels reconnus comme Histoire de la civilisation française de Alfred Rambaud (historien, politicien et professeur à la Sorbonne).

On y trouve aussi des extraits de journaux, L'Intransigeant, Le Matin.

Le chapitre Culture artistique et littéraire, vous ne serez pas surpris que ce chapitre ait retenu toute mon attention, cite des entretiens de Rodin réunis par Paul Gsell qui donneront lieu à un livre.

Un extrait de la table des matières pour que vous vous fassiez une idée

Un extrait de la table des matières pour que vous vous fassiez une idée

Dans certains chapitres se fait encore entendre l'écho déjà lointain des canons de la grande guerre. Comment aurait-il pu en être autrement ? [...] L'objectivité et l'impartialité nous commandaient par conséquent d'accorder également la parole aux hommes qui représentent une tendance d'apaisement et de conciliation. Par le même souci d'objectivité nous n'avons pas laissé sans le contre-poids d'opinions plus pondérées les manifestations d'une chauvinisme échevelé qui foisonnent dans les œuvres des meilleurs écrivains.

Une année en livres

Ce second livre sera évoqué plus rapidement, vous comprendrez aisément pourquoi, il s'agit en fait d'une grammaire. On ne vit pas en Allemagne plusieurs années sans apprendre la langue, mon beau-père travaillant en bureau d'études était logé chez l'habitant. Il a eu beaucoup de chance, il me semble, il a toujours été bien traité. Il était si jeune !

Ce qui est émouvant dans ce livre de 1942, c'est que figurent les adresses et le nom des personnes qui l'hébergeaient. Deux d'entre elles sont rayées avec une annotation dans la marge " Hausgebombt Verbrannt " détruite par bombardement, incendiée.

Je vous mets simplement quelques images de l'ouvrage, pour le plaisir de l'écriture gothique.

Une année en livres
Une année en livres
Une année en livres

L'article est un peu long mais j'espère que vous aurez eu plaisir à me suivre. 

Vous imaginerez sans difficultés le plaisir que j'ai eu à entrouvrir les portes de l'Histoire par le biais de notre petite histoire familiale. J'écoutais toujours volontiers mon beau-père se raconter, il avait presque l'âge de mon grand-père, et sa longévité nous offrait une traversée du siècle si riche.

 

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Une année en livres : Akira Mizubayashi

13 Août 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Akira Mizubayashi est un auteur japonais mais il écrit aussi en français, c'est le cas pour les deux superbes romans qui vont nous occuper aujourd'hui.

Violon d’étude de ma grand-mère pour complice

Violon d’étude de ma grand-mère pour complice

La mélancolie est un mode de résistance, déclara Yu. Comment rester lucide dans un monde où l'on a perdu la raison et qui se laisse entraîner par le démon de la dépossession individuelle ?

Akira Mizubayashi, Âme brisée

Si vous cherchez comme moi le mot "âme" dans le dictionnaire, vous trouverez de nombreuses entrées religieuses et philosophiques, bien sûr, tous ces sens auxquels on pense en priorité, avant d'évoquer une acception plus concrète (c'est le mot utilisé dans le dictionnaire) que voici : "Partie essentielle, vitale d'une chose."  C'est très concret ça la partie vitale !

Viennent ensuite les différentes utilisations : en musique pour désigner le petit cylindre de bois calé sous le chevalet entre les deux tables d'un violon, ou le noyau d'une statue, ou encore l'évidement intérieur d'une bouche à feu, on parlera alors de l'âme d'un canon.

Le titre du premier roman Âme brisée, joue donc sur tous ces sens à la fois mais c'est sans aucun doute possible notre coeur qu'il touche au plus profond.

Rei a onze quand en 1938, la répétition du quatuor sino japonais, dans lequel son père joue du violon, est interrompue par des soldats qui soupçonnent les musiciens interprétant de la musique occidentale de comploter contre leur pays. Les adultes sont arrêtés, Rei qui a eu le temps de se cacher n'est pas trahi par le militaire qui le trouve dans l'armoire où il s'est réfugié et qui lui rend le violon détruit de son père.

Le quatuor travaillait le quatuor à cordes en la mineur opus 29 de Schubert, dit "Rosamunde".

Le petit garçon est adopté par un ami français de son père et rapatrié en France, il grandit et devient luthier. Un seul objectif : rendre son âme au violon de son père.

La musique est bien sûr très présente dans ce roman, mais l'histoire aussi, et la quête de soi à travers la quête de l'autre. Un roman plein de sensibilité, que j'ai relu pour l'occasion, ce qui m'arrive assez rarement !

 

Ecouter la Huitième [symphonie de Chostakovitch] n'est pas une expérience facile, bien au contraire. Mais cela est nécessaire, me semble-t-il, dans un monde comme le nôtre toujours broyé par des conflits meurtriers, toujours menacé de disparition, alors que nous avons connu par le passé des catastrophes apocalyptiques.

Akira Mizubayashi, Âme brisée

Une année en livres : Akira Mizubayashi

Reine de coeur, le second roman d'Akira Mizubayashi, explore des thèmes similaires, le parcours du jeune héros est par contre inversé. Etudiant au conservatoire de Paris, il rentre au Japon en 1939 au moment du conflit sino-japonais, laissant dans la capitale française, Anna, l'amour de sa vie.

La musique une fois encore est prédominante, le texte fort beau et l'histoire bouleversante. La transmission, la quête de soi sont là encore merveilleusement traités avec beaucoup d'émotion.

 

Il a fini par se détester... Il veut donc se fuir, s'éloigner de lui-même, du pays qui le fait exister tel qu'il se voit sous l'habit d'un soldat de l'empereur... C'est la raison pour laquelle il veut fuir sa propre langue... Fuir sa langue, c'est s'évader de son pays, d'une certaine manière... Il parle d'ailleurs de son envie de déserter... Mais il sait très bien que c'est impossible. C'est pour ça qu'il s'est réfugié dans la langue d'Anna qu'il a la chance de connaître.

Akira Mizubayashi, Reine de coeur

Si mon article vous offre tant de choses à écouter, ce n'est pas un hasard. La musique accompagne ces lectures. Mais il est une autre musique qui domine, c'est celle de la langue, la langue dans laquelle on naît, celle que l'on découvre, que l'on apprend, que l'on oublie.

Je vous l'ai dit, Akira Mizubayashi est né au Japon et écrit en français. Le travail formidable qu'il a dû faire pour en arriver à maîtriser si parfaitement notre langue mais aussi la culture française, si éloignée de sa culture de naissance, a certainement été énorme. J'ai eu pour ma part un immense plaisir à sentir dans ces romans les nuances subtiles qui séparent nos deux cultures pour mieux les réunir à travers les mots.

Je vous invite vraiment, si ce n'est déjà fait, à découvrir cet auteur.

Bonne lecture !

 

Nous devrions être égaux devant la langue et dans la langue.

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Une année en livres 3 : voyage au Pays du soleil levant !

30 Juillet 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Une année en livres 3 : voyage au Pays du soleil levant !

Un goût prononcé pour les auteurs japonais, ça se remarque tout de suite dans ma bibliothèque où une étagère, trop petite, leur est consacrée et que quelques autres se sont glissés au gré des éditions dans d'autres rayons.

Quatre auteurs, quatre univers

Toshikazu Kawaguchi, Tant que le café est encore chaud,

Kazuo Ishiguro, Klara et le soleil,

Mitsuyo Kakuta, La maison dans l'arbre.

Hiraide Takashi, Le Chat qui venait du ciel

Une année en livres 3 : voyage au Pays du soleil levant !Une année en livres 3 : voyage au Pays du soleil levant !Une année en livres 3 : voyage au Pays du soleil levant !

Sous l'effet de l'attraction terrestre, l'eau coule de haut en bas. Nos âmes exercent une force d'attraction, elles aussi. Face à quelqu'un qu'on estime et en qui on a confiance, on ne peut pas mentir. On ne peut pas s'empêcher de se montrer sous son vrai jour. En particulier dans les moments où on essaye de cacher sa tristesse ou ses faiblesses.

Toshikazu Kawaguchi, Tant que le café est encore chaud

Toshikazu Kawaguchi, Tant que le café est encore chaud est un roman qui flirte avec le fantastique. L'auteur nous entraîne dans un café un peu à l'écart de l'agitation de la ville et dans lequel se retrouvent beaucoup d'habitués mais aussi des égarés de passage, en recherche d'un passé à faire renaître. Les conditions à remplir pour y parvenir sont nombreuses et très strictes, la première étant que la rencontre dans le passé n'aura en aucun cas d'impact sur le présent, la seconde condition vous l'aurez deviné, est la nécessité d'être "rentré" tant que le café est encore chaud. On croise donc ici des personnages en souffrance qui éprouvent le besoin de dire ou d'entendre un proche disparu ou souffrant de troubles de la mémoire par exemple, tout en sachant que cette rencontre ne pourra pas faire changer le cours des choses.

Un thème un peu déroutant donc, mais une lecture agréable.

Nous sommes tous les deux des êtres sensibles. Nous ne pouvons pas nous en empêcher. Notre génération reste attachée aux sentiments d'avant. Une partie de nous-même refuse de lâcher. C'est la partie qui s'obstine à croire qu'il y a quelque chose d'inatteignable au fond de chacun d'entre nous. Quelque chose d'unique, qu'il est impossible de transférer.

Kazuo Ishiguro, Klara et le soleil

Kazuo Ishiguro, Klara et le soleil, nous allons cette fois dans le futur avec unroman qui m'a un peu dérangée par son côté science fiction que l'on touche du bout des doigts mais que l'on voit parfois arriver à grands pas.

Il y a beaucoup de poésie malgré tout et Klara, bien qu'elle soit un humanoïde, autrement appelée AA Amie Artificielle, exprime des sentiments qui la rendent attachante.

C'est cette dualité entre le possible et l'impossible qui rend ce roman aussi intéressant que dérangeant. 

Yoshitsugu, dans sa tête embrumée de sommeil, se disait que fonder une famille ne donnait pas forcément de racines, et cette idée le fit tressaillir. Et alors, c'était quoi ? C'était l'espoir. La réponse lui était venue instantanément. Mais oui, c'était cela l'espoir.

Mitsuyo Kakuta, La maison dans l'arbre

Mitsuyo Kakuta, La maison dans l'arbre. Ce superbe roman est le plus intéressant du point de vue de l'histoire du Japon. Il est ici question de la découverte par un jeune garçon de l'histoire de sa famille, ces japonais partis en Manchourie pour réaliser "L'Harmonie au sein de la Grande Asie", et rentrés comme des parias avec une famille fondée presque malgré eux.

C'est un roman qui nous dit beaucoup sur la perte des racines, les vies parallèles au sein d'une même famille.

Globalement très sombre, parce qu'il faut bien le dire, à aucun moment on ne voit de lueur d'espoir, mais une belle étude de caractères et surtout une découverte d'un pan d'Histoire que pour ma part j'ignorais.

Yasuda lui avait appris que les relations humaines s'instauraient dans le dialogue, le rire, la plaisanterie, et pas seulement dans les ordres et les coups.

Mitsuyo Kakuta, La maison dans l'arbre

Une année en livres 3 : voyage au Pays du soleil levant !

A me trouver plongé dans une atmosphère vidée de toute vie, où les objets quotidiens avaient presque disparus, la présence de la maison elle-même se faisait plus dense. Justement parce que ce n'était pas ma maison, je percevais une présence, intense et mystérieuse, qui imprégnait les murs.

Hiraide Takashi, Le Chat qui venait du ciel

Hiraide Takashi, Le Chat qui venait du ciel. Pour fermer momentanément ce chapitre nippon, ce petit roman à la lecture facile et plein de poésie. La rencontre d'un jeune couple avec un jardin et un chat. C'est joli, c'est doux et pourtant c'est la vie aussi, donc parfois cruel comme un chat qui attrape un oiseau ! 

Les êtres nobles ne songent pas à écarter les autres pour s'ouvrir un chemin. Il devait aussi lui sembler que les temps allaient dans le sens d'une mise à l'écart des purs.

Hiraide Takashi, Le Chat qui venait du ciel

Nous aurons l'occasion de reparler de la littérature japonaise, notamment de Aki Shimazaki qui m'avait, par un de ses jolis romans, guidée vers l'ikebana, mais aussi de cet écrivain japonais francophone que j'aime beaucoup, Akira Mizubayashi.

 

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Une année en livres et quelques Goncourt

25 Juillet 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Une année en livres et quelques Goncourt

Chaque fois qu’il faisait mérienne, c’était la même chose… Est-ce qu’il ne pourrait donc plus jamais se défendre de ses rêves ? Est-ce qu’il ne pourrait plus jamais dormir d’un bon sommeil d’homme tranquille et las ?

Ernest Pérochon, Nêne

Que serait une année de lecture sans quelques Goncourt ? Vous vous souvenez de ma quête, il ne me manque plus que 17 livres pour achever ma collection, mais je n'ai pas eu beaucoup le loisir de chercher ces derniers mois. Les années manquantes étant bien entendu les plus anciennes, ce sont également les plus difficiles à trouver et, dans la mesure du possible, je préfère avoir affaire aux bouquinistes en chair et en os plutôt qu'à des ventes en ligne, ces dernières offrant leur lot de surprises, pas toujours plaisantes.

Ma dernière aventure avec un bouquiniste sur un site réservé à la vente de livres anciens, un exemplaire du Goncourt 1920 vendu pour broché propre et édité l'année du prix, or il s'agit d'un livre relié abîmé, édité postérieurement. Ce n'est pas la fin du monde, je vous l'accorde, mais j'aime pouvoir faire confiance. Mon message de constat agacé est bien sûr resté sans réponse. Là encore, ce n'est pas correct, d'autant que je ne réclamai ni remboursement ni rien et que j'ai pris le livre tel quel, les exemplaires de ce Goncourt dans une édition ancienne ne sont pas aisés à trouver, la somme déboursée dérisoire n'exclut pas le respect de l'acheteur.

Une année en livres et quelques GoncourtUne année en livres et quelques GoncourtUne année en livres et quelques Goncourt

J'ai appris que l'existence est dominée par les malentendus, qu'ils en sont le poison essentiel.

Lucien Bodard, Anne-Marie

Trois Goncourt, donc, trois époques aussi !

1920, Nêne de Ernest Pérochon, un roman au parler désuet, une histoire de cœurs simples, pleins de générosité et de bonté, qui poussés à l'extrême peuvent commettre des actes irréparables. Vous noterez l'édition récente sur la photo, trouvée chez un bouquiniste avant l'édition plus ancienne.

1981, Anne-Marie de Lucien Bodard, changement de monde pour ce roman qui nous entraîne de la Chine à Paris dans un monde d'apparences et de faux-semblants, un monde dans lequel Anne-Marie brille au point de consumer son jeune fils. Un roman très fort sur l'amour filial sacrifié aux mondanités, une écriture magnifique.

2021,  La plus secrète mémoire des hommes, de Mohamed Mbougard Sarr. Celui-ci, le dernier, vous en avez forcément entendu parler. Un livre brillant, magistralement écrit par ce si jeune auteur qui part de la quête d'un écrivain sénégalais qui connaît un immense succès en 1938 avant d'être démoli par la critique. Le livre explore le rapport à la littérature, le rapport à la France et à l'Afrique, particulièrement le Sénégal, dans un roman foisonnant, à la fois poétique et violent. Un grand moment de littérature.

La vie n'est rien d'autre que le trait d'union du mot peut-être. Je tente de marcher sur ce mince tiret. Tant pis s'il cède sous mon poids : je verrai alors ce qui vit ou est crevé en dessous.

Mohamed Mbougard Sarr, La plus secrète mémoire des hommes

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