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Les musardises de Parisianne

Les Mots dans les yeux

31 Août 2022, 17:00pm

Publié par Parisianne

Comme ces peaux tannées par les vents et marées, mon bois rugueux irrite ma douleur.

Coupez la corde, la mer m’appelle.
Laissez-moi glisser, flotter.
Et sombrer s’il le faut.

Libérez mes amarres, rendez-moi à la vie.
Sur le sable posée, privée de mon sel, je m’étiole, je m’assèche.

Je veux partir, faire front aux embruns. Respirer. Briser les lames.

A fleur de l’eau, frissonner de liberté.

©Anne Lurois-Delassise

©Yves Lacoutière

©Yves Lacoutière

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De Séville à Pékin, le voyage de Carmen

29 Août 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Couverture du vinyle 33 tours Carmen à Pékin, éditions Stil

Couverture du vinyle 33 tours Carmen à Pékin, éditions Stil

1er janvier (1982). Le grand jour est arrivé. Ce soir sera l'aboutissement d'un an et demi de travail.

Jean Périsson, Une Vie de hérault, l'Harmattan

Parmi les nombreux grands seniors avec qui j'ai eu la chance de travailler, Jean Périsson (1924-2019), chef d'orchestre, restera à jamais dans mon cœur. J'ai eu la chance de partager avec Jean plusieurs années de bavardages curieux autour de la musique, bien sûr, mais aussi de la poésie, de la littérature, du cinéma, de l'art en général et de la vie avec l'art en particulier.

Nous avons eu des moments de grande complicité, et je suis encore aujourd'hui proche de son épouse et de son fils aîné qui comptent beaucoup pour moi.

 

 

(...) orchestre, choeurs et solistes ont donné le meilleur d'eux-mêmes. Sans la moindre baisse de tension, nos jeunes ont tenu bon jusqu'à l'affrontement terrible du duo final. La réaction du public est proprement indescriptible. On peut utiliser le mot de "triomphe" parce qu'il n'y en a pas de plus fort. Les musiciens de l'orchestre envahissent la scène pour se mêler aux artistes du plateau sous une avalanche de fleurs.

Jean Périsson, Une Vie de hérault, l'Harmattan

Je vous cite ici quelques extraits de son livre Une Vie de hérault qui retrace le parcours magnifique de ce grand chef qui a vécu dans la lumière sans la chercher et est aujourd'hui, malheureusement, oublié.

Bien que diminué par la maladie, Jean a toujours été très réactif à mes sollicitations, chaque semaine lorsque j'arrivais, je savais qu'il aurait préparé quelque chose à me montrer où qu'il aurait rebondi sur un sujet évoqué la semaine précédente.

C'était un challenge magnifique, j'étais en veille permanente pour attirer son attention. Mon admiration pour ce grand homme était à la hauteur de l'affection qu'il me portait.

 

A l'issue de la dernière, une fois que le public s'est retiré, je garde l'orchestre dans la fosse et je leur fais un petit discours d'adieu, traduit par mon interprète. Puis je remets solennellement ma baguette, celle qui a dirigé les 6 premières, à Mme Zheng Xiaoying, qui va désormais prendre le flambeau.

Jean Périsson, Une vie de hérault, l'Harmattan

Bien sûr, cette expérience de Carmen en chinois a été souvent l'objet de nos bavardages. J'étais fascinée par ce travail, et je regrette vraiment que l'on ne trouve pas d'extrait en ligne. J'ai eu la chance d'écouter de nombreux morceaux et c'est impressionnant. Vous imaginez le travail ? Traduire Carmen, faire en sorte que la langue chinoise colle parfaitement à la musique. 

Entendre Jean Périsson en parler lui-même, riant des anecdotes nombreuses, fronçant le sourcil aux souvenir des difficultés rencontrées, restera parmi mes plus beaux souvenirs.

 

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Une année en livres et 555 sonates de Scarlatti

27 Août 2022, 15:49pm

Publié par Parisianne

Une année en livres et 555 sonates de Scarlatti

[...] une bibliothèque est un corps mobile, toujours en mouvement, où les livres naviguent, tanguent, s'engloutissent et réapparaissent. On ne compte pas les fantômes, les égarés dans un rayonnage où on les retrouvera dix ans plus tard, sans parler des pièces qui tombent en miettes quand on les ouvre pour la première fois depuis deux siècles.

555, Hélène Gestern, ce livre avait retenu mon attention dans un exemplaire de Page des Libraires puis je l'avais oublié, merci eMmA de l'avoir évoqué sur le groupe que nous fréquentons, Un Café, un livre une ville.

Pas de pièces non ouvertes depuis deux siècles dans ma bibliothèque mais des livres fantômes et des fantômes de livres, sans aucun doute !

La musique ne pouvait exister que dans l'immensité du silence intérieur

Hélène Gestern, 555

Cette sonate est un tourbillon émotionnel qui mélange l'exultation, l'apaisement, l'allégresse. La joie qui s'y exprime est pénétrée d'ombres ; Dieu sait de quelles douleurs le compositeur a nourri l'or et la lumière qui font vibrer sa musique.

Manig Terzian dans 555 de Hélène Gestern

Vous l'aurez compris, la musique de Scarlatti est au cœur de ce roman choral. Cinq personnes liées malgré elles par l'amour de la musique et une quête - quête de perfection, de rédemption, de reconnaissance, de pouvoir aussi d'une certaine manière - mais une quête matérialisée par une partition trop brièvement apparue et sur laquelle chacun fonde de nombreux espoirs pour arriver à ses fins ou étancher sa soif de gloire ou de pouvoir, de vie ou de survie.

Grégoire Coblence, menuisier ébéniste talentueux et dépressif depuis le départ de sa femme ; Giancarlo Albizon, luthier d'excellence, séducteur, menteur et joueur ; Manig Terzian, claveciniste virtuose vieillissante spécialiste de Scarlatti : Rodolphe Luzin-Farge professeur et musicologue ambitieux également spécialiste de Scarlatti ; Joris De Jonghe collectionneur richissime et désabusé depuis la mort de son épouse mélomane. Tous ont un amour réel pour la musique de Scarlatti, chacun a ses raisons propres.

Lorsque Grégoire Coblence trouve, dans la doublure de l'étui très ancien d'un violoncelle qu'il doit restaurer, une partition ancienne, son instinct l'incite à y voir une découverte majeure dont il s'ouvre à son associé le luthier. D'abord désintéressé, ce dernier comprendra la valeur de l'œuvre en écoutant la célèbre Manig Terzian lors d'un déchiffrage impromptu. Il n'en faut pas plus pour faire de ces quelques notes un trésor qui ne manque pas de disparaître très vite lors d'un vol dans l'atelier du luthier.

Une année en livres et 555 sonates de Scarlatti

Cinq versions d'une même quête donc, qui nécessite d'être attentif au narrateur qui prendra la parole dans les différents chapitres. Cela peut-être un peu déstabilisant au départ, mais l'on s'habitue assez vite à la tonalité de chacun, la nonchalance dépressive de Grégoire n'étant pas difficile à repérer face à l'assurance orgueilleuse du musicologue ou à l'angoisse du luthier criblé de dettes et qui a laissé s'échapper la poule aux œufs d'or.

Au milieu de ce quintet, une voix s'invite tel un chef d'orchestre qui semble au départ mener la danse. Rapidement, des indices permettent de deviner qui tire les ficelles, la question reste de savoir si la merveilleuse sonate qui trouble tant d'esprits est ou non la 556e sonate de Scarlatti.

Je ne crois pas à la postérité des êtres. La gloire, la célébrité sont des hochets pour grandes personnes. Se croire immortel parce qu'on a gravé quelques disques n'est qu'une idiotie, une preuve supplémentaire de la vanité humaine. En revanche, je sais que la musique, la mémoire sonore de la musique, telle qu'on l'a transmise dans les comptines fredonnées au berceau, les chants, les rituels, avant de commencer à la déposer sur des rouleaux de cire il y a cent vingt ans, n'a pas d'âge.

Ce roman qui se lit et s'écoute - merci la technologie qui permet de vite trouver le morceau cité - offre un très agréable moment. Le style est plaisant, l'histoire bien menée. J'ai retrouvé avec émotion la référence au violoncelle de guerre de Marcel Maréchal, et l'évocation bouleversante du camp de Terezin. J'ai aimé l'interaction entre les personnages qui se dévoilent à travers le regard de l'autre, attachants ou antipathiques, là n'est pas la question, ils sont des vies.

J'ai un regret malgré tout, celui de n'avoir pas entendu à nouveau LA sonate en épilogue, pour replonger avec les différents protagonistes dans l'émotion premier du concert.

Ce furent trois minutes de beauté pure, de grâce suspendue, un de ces moments magnétiques qui abolissent la distance entre la musique, l'interprète et son public. Comme un corps gigantesque, la salle absorbait les mesures, se laissait happer, embraser, subjuguer par cette énergie neuve [...]
Cette femme m'avait rappelé que, malgré les coups de poignard, malgré les outrages que la vie nous inflige, elle pouvait encore, sans prévenir, nous inonder de joie, pour peu qu'on accepter de la laisser venir à soi.

Hélène Gestern, 555 aux  Editions Arléa. Vous pouvez y aller les yeux et les oreilles grands ouverts !

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Les Mots dans les yeux

24 Août 2022, 17:00pm

Publié par Parisianne

©Yves Lacoutière

©Yves Lacoutière

Carillon cliquetant. Fraîcheur. Parfums mélangés, grains de café dans le sac de toile, jambon sous son torchon, fruits et légumes de saison.

Les plateaux de la Roberval sont à l’équilibre, rutilants de lumière cuivrée, ils offrent le charme de l’inutile, le décor complété d’un vieux moulin à café.

Pas de porte usé, carrelage ternis, des vies sont passées.

La balance des pesées, dans sa blancheur émaillée, trône sur le comptoir, écrasante de la précision des pièces qu’il faudra compter, donner, le regard accroché aux bocaux derrière le comptoir, ceux des promesses gourmandes qui impriment leurs couleurs à nos yeux hésitants. Berlingots, roudoudous, boules de gomme et bâtons de réglisse, autant de douceurs pour chatouiller les papilles.

Les bonbons de la monnaie, quelques sous pour un bonheur. Claquement du tiroir-caisse. Echappée trésors en poche, le carillon en tête résonnera longtemps des saveurs de l’enfance.

©Anne Lurois-Delassise

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Chemains de vie

22 Août 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Chemains de vie

Il y a quelques semaines, alors que je présentais à une de mes vieilles dames les photos des dernières expositions visitées, elle s'est amusée à jouer à rendre vivantes mes photos avec ses mains. 

Je fais beaucoup de photos dans les expos, pour pouvoir les présenter aux personnes avec qui je travaille et qui n'ont pas toujours la mobilité pour s'y rendre. Et dans mes photos, je m'arrête souvent sur des détails. Les mains me fascinent particulièrement. 

Chemains de vie

Je présentais ce jour-là les expositions du Petit Palais, Giovanni Boldini (1842-1931) et Albert Edelfelt (1854-1905) à une dame à la mémoire vagabonde lorsque je me suis aperçue qu'elle s’évertuait à reproduire les positions des mains.

J'ai donc pris une sélection de mes photos et nous nous sommes amusées. C'était un moment à la fois très doux, très drôle et très émouvant.

Je vous livre ici notre échange à peine revisité.

Chemains de vie

« Chemain » de vie,

Jouer les élégantes que nous aurions pu être, fredonner, se donner des manières.
Et se taire. Regarder.
- J’ai de vieilles mains. C’est triste.
- Des mains de vie, des mains de douleurs et de joies. Des chemins de vie y sont inscrits. Des « chemains », un mot à créer, qu’en pensez-vous ?
- Vous avez raison. C’est la vie, ça frémit !

Voilà !

Chemains de vie

J'aime particulièrement ces petits moments qui bousculent mon planning pour m'offrir des instants de belles émotions. 

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Une année en livres

20 Août 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Une année en livres

Livre ne veut pas nécessairement dire lecture ! Comme vous, j'imagine, il y a dans ma bibliothèque des livres que je me contente de parcourir sans les lire totalement, ces livres dans lesquels parfois se trouvent glissés une fleur séchée, un ticket de cinéma ou de métro, un billet de musée, une vieille photo ou un mot doux ! Vous penserez peut-être des livres d'art, des romans inachevés voire même à des manuels techniques. Pas trop de technique en ce qui me concerne, mais de nombreux manuels de langue et de littérature, les fameux Lagarde & Michard en tête, avec vous le voyez sur la photo, un doublon pour le XVIIe siècle puisque, il me semble en avoir déjà parlé, celui de ma maman a rejoint mes étagères.

Deux nouveaux manuels un peu particuliers viennent de s'installer dans mon bureau.

Une année en livres

Quelques mots sur ces livres qui appartenaient à mon beau-père décédé dernièrement à la porte de ses 99 ans.

Dr Hermann Schierding & Dr. Paul Vrijdaghs, La France et les Français, Anthologie de civilisation moderne.

 

Né en 1923, il avait 20 ans quand il a été envoyé à Berlin en tant que dessinateur industriel dans le cadre du STO. La première page intérieure du livre indique de sa main : Berlin den 28 April 1944.

Vous pouvez voir sur la photo une carte de "contrôle" tristement estampillée. Il s'agit non pas d'un laisser-passer mais d'une carte d'autorisation d'envoi de courrier vers la France. Il est bien précisé que si cette carte est perdue, elle n'est pas remplacée, que seule le retour de la carte entièrement remplie permettra d'en obtenir une nouvelle. Il y a à l'intérieur 24 cases, 13 sont remplies et datées entre mars 1944 et janvier 1945.

Venons-en maintenant au livre en lui-même.

Une année en livres

Mes recherches sur les auteurs n'ont rien donné malheureusement, j'essaierai d'en savoir plus mais pour le moment rien à dire.

Le livre date de 1930, la maison d'édition Georg Westermann, du nom du libraire qui va fonder la maison en 1838, existe toujours, c'est semble t-il aujourd'hui une grosse maison, je vous mets ci-dessous le lien, si comme moi vous êtes curieux de ces découvertes.

Dans la composition du présent manuel, nous nous sommes conformés aux prescriptions du Ministère prussien de l'Instruction Publique, en vertu desquelles l'enseignement des langues vivantes doit être, surtout dans les classes supérieures, orienté vers la compréhension du génie national et familiariser les jeunes gens avec le caractère et la mentalité du peuple dont ils apprennent la langue.

Nous avons donc là un manuel scolaire de 1930, écrit suivant les prescriptions du Ministère prussien de l'Instruction Publique, et qui se trouve, en 1944, entre les mains d'un jeune français prisonnier qui s'est fait " cueillir comme un bleu que j'étais, en sortant de chez moi " (citation de mon beau-père dans ses derniers jours, j'ai eu la chance de passer plusieurs heures avec lui et de l'entendre raconter encore, j'ai dans mon téléphone une série de petits enregistrements de sa voix).

Les citations que vous pouvez lire sont extraites de l'Avant-propos des auteurs. 

Nous nous sommes donc efforcés de dresser un tableau de la civilisation française moderne sous ses aspects les plus variés, dans une série de textes choisis pour la plupart dans les œuvres les plus marquantes du XIXe et XXe siècles.

Le livre est réparti en 11 chapitres que je vous liste ici parce que c'est vraiment intéressant de voir ce découpage. Rappelons que le propos est littéraire, ce sont donc essentiellement des extraits d'œuvres. Rassurez-vous, je ne vous ferai pas le détail de chacun mais je vous donnerai tout de même quelques exemples !

Chapitre I : Origine et caractère de la nation française et de sa langue
Chapitre II : Quelques aspects régionaux de la France
Chapitre III : Types sociaux
Chapitre IV : Religion. Famille. Sens moral
Chapitre V : Culture artistique et littéraire
Chapitre VI : Patrie
Chapitre VII : La guerre et les idées pacifistes
Chapitre VIII : L'Allemagne et les Allemands vus par les Français
Chapitre IX : Les deux Empires
Chapitre X : Secousses politiques et économiques
Chapitre XI : Pages coloniales

Suivent la notice biographique et les notes

On comprendra que nous ayons dédaigné les aberrations de certains "écrivains" dadaïstes et autres, puisque leurs excès ne survivront pas au déséquilibre psychique qui caractérise notre époque.

Je disais que le propos est littéraire, il y a quelques exceptions. Chacun des chapitres offre une succession d'extraits de textes, on y trouve dans le désordre Boileau, Mme de Staël, Victor Hugo, Gustave Flaubert, René Bazin (oncle d'Hervé), Guy de Maupassant, Emile Zola, Pierre Loti, René Benjamin, Paul Claudel, Paul Verlaine, Théophile Gautier, Edmond Rostand, Anatole France, et je ne les cite pas tous. Nombreux sont ceux qui nous sont aujourd'hui inconnus, il faut bien le reconnaître.

J'ai quand même remarqué que deux extraits de Goncourt figuraient dans les textes cités : René Benjamin avec Gaspard, prix Goncourt 1915, dans le chapitre Types sociaux, et Henri Barbusse avec Le Feu, prix Goncourt 1916, dans le chapitre La guerre et les idées pacifistes.
 

A de rares exceptions près nous nous sommes bornés aux textes littéraires, ceux-ci étant les seuls qui joignent la valeur documentaire aux qualités esthétiques et éducatives et qui puissent contribuer à la fois à la formation de l'esprit et à celle du goût.

Il y a également des textes tirés de proclamations de Napoléon 1er, la Marseillaise dans son intégralité, des discours (l'Amour de la patrie de Gambetta 1872), des extraits d'articles de journaux et de manuels reconnus comme Histoire de la civilisation française de Alfred Rambaud (historien, politicien et professeur à la Sorbonne).

On y trouve aussi des extraits de journaux, L'Intransigeant, Le Matin.

Le chapitre Culture artistique et littéraire, vous ne serez pas surpris que ce chapitre ait retenu toute mon attention, cite des entretiens de Rodin réunis par Paul Gsell qui donneront lieu à un livre.

Un extrait de la table des matières pour que vous vous fassiez une idée

Un extrait de la table des matières pour que vous vous fassiez une idée

Dans certains chapitres se fait encore entendre l'écho déjà lointain des canons de la grande guerre. Comment aurait-il pu en être autrement ? [...] L'objectivité et l'impartialité nous commandaient par conséquent d'accorder également la parole aux hommes qui représentent une tendance d'apaisement et de conciliation. Par le même souci d'objectivité nous n'avons pas laissé sans le contre-poids d'opinions plus pondérées les manifestations d'une chauvinisme échevelé qui foisonnent dans les œuvres des meilleurs écrivains.

Une année en livres

Ce second livre sera évoqué plus rapidement, vous comprendrez aisément pourquoi, il s'agit en fait d'une grammaire. On ne vit pas en Allemagne plusieurs années sans apprendre la langue, mon beau-père travaillant en bureau d'études était logé chez l'habitant. Il a eu beaucoup de chance, il me semble, il a toujours été bien traité. Il était si jeune !

Ce qui est émouvant dans ce livre de 1942, c'est que figurent les adresses et le nom des personnes qui l'hébergeaient. Deux d'entre elles sont rayées avec une annotation dans la marge " Hausgebombt Verbrannt " détruite par bombardement, incendiée.

Je vous mets simplement quelques images de l'ouvrage, pour le plaisir de l'écriture gothique.

Une année en livres
Une année en livres
Une année en livres

L'article est un peu long mais j'espère que vous aurez eu plaisir à me suivre. 

Vous imaginerez sans difficultés le plaisir que j'ai eu à entrouvrir les portes de l'Histoire par le biais de notre petite histoire familiale. J'écoutais toujours volontiers mon beau-père se raconter, il avait presque l'âge de mon grand-père, et sa longévité nous offrait une traversée du siècle si riche.

 

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Les Mots dans les yeux

17 Août 2022, 17:00pm

Publié par Parisianne

©Yves Lacoutière

©Yves Lacoutière

Et si la Terre, un jour, nous demandait pourquoi ?

Pourquoi on va par-là, là où il ne faut pas ?
Pourquoi on a fait ça, qui ne lui convient pas ?

Et si la Terre un jour nous demandait pour qui ?

Pour qui la protéger, et l’économiser ?
Pour qui la respecter, cesser de l’épuiser ?

Et si la Terre un jour, nous demandait comment ?

Comment vivre pour elle, sans douleurs ni querelles ?
Comment voir ses beautés, comment les préserver ?

Alors ta Terre un jour, mon enfant, mon petit,
Pour l’avoir écoutée, admirée, protégée,

Alors ta Terre un jour, dans le souffle du vent,
te dira simplement : Merci

©Anne Lurois-Delassise

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Aqua mater, Sebastio Salgado

15 Août 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Aqua mater, Sebastio Salgado

Cette étrange construction en bambous est en bonne place au cœur du quartier d'affaires de la Défense. Le contraste est intéressant, n'est-ce pas ?

Mais ce contraste qui surprend, amuse, intrigue n'est rien à côté de celui qui nous saisit quand on entre.

Vous allez à Paris, n'hésitez pas, foncez voir cette magnifique exposition - qui se tient jusqu'au 22 septembre et dont une partie des bénéfices est reversée à L'Institutot Terra - des photos de Sebastio Salgado, ce photographe franco-brésilien né en 1944 parmi les plus grands artistes de sa discipline. Un humaniste qui nous fait découvrir la terre et ses merveilles autant que ses blessures.

Vous me suivez, on entre...

« Notre organisation à but non lucratif, l’Instituto Terra, a planté plus de 2,7 millions d’arbres appartenant à plus de 300 espèces endémiques. […] Le retour de ce microclimat tropical a attiré des oiseaux et des animaux qu’on n’y avait pas observés depuis plusieurs décennies. » - Sebastião Salgado

Aqua mater, Sebastio SalgadoAqua mater, Sebastio Salgado

Avant tout, écoutez ! Vous entendez le silence ? Nous sommes sur l'Esplanade de la Défense, il est midi, il fait beau et chaud, les gens qui travaillent dans les tours environnantes sont tous dehors, ça parle, ça joue, le métro gronde, la circulation n'est pas loin et pourtant... silence !

Croyez-moi sur parole, la sensation en entrant dans cet immense pavillon en bambou, imaginé par l'architecte colombien Simon Velez, est saisissante. Le silence et la fraîcheur qui nous accueillent sont très troublants. Puis en pénétrant plus avant, ce sont les bruits de l'eau qui viennent s'immiscer dans le parcours. La création sonore du compositeur François-Bernard Mâche vient ajouter à la plénitude apportée par les magnifiques photos.

Aqua Mater

Cette eau qui est la vie, le photographe nous la montre ici dans toutes ses formes mais aussi dans ses absences tragiques. En voici un bref aperçu.

Sebastio Salgado, Aqua Mater
Sebastio Salgado, Aqua Mater
Sebastio Salgado, Aqua Mater
Sebastio Salgado, Aqua Mater
Sebastio Salgado, Aqua Mater
Sebastio Salgado, Aqua Mater
Sebastio Salgado, Aqua Mater
Sebastio Salgado, Aqua Mater
Sebastio Salgado, Aqua Mater

Sebastio Salgado, Aqua Mater

Aqua mater, Sebastio SalgadoAqua mater, Sebastio SalgadoAqua mater, Sebastio Salgado

Avant de quitter ce silence de l'eau, quelques lignes de Pablo Neruda :

"Amazone" dans Chant Général 1950

"Amazone,
capitale des syllabes de l'eau,
père patriarche tu es
la mystérieuse éternité
des fécondations..."

 

Aqua mater, Sebastio SalgadoAqua mater, Sebastio Salgado
Aqua mater, Sebastio SalgadoAqua mater, Sebastio Salgado

Vous remarquerez dans les dernières photos des vues d'en haut. Ce sera l'occasion d'un autre sujet, une autre exposition magnifique des photos d'un grand humaniste, le moine bouddhiste Matthieu Ricard qui se tenait sur le toit de la Grande Arche, une occasion de prendre de la hauteur, au propre comme au figuré !

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Une année en livres : Akira Mizubayashi

13 Août 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Akira Mizubayashi est un auteur japonais mais il écrit aussi en français, c'est le cas pour les deux superbes romans qui vont nous occuper aujourd'hui.

Violon d’étude de ma grand-mère pour complice

Violon d’étude de ma grand-mère pour complice

La mélancolie est un mode de résistance, déclara Yu. Comment rester lucide dans un monde où l'on a perdu la raison et qui se laisse entraîner par le démon de la dépossession individuelle ?

Akira Mizubayashi, Âme brisée

Si vous cherchez comme moi le mot "âme" dans le dictionnaire, vous trouverez de nombreuses entrées religieuses et philosophiques, bien sûr, tous ces sens auxquels on pense en priorité, avant d'évoquer une acception plus concrète (c'est le mot utilisé dans le dictionnaire) que voici : "Partie essentielle, vitale d'une chose."  C'est très concret ça la partie vitale !

Viennent ensuite les différentes utilisations : en musique pour désigner le petit cylindre de bois calé sous le chevalet entre les deux tables d'un violon, ou le noyau d'une statue, ou encore l'évidement intérieur d'une bouche à feu, on parlera alors de l'âme d'un canon.

Le titre du premier roman Âme brisée, joue donc sur tous ces sens à la fois mais c'est sans aucun doute possible notre coeur qu'il touche au plus profond.

Rei a onze quand en 1938, la répétition du quatuor sino japonais, dans lequel son père joue du violon, est interrompue par des soldats qui soupçonnent les musiciens interprétant de la musique occidentale de comploter contre leur pays. Les adultes sont arrêtés, Rei qui a eu le temps de se cacher n'est pas trahi par le militaire qui le trouve dans l'armoire où il s'est réfugié et qui lui rend le violon détruit de son père.

Le quatuor travaillait le quatuor à cordes en la mineur opus 29 de Schubert, dit "Rosamunde".

Le petit garçon est adopté par un ami français de son père et rapatrié en France, il grandit et devient luthier. Un seul objectif : rendre son âme au violon de son père.

La musique est bien sûr très présente dans ce roman, mais l'histoire aussi, et la quête de soi à travers la quête de l'autre. Un roman plein de sensibilité, que j'ai relu pour l'occasion, ce qui m'arrive assez rarement !

 

Ecouter la Huitième [symphonie de Chostakovitch] n'est pas une expérience facile, bien au contraire. Mais cela est nécessaire, me semble-t-il, dans un monde comme le nôtre toujours broyé par des conflits meurtriers, toujours menacé de disparition, alors que nous avons connu par le passé des catastrophes apocalyptiques.

Akira Mizubayashi, Âme brisée

Une année en livres : Akira Mizubayashi

Reine de coeur, le second roman d'Akira Mizubayashi, explore des thèmes similaires, le parcours du jeune héros est par contre inversé. Etudiant au conservatoire de Paris, il rentre au Japon en 1939 au moment du conflit sino-japonais, laissant dans la capitale française, Anna, l'amour de sa vie.

La musique une fois encore est prédominante, le texte fort beau et l'histoire bouleversante. La transmission, la quête de soi sont là encore merveilleusement traités avec beaucoup d'émotion.

 

Il a fini par se détester... Il veut donc se fuir, s'éloigner de lui-même, du pays qui le fait exister tel qu'il se voit sous l'habit d'un soldat de l'empereur... C'est la raison pour laquelle il veut fuir sa propre langue... Fuir sa langue, c'est s'évader de son pays, d'une certaine manière... Il parle d'ailleurs de son envie de déserter... Mais il sait très bien que c'est impossible. C'est pour ça qu'il s'est réfugié dans la langue d'Anna qu'il a la chance de connaître.

Akira Mizubayashi, Reine de coeur

Si mon article vous offre tant de choses à écouter, ce n'est pas un hasard. La musique accompagne ces lectures. Mais il est une autre musique qui domine, c'est celle de la langue, la langue dans laquelle on naît, celle que l'on découvre, que l'on apprend, que l'on oublie.

Je vous l'ai dit, Akira Mizubayashi est né au Japon et écrit en français. Le travail formidable qu'il a dû faire pour en arriver à maîtriser si parfaitement notre langue mais aussi la culture française, si éloignée de sa culture de naissance, a certainement été énorme. J'ai eu pour ma part un immense plaisir à sentir dans ces romans les nuances subtiles qui séparent nos deux cultures pour mieux les réunir à travers les mots.

Je vous invite vraiment, si ce n'est déjà fait, à découvrir cet auteur.

Bonne lecture !

 

Nous devrions être égaux devant la langue et dans la langue.

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Les Mots dans les yeux

10 Août 2022, 17:00pm

Publié par Parisianne

©Yves Lacoutière

©Yves Lacoutière

Fraîcheur des ruelles ombragées. Cheveux collés au front, pommettes rosies par le jeu, il est temps d’une pause.

Grand-mère a préparé la limonade, les sablés nous attendent, c’est l’heure de gloire de l’escalier qui accueille indiens, cow-boys ou chevaliers, super héros et princesses.

Des générations de la famille se sont assises là, sur ces marches polies par le temps.

Je revois ma mère cueillir les premiers rayons du soleil en savourant son café du matin. Et de façon immuable, les plus jeunes, à l’heure du goûter, petits en bas, grands en haut, dans un désordre établi, piaffants de l’impatience des conquérants, prêts à repartir sur des destriers imaginaires.

Cavalcades de rires venus s’écrire sur les murs ridés.

Les lumières de l’enfance offriront les soleils d’hiver aux vieux esseulés.

©Anne Lurois-Delassise

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