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Les musardises de Parisianne

Les Mots dans les yeux

30 Novembre 2022, 18:00pm

Publié par Parisianne

©Yves Lacoutière

©Yves Lacoutière

Quand l’amour désarmé hurle pour ne pas courber, il nous jette, sans détours, ses larmes au visage.

Et quand l’amour amer se jette sur les murs, il les couvre de gris comme des bleus à l’âme.

Les mots, à découvert, pour convaincre sans faiblir ; les maux escaladés pour naître à défaillir.

Manipuler les lettres, choquer, convaincre, s’engager, se défendre, et de la terre au ciel enfin tout embellir.

Et démolir l’amer pour juste jouir d’aimer !

©Anne Lurois-Delassise​​​​​​​

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Du Bonheur des Dames au Bon Marché ou l'inverse !

29 Novembre 2022, 11:16am

Publié par Parisianne

Du Bonheur des Dames au Bon Marché ou l'inverse !

Vous en aurez sans doute entendu parler, le Bon Marché se met à l'heure du Bonheur des Dames.

A l'occasion des 170 ans de la création de ce mythique Grand magasin immortalisé par Emile Zola dans son célèbre roman Au Bonheur des Dames, le Bon Marché se transforme le temps de quelques soirées en théâtre immersif.

"Immersif" est un mot qui revient de plus en plus fréquemment au sujet des expositions notamment, je n'ai pour ma part jamais testé encore, faute de temps pour tout faire mais aussi parce que je préfère voir un tableau de Cézanne que la projection grand format de son œuvre. Mais j'irai, parce que malgré tout je suis curieuse !

Dans le cas présent, "immersif" signifie que nous sommes à un étage du grand magasin et que nous déambulons de scène en scène pour suivre les acteurs, chacun ayant un petit espace aménagé, un boudoir, un bureau, un espace de vente, etc. Les acteurs se déplacent d'un point à un autre en fonction de leurs interactions, libre à nous de suivre l'un plutôt que l'autre.

Pour l'intrigue, honnêtement, c'est parfois un peu compliqué d'être au bon endroit au bon moment ! Mais qu'importe, c'est très bien fait, merveilleusement original et nous avons passé un agréable moment. Il faut tout de même savoir qu'il est presque impossible de s'asseoir et que pendant presque trois heures nous avons déambulés. Il faut donc être bien sur ses jambes !

Inutile également d'espérer revivre le roman de Zola, il est en personne dans le spectacle en train de l'écrire ! Dommage, je n'avais pas pris l'exemplaire illustré par maman que je vous avais montré il y a quelques temps, ici, je lui aurais demandé une dédicace ! Nous retrouvons les personnages par leur nom et leur rôle mais l'histoire qui dans ce spectacle tourne à l'intrigue policière est une libre réinterprétation  du roman. Cela n'en est pas moins agréable !

Une découverte donc et c'est toujours un plaisir ! On trouve assez peu d'image en ligne, et les photos sont interdites, vous pouvez donc visualiser la présentation du Bon Marché que je vous ai mise ci-dessous mais surtout cette vidéo de Brut avec Augustin Trapenard.

Du Bonheur des Dames au Bon Marché ou l'inverse !

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Edmonde Charles-Roux et Dominique de Saint-Pern

26 Novembre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

© Anne Lurois-Delassise

© Anne Lurois-Delassise

Dominique de Saint Pern nous offre dans Edmonde et Edmonde l'Envolée, une très riche et très intéressante biographie de cette femme de tête au parcours incroyable.

Edmonde s'ouvre en 1938, la jeune fille a 18 ans, la vie s'ouvre devant elle sur un horizon bouché. Fille d'un ambassadeur, la famille vit dans l'aisance mais la guerre va bousculer les choses et briser tous les codes.

Falkenhausen sourit à l'idée que, si cette jeune femme avait été aussi fermement décidée à sauver la France qu'elle l'était à voler au secours de sa famille, la Wehrmacht aurait eu du souci à se faire. En réalité, il ne connaissait pas d'arme plus performante qu'une femme obstinée, née avec le sentiment d'avoir le monde à sa disposition.

Cette phrase résume parfaitement le tempérament d'Edmonde Charles Roux, c'est d'ailleurs presque la seule que j'aie surlignée dans ce premier opus, la jeunesse d'Edmonde est faite de combats, d'engagements, tant dans les mondanités que dans la guerre. 

Cette jeune fille, qui se bat pour sauver sa sœur et son neveu des Chemises noires, se fait infirmière militaire, soldat à la 5e DB, renseigne la Résistance, joue du piano avec Samson François et côtoie le beau monde à Megève, fera de sa vie un engagement qui la conduira à toujours passer d'un monde à l'autre avec une grande aisance. 

Edmonde est une femme d'un grand courage, une amie loyale, mais il faut que tu le saches, c'est une arrangeuse avec un grand A. Surtout, ne prends pas pour argent comptant ce qu'elle te dira...

Pierre Combescot, conversation avec Dominique de Saint Pern 2016

Et nous voilà en 1945, Edmonde sort de la guerre et se lance dans la vie, nous entamons le deuxième volet de sa vie Edmonde l'Envolée, de Dominique de Saint Pern.

C'est avec les Lazareff au magazine Elle qu'Edmonde décrochera son premier emploi avant de rejoindre Vogue. Elle fréquente Robert Doisneau, enchaîne les liaisons amoureuses, elle sera la maîtresse d'Orson Wells, André Derain, François-Régis Bastide, Maurice Druon, est très amie avec Aragon et Elsa Triolet.

Ce n'est pas un monde qui s'ouvre avec elle, mais des mondes qui se croisent et dans lesquels elle semble se frayer un chemin sans ciller. 

Elle croque la vie à pleine dents et n'hésite pas à mordre qui cherche à lui faire de l'ombre. Proche de François Nourrissier, elle entre sans rien dire en écriture jusqu'à décrocher le Goncourt en 1966 pour son superbe roman, Oublier Palerme.

Cette année-là, les éditions Grasset raflent cinq des sept grands prix littéraires. Le Goncourt, le Grand Prix de l'Académie française qui va a François Nourissier pour Une histoire française, ainsi que l'Interallié, le Médicis et le Grand Prix national des Lettres.
Edmonde renoue avec l'insouciance.

La consécration dès son premier roman ! Edmonde Charles Roux rentre dans le cercle très fermé des écrivains, et cela lui ouvre de nombreuses portes. Elle est ainsi invitée à Marseille où le maire Gaston Defferre organise en son honneur une réception.

Ils ne se quitteront plus, unis par des liens discrets, une liaison cachée jusqu'au divorce de Gaston et mariage avec celle qui deviendra Madame Defferre, en 1973, et l'accompagnera jusqu'au bout dans tous ces engagements politiques.

Et la voilà propulsée à nouveau dans tous les univers politiques et culturels, militants et mondains, à côtoyer les Mitterrand, Jacques Lang, Roland Petit, Zizi Jeanmaire, Coco Chanel, et tant d'autres mais aussi, bien sûr, de nombreux écrivains jusqu'à intégrer le jury du Goncourt dont elle deviendra présidente de 2002 à 2014, avant de céder sa place à Bernard Pivot.

 

 

L'absence, c'est de vivre avec un couteau dans le cœur et de savoir que si l'on ne bouge pas le couteau ne bouge pas.

Edmonde Charles Roux, Les Femmes et l'amour, 2011

Très engagée aux côtés de son mari Gaston Deferre, Edmonde Charles Roux fait partie du paysage politique notamment à Marseille où elle œuvre en faveur d'une culture accessible au plus grand nombre. La disparition de Gaston Defferre sera un véritable tsunami dans sa vie. Elle restera malgré tout très active, en particulier en littérature et publiera Elle Adrienne et L'Irrégulière, mon itinéraire avec Chanel, une biographie parfois controversée de Coco Chanel, mais néanmoins très intéressante.

Edmonde Charles Roux s'éteint en 2015 à l'âge de 95 ans.

Ces deux livres sont d'une lecture vraiment très agréable et nous entraînent dans le sillage de grands noms de la presse, de l'art et de la littérature autant que de la politique, vraiment très intéressant.

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Les Mots dans les yeux

23 Novembre 2022, 18:00pm

Publié par Parisianne

©Yves Lacoutière

©Yves Lacoutière

J’étais venue pour un instant et suis restée bien plus longtemps.

Nous sommes partis par les chemins sans Fernand et sans Firmin, nous sommes partis main dans la main à la poursuite de nos rêves, pour unir nos routes, et voir plus loin.

J’étais venue pour un instant et suis restée bien plus longtemps.

Nous avons choisi notre port, mis nos vélos en décor, la tête en joie nous avons mis pied à terre pour faire de notre vie une fête.

J’étais venue pour un instant et suis restée un si long temps que ma bicyclette a fleuri en nous offrant de jolis fruits.

De nos vies et de nos parcours, est né un bouquet d’amour, de filles et de garçons, de pampilles et de polissons.

Et nous allons par les chemins, en famille, chantant à tue-tête, mais toujours à bicyclette !

©Anne Lurois-Delassise​​​​​​​

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Ugo Rondinone au Petit Palais

21 Novembre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

Monk and nuns

Monk and nuns

the water is a poem
unwritten by the air
no. earth is a poem
unwritten by the fire

Ugo Rondinone

Le Petit Palais accueille actuellement deux ensembles d'œuvres de l'artiste suisse de 57 ans, Ugo Rondinone. L'installation montre le corps humain au prise avec la nature, la terre, le ciel, l'air, l'eau et le feu sont convoqués dans leurs rapports aux êtres en mouvement ou non.

La première oeuvre qui nous accueille dans la voute d'entrée du musée est nommée Humansky. Ces corps suspendus dans leur camouflage bleu de ciel sont d'une grande poésie, je vous laisse admirer, il me semble que cela se passe de commentaires.

 

Humansky, Ugo Rondinone
Humansky, Ugo Rondinone
Humansky, Ugo Rondinone

Humansky, Ugo Rondinone

Les Nudes qui se trouvent dans l'autre partie du musée ont une dimension qui m'a semblé plus douloureuse. Ils représentent des danseurs et danseuses au repos, réalisés à taille humaine et qui au premier regard paraissent très réalistes mais au final, ils s'avèrent un peu désarticulés. 

Un élément intéressant, les sculptures sont de cire transparente mélangée avec de la terre prélevée sur sept continents.

Nus (danseurs au repos perdus dans un état méditatif)
Nus (danseurs au repos perdus dans un état méditatif)
Nus (danseurs au repos perdus dans un état méditatif)
Nus (danseurs au repos perdus dans un état méditatif)
Nus (danseurs au repos perdus dans un état méditatif)
Nus (danseurs au repos perdus dans un état méditatif)

Nus (danseurs au repos perdus dans un état méditatif)

Ces personnages sont accompagnés d'une création audiovisuelle que je n'ai pas eu le temps d'aller voir lorsque je suis passée mais j'ai l'intention d'y retourner. Le film Burn to shine, en première mondiale, est projeté dans un cylindre en bois calciné, on entend de l'extérieur les percussions. Le film montre les corps en mouvement dans une forme de transe ancestrale, un ensemble de danseurs et percussionnistes réunis dans le désert s'unissent à la nature du coucher du soleil jusqu'à l'aube.

 

Au premier regard, les installations sont un peu déroutantes puis finalement, il y a une grande poésie dans ces corps offerts au ciel pour les premiers, à la méditation pour les seconds. C'est intéressant et merveilleusement mis en scène. 

Les musées ont tous tendance aujourd'hui à confronter leurs collections à des artistes contemporains, je vous montrerai la semaine prochaine Kehinde Wiley au musée d'Orsay.

 

Ugo Rondinone au Petit Palais jusqu'au 8 janvier 2023

Ugo Rondinone au Petit Palais

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James Holin, Aimez-vous les uns les autres !

19 Novembre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

James Holin, Aimez-vous les uns les autres !

Nous retrouvons aujourd'hui James Holin, que vous connaissez bien et si ce n'est pas le cas, vous pouvez retrouver ses différents titres, déjà évoqués ici,  en fin d'article. 

James Holin, auteur de nouvelles et de romans noirs, nous entraîne cette fois dans un roman qui renoue avec une unité de temps restreinte, comme le précédent Pleine balle. Et cette fois encore, ça fonctionne.

Le maître de cérémonie, dans son costume de radis noir et sa chemise froissée, se tenait devant le pupitre, les mains rassemblées sur le devant comme un pénitent. Il ouvrit le bal d’une voix grave, soucieux de manifester à l’assemblée sa profonde affliction.

Nolan est réveillé en fanfare par une descente de police un peu musclée, les forces de l'ordre étant à la recherche de son frère aîné, soupçonné de faire de mauvais trafics jusqu’à tomber entre les mains d’un caïd de banlieue. Mais une seconde surprise attend Nolan Dardanus, lorsque sa mère trouve une lettre d'un notaire qui invite son cadet à se rendre sans délai à Laon pour les obsèques et la succession d'un inconnu.

Le jeune homme se fait un peu tirer l'oreille mais se retrouve finalement dans le train avec pour seul espoir, trouver un moyen de sortir son frère de ce mauvais pas.

Il découvre alors que l'inconnu est son père, richissime industriel, qui, avant de mourir, à exigé que ses enfants trouvent un accord pour la succession, dans le cas contraire seul l'un d'entre eux héritera de la totalité.

C'est ainsi que Nolan fait connaissance avec ses deux frères et deux sœurs, tous plus intéressés les uns que les autres, sans compter la belle-mère qui ne souhaite pas se laisser déposséder.

Une fausse route avec un morceau de petit Jésus. Pas mal comme fin pour un bouffeur de curé […]

L'auteur nous offre là un roman énergique, truculent, irrévérencieux et drôle ! Son écriture vive se prête tout à fait à ces scènes rocambolesques, les personnages caricaturaux nous conduisent de rebondissements en rebondissements. De la cérémonie funèbre totalement déjantée à la bagarre joyeusement arrosée avec des Gilets Jaunes sur un rond point, rien ne nous est épargné, surtout pas de rire !

Et dans la morosité ambiante, le rire est salvateur ! Alors ne nous privons pas de cette lecture réjouissante.

 

Retrouvez tous les romans de James Holin dont j'ai déjà parlé ces dernières années.

Sacré temps de chien, en 2015, ou l'art de se laisser mener en bateau.

Un zéro avant la virgule, 2016, vous succomberez au charme de la Normandie.

Bleu, saignant ou à point, 2018,  l'art de jouer du couteau ?

Carrément à l'Est, en 2019, un genre un peu différent des autres mais savoureux à souhait.

Pleine balle, 2021 un roman à vive allure, très percutant

Pour en savoir plus sur l'auteur, allez lire en page 11, ce bel article dans le Petit Versaillais.

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Les Mots dans les yeux

16 Novembre 2022, 18:00pm

Publié par Parisianne

©Yves Lacoutière

©Yves Lacoutière

Je me revois enfant, timide et maladroite, lovée dans les silences, les rêves et les livres.

Et soudain une fée, échappée d’un nuage, posait à mon chevet son ombre rassurante pour éclairer mes songes.

Dans l’onde, un friselis me faisait princesse d’un instant, les frous-frous dans les feuilles comme autant de clameurs m’encourageaient à croire aux lendemains heureux.

©Anne Lurois-Delassise

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Claudie Gallay, Détails d’Opalka

15 Novembre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

Claudie Gallay, Détails d’Opalka

[...] un artiste qui travaille au plus près de sa vie peut rejoindre un universel qui nous bouleverse tous.

Le rendez-vous découverte-culture du lundi a été remplacé par le Prix Goncourt en soirée ! Pour ceux qui suivent, ce rendez-vous manqué ne vous aura pas déçus j'espère ! 

Trêve de plaisanterie, encore une page lecture mais celle-ci est en même temps une page découverte puisqu'il est ici question du récit de Claudie Gallay sur le peintre Roman Opalka.

Certains d'entre vous auront peut-être déjà entendu parler de ce peintre, pour ma part c'est une totale découverte, et je dois reconnaître que j'ai d'abord été décontenancée, je n'arrivais pas à comprendre son travail et encore moins la fascination de l'auteure.

Puis peu à peu, je suis entrée dans le texte de Claudie Gallay, j'ai fait quelques recherches sur Roman Opalka, et finalement, j'ai été très touchée par sa quête jusqu'à la fin, sa fin.

Il va capter le temps, le matérialiser, le magnifier en inscrivant son irréversible progression. Il avancera ainsi vers sa mort en la regardant en face et consacrera à ce tête-à-tête l'intégralité de sa vie.

Pour résumer en quelques mots bien insipides l'œuvre de Roman Opalka, je dirais simplement qu'il a passé sa vie a peindre en blanc des nombres qu'il comptait à voix haute, en s'enregistrant, que son support noir s'est éclairci toujours un peu plus jusqu'à devenir blanc... donc des nombres blancs sur fond blanc.

De plus Opalka à l'issue de chaque séance de travail se prenait en photo, un autoportrait vide de toute expression pour ne pas montrer des émotions mais bien la fuite du temps, ce temps compté comme les secondes d'un sablier infini.

Et une oeuvre multiforme : peinture, voix, photo.

Ses toiles s'appellent Détails suivi d'un nombre, le dernier sera  5 607 249 dans le 233e tableau.

Dans une époque avide de nouveautés, il marche à contre-courant, renonce à surprendre Il ne doute pas. Il érige un monument avec la légèreté d'un marcheur obstiné qui a enfin trouvé son souffle.

Cette découverte m'a particulièrement intéressée et m'a bien sûr donné l'envie de voir les toiles en vrai, j'irai chercher la prochaine fois que je me rendrai au Centre Pompidou, il me semble qu'il y en a au moins une et vraiment, je suis intriguée. 

La fascination de Claudie Gallay pour cet artiste est assez déroutante et en même temps j'ai beaucoup aimé les parallèles qu'elle fait avec son propre travail d'écrivain, non sans une certaine forme d'ironie parfois.

Mais le parallèle entre le peintre et l'écrivain est évoqué clairement, je ne résiste pas à vous citer ce passage :

"L'espoir de créer une œuvre extraordinaire accompagne tout peintre face à une toile "non touchée", une toile encore blanche." écrit Opalka.

Et Claudie Gallay de poursuivre :

"Cette pensée éclaire mot pour mot ce que je ressens en début de chaque roman, la conviction, parce que le premier mot n'a pas encore été posé, parce que rien n'a encore été choisi, décidé, alors que les pages sont toutes vierges, qu'il est possible encore d'écrire un livre fabuleux. A chaque publication, je sais que ce livre parfait n'a pas été écrit et je repars à sa quête, comme Achille courant après sa tortue sans parvenir jamais à la rattraper, s'en approchant seulement. J'écris pour rejoindre une idée de livre idéal, tout mon parcours d'écrivain est lié à cette poursuite."

Ce n'est pas le seul rapprochement que l'auteure fait entre les deux manières de s'exprimer, et je trouve toujours très intéressant de créer des liens entre les arts.

Ses toiles sont la transposition de notre propre usure, elles sont des miroirs, des surfaces de méditation.

Pour établir moi-même un parallèle entre les deux œuvres, il me faudrait relire intégralement les romans de Claudie Gallay, ce que je ne ferai pas tout de suite faute de temps et par excès de gourmandise, il y a tant de découvertes à faire ! Alors si vous en lisez certains et qu'entre temps vous vous soyez penché sur l'œuvre d'Opalka, je compte sur vous pour partager votre ressenti !

Je note tout de même que l'auteure me conduit régulièrement vers la découverte d'artistes contemporains vers lesquels je ne me serais sûrement jamais tournée, je pense notamment à Marina Abramovic, qu'elle évoque dans La Beauté des jours. Mais autant Opalka m'intrigue, autant j'avoue une réticence totale, presque une allergie profonde, aux performances de Marina Abramovic, qui a le don de me mettre très mal à l'aise.

Un récit très intéressant donc, l'écriture de Claudie Gallay rend la lecture agréable malgré un sujet un peu ardu, il faut en convenir. 

Et vous, avez-vous été un jour mené vers un artiste par le biais de la littérature ? 

Je ne peux pas ne pas repenser à ma lecture de l'Oeuvre de Zola, sûrement mon premier choc artistique par les mots !

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Prix Goncourt 2022 Brigitte Giraud, Vivre vite

14 Novembre 2022, 21:43pm

Publié par Parisianne

Prix Goncourt 2022 Brigitte Giraud, Vivre vite

Quand aucune catastrophe ne survient, on avance sans se retourner, on fixe la ligne d'horizon, droit devant. Quand un drame surgit, on rebrousse chemin, on revient hanter les lieux, on procède à la reconstitution. On veut comprendre l'origine de chaque geste, chaque décision. On rembobine cent fois. On devient spécialiste du cause à effet. On traque, on dissèque, on autopsie. On veut tout savoir de la nature humaine, des ressorts intimes et collectifs qui font que ce qui arrive, arrive.

Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas certaine que je serais allée spontanément vers ce roman sur fond de tragédie vécue. Mais c'est le Goncourt, donc il serait tout de même rentré dans ma petite collection. Et puis j'ai eu la chance de pouvoir participer à une soirée d'échange avec Brigitte Giraud, et elle m'a convaincue.

J'ai aimé sa sincérité, son courage aussi, même vingt ans après, et cette volonté de faire de son récit un message universel.

Et c'est vrai, qui ne s'est jamais dit après un évènement tragique : "et si..." ! Bien sûr, ça ne change rien, on ne peut pas changer ce qui est, mais comment s'empêcher de se dire que peut-être si l'on avait fait  telle ou telle chose, le cours de la vie aurait pu être différent.

C'est ce à quoi s'emploie Brigitte Giraud dans son récit. Parce que, ne nous y trompons pas, ce n'est pas réellement un roman puisque les faits sont vrais. Son mari s'est tué en moto ce 22 juin 1999, et depuis elle cherche à savoir ce qui aurait pu se passer si...

Cette quête devient obsessionnelle, au point qu'elle n'ose même plus en parler à ses proches. Elle analyse le moindre petit détail, le coup de téléphone qu'elle aurait dû passer mais qu'elle n'a pas fait, les clés de la maison qu'elle n'aurait pas dû avoir mais qu'elle a insisté pour obtenir en avance, la pluie qui aurait pu s'inviter dans cette journée d'été, tout y passe... et c'est troublant.

Le bonheur tenait à ce choix restreint qui nous était offert et à la peur de nous tromper. A ces découvertes que nous faisions par hasard parce que les disques escomptés étaient déjà empruntés. Le bonheur tenait à ce désir qu'on éprouvait et que l'attente aiguisait. Le bonheur c'était le peu, c'était le rare.

Je n'aurais pas appréhendé le livre sous cet angle si elle ne l'avait pas évoqué, mais il est vrai aussi que ce roman nous replonge vingt ans en arrière. Imaginez 1999 ! les téléphones mobiles sont rares, le coût d'une communication via le fixe est élevé surtout quand on sort du département, la musique s'écoute sur CD et n'est pas disponible en un clic sur internet, toutes ces petites choses banales qui nous montrent que le monde a changé.

Et comment le monde change t-il réellement quand soudain on perd l'homme de sa vie et qu'il faut poursuivre la route, seule, avec un enfant de huit ans ?

Pas de pathos, pas de larmoiement, juste des questions, des interrogations nombreuses et toujours sans réponses. Et pourtant, une page qui se tourne, un chapitre qui se ferme. Parce que le vrai sujet de ce livre, c'est cette maison que l'auteure doit vendre sous la pression des promoteurs. Cette maison achetée à deux, deux jours avant le drame, et habitée seule. Cette maison qui ouvrait aux rêves en grands et qui va être démolie, comme la vie a été démolie par une accélération de trop sur une moto trop puissante.

Un texte qui dans sa structure peut paraître déroutant mais qui est d'une vraie force, lancinante comme cette chanson de Death in Vegas qui fait partie de la playlist à écouter en lisant. 

Il n'y a que de mauvaises questions.

Brigitte Giraud, Vivre vite - Flammarion Prix Goncourt 2022

Et pour les plus curieux, mon article sur le Goncourt 1922 ! Un monde sépare ces deux textes ! Pourtant, un de mes chers seniors né en 1922 a connu ces deux mondes, lui qui a son smartphone pour m'envoyer des textos ! 

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Une année en livres

12 Novembre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

Une année en livres

Il m'arrive de n'avoir ni vraiment le temps ni vraiment l'envie de chroniquer les livres un par un. Ce n'est pas nécessairement parce que je ne les ai pas appréciés à leur juste valeur, c'est aussi que j'en lis peut-être trop pour m'arrêter sur chacun, et que certains m'ont plus touchés que d'autres !

Donc comme j'ai pas mal de livres non encore chroniqués, aujourd'hui ce sera un petit mélange avec des choses très différentes.

Une année en livres

Il était sept heures du matin quand elle s'interrompit et ferma le livre. La nuit commençait tout juste à se déchirer dans le ciel, au-dessus de la ville, des sons, les premiers bruits matinaux commençaient à lui parvenir par la fenêtre.

Nina Berberova, Le Livre du bonheur

Trouver un livre de Nina Berberova chez les bouquinistes est toujours la garantie d'un moment agréable. Celui-ci ne déroge pas à la règle malgré une manière qui m'a semblé un peu confuse, mais ne serait-ce pas tout simplement là la "confusion des sentiments" pour reprendre le titre du superbe roman de Stefan Zweig ! 

L'histoire est simple, Véra voit ressurgir son enfance et son premier amour devant le cadavre de ce dernier, violoniste célèbre, qui vient de se donner la mort. Elle revit ses errements et ses choix pour s'interroger sur le bonheur.

Une lecture agréable avec, comme souvent dans la littérature russe, de la poésie, de la musique et des excès de rires et de larmes ! Je succombe toujours à ce charme là !

Une année en livres

Sans le savoir, elle [Tristane] accumulait depuis près de dix-huit ans des mots d’amour qui ne demandaient qu’à se déverser. Elle en avait dit, pourtant, de tels mots, à sa sœur. Les écrire n’avait rien à voir. Il s’agissait d’une autre fonction du langage. C’était comme chanter après avoir longtemps parlé. Le chant provenait d’une voix autre qui engageait l’âme.

Amélie Nothom, Le Livre des soeurs

Peu habituée aux romans d'Amélie Nothomb, j'ai retrouvé dans Le Livre des sœurs le même plaisir que dans Premier sang, lu l'an dernier. Je n'avais rien lu depuis ma déconvenue avec Hygiène de l'Assassin à sa sortie en 1992…
La lecture facile, légère malgré le sujet parfois sombre a rendu cette lecture rapide et agréable.
L'auteure nous entraîne dans un univers aussi fantasque qu'excessif, permettant de faire la lumière sur des évocations d'une grande sensibilité. J'ai particulièrement aimé la référence à la correspondance entre les deux soeurs. C'est si beau une correspondance !

Entendre les deux sœurs Nothomb, Juliette et Amélie, parler de leur parcours à la Grande Librairie m'a donné envie de lire ce livre et je n'ai pas été déçue. Je n'ai pas cherché à les identifier, Amélie Nothomb a d'ailleurs bien précisé qu'elle avait fait un savant mélange pour brouiller les pistes.

Etes-vous de ces lecteurs qui cherchent toujours l'auteur dans ses livres ?

Une année en livres

Le vrai problème ce n'est pas les vies que l'on regrette de ne pas vivre. C'est le regret même. C'est le regret qui nous fait nous recroqueviller sur nous-même, nous ratatiner, et nous sentir comme notre pire ennemi et celui des autres.

Matt Haig, La Bibliothèque de minuit

Pour être honnête, je suis tombée sous le charme de la couverture ! Si j'avais été plus curieuse de la page 4 de couverture, je ne sais pas si je me serais lancée dans cette lecture !

Cela vous arrive-t-il de vous laisser séduire par une couverture ?

Nous flirtons ici avec le fantastique, et ce n'est très sincèrement pas un genre que j'affectionne. Pourtant, malgré mes réticences pour ce genre, j'ai lu ce roman avec un certain plaisir. Il faut parfois prendre des chemins de traverse, non ?

L'histoire est simple, Nora Seeds dont la vie est un échec, se retrouve un soir dans la bibliothèque de minuit, face à la bibliothécaire qui dans ses années lycées a toujours été bienveillante à son égard. Et elle découvre là qu'elle peut choisir la vie qu'elle pense avoir laissé passer à un moment donné. Elle se trouve donc propulsée dans des vies qu'elle aurait pu vivre, charge à elle de trouver avant minuit LA vie qui lui permettra de répondre à la question : qu'est-ce qu'une vie heureuse ?

C'est drôle, en écrivant ces lignes je réalise le lien qui pourrait être fait avec Le livre du bonheur dont je parlais plus haut ! Aucun lien entre les deux ! C'est un pur hasard, vous l'aurez compris !

Un roman étrange mais finalement pas désagréable pour un moment de lecture détente.

Les mots ont le pouvoir qu'on leur donne

Amélie Nothomb, Le Livre des soeurs

Nina Berberova, Le Livre du bonheur - Actes Sud 1996 (publication posthume) traduction par Cécile Térouanne

Amélie Nothomb, Le Livre des sœurs - Albin Michel 2022

Matt Haig, La Bibliothèque de minuit - Mazarine

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