[...] j'ai d'abord été séduite par sa quête de liberté. Chana Orloff aspirait à être libre de tout conditionnement, des carcans et des dogmes, des attentes sociales et familiales. En tant que femme, mais surtout en tant qu'être humain.
L'an dernier, je vous parlais de ma visite dans l'atelier de Chana Orloff, vous pouvez lire en suivant le lien ici, ce que je vous disais de son histoire et de son parcours.
C'est une artiste qui me touche particulièrement, et j'avais très envie d'en lire davantage sur sa vie et son œuvre.
J'ai trouvé un peu par hasard ce livre de Rebecca Benhamou qui m'a permis d'en apprendre un peu plus avant de retourner dans son atelier où la visite, cette fois, était faite par sa petite-fille.
Je vous avais dit dans mon précédent article que c'était une histoire de famille !
Modeler la glaise, c'est créer avec elle, c'est ne rien lui imposer, c'est une complicité.
Comme vous pouvez le voir sur les photos, ici mais sur le précédent article également, Chana Orloff a presque essentiellement fait des portraits, la citation ci-dessous explique merveilleusement ce parti pris évoqué lors d'un échange avec Otto Rank, un de ses amis psychanalyste.
Je suis fascinée par tous les matériaux dans lesquels l'esprit se moule, par les mille et une façons dont il se manifeste sur un visage. Le visage ne triche pas. Du moins pas longtemps. Nos métiers se rejoignent, docteur Rank. Vous et moi sommes des spéléologues de l'âme.
Son fils
Sculpter, c'est danser.
Dans son récit, un peu romancé mais approuvé par la famille, Rebecca Benhamou nous invite donc à suivre cette femme si forte, si volontaire qui aura surmonté tant d'obstacle pour parvenir à exercer son art, cette femme qui aura tant de succès de son vivant que de nombreuses expositions lui seront consacrées en France bien sûr, mais aussi dans toute l'Europe et aux Etats-Unis, cette femme naturalisée française et décorée de la Légion d'Honneur et qui pourtant sera dénoncée pendant la Deuxième Guerre Mondiale, et obligée de fuir, dont les œuvres seront spoliées ou détruites.
C'est à la fois l'évocation du parcours de l'artiste mais également une petite traversée de notre histoire, et de nombreuses rencontres avec des artistes comme Modigliani, Soutine, Jeanne Hébuterne et de nombreux autres.
On se laisse entraîner dans la vie du Montparnasse des Années Folles, et c'est un réel plaisir pour qui s'intéresse à cette période. C'est mon cas puisque j'ai eu la chance de faire cette dernière visite avec la Paris Art Déco Society dont je suis adhérente et qui nous offre de nombreuses découvertes.
Je terminerai par ces deux images, vous pouvez remarquer la facture différente des autres œuvres. On voit bien ici le travail de la matière qui n'est pas lisse. Elle est passée de la fonte de sable à la fonte à la cire perdue, une manière plus propice au détail. Cependant, la première, l'homme assis, appelée Le retour, restera cachée 17 ans avant d'être exposée à la Galerie Katia Granoff.
Cette sculpture, et cette manière, évoquent la douleur, Chana Orloff parle de "dégoût, de néant" qu'elle porte en elle.
Il faut rappeler qu'à son retour après guerre, elle retrouve son atelier saccagé, pillé, certaines œuvres décapitées ou pendues...
J'aime toujours beaucoup lier visites et lecture, vous ne pouvez pas l'avoir remarqué ! Ici, c'est encore plus que ça puisque, comme je le disais dans mon article de l'an dernier, entrer dans l'Atelier de Chana Orloff et se laisser guider par ses petits-enfants, donne une dimension humaine plus grande que la lecture de ce livre juste avant me l'a rendu encore plus présente.
Nous retrouverons bientôt Chana Orloff puisqu'une exposition va avoir lieu au Musée Zadkine très prochainement. Une autre manière de regarder son travail.
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Ateliers-Musée Chana Orloff | Accueil
Les Ateliers-Musée Chana Orloff ouvrent leurs portes chaque week-end. Un lieu chargé d'histoire, construit par Auguste Perret en 1926.
L'Horizon a pour elle dénoué sa ceinture, Chana Orloff (1888-1968) Fayard 2019