Lire ce n'est pas se retirer du monde, c'est entrer dans le monde par d'autres portes.
La disparition de Bernard Pivot a secoué la planète littéraire, il est tellement associé à nos découvertes en matière d'auteurs et de livres, il nous aura fait réfléchir dans des dictées que, pour ma part, j'avais en horreur, et conduit sur le chemin des mots.
J'aimais sa manière vive et son jeu avec ses lunettes !
J'ai toujours considéré les mots comme des êtres vivants. C'étaient à mes yeux d'enfants de minuscules et foisonnantes créatures qui sortaient de partout : du poste de radio, du journal, des livres, des lettres, de la bouche de ma mère, de celle de l'instituteur, du curé, de mes camarades, enfin de la mienne. Leur disponibilité, leur docilité me procuraient une confiance, parfois un aplomb qui n'étaient pas dans ma nature.
N'oublions pas que Bernard Pivot a présidé l'académie Goncourt de 2013 à 2019, voyant la consécration d'auteurs comme Pierre Lemaître, Lydia Salvayre, Mathias Enard, Leila Slimani, Eric Vuillard, Nicolas Mathieu et Jean-Paul Dubois.
Mais c'était aussi un véritable amoureux des mots avec lesquels il n'aimait rien tant que jouer. J'ai très souvent glissé dans mon sac de travail ses ouvrages pour jouer, moi aussi, avec les Grands Seniors que j'accompagne. Je garde un très beau souvenir de partage avec mon cher Jean Périsson dont j'entends encore le rire grave à ma lecture de Au secours, les mots m'ont mangé ! que j'avais eu la chance de voir au Palais des congrès du Touquet où je m'étais rendue pour le salon du livre
Rares sont les personnes émues par la disparition des mots. Ils sont pourtant plus proches de nous que n'importe quel coléoptère. Ils sont dans notre tête, sous nos yeux, sur notre langue, dans nos livres, dans notre mémoire. Dieu sait que les initiatives ne manquent pas, ni les bras ni l'argent, pour conserver le patrimoine, mais, alors que les mots en font autant partie que les pierres, les tissus, la porcelaine, l'or et l'argent, ils n'intéressent pas grand monde. L'écologie des mots est balbutiante.
C'est donc très naturellement que j'ai glissé dans mon sac les 100 mots à sauver pour me rendre auprès de Maryse au lendemain de la mort de Bernard Pivot, et nous avons passé un moment délicieux à feuilleter l'ouvrage, lire les définitions et chercher quels mots nous pourrions avoir nous-même la tentation de sauver afin qu'ils ne disparaissent du dictionnaire.
De mot en mot, nous avons terminé sur la tablette pour chercher quelles seraient les prochaines victimes pour leur apporter notre plus sincère soutien en les prononçant sur tous les tons, et qu'importe si la mémoire vagabonde de ma complice du jour les aura oubliés à notre prochain rendez-vous, je les ai noté à la fin du livre de Bernard Pivot : babillement, baladinage, baliverner, boquillon, clubiste, crapoussin, ergoterie, pour ne citer que ceux qui ont ma préférence !
Et vous, quels mots sauveriez-vous ?
A abuseur. n. m. Celui qui abuse. Un grand abuseur. Il est familier et peu usité. (XIVe s. ; Acad. 4e) académiste. n. m. Anciennement, Membre de l'Académie française. (XVIIe s., d'abord au sens...
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