Et voilà, un bel événement qui s'achève et je suis, comme l'an dernier, très heureuse d'avoir participé en tant qu'auditrice et que lectrice.
C'est toujours un grand bonheur de voir combien les livres peuvent rassembler.
Nous avons ouvert le programme par une lecture, au musée Bourdelle, par des élèves du Conservatoire à rayonnement régional de Paris - Ida Rubinstein.
Quelques extraits de la correspondance de Bourdelle avec son maître Rodin, accompagnés par un jeune et talentueux pianiste qui nous a interprété des oeuvres de Beethoven (normal chez Bourdelle) mais aussi de Liszt et plus rare un extrait de Phoebé de Mel Bonis, alias Mélanie Domange. Aussi, pour renouer avec la tradition des pianistes compositeurs, notre jeune interprète Valentin Balster, nous interprété une de ses créations, Sonnet pour piano seul.
Je reviens un instant sur Mel Bonis (1858-1937), pseudonyme qui permet à une femme de cette époque d'avancer un peu masquée. Fréquentant la classe d'écriture de César Franck vers 1880, la jeune femme ne reviendra que plus tard, fin XIXe, défendre son travail dans les salons ou concerts. Proche de l'esprit de Fauré, et des avant-gardes Debussy, Ravel, d'Indy, Mel Bonis imprégnée de la Belle Epoque trouvera difficilement sa place dans le nouveau paysage artistique des Années folles. Je vous invite à écouter Phoebé et à vous laisser porter par la musique de Mel Bonis avant de poursuivre notre chemin dans les Nuits de la lecture...
Mel Bonis (1858-1937) Parcours d'une compositrice de la Belle Epoque sous la direction d'Etienne Jardin chez Actes Sud (Merci Isabelle)
Les longs arpèges flottants et très étalés de la main gauche se rapportent à la tradition des nocturnes pour piano, et s'accordent bien avec l'évocation du monde de la nuit, baigné des rayons diffus et laiteux de la lune.
Après cette mise en bouche très agréable, bien que trop courte, j'ai rejoint ma complice et amie vendredi, pour une soirée lecture dans notre village de l'Oise. Là aussi, un joli moment de partage autour des livres, des mots, de la transmission, de la langue, à travers quelques jeux que nous avions prévus sur les expressions gourmandes - bonne excuse pour inviter les participants à nous faire goûter les recettes de leur patrimoine familial et ils ont joué le jeu, c'était savoureux !
Répliques de films cultes ou chansons de notre patrimoine, beaucoup de lectures à voix hautes, sont venus ponctuer notre soirée dans la bonne humeur.
Retour à Paris samedi pour une soirée de lecture à l'Institut de France. Nous avions tant aimé la diversité des interventions l'an dernier que nous avons eu envie d'y retourner.
L'Institut de France pour sa Nuit de la lecture nous proposait le thème Héritage en pages.
Douze académiciens nous ont offert des lectures de romans, essais, poèmes d'une grande variété, en alternance avec des élèves de lycées ou écoles supérieures.
L'écho entre les sages et les jeunes était particulièrement touchant. Je ne vous citerai pas l'intégralité des textes choisis, ce serait long et fastidieux mais vous devriez trouver le podcast de la soirée sur Canal Académie si cela vous intéresse.
Citons toutefois complètement dans le désordre Stendhal, Jean Ferrat, Jules Verne, la correspondance de Flaubert, Charles Aznavour, Le Petit Nicolas mais aussi le discours de réception du Nobel de Saint John Perse, ou encore Merveilles célestes de Camille Flammarion, ou un extrait du Silence de Maeterlinck, parmi de nombreux autres.
Il me faut faire ici une petite parenthèse. Nous avons eu la chance de nous trouver assis aux côtés de Yves Damin, que vous trouverez sur Instagram ou Facebook. Je dois reconnaître une certaine distraction parfois dans l'écoute des lectures tant j'étais fascinée par ce qui prenait forme sous nos yeux. Yves Damin est dessinateur, illustrateur, peintre et nous avons vu son dessins se créer sous nos yeux. Je publie ici, avec sa permission, ces quelques photos volées.
Rassurez-vous, comme nous avons pu lire la signature au bas du dessin, j'ai contacté dès dimanche l'auteur de ce tableau vivant pour lui demander son autorisation n'ayant pas eu l'opportunité de lui parler samedi soir. Je le remercie d'ailleurs chaleureusement pour notre échange, et ne peut que vous inviter à vous rendre sur sa page pour voir le dessin terminé.
Une parenthèse encore, vous connaissez mes mauvaises habitudes !
Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, le dessin est à l'encre et parfois, après quelques heures de dessin, il est nécessaire de faire le plein !
J'ai été particulièrement sensible à ce geste qui me ramenait plus de trente ans en arrière, quand, au milieu d'un cours dans un des amphithéâtres de la Sorbonne, mon stylo plume tombait en panne sèche, et qu'il fallait, en équilibre sur mon bloc posé sur mes genoux, remplir le réservoir sans renverser le flacon d'encre. Monsieur Damin, en plus de la beauté de votre dessin, merci d'avoir fait remonter ce souvenir !
Je remplis toujours mon stylo plume mais je tente de ne pas me laisser surprendre !
La parenthèse s'est terminée par un très beau moment de lecture avec mes complices de l'Age d'or ce dimanche après-midi. 6 lectrices pour un programme essentiellement féminin mais comme je vous l'expliquais dans mon précédent article, les auteures que nous avons choisies n'ont pas le français pour langue de naissance.
Elles ont décidé d'écrire en français. Et je terminerai par ces quelques mots de Shumona Sinha pour qui la langue française a été une source d'émancipation, de libération :
De ma langue natale, je suis arrivée à ma langue vitale.
Merci d'être arrivés jusque là et à l'année prochaine pour de nouvelles Nuits de la lecture !
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