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Les musardises de Parisianne

Claudie Gallay, Détails d’Opalka

15 Novembre 2022, 10:00am

Publié par Parisianne

Claudie Gallay, Détails d’Opalka

[...] un artiste qui travaille au plus près de sa vie peut rejoindre un universel qui nous bouleverse tous.

Le rendez-vous découverte-culture du lundi a été remplacé par le Prix Goncourt en soirée ! Pour ceux qui suivent, ce rendez-vous manqué ne vous aura pas déçus j'espère ! 

Trêve de plaisanterie, encore une page lecture mais celle-ci est en même temps une page découverte puisqu'il est ici question du récit de Claudie Gallay sur le peintre Roman Opalka.

Certains d'entre vous auront peut-être déjà entendu parler de ce peintre, pour ma part c'est une totale découverte, et je dois reconnaître que j'ai d'abord été décontenancée, je n'arrivais pas à comprendre son travail et encore moins la fascination de l'auteure.

Puis peu à peu, je suis entrée dans le texte de Claudie Gallay, j'ai fait quelques recherches sur Roman Opalka, et finalement, j'ai été très touchée par sa quête jusqu'à la fin, sa fin.

Il va capter le temps, le matérialiser, le magnifier en inscrivant son irréversible progression. Il avancera ainsi vers sa mort en la regardant en face et consacrera à ce tête-à-tête l'intégralité de sa vie.

Pour résumer en quelques mots bien insipides l'œuvre de Roman Opalka, je dirais simplement qu'il a passé sa vie a peindre en blanc des nombres qu'il comptait à voix haute, en s'enregistrant, que son support noir s'est éclairci toujours un peu plus jusqu'à devenir blanc... donc des nombres blancs sur fond blanc.

De plus Opalka à l'issue de chaque séance de travail se prenait en photo, un autoportrait vide de toute expression pour ne pas montrer des émotions mais bien la fuite du temps, ce temps compté comme les secondes d'un sablier infini.

Et une oeuvre multiforme : peinture, voix, photo.

Ses toiles s'appellent Détails suivi d'un nombre, le dernier sera  5 607 249 dans le 233e tableau.

Dans une époque avide de nouveautés, il marche à contre-courant, renonce à surprendre Il ne doute pas. Il érige un monument avec la légèreté d'un marcheur obstiné qui a enfin trouvé son souffle.

Cette découverte m'a particulièrement intéressée et m'a bien sûr donné l'envie de voir les toiles en vrai, j'irai chercher la prochaine fois que je me rendrai au Centre Pompidou, il me semble qu'il y en a au moins une et vraiment, je suis intriguée. 

La fascination de Claudie Gallay pour cet artiste est assez déroutante et en même temps j'ai beaucoup aimé les parallèles qu'elle fait avec son propre travail d'écrivain, non sans une certaine forme d'ironie parfois.

Mais le parallèle entre le peintre et l'écrivain est évoqué clairement, je ne résiste pas à vous citer ce passage :

"L'espoir de créer une œuvre extraordinaire accompagne tout peintre face à une toile "non touchée", une toile encore blanche." écrit Opalka.

Et Claudie Gallay de poursuivre :

"Cette pensée éclaire mot pour mot ce que je ressens en début de chaque roman, la conviction, parce que le premier mot n'a pas encore été posé, parce que rien n'a encore été choisi, décidé, alors que les pages sont toutes vierges, qu'il est possible encore d'écrire un livre fabuleux. A chaque publication, je sais que ce livre parfait n'a pas été écrit et je repars à sa quête, comme Achille courant après sa tortue sans parvenir jamais à la rattraper, s'en approchant seulement. J'écris pour rejoindre une idée de livre idéal, tout mon parcours d'écrivain est lié à cette poursuite."

Ce n'est pas le seul rapprochement que l'auteure fait entre les deux manières de s'exprimer, et je trouve toujours très intéressant de créer des liens entre les arts.

Ses toiles sont la transposition de notre propre usure, elles sont des miroirs, des surfaces de méditation.

Pour établir moi-même un parallèle entre les deux œuvres, il me faudrait relire intégralement les romans de Claudie Gallay, ce que je ne ferai pas tout de suite faute de temps et par excès de gourmandise, il y a tant de découvertes à faire ! Alors si vous en lisez certains et qu'entre temps vous vous soyez penché sur l'œuvre d'Opalka, je compte sur vous pour partager votre ressenti !

Je note tout de même que l'auteure me conduit régulièrement vers la découverte d'artistes contemporains vers lesquels je ne me serais sûrement jamais tournée, je pense notamment à Marina Abramovic, qu'elle évoque dans La Beauté des jours. Mais autant Opalka m'intrigue, autant j'avoue une réticence totale, presque une allergie profonde, aux performances de Marina Abramovic, qui a le don de me mettre très mal à l'aise.

Un récit très intéressant donc, l'écriture de Claudie Gallay rend la lecture agréable malgré un sujet un peu ardu, il faut en convenir. 

Et vous, avez-vous été un jour mené vers un artiste par le biais de la littérature ? 

Je ne peux pas ne pas repenser à ma lecture de l'Oeuvre de Zola, sûrement mon premier choc artistique par les mots !

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F
Bonjour Anne. Je viens d’en parler à mon mari qui avait lu ce livre et l’avais offert à un ami galeriste. Il note pour chaque livre lu une phrase qu’il considère comme emblématique. Au cas présent il a noté celle-ci « 1965, Roman Opalka vit en Pologne et commence à peindre la suite des nombres. Il écrit le 1. Il fait cela à la peinture blanche et sur un fond noir. Il a trente-quatre ans. Il ne s’agit pas pour lui de bien peindre ni de mal peindre, mais de capter le passage du temps. Le temps est son modèle et pour la vie entière, il n’en aura pas d’autre. » (Claudie Gallay, Détails d’Opalka, Actes Sud, coll. un endroit où aller, 2014, p. 10) .
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P
Bonjour Françoise,<br /> Merci de votre arrêt sur ces pages et de ce partage. <br /> J’ai également souligné cette phrase, mais je n’ai pas comme votre époux la force de m’arrêter à une seule citation !<br /> C’est une œuvre fascinante, terriblement déroutante aussi, ça n’est pas incompatible !<br /> Bonne journée <br /> Anne
B
Totale découverte. Je n’avais jamais entendu parler de cet artiste, je suis allée voir un peu sa biographie sur internet et sur son œuvre. J’avoue être un peu déroutée par son œuvre.<br /> Bises
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M
Ce peintre est aussi pour moi une découverte totale et le récit de Claudie Gallay doit être sublime. J'adore sa plume et cela fait longtemps que je n'ai plus rien lu d'elle. Je la lisais beaucoup dans les années 2000 bien avant d'avoir mon blog. Merci pour ta présentation. Bonne journée
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M
Bonjour Anne,<br /> pour moi c'est une découverte totale, aussi bien le peintre que l'auteur...<br /> Bises.<br /> Bonne soirée.<br /> Mo
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V
je ne connais ni l'auteur de ce livre, ni le peintre... je l'ai cherché sur internet, quelle étrange peinture!! c'est fascinant ces séries de chiffres. gros bisous Anne. cathy
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