Vous aurez sûrement entendu parler de cette collection Ma Nuit au musée, chez Stock, qui réunit les textes d'auteurs ayant été invités à passer une nuit dans un musée de leur choix.
Lydia Salvayre et Enki Bilal au Musée Picasso, Léonor de Récondo au Musée Gréco à Tolède ou Leïla Slimani dans les collections d'art de la Fondation Pinault à Venise, pour n'en citer que quelques uns.
Lola Lafon a choisi l'Annexe dans le Musée Anne Franck à Amsterdam, et c'est un bouleversement. A travers cette expérience qui aurait pu n'être que littéraire, l'auteure nous livre une réflexion sensible et très personnelle d'une très grande émotion.
Le 18 août 2021, j'ai passé la nuit au Musée Anne Franck, dans l'Annexe.
Je suis venue en éprouver l'espace car on ne peut éprouver le temps. In ne peut pas se représenter la lourdeur des heures, l'épaisseur des semaines. Comment imaginer vingt-cinq mois de vie cachés à huit dans ces pièces exiguës ?
Le Journal d'Anne Franck, tous nous en avons entendu parler, et nous sommes nombreux à l'avoir lu. Il est souvent présenté comme le témoignage exceptionnel d'une jeune fille sur le drame qu'ont vécu de trop nombreuses familles juives pendant la Seconde Guerre Mondiale, et bien sûr, il a bouleversé le monde.
Mais au-delà de cette image que nous nous sommes faites de ce Journal et, à travers lui, de cette adolescente, Lola Lafon nous donne à voir l'écrivain. Et j'ai trouvé très intéressante cette nouvelle manière de (re)lire le Journal d'Anne Franck, en ne le regardant plus comme un simple journal intime mais comme une œuvre témoignage conçue comme tel. Anne Franck a travaillé son manuscrit en vue de sa publication, elle ne s'est pas contentée de noter quotidiennement ses états d'âmes et son quotidien dans l'Annexe, ce lieu caché pour tenter d'échapper à l'horreur.
Anne n'œuvrait pas pour la paix. Elle gagnait du temps sur la mort en écrivant sa vie. N'oubliez pas ceci, insiste Laureen Nussbaum : Anne Franck désirait être lue, pas vénérée. Hannah Arendt qualifiait l'adoration dont elle est l'objet de "sentimentalisme bon marché aux dépens d'une immense catastrophe"... Elle n'est pas une sainte. Pas un symbole. Son Journal est l'œuvre d'une jeune fille victime d'un génocide perpétré dans l'indifférence absolue de tous ceux qui savaient. N'utilisez pas le mot "espoir", s'il vous plaît.
Lola Lafon nous bouscule dans ce récit mais c'est elle qu'elle a bousculé en se lançant dans ce projet vite devenu une épreuve, mais une épreuve calculée et peut-être nécessaire.
Ce sont ses propres fantômes que l'auteure fait ressurgir, ceux de sa famille, victimes, comme la famille Franck, de la barbarie nazie, et d'autres encore, sacrifiés sur l'autel d'autres folies, comme un éternel recommencement qui résonne bien sûr dans le contexte actuel.
Avec une délicatesse, une pudeur, une sensibilité magistrales, Lola Lafon nous entraîne et nous bouleverse.
Plutôt que "savoir", il faudrait dire que je connais cette histoire qui est aussi celle de ma famille. "Savoir" impliquerait qu'on me l'ait racontée, transmise. Mais une histoire à laquelle il manque des paragraphes entiers ne peut être racontée. Et l'histoire que je connais est un récit troué de silences, dont la troisième génération après la Shoa, la mienne, a hérité.
Le titre du récit fait référence à la chanson des Bee Gees que je vous mets en lien, vous imaginez bien que ce titre de 1968 n'est pas lié à Anne Franck, je vous laisse découvrir ce livre magnifique pour comprendre le lien. Très émouvant.
Ce n'est avouer l'impuissance de l'écriture d'avouer qu'on ne peut imaginer, il ne faut pas imaginer, comment prétendre imaginer. Ce verbe-là, "imaginer", n'a pas a place dans ma nuit. Pourtant, il le faut, même et surtout si on n'y parvient pas. Il faut essayer d'imaginer.
[...]
Ecrire est un geste d'espoir obstiné, la preuve d'une espérance insensée.
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THE BEE GEES "I STARTED A JOKE" 1968 HQ AUDIO
Watch a wonderful, live performance of "I Started a Joke" from 2001: https://www.youtube.com/watch?v=WNMRbMqI_6k Written by Barry, Robin and Maurice Gibb the song is supposedly about someone who has
Les enfants ont tout le temps du monde, alors ils en font bon usage : ils l'oublient.
Lola Lafon, Quand tu écouteras cette chanson, chez Stock dans la collection Ma Nuit au musée
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