Donnons à nos filles et à nos femmes, dans l'usage comme dans la loi, donnons à toutes les mères (filles-mères comprises) les libertés dont on ne conçoit plus que l'homme se réserve, despotiquement, le monopole. [...]
J'ai dénoncé un péril. Et j'ai fait entrevoir, par-delà le fossé, la grande route de l'égalité, de l'équivalence (si le terme vous semble plus adéquat) où les deux sexes finiront bien un jour par avancer côte à côte, harmonieusement.
Victor Margueritte, La Garçonne édité en 1922 par Ernest Flammarion a valu à son auteur de se voir retirer sa Légion d’Honneur.
Pensez ! Un roman qui vante la femme libérée, cette femme non contente de se couper les cheveux n’hésite pas à non plus à se donner au premier venu, homme ou femme, à fumer de l’opium et surtout à réussir seule dans les affaires !
Au-delà de ce qui peut aujourd'hui sembler un peu caricatural, l'intéressant dans l'affaire est que les féministes de l'époque, d'abord alliées de Victor Margueritte, se sont senties bafouées par ce roman qui les aurait plus desservies que servies.
Les confrères de l'auteur, à l'exception d'Anatole France et Georges Courteline, lui tournent le dos mais le parfum de scandale fait le succès du livre qui se vend bien, est traduit dans plusieurs langues et adapté au théâtre et au cinéma.
[...] je dois l'ajouter, étant honnête : ne pas te doter dans ma situation d'affaires, impossible ! Le mariage d'une fille, pour un grand industriel, c'est, à tous les sens du mot, un placement. Il doit correspondre à l'importance du bilan, et renforcer le crédit. La dot n'est pas seulement, dans notre monde, un usage qui fait loi, c'est pour l'opinion, un critérium. La cote d'une fortune.
L'histoire est simple, Monique Lherbier, sur le point de se marier découvre que non seulement elle est l'objet d'un marché entre son père et son fiancé mais qu'en plus, ce dernier entretient une maîtresse et lui ment. Blessée et trahie, la jeune fille de fort caractère ne se résout pas à cette vie de soumission qu'on lui promet et décide de vivre comme un garçon !
Elle se coupe bien évidemment les cheveux, acte symbolique par excellence, et se lance dans de nombreuses conquêtes en même temps que dans la décoration, domaine dans lequel elle rencontre suffisamment de succès pour vivre de son activité.
Vite désabusée, elle sombre dans une forme de débauche et se laisse glisser à la faveur des vapeurs d'opium. Elle sera remise dans le droit chemin par... un homme avant de finir par rencontrer son âme soeur, le premier qu'elle se sent prête à épouser.
Coiffée d'un béret de cuir rouge, le cou nu dans le manteau dégrafé, elle conduisait avec une décision attentive, si joliment garçonnière que Régis ne put s'empêcher, tout maussade qu'il fût, de l'admirer...
Oui, tout de même, il y avait là une nouvelle réalisation de la grâce féminine ! un être encore singulier, quoique naissant par milliers d'exemplaires, et avec lequel il fallait dorénavant compter, comme avec un égal... Constatation qui, loin de le satisfaire, l'ancrait dans sa répugnance à tout ce qu'il englobait dans ce mot pour lui malsonnant : "féminisme".
Monique Lherbier brise toutes les conventions pour réussir sa vie et finir sagement mariée (il faut tout de même un peu de morale) ! Le roman entre dans une trilogie La femme en chemin, le titre en lui-même est très évocateur, et sera suivi de Le compagnon puis Le couple. Je ne les ai pas encore trouvés et donc pas encore lus.
Un roman plaisant, d’une écriture agréable et fluide, certes un tantinet désuète mais que voulez-vous, le style de 1922 ne pourrait sonner à notre oreille comme celui d'aujourd'hui. Je suis assez habituée à ces lectures un peu anciennes, je ne suis donc pas la plus gênée et j'aime au contraire trouver quelques termes que l'on n'emploie plus guère, comme peut-être girandoles, muser ou encore, ergastule, ce nom masculin qui désigne une prison souterraine, un cachot, que, pour ma part, je ne connaissais pas (ni le mot ni le cachot, grâce à Dieu !)
Je ne peux que vous inviter à écouter la petite vidéo ci-dessous et pour sourire, à lire la page que je vous ai scannée qui ne manquera pas de vous évoquer quelques ressemblances avec notre époque !
Bien entendu, pour ce qui est de l'émancipation et plus particulièrement du vote des femmes, vous pouvez aussi retourner lire la Lettre n° 9 de l'Exposition internationale des Arts décoratifs, il y est question de betteraves plus importantes que le vote des femmes...
Connaissiez-vous ce roman ? L'avez-vous lu ?
Mon exemplaire date de 1923, et ce qui est amusant c'est que seules les dernières pages n'étaient pas coupées ! Un lecteur lassé des succès de la jeune fille ou au contraire une jeune fille agacée de la voir tomber amoureuse et prête à rentrer dans le rang ? Laissons notre imaginaire s'approprier du sujet !
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Il y a 100 ans, le scandale de " La Garçonne "...
En 1922, Victor Margueritte publie " La Garçonne ", l'histoire d'une jeune femme bien décidée à vivre la même liberté sexuelle que les hommes.Le livre s'arrache à plus d'un million d'exempla...
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