Vous connaissez mon amitié pour Alain Emery, il a souvent été question de ses livres sur ces pages et j'ai même eu la chance qu'Alain pose ses mots si forts sur mes photos, dans un joli recueil que nous avions publié ensemble.
Le dernier roman d'Alain vient de sortir aux Editions du Sonneur, une petite maison parisienne et un bel écrin pour le livre d'Alain qui une fois encore nous entraîne dans un roman sombre à l'écriture puissante.
Je voudrais composer en paix l'herbier de mes souvenirs...
Alexandre Bazane, écrivain, rentre chez lui alors que son père vient, de sang froid, de tuer deux hommes. Le fils tente de comprendre les raisons de ce double meurtre alors qu'un avocat l'accompagne pour chercher à établir une défense impossible.
Au-delà de l'intrigue elle-même, c'est l'histoire d'une famille et d'une terre qui surgit. Une histoire de non-dits, de violences et de silences, une histoire d'isolement et d'attachement viscéral à une terre rude.
Une histoire que le fils Bazane consigne dans un carnet orné d'un magnifique toucan, celui de la couverture du livre.
Ma mémoire est une écurie en feu d'où jaillissent des ombres désemparées.
Je fais face à la nuit. Tandis que rue des quatre fers ce vieux canasson de noroît, alors qu'il galope ventre à terre sur la lande détrempée, se heurte de tout son poids à mes volets et pousse sa langue râpeuse de seul jusqu'à ce qui fut ma chambre d'enfant.
Le fils arpente ses souvenirs comme les terres alentours, il cherche son histoire et ce lien avec ce père taiseux. Et tout le ramène à la terre, à la nature omniprésente dans ses parfums, ses silences, ses rigueurs et ses violences qui forgent les hommes qui l'habite.
La nature est un personnage à part entière sous la plume d'Alain tant elle vit et nous fait frissonner.
Un sanglier qu'on accule finit tôt ou tard par charger, fonçant d'instinct vers la fémorale de son adversaire ; qu'il pique droit sur l'aine, ver cet étroit triangle de viande au fond duquel palpite une vie dont on oublie trop souvent la fragilité.
Et au cœur de tout le récit, l'écrivain apparaît, celui qui contre vents et marées se penche sur son cahier pour en noircir les pages, celui qui ne se laisse jamais abattre, malgré les doutes, celui qui nous envoûte chaque fois par la puissance évocatrice de son écriture.
Ne vous privez pas de cette lecture, vous ne le regretterez pas !
Je le sais, je ne suis nulle part plus à ma place qu'à ma table de travail. Je suis un artisan. A la patience d'ange, j'ai ajouté la foi. Je n'en manque pas. Je sais ce qu'il en coûte d'écrire. Je suis la proie du doute et le jouet de mes craintes. Toute ma vie, j'ai donné chair à du vent.
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Un vieux qui tue froidement deux hommes. Un fils qui tente de comprendre les raisons de ce double meurtre. Un avocat qui est totalement dépassé par l'affaire. Une nature qui sert de miroir aux ...
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