Cette fois encore, un parallèle s'impose entre un livre et une exposition qui se tient actuellement au Musée Picasso.
Pour le livre, il s'agit de l'album de Luz, Deux filles nues, édité chez Albin Michel, qui a reçu le Fauve d'Or 2025, prix du meilleur album au festival d'Angoulème, si vous suivez l'actualité de la BD, vous en aurez forcément entendu parler.
L'exposition l'Art dégénéré se tient au musée Picasso jusqu'au 25 mai, il est encore temps de vous y rendre.
Dans les deux cas, je vous ai mis les liens en fin d'article, vous y trouverez toutes les informations.
Si le sujet vous intéresse, je vous invite à écouter les podcasts sur l'affaire Gurlitt que vous trouverez dans le lien du musée Picasso.
Deux filles nues évoque un tableau d'Otto Mueller (1874-1930), peintre de père allemand et mère tsigane, connu pour ses nus de jeunes filles et qui au cours de sa carrière suivra diverses influences, de l'impressionnisme à l'expressionnisme notamment le Blaue Reiter (expressionnisme munichois, on connaît Franz Mark, Auguste Macke, Vassily Kandinsky mais également Gabriele Münter à l'honneur au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris en ce moment).
Cette toile Deux filles nues, jugée dégénérée, est au centre de tout l'album mais nous ne la voyons qu'à la fin, le livre est construit de telle sorte que c'est la toile qui est l'observateur principal. C'est donc à travers ce regard que nous voyons la situation évoluer de façon tragique. Regardez les quelques photos ci-dessous, tout se passe dans le bureau du collectionneur et le drame se noue dans la rue, on le voit par la fenêtre.
Je vous laisse le soin de chercher l'image du tableau de Mueller.
Il faut savoir tirer profit de l'ordure. L'essorer jusqu'à la dernière goutte avant de s'en débarrasser pour de bon.
Une vente aux enchères pour soutenir l'effort de guerre serait la bienvenue.
La nécessité pour les nazis de trouver des fonds va donc les inciter à organiser des ventes. Dilemme pour les collectionneurs et marchands : acheter et apporter des fonds au régime qui se met en place, ne pas acheter et vouer toute une partie de l'art moderne à la destruction...
Tous n'auront pas ces scrupules, on le sait, quelques marchands et collectionneurs se sont enrichis grâce à la décote de certains artistes.
Toujours est-il qu'un certain nombre d'œuvres ont ainsi été sauvées, et que dans le lot, quelques unes ont pu être restituées aux familles spoliées.
Il y a aujourd'hui encore des œuvres qui ressurgissent et nous sont, au cours des expositions, présentées comme des œuvres enfin restituées.
J'avais évoqué le sujet à propos de l'exposition 21, rue La Boétie et du livre d'Anne Sinclair, c'était ici, une toile de Matisse venait d'être rendue à la famille Rosenberg.
L'album de Luz aborde tous ces sujets avec beaucoup de finesse, je vous en conseil vivement la lecture.
On ne collectionne plus, désormais on sauve. Si on ne peut pas sauver les hommes, on peut sauver leurs œuvres.
Le musée Picasso, pour sa part, nous montre pour la première fois une exposition entièrement consacrée à l'art dégénéré. Le sujet est régulièrement évoqué, l'exposition 21 rue La Boétie présentait des œuvres dites dégénérées en regard d'œuvres reconnues par le régime, mais jamais le sujet n'avait été traité comme il l'est aujourd'hui.
L'exposition n'est pas très importante par la taille mais elle nous permet de voir jusqu'où allait la folie destructrice. Le régime jugeant le travail van Gogh dégénéré parce que l'artiste souffrait de folie.
Il faut rappeler qu'à l'époque, l'Allemagne était plus en avance que la France, les œuvres n'étaient pas exposées uniquement chez des marchands et des collectionneurs mais nombreuses étaient déjà dans les musées, donc accessibles au plus grand nombre.
C'est un élément important bien sûr dans la démarche de l'épuration, assortie d'un discours à l'encontre des conservateurs : "regardez ce qu'ils font avec votre argent".
Ce accrochage est un sabotage de ma théorie.
Cette exposition doit révéler la confusion mentale de ces artistes décadents, et que vois-je ? du droit, du carré, du parfait.
N'alignez pas les toiles ! Penchez-les !
Je veux du désordre juif, du chaos bolchévique, de l'anarchie maçonnique...
L'exposition Entarte Kunst va donc être montée en 1937 à Munich, en face d'une exposition officielle qui recevra beaucoup moins de visiteurs, dans le but d'écœurer les visiteurs.
Elle tournera ensuite dans différentes villes, Dresde, Mannheim, Karlsruhe, etc. Le même principe d'épuration sera adopté en France contraignant les collectionneurs et marchands à cacher les toiles de maîtres déjà reconnus comme Picasso, Braque, Laurencin, Chagall et tant d'autres que vous reconnaîtrez dans mes photos, avec également Otto Dix, Franz Marck, Emil Nolde, Kandinsky, Paul Klee et de nombreux autres, tous cités dans une liste impressionnante à l'entrée de l'exposition.
Vous l'aurez compris, un sujet très intéressant, et toujours un peu actuel, non ?
Allez voir l'exposition si vous êtes parisiens, ou de passage, en réservant votre billet car il y a énormément de monde, et si vous ne pouvez pas, lisez ce très bel album de Luz, comme moi vous apprendrez forcément des choses.
A partir de maintenant, nous mènerons une guerre implacable contre les derniers éléments de la subversion culturelle. Une guerre implacable de purification...
Une guerre implacable d'extermination, contre les derniers éléments qui ont voulu supplanter notre art.
/https%3A%2F%2Fwww.museepicassoparis.fr%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2F2025-01%2FGROSZ%2C%20George_Metr%C3%B3polis_0.jpg)
" L'art " dégénéré " : Le procès de l'art moderne sous le nazisme "
Le Musée national Picasso-Paris présente du 18 février au 25 mai 2025, sa nouvelle exposition temporaire : " L'art " dégénéré " : Le procès de l'art moderne sous le nazisme ". Première exp...
https://www.museepicassoparis.fr/fr/lart-degenere-le-proces-de-lart-moderne-sous-le-nazisme
/https%3A%2F%2Fwww.albin-michel.fr%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Fcouvertures%2Falbin%2FArticle%2FImage%2F2024%2F9782226489579-j.png)