Il y a une heure pour le banc. Personne ne l'a vraiment décidé, l'usage a instauré la règle : autour de seize heures, après la sieste, avant les infos, dans ce creux de la journée que rien ne comble, les retraités des Merles bleus mettent une laine ou un manteau, une casquette, se passent un coup de peigne, referment la porte de leurs appartements pour rejoindre l'allée piétonne qui, en bas de leurs immeubles, mène à gauche au centre commercial et, à droite, au lycée professionnel et au stade multisport. Le banc est là, un quatre places vert sapin tournant le dos au parking, posé entre une boîte à livre, un pot de fleurs en béton et une poubelle.
Georges, Marcel et Jean-Marc se retrouvent quasi quotidiennement sur le banc au bas de leur immeuble, dans cette banlieue un peu oubliée, pour partager des moments de leurs vies, sous le regard attentif et attentionné d'Alain, le gardien, gentiment surnommé le Shérif.
Le jour où Georges, 95 ans, est retrouvé mort dans son lit, leur petit monde tremble.
Assassinat ? Suicide ? Mort assistée ?
Les circonstances paraissent suspectes et chacun - enfants, amis, auxiliaire de vie, lectrice personnelle - se voit interroger pour mieux s'interroger.
L'inspecteur Moussa Mballo mène l'enquête avec délicatesse.
Il s'est découvert une tendresse inattendue pour cette brochette de retraités accorchés à leur banc comme des arapèdes à un rocher. En lutte contre les douleurs, l'arthrose, le cholestérol, les vertiges, la surdité, l'atrophie musculaire. L'absence, la solitude, l'épuisement. Les caractères trop petits, les trous de mémoire, les nouvelles technologies. Chaque jour, ils doivent monter au front pour continuer à exister.
Alternant enquête et récits de vies, Géraldine Smith nous entraîne d'un style fluide et plaisant dans un roman riche en émotions. L'humour n'est jamais loin mais la réalité n'en reste pas moins présente : la vieillesse peut être un naufrage, et l'auteure ne fait pas semblant de le nier sans pour autant tomber dans le pathos.
Malgré tout, ce banc, au centre de tant de partages joyeux et drôles entre ces vieux messieurs, ce banc qui leur offre un appui et un repère, devient le cœur battant de l'histoire, là où tout se dit, là où au-delà de la mort, on célèbre la vie en réunissant plusieurs générations.
Avec beaucoup de tact, Géraldine Smith évoque le grand âge, la mémoire vagabonde et le corps qui s'abandonne en dressant des portraits "vrais" et merveilleusement humains dans leurs souffrance mais vivants, jusqu'au bout, autant que possible.
La confrontation de Georges avec la jeune Inès, adolescente désabusée qui parle d'en finir, offre un dialogue fort et inattendu.
Toutes les vies s'emmêlent pour mieux se trouver, l'amour est plus fort que tout quand les secrets de famille doivent se taire, et les enfants, en première ligne font face avec la dignité et l'amour pour seuls guides.
Un texte très touchant que l'on ferme avec émotion.
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LE BANC - GÉRALDINE SMITH - Éditions Albin Michel
"Un livre à la fois tendre, drôle, parfois acide. Derrière une enquête policière, c'est surtout un regard fin et subtil sur la vieillesse." - Valérie Expert - Le banc, de Géraldine Smith - ...
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