Malgré le vent et la pluie, la promenade du jour nous a emmenés au Parc Georges Brassens pour rendre visite aux bouquinistes présents aujourd'hui. J'aime ce Marché du Livre, c'est un peu comme les bouquinistes des quais, il y a des marchands et de vrais bouquinistes avec qui il est toujours plaisant d'échanger. C'est d'ailleurs là que nous avions rencontré Christian qui a piqué notre curiosité sur les livres de Poche, je vous en avais parlé ici
Moins d'exposants ce matin, le premier week-end de janvier et une météo capricieuse ont peut-être eu raison des bonnes volontés, une seule des deux halles habituelles était ouverte.
Cela ne nous a pas empêchés de trouver quelques pépites et de discuter avec des bouquinistes sympathiques.
Paris est un palimpseste. Des milliers d’écrivains y ont vécu, travaillé. […] C’est un passionnant voyage dans ce labyrinthe de papier que propose Gilles Schlesser avec Le Grand Carnet d’adresses de la littérature à Paris. [L]’auteur recense avec érudition, et pas mal d’humour, les adresses de plus de mille écrivains et de certains de leurs personnages.
Première trouvaille, un ouvrage récent (2023) mais néanmoins très richeet dans lequel je viens de me plonger le temps de quelques recherches.
Gilles Schlesser, ce nom ne nous est pas inconnu ! Dans la famille Schlesser, nous avions le fils, Thomas qui a rencontré un grand succès avec les Yeux de Mona, voici maintenant le père, Gilles Schlesser qui semble spécialisé dans les livres concernant la capitale, j'ai d'ailleurs depuis longtemps un petit guide Parigramme (collection que j'affectionne particulièrement) Les Promenades littéraires dans Paris, plus facile à glisser dans sa poche, et qui propose surtout des circuits, ce qui peut être assez amusant.
Mais notre découverte du jour est une bible, un bottin, un dictionnaire, donnez-lui le nom que vous voudrez, sa taille et son poids surtout auraient pu être décourageants, il n'en fut rien, et je n'ai aucun regret de l'avoir porté !
Admirez la couverture et amusez-vous à y reconnaître les écrivains.
Le Grand carnet d'adresses de la littérature à Paris de Gilles Schlesser aux éditions Séguier,
Presque 1200 pages d'un catalogue des rues parisiennes et de leurs célèbres, parfois oubliés, habitants, tous écrivains, bien sûr.
[L’ouvrage] est titanesque : plus de 1 000 pages recensant les adresses de plus de 1 000 écrivains, avec, pour chacun d’entre eux, une notice résumant leur carrière. C’est un Lagarde et Michard parisien croisé avec le Routard. »
A Paris, si on ne fait pas attention, on se met vite à marcher dans un livre.
Cette citation de Katrina Kalda, en épigraphe du livre, me plaît assez. Evidemment, vous le savez, j'aime les auteurs, les livres et Paris donc je suis un public déjà acquis à la cause ! Mais au-delà de cette considération, je me suis amusée à chercher les différentes adresses des auteurs qui ont aujourd'hui croisé mon chemin.
Balzac a eu de nombreuses adresses parisiennes, je me suis arrêtée ici sur celle où se trouve aujourd'hui le joli musée Balzac, à faire absolument à la belle saison pour prendre un café dans le jardin.
Dans le cas présent, c'est bien sûr davantage le plaisir d'ajouter à ma collection un de ces petits ouvrages de la série Les Contemporains par Eugène de Mirecourt, nous avons déjà évoqué Rossini, vous aurez peut-être vu quelques autres exemplaires au fil de ces pages. Balzac, dans une édition, un peu défraîchie, de 1856 vient donc s'ajouter à la pile et à la liste de mes lectures. Ces ouvrages sont tout à fait intéressants, bien que parfois contestables dans leur véracité, mais je me régale toujours à leur lecture.
Je terminerai par cette pièce de théâtre de Françoise Sagan, Bonheur, Impair et passe, chez Julliard, édition de 1964.
Vous savez que j'aime particulièrement Sagan, et plus encore depuis qu'elle a pris chair grâce aux souvenirs d'un des seniors que j'ai accompagné longtemps, un chef d'orchestre que j'aimais beaucoup et avec qui j'ai partagé des moments inoubliables. Je sais, je vous tiens souvent ce langage à propos de celles et ceux avec qui je travaille, mais nous partageons tant de choses !
Donc Sagan 1964... où habitait-elle à cette époque elle qui, comme Balzac (c'est tout de même lui le grand gagnant) a eu de nombreuses adresses dans Paris ?
Après avoir longuement parcouru le Grand carnet de Gilles Schlesser, qui se trouve agrémenté d'un certain nombre de post-it, et en recoupant par années, je pense que Françoise Sagan était rue de Lille en 64. Et là... tilt... la rue de Lille, pour ceux qui connaissent Paris, passe derrière le musée d'Orsay et coupe la rue du Bac avant le Pont Royal.
Je sens que je vous ai perdus là, mais restez encore un instant. Qui habitait rue du Bac à partir de 1963 : Romain Gary ! Ces deux-là étaient presque voisins ! Se sont-ils croisés ? Connus ? Fréquentés ? je n'ai rien trouvé le confirmant. Mais Jean Seberg a joué Cécile dans Bonjour tristesse en 1958, et quelques années plus tard, dirigée par son premier mari François Moreuil, elle joue dans la récréation, tiré d'une nouvelle de Sagan. Il me semble que c'est au moment de ce tournage que son mari apprend qu'elle est la maîtresse de Romain Gary.
Reconnaissez que les coïncidences sont amusantes et que les fils que l'on tirent sont une mine de curiosités !
Allez, une petite dernière anecdote, merci Gilles Schlesser, 1966, Françoise Sagan déménage avenue de Suffren, elle vient de publier une pièce L'Echarde dans laquelle la mère de Modiano tient le premier rôle. Sagan a 31 ans, Modiano dix de moins, se sont-ils rencontrés ?
La suite au prochain épisode... si vous avez tenu jusque là :)
Paris c'est aussi marcher le nez en l'air, donc quelques observations du jour !
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