Je travaillais mardi dans le quartier de Saint-Germain des Prés, avec un artiste plus que centenaire dont je vous ai déjà parlé et avec qui, par bonheur, je peux poursuivre mon accompagnement après un temps de fortes inquiétudes.
Arrivée sous la pluie et dans le vent, le ciel, quand je suis sortie, offrait un croissant de lune propice à la rêverie. Il ne m'en fallait pas plus pour décider de rentrer à pied et profiter de ce quartier qu'un rien met en ébullition.
La jeunesse n'a pas encore envahi la Palette et le récit de celui qui a débuté dans le quartier en 1944 résonne dans ma tête, "Soulage, Zao Wou-Ki, Klein et quelques autres, tous y prenaient leur repas et moi, j'écoutais, j'observais et j'attrapais un conseil quand l'un d'eux voulait bien me le donner. Ils étaient déjà des artistes, je n'étais même pas un artisan et je ne savais pas encore à quoi me destiner."
Dans ces rues vibrantes, on se glisse entre les mots de tous les auteurs qui ont marqué les lieux de leur présence. Mais il y a aussi les artistes, et j'aime flâner en admirant les galeries, reconnaître certaines connaissances comme Sophie Verger exposée à la Galerie Claudine Legrand, et sourire à la découverte de l'art de rue, nous sommes si près des Beaux Arts.
Alors forcément, en rentrant, je me suis plongée dans mon nouveau livre de chevet pour regarder qui a vécu rue de Seine par exemple. On y trouve Jules Sandeau qui occupera de 1853 à 1883 un logement de fonction dans les locaux de l'Institut de France, et un peu plus haut George Sand mais ce n'est sûrement pas là qu'ils se sont rencontrés, elle est venue avant avec son demi-frère !
Stendhal, Baudelaire et puis plus proche Perec et Jean Cau. Qui connaît encore les romans de Jean Cau, prix Goncourt 1961 pour La Pitié de Dieu, présent dans ma collection de Goncourt mais que je n'ai pas encore lu, mon exemplaire n'étant même pas coupé, il me faudra trouver une version poche peut-être.
Jean Cau, Paris Match, cela vous parlera peut-être davantage. très honnêtement, pour moi cela n'évoque rien. Toutefois, je souris en lisant qu'il a été le compagnon de la mère de Modiano, vous savez, celle qui a joué dans L'Echarde de Sagan... Dieu que le monde est petit !
J'aurais pu poursuivre rue de Seine mais une envie de calme me fait prendre la rue de l'Abbaye, un clin d'œil à Delacroix en passant. Sa dernière demeure, Place de Furstenberg, aujourd'hui charmant musée, est fermée, le fantôme du grand homme peut venir y revivre ses heures de création.
Trêve de plaisanterie, au 14 de cette rue se tenaient les Editions Emile-Paul Frères éditeurs du Grand Meaulnes en 1913, rien que ça ! Et de Koenigsmark de Pierre Benoît en 1918 (qui sera le premier Livre de Poche en 1953, mais ne nous dispersons pas).
Ce sont eux aussi qui éditeront le prix Goncourt 1908, Ecrit sur de l'eau de Francis de Miomandre, je l'ai lu celui-là mais il ne m'a pas laissé un grand souvenir. Aussi Flaubert, Supervielle, Jules Renard, Mauriac etc., une maison d'édition qui fermera à la fin des années 60.
Retour à l'agitation en regagnant l'église Saint-Germain des Prés et le boulevard du même nom.
La nuit s’est invitée, Les Deux Magots sont fermés pour travaux, laissons donc reposer les esprits du Boulevard, peut-être en tendant l'oreille entendrons-nous résonner quelques notes de musique qui viendraient du Flore, ou d’une cave, Boris Vian ?
Allez, poursuivons d’un pas léger et chantant !
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