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Les musardises de Parisianne

Une année en livres : Akira Mizubayashi

13 Août 2022, 09:00am

Publié par Parisianne

Akira Mizubayashi est un auteur japonais mais il écrit aussi en français, c'est le cas pour les deux superbes romans qui vont nous occuper aujourd'hui.

Violon d’étude de ma grand-mère pour complice

Violon d’étude de ma grand-mère pour complice

La mélancolie est un mode de résistance, déclara Yu. Comment rester lucide dans un monde où l'on a perdu la raison et qui se laisse entraîner par le démon de la dépossession individuelle ?

Akira Mizubayashi, Âme brisée

Si vous cherchez comme moi le mot "âme" dans le dictionnaire, vous trouverez de nombreuses entrées religieuses et philosophiques, bien sûr, tous ces sens auxquels on pense en priorité, avant d'évoquer une acception plus concrète (c'est le mot utilisé dans le dictionnaire) que voici : "Partie essentielle, vitale d'une chose."  C'est très concret ça la partie vitale !

Viennent ensuite les différentes utilisations : en musique pour désigner le petit cylindre de bois calé sous le chevalet entre les deux tables d'un violon, ou le noyau d'une statue, ou encore l'évidement intérieur d'une bouche à feu, on parlera alors de l'âme d'un canon.

Le titre du premier roman Âme brisée, joue donc sur tous ces sens à la fois mais c'est sans aucun doute possible notre coeur qu'il touche au plus profond.

Rei a onze quand en 1938, la répétition du quatuor sino japonais, dans lequel son père joue du violon, est interrompue par des soldats qui soupçonnent les musiciens interprétant de la musique occidentale de comploter contre leur pays. Les adultes sont arrêtés, Rei qui a eu le temps de se cacher n'est pas trahi par le militaire qui le trouve dans l'armoire où il s'est réfugié et qui lui rend le violon détruit de son père.

Le quatuor travaillait le quatuor à cordes en la mineur opus 29 de Schubert, dit "Rosamunde".

Le petit garçon est adopté par un ami français de son père et rapatrié en France, il grandit et devient luthier. Un seul objectif : rendre son âme au violon de son père.

La musique est bien sûr très présente dans ce roman, mais l'histoire aussi, et la quête de soi à travers la quête de l'autre. Un roman plein de sensibilité, que j'ai relu pour l'occasion, ce qui m'arrive assez rarement !

 

Ecouter la Huitième [symphonie de Chostakovitch] n'est pas une expérience facile, bien au contraire. Mais cela est nécessaire, me semble-t-il, dans un monde comme le nôtre toujours broyé par des conflits meurtriers, toujours menacé de disparition, alors que nous avons connu par le passé des catastrophes apocalyptiques.

Akira Mizubayashi, Âme brisée

Une année en livres : Akira Mizubayashi

Reine de coeur, le second roman d'Akira Mizubayashi, explore des thèmes similaires, le parcours du jeune héros est par contre inversé. Etudiant au conservatoire de Paris, il rentre au Japon en 1939 au moment du conflit sino-japonais, laissant dans la capitale française, Anna, l'amour de sa vie.

La musique une fois encore est prédominante, le texte fort beau et l'histoire bouleversante. La transmission, la quête de soi sont là encore merveilleusement traités avec beaucoup d'émotion.

 

Il a fini par se détester... Il veut donc se fuir, s'éloigner de lui-même, du pays qui le fait exister tel qu'il se voit sous l'habit d'un soldat de l'empereur... C'est la raison pour laquelle il veut fuir sa propre langue... Fuir sa langue, c'est s'évader de son pays, d'une certaine manière... Il parle d'ailleurs de son envie de déserter... Mais il sait très bien que c'est impossible. C'est pour ça qu'il s'est réfugié dans la langue d'Anna qu'il a la chance de connaître.

Akira Mizubayashi, Reine de coeur

Si mon article vous offre tant de choses à écouter, ce n'est pas un hasard. La musique accompagne ces lectures. Mais il est une autre musique qui domine, c'est celle de la langue, la langue dans laquelle on naît, celle que l'on découvre, que l'on apprend, que l'on oublie.

Je vous l'ai dit, Akira Mizubayashi est né au Japon et écrit en français. Le travail formidable qu'il a dû faire pour en arriver à maîtriser si parfaitement notre langue mais aussi la culture française, si éloignée de sa culture de naissance, a certainement été énorme. J'ai eu pour ma part un immense plaisir à sentir dans ces romans les nuances subtiles qui séparent nos deux cultures pour mieux les réunir à travers les mots.

Je vous invite vraiment, si ce n'est déjà fait, à découvrir cet auteur.

Bonne lecture !

 

Nous devrions être égaux devant la langue et dans la langue.

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