Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Les musardises de ParisiAnne

Les musardises de ParisiAnne

Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925

Publié par Parisianne sur 30 Juin 2025, 17:01pm

Catégories : #1925, #ART, #Architecture, #Art Déco

11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925

Ma chère Juliette,

Me voilà bien en retard dans mes récits. J'espère que tu vas bien et toute la famille également. L'heure des vacances approche, plus que deux semaines avant votre longue période de repos dès le 14 juillet. Vous devez Jean et toi vous en réjouir. Tu vas pouvoir te consacrer entièrement à la lecture et aux promenades, je devine ta joie mais je crois que vous allez également partir un peu en bord de mer, quelle chance.

Je me réjouis toutefois de la perspective d'interruption de ton rythme estival pour une échappée parisienne, il y a tant de choses que j'aimerais te montrer ici. J'ignore encore ce que vos parents ont décidé, viendrez-vous en août pour mon anniversaire ou bien fin septembre pour terminer par Paris avant la rentrée, ce sera la surprise.

Mais peu importe la date, je sais que vous allez venir, j'ai vu que ma tante avait déjà vos billets pour l'Exposition, et c'est une chance, j'ai lu dans le journal que les places pouvaient être difficiles à trouver, et que parfois d'étranges échanges étaient proposés. Un éditeur offre des livres à qui lui apportera des billets d'entrée ! n'est-il pas drôle cet "Echange gratuit" ?

Enfin, dès que nous aurons plus de précisions je pourrai entourer la date dans l'adorable petit calendrier Larousse qu'Isabelle m'a déniché dans une Librairie Rue d'Alesia, et qui ne me quitte plus. Ici les journées sont si riches et si chargées que j'en perds la notion des jours !

11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925
11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925
11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925

Je t'avais dit que nous avions décidé de faire un pique-nique dans l'un des jardins de l'Exposition ! Et bien figure toi qu'après quelques jours d'été, nous voici de nouveau sous un ciel gris, frais et humide, quelle malchance ! Quand je pense que l'on nous alarmait sur la sécheresse à venir, des températures excessivement élevées, etc., et bien moi j'ai ressorti une veste pour venir le matin tôt parce qu'il fait vraiment frais.

La poésie de l'Exposition et de tous ses pavillons plus beaux les uns que les autres dans un crachin très parisien, nous l'avons eue en avril, maintenant, j'aimerais savourer la beauté des petits matins lumineux autrement que sous mon parapluie.

Mais je te l'accorde, si les températures montaient exagérément, j'en serais la première gênée !

Pavillon des Postes et Télégraphes, architecte G. Tronchet

Pavillon des Postes et Télégraphes, architecte G. Tronchet

Donc, il pleut et nous n'avons pas été pique-niquer ! Mais il y a tant d'autres choses que je n'ai encore vues. D'ailleurs, j'ai omis de te parler du bureau de Poste d'où je t'envoie tous mes courriers. Le Pavillon des P.T.T. est situé à l'intérieur de l'Exposition, à proximité de la passerelle Victor Emmanuel III que je t'ai montrée dernièrement.

Le bureau de poste est un lieu très pratique et très fréquenté. C'est à croire que la pluie à fait de tous les visiteurs des épistoliers ! Il y avait un monde impensable et j'ai passé beaucoup de temps, ce qui m'a permis d'étudier les vitraux de Monsieur Gruber, ainsi que l'agencement des lieux, et je l'avoue aussi les personnes présentes, certaines très concentrées sur leur courrier comme si leur vie en dépendait, d'autres piaffant devant les cabines de taxiphones. Il y a une telle diversité de visiteurs sur l'Exposition.

J'aime bien observer les gens dans ce type d'endroit, on a le sentiment que soudain, dans un environnement lié au quotidien (quoi de plus banal qu'un bureau de Poste finalement), ils oublient l'originalité du lieu et négligent de contempler le décor ! Une dame tout affairée à déposer ses courriers s'est arrêtée à côté de moi pour me demander, avec un accent fort chantant, ce que je contemplais d'un air béat ! Quand je lui ai montré la locomotive sur le vitrail, elle a froncé un sourcil, a fait un tour sur elle-même pour admirer l'ensemble et est partie tout sourire en me remerciant, c'était rapide mais fort sympathique.

11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925
11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925

Au pavillon des postes et télégraphes, construit par Tronchet, l'administration des postes a risqué un précédent qui l'engage pour l'avenir : l'agencement des guichets, des parties réservées au personnel et au public, des cabines téléphoniques aérées et éclairées, [...] l'éclairage du hall par les vitraux de Gruber. Gruber a figuré sur les vitraux le paquebot, le train-poste, l'avion...

Léandre Vaillat, La tendance internationale à l'exposition des Arts décoratifs - 31 octobre 1925

11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925

Au pavillon du tourisme qui se situe à l'angle du Grand Palais juste derrière la Porte d'Honneur, l'atmosphère est plus légère, ils sont tous là comme en vacances, mais, pressés d'aller de découverte en découverte, ils n'hésitent pas à jouer des coudes quand il s'agit de gagner une place ou deux, c'est parfois sans compter sur les matrones venues de loin avec leur progéniture et qui ne se laissent pas marcher sur les pieds, crois-moi. J'ai assisté à une scène tout à fait cocasse d'une bonne dame qui s'en ai pris à un monsieur chétif qui, à force de vociférations, s'est retrouvé à la fin de la file qu'il avait tenté de doubler, sous les vivats du public ! C'était drôle, sauf pour le monsieur concerné qui n'a plus osé lever les yeux.

Je l'aime bien ce pavillon du tourisme, c'est Monsieur Mallet-Stevens l'architecte, secondé de l'ingénieur Charlus qui l'a conçu. Tu sais, Mallet-Stevens, celui des arbres cubistes !

Sur le Cours-la-Reine, voici le pavillon du tourisme construit par Mallet-Stevens, avec son plan allongé, sa salle rectangulaire propice au développement et à l'accès commode des bureaux de renseignements, sa frise, ses vitraux blancs au long desquels Barillet, Le Chevalier, Hausse ont représenté les divers modes de transport, par avion, chemin de fer, auto, paquebot.

Léandre Vaillat, La tendance internationale à l'exposition des Arts décoratifs - 31 octobre 1925

11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925

Monsieur Mallet-Stevens a déployé un maximum de virtuosité dans le maniement du béton. L'extérieur parle de lui-même ; à l'intérieur, les longues portées des travées latérales, la continuité du vitrage offrent une incontestable valeur de démonstration.

Lionel Landry, Art et décoration juin 1925

11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925

Chaque matin, quand j'arrive par la porte d'Honneur, je peux lire l'heure au campanile haut de 35 mètres et que l'on voit de loin, si je suis en avance, j'en profite pour flâner un peu dans l'Exposition.

En plus de leur être utile, c'est un point de repère pour de nombreux touristes qui s'y donnent rendez-vous avant d'aller y pêcher des informations. Moi j'aime son architecture très sobre, et à l'intérieur, quand je suis entrée, j'ai aimé l'espace et les oeuvres des différents artistes qui ont collaboré, comme les frères Martel, qui ont fait des bas-reliefs sur les transports modernes, nous avons déjà vu leur travail sur la porte de la Concorde, et Monsieur Barillet dont les vitraux, d'une blancheur surprenante, mettent en image les sites célèbres de notre pays comme le Mont Saint-Michel ou les châteaux de la Loire mais aussi la Tour Eiffel ou le Mont Blanc, c'est très beau !

Le soir, les horloges sont éclairées et donnent l'heure en musique avec des morceaux de Messieurs Honnegger et Poulenc. Certains trouvent l'ensemble trop moderne, Isabelle et moi nous passons souvent par là, juste pour le plaisir de l'admirer et d'entendre le carillon. 

11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925
11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925
11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925

Tu ne seras pas sans avoir noté que la Poste et le Pavillon du Tourisme font l'un et l'autre référence aux transports modernes comme les avions, les trains ou encore les paquebots, c'est un sujet important de notre modernité la vitesse de déplacement, il y a même un endroit qui leur est dédié, je t'en parlerai très bientôt. Mais pour le moment, je m'empresse d'aller poster ce courrier avec l'espoir qu'il t'arrive bien vite. Je sais que tu auras remarqué que la plupart de mes envois sont faits depuis l'Exposition pour que tu aies le cachet de la Poste, j'espère qu'il est parfois lisible.

11e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 28 juin 1925

 

Isabelle a trouvé de nouveaux boutons, je n'y avais pas prêté attention mais la mode est au vert cette année ! N'oublie pas de choisir ta garde-robe en conséquence petite cousine coquette !

Je t'embrasse très affectueusement.

Anne,

Paris, ce dimanche 28 juin 1925

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Je poursuis la lecture de tes lettres. Désolée si sous certaines je n'ai pas mis de commentaires mais je gardais ma petite-fille âgée de 10 mois alors je n'y suis pas arrivée (lire je peux le faire de temps en temps du téléphone portable mais commenter il me faut l'ordinateur !). En tous les cas j'adore les illustrations et je les imagine attendant dans la file d'attente de la poste sans regarder les merveilles autour d'eux ou dans le pavillon du tourisme jouant des coudes. J'aime aussi beaucoup le calendrier, il me semble en avoir vu de semblables quand j'étais enfant. Quant à la sècheresse ce n'est pas nouveau, et les agriculteurs n'avaient pas à l'époque les moyens d'aujourd'hui pour arroser les champs et ils avaient aussi la sagesse d'adapter les cultures aux régions...ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, il y en a encore qui plantent du mais en Provence, forcément il faut l'arroser sans cesse et le booster avec des produits chimiques...Bises et une belle fin de journée, j'ai vu qu'à Paris vous aviez aussi chaud que dans le sud...
Répondre
P
Merci Anne, Sachant que Anne de 1925 est basé sur une péniche de Poiret, j'imagine parfaitement son quotidien à partir de cette péniche, comme si tout cela était vrai. L'anecdote de la file d'attente à la poste est-elle de ton invention ou est-ce un témoignage réel ?<br /> <br /> J'espère que Anne va bientôt pouvoir aller pique niquer.<br /> <br /> Déjà la sècheresse annoncée en 1925. Quels était les maximums de température l'été, à Paris, dans ces années là ?<br /> <br /> A très vite Anne.<br /> <br /> N'oublie pas de partager sur FaceBook
Répondre
P
J'ai trouvé comme maximale 31,5° le 9 août.<br /> Pour la file d'attente à la Poste, je brode mais comme j'ai trouvé une carte avec le tampon "décoratifs" un peu lisible, j'ai imaginé que nombreux devaient être les visiteurs à vouloir poster leurs cartes depuis le site ! Mais je me mets dans la peau du personnage donc forcément j'invente un peu pour rendre sa vie à l'expo :-)
V
Encore des beautés, je vais grace à toi regarder l'art déco d'un autre oeil! Adorable ce petit calendrier, ça me rappelle quand j'étais gosse, on en collectionnait. Gros bisous Anne. cathy
Répondre
Y
Je suis vraiment ébouriffé par ta créativité. Mots qui s'associent parfaitement à la thématique du jour. Et Grüber me dit vraiment. Croisé à Nancy, et dans des constructions industrielles. Style métallurgie. Peut être aussi chambre des métiers. Merci de me le faire revenir en mémoire.<br /> Et pour la poste, je me vois encore en 66 acheter mon premier timbre de collection. Une tapisserie de Jean Lurçat. À plus. ✓ Yann
Répondre
L
Toujours autant de plaisir à visiter ces lieux magiques. Je remarque (mais c'est le vieux philatéliste qui revient) qu'en 1925 on innovait dans la conception des bureaux de poste. En 2025, cent ans plus tard, on les ferme les uns après les autres. Merci encore pour ces flâneries à la fois un peu nostalgiques mais qui racontent une histoire, celle de nos ancêtres qui osaient innover, révolutionner et bousculer des codes. En 2125, on aura peut-être aussi un regard sur notre époque, mais quel sera-t-il ?
Répondre

Archives

Articles récents