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Les musardises de ParisiAnne

Les musardises de ParisiAnne

Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


24e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 25 octobre1925

Publié par Parisianne sur 27 Octobre 2025, 19:59pm

Catégories : #1925, #ART, #Architecture, #Art Déco, #Paris

24e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 25 octobre1925

Chère petite Juliette,

Il est déjà tard et je suis exténuée mais tu dois te demander ce qui m'arrive d'avoir été tellement silencieuse. Ne m'en veux pas, je n'ai pas eu une seconde à moi. Figure toi que Pascal a lié connaissance avec le groupe d'étrangers dont je te parlais dans ma dernière lettre et il les a entraînés sur les péniches. Comme j'ai la chance de me débrouiller en anglais - j'ai fait beaucoup de progrès depuis que je suis sur l'Exposition - je suis restée avec eux et lorsque la journée a été plus calme en nombre de visiteurs nous avons arpenté le site en leur compagnie, c'était tellement sympathique qu'ils sont revenus le lendemain et nous ont fait promettre de venir avec eux en ville pour voir si, déjà, des nouveautés architecturales étaient apparues dans les rues de Paris. 

En rentrant avec Pascal, nous avons discuté de ce bien plaisant projet et Pascal, qui s'y connaît bien mieux que moi et connait Paris et son architecture mieux que sa poche, a décidé que nous commencerions par les emmener au Théâtre des Champs Elysées qui est un édifice que tu connais.

 

Le travail des frères Perret - qui ont également réalisé le théâtre de l'Exposition - est si intéressant qu'il ne pourra que les intéresser. Et je ne doute pas non plus qu'ils seront intéressés par le spectacle qui se tient depuis le 2 octobre dernier.

Il paraît qu'une très jeune américaine y rencontre un succès formidable (et autant de critiques bien entendu, il faut toujours que des personnes malveillantes mettent leur grain de fiel), il s'agit de la Revue nègre qui offre une musique que beaucoup disent incroyable. Je lisais dans la presse que ce spectacle qui a déjà fait courir New York est en train de faire courir Paris, j'espère que j'aurai le bonheur de m'y rendre.

 

 

 

24e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 25 octobre1925
24e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 25 octobre1925

Donc dès le lendemain, nous sommes allés admirer ce merveilleux théâtre et nos compagnons sont entrés en nombre pour réserver des places au plus vite ! Nous formons une équipée curieuse, joyeuse et internationale, j'ai encore et toujours l'impression de rêver !

Figue toi que dans ce joli groupe, j'ai eu le bonheur de sympathiser avec un jeune couple, elle est hollandaise, lui français, et ils sont historiens du costume et réalisent des costumes historiques. Avais-tu déjà entendu pareil métier ? Mais quel rêve ! Je t'entends rire, il m'est effectivement plus facile de rêver, je ne sais rien faire d'autre que me piquer les doigts quand j'ai une aiguille en main.

Mais Marthe et Louis font des merveilles en matière de costumes, regarde, je t'ai découpé ces photos dans un journal, n'est-ce pas magnifique ?

Photos costumes médiéval Ellie Wout - XVIIe Fred Ernst
Photos costumes médiéval Ellie Wout - XVIIe Fred Ernst
Photos costumes médiéval Ellie Wout - XVIIe Fred Ernst

Photos costumes médiéval Ellie Wout - XVIIe Fred Ernst

En rentrant de notre escapade du jour, je voulais absolument que nos nouveaux amis empruntent la passerelle des frères Guidetti d'où la vue sur l'Exposition est si belle, donc nous avons fait un grand détour et ils n'ont pu s'empêcher d'admirer aussi le Trocadéro qui domine la Seine de toute sa rondeur. C'est assez étonnant, je n'arrive pas à imaginer ce palais entouré de constructions plus modernes, plus épurées, crois-tu qu'il restera toujours, il est tellement surprenant d'éclectisme ? Il me paraît démodé par rapport à ce que j'ai pu voir ces derniers temps. Il n'était d'ailleurs pas destiné à survivre à l'Exposition de 1878 pour laquelle il a été construit. Je ne parierais pas un centime sur son avenir, il paraît, en plus, qu'il commence à se délabrer.

J'espère par contre que les sculptures resteront toujours, j'aime particulièrement l'éléphant de Frémiet et le cheval de Rouillard, le rhinocéros de Jacquemart me fait un peu peur ! 

Mais ce sont surtout les incroyables statues des six continents qui me touchent, elles sont tellement belles, peut-être un peu clinquantes dans leur parure dorée, mais vraiment intéressantes par les caractéristiques des différentes parties du monde qu'elles mettent en avant. 

Photos Anne Lurois
Photos Anne Lurois
Photos Anne Lurois

Photos Anne Lurois

Donc après ce petit détour, nous sommes revenus à l'Exposition. J'ai regagné mon poste de travail, il y a tout de même encore du monde à accueillir bien que la fin approche. Pascal s'est fait guide pour nos amis, avec une petite idée derrière la tête ! Il avait organisé un parcours entre le pavillon Primavera, où ils ont été accueillis par Isabelle qui comme moi à bine travaillé son anglais ces derniers mois, et la Galerie des boutiques, deux ouvrages de l'architecte Henri Sauvage.

 

 

Et en soirée, échappée rive gauche pour tout le monde. Pascal avait prévu de nous montrer des immeubles construits par M. Sauvage avant de nous emmener dans un café à la mode.

Mon dieu, ne dis rien à tante Yvonne, si elle savait que j'entre dans les cafés, elle en ferait un malaise et me rappellerait tout de suite auprès d'elle ! Moi je m'en réjouissais d'autant plus que j'avais hâte de voir Marthe et Louis faire montre de toute leur élégance.

 

Ma Juliette ! Entraînée par nos amis, auxquels, bien sûr, s'étaient joints Marcel et les garçons, mais aussi tante Germaine, mon oncle Bongard, et Monsieur Poiret avec Denise, je n'ai pas eu le temps de terminer ma lettre hier.

Je poursuis donc rapidement ce lundi matin pour te raconter très vite notre folle équipée boulevard du Montparnasse. Cet endroit que je connais assez mal et qui pourrait, par endroit, donner encore un sentiment de campagne, n'en est pas moins un lieu plein de vie et de fêtes.

De nombreux artistes y sont installés, il m'est arrivé quelque fois de m'y rendre avec tante Germaine qui connaît un certain nombre d'entre eux puisqu'elle les a souvent exposés dans sa boutique.

Je t'avais parlé, je crois, de cette visite que nous avions faite, tante Germaine et moi, dans une librairie de la rue Bonaparte tenue par une de ses amies, Madame Vierne. C'est un endroit magique qui durera je l'espère et porte le joli nom d'un roman d'André Gide que tu as peut-être lu, La Porte Etroite. Il faut dire que la boutique est tellement petite ! 

Alors, pour te résumer notre parcours, nous avons commencé par nous chipoter gentiment pour savoir si nous sortions de l'Exposition par la Porte de la Concorde pour rattraper la passerelle du même nom (petite parenthèse, cette passerelle construite pour l'occasion pourrait bien rester, je l'ai lu dernièrement dans le journal, cela permettrait laisser le pont aux voitures de plus en plus nombreuses et la passerelle pour les piétons) ou par la Porte Université Constantine ou Saint Dominique Constantine !

Et comme Monsieur Poiret et Pascal sont de grands joueurs, (je n'ose dire de grands enfants mais tu auras lu entre les lignes n'est-ce pas ?), ils ont décidé de nous séparer et de prendre chacun une porte pour voir qui arriverait en premier rue Bonaparte à la Porte Etroite. Nous nous sommes donc égayés comme des enfants dissipés et sommes finalement arrivés presque en même temps, il n'y avait donc pas de vainqueur mais de bons fous rire ! Un arrêt rapide pour saluer la propriétaire des lieux et nous étions repartis pour remonter jusqu'à la rue Vavin, par la rue Guynemer, où Pascal nous a fait admirer un incroyable immeuble d'Henri Sauvage

Je n'étais jamais passée par là et suis restée muette devant cette façade en escalier en céramique blanche, bénéficiant de balcons fleuris. Pascal nous a expliqué que Sauvage et son confrère Sarazin lorsqu'ils ont, en 1913, construit cet immeuble dans un esprit hygiéniste, ont déposé un brevet tant l'esprit était nouveau. C'est une splendeur, et avec la lumière et la douceur dont nous bénéficions hier, je me serais volontiers installée sur une des terrasses avec un bon livre ! 

Immeuble Sauvage boulevard Raspail de 1922

Immeuble du boulevard Raspail et immeuble en gradin de la rue Vavin en prolongement.

Mais notre escapade n'était pas terminée, et nos découvertes non plus, nous avons prolongé de quelques pas vers le boulevard Raspail pour admirer un autre immeuble de Sauvage plus récent celui-ci puisqu'il a été construit l'an dernier mais il ne manque pas non plus d'élégance, j'aurais toutefois peur que le boulevard devienne bruyant, il y a de plus en plus de véhicules dans Paris, bien plus que de bicyclettes, et les parisiens aiment jouer avec leur klaxon.

Henri Sauvage, rue Vavin 1913
Henri Sauvage, rue Vavin 1913
Henri Sauvage, rue Vavin 1913
Henri Sauvage, rue Vavin 1913
Henri Sauvage, rue Vavin 1913

Henri Sauvage, rue Vavin 1913

24e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs dimanche 25 octobre1925

Cette joyeuse promenade nous a donné soif, nous avons donc rejoint le Select qui était plein à craquer. Quelle ambiance, mon dieu, c'était incroyable. Et Marthe dans son magnifique manteau a attiré tous les regards, Monsieur Poiret aurait presque pu en être jaloux, mais il m'a semblé qu'il était finalement plutôt amusé. Je crois que personne ne peut résister au sourire de Marthe !

Et moi j'ai adoré le Select !  Nous y avons passé un moment assez long et les messieurs souhaitaient ensuite traverser pour aller au Dôme mais tante Germaine s'y est opposée. Je commençais moi-même à être fatiguée. Nous avions d'ailleurs un autre immeuble à montrer à nos amis mais tous ont préféré faire la fête, alors nous sommes rentrées en laissant les messieurs.

C'était tellement incroyable cette journée ! Si drôle, si riche. Ma chère Juliette, j'ai l'impression d'être sur un nuage mais je crains le moment où il va se dissoudre en petite pluie fine et hivernale sur l'Exposition que certains auraient souhaité prolonger encore mais qui approche inexorablement de sa fin.

Mais il me reste encore un peu de temps à y passer, alors point de nostalgie anticipée mais pour le moment une course vers le bureau de poste pour que cette longue, très longue lettre te parvienne au plus vite. 

Je t'embrasse très affectueusement.

Anne, 

Paris, le 26 octobre 1925 nous sommes dans les prolongations
puisque la fermeture officielle était le 25 octobre !

 

Ci-dessous le site de Martine Teunissen, accompagnée dans ses magnifiques activités par Loïc Benot, que nous avons vraiment rencontrés à l'occasion du Congrès du centenaire des Arts décoratifs organisé par Paris Art Deco Society

Naviguez sur le site de Martine qui fabrique elle-même tous les costumes, et si vous avez des projets de fêtes costumées, n'hésitez pas, elle parle merveilleusement bien le français en plus d'être adorable.

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M
Bonjour Anne,<br /> <br /> L'intérêt à lire tes lettres ne faiblit. vraiment! C'est super! J'aime tout ce que tu me fais découvrir<br /> gros bisous de bon dimanche<br /> :)
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P
Remarquable chronique vivante d'une époque importante pour les arts où tout être doué artistiquement arrivait à percer jusqu'au grand public .<br /> <br /> Ce fut le cas notamment du jeune affichiste Leonetto Capiello d'origine italienne mais né en France à Livourne , en 1875.<br /> <br /> Toutes les grandes marques de l'époque, se l'arrachaient, il a rénové le style des affichistes du moment.<br /> <br /> Mes félicitations pour la qualité de ta documentation très instructive.<br /> <br /> Amitiés, Anne
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Y
encore un tres bon moment de lecture…une question ! tu dors quand ? reponse non obligatoire
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L
Je continue de m'étonner de votre performance, c'est même mieux que cela, un exploit. Merci de nous entraîner sur ces chemins de mémoire qui résonnent dans notre actualité, et dans mon prochain déplacement à Paris, je ferai un détour à l'Expo.
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V
A force de lire tes articles, je suis allée voir l'expo sur la commemoration de cet événement a Perpignan, ou l'art déco est très présent, je préfère toujours l'art nouveau, mais c'est intéressant! Gros bisous Anne. cathy
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