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Les musardises de ParisiAnne

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Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


Quatrième carte imaginaire pour une cousine de province - Exposition des arts décoratifs Dimanche 14 juin 1925

Publié par Parisianne sur 13 Juin 2025, 21:25pm

Catégories : #1925, #ART, #Art Déco, #Paris

Quatrième carte imaginaire pour une cousine de province - Exposition des arts décoratifs Dimanche 14 juin 1925

Une porte destinée à faire entrer une foule doit comporter avant tout, horizontalement, un jeu de barrières canalisant la circulation entrante, et la filtrant, tout en se prêtant à la sortie en masse. Tout ce que l'on édifiera verticalement sera purement expressif, sauf, si l'on veut, l'objet de signaler de loin la position de l'entrée.

Art et décoration Juin 1925 - Lionel Landry

Chère Juliette,

Je serai brève, c'est promis ! J'ai raconté à Tante Germaine et cousin Pascal ma dernière lettre et ils sont partis à rire en me disant que j'avais dû t'assommer de tant d'informations. Et comme je n'ai pas reçu de tes nouvelles depuis quelques jours, je m'interroge : tu es assommée ?! Je m'en voudrais petite cousine de te lasser de toutes mes découvertes !

Quatrième carte imaginaire pour une cousine de province - Exposition des arts décoratifs Dimanche 14 juin 1925

Pour la porte de la Concorde, Monsieur Patout se trouvait en présence d'une donnée particulièrement délicate ; la porte étant en flèche, tout motif sans profondeur, vu obliquement, risquait de se déformer. Il a obvié à cet inconvénient en dressant une ronde de pylônes, une série de menhir carrés disposés en cromlech. Mais ce groupe, dont les éléments sont peut-être un peu trop rapprochés, se suffit à lui-même, il évoque, comme tout cromlech, l'idée d'un centre, non d'un passage.

Art et décoration Juin 1925 - Lionel Landry

Quatrième carte imaginaire pour une cousine de province - Exposition des arts décoratifs Dimanche 14 juin 1925

Je t'ai trouvé ces deux cartes postales de la Porte de la Concorde, une de jour, une de nuit, cela t'offre une belle idée des lieux et me donne à moi un peu plus de place pour écrire !

Je l'emprunte parfois quand je suis en avance le matin et que l'envie me prend de descendre l'Avenue des Champs Elysées. Elle est assez étonnante avec ses dix pylônes, mais je suis impressionnée par l'habileté avec laquelle Monsieur Patout, l'architecte, aidé des ingénieurs, les frères Pauchot, s'est joué des obstacles.

Parce que si la porte d'Honneur "coupe" l'avenue Alexandre III avec une certaine élégance mais dans un espace plutôt dégagé, celle-ci devait s'adapter à l'emplacement et la première chose que l'on remarque à cet endroit, ce sont les arbres. Tu penses bien qu'il n'était pas question de les couper ! Tu imagines la tête des parisiens ! Déjà qu'on leur a dévié leurs lignes de tramway  dès le 1er avril, couper les arbres c'était leur mettre une arête dans le gosier !

Enfin, tout a été fait comme il convenait de faire, bien sûr sans creuser de fondations non plus, il y a beaucoup de choses dans le sous-sol, c'est d'ailleurs ce qui a entraîné le triste accident dont je te parlai dans ma dernière lettre. Mais heureusement, ce n'est pas une des colonnes surmontée d'une coupe qui a basculé, c'est une de celles que l'on voit sur les côtés qui mènent aux guichets d'entrée, tout a été sécurisé au maximum bien sûr. 

Les coupes sur les pylônes sont en staff et non en bronze comme on pourrait le croire, pour une construction éphémère c'est moins coûteux et aussi plus léger. Tu peux voir sur la carte nocturne que des installations lumineuses ont été mises en hauteur, elles font 12 m de haut c'est immense mais c'est très beau la nuit toutes ces lumières. 

La très belle statue que tu vois est du sculpteur Louis Eugène Dejean, il a été praticien chez Rodin, la sculpture s'appelle L'Accueil, elle nous tend les bras pour nous inviter à entrer, n'est-elle pas élégante dans sa sobriété ? Le socle a été travaillé par les frères Martel, Jean et Joël, ce sont des jumeaux, c'est amusant qu'ils travaillent ensemble, tu ne trouves pas ? J'aime beaucoup la sobriété des motifs, qu'en penses-tu ?

Ils ont aussi réalisé, sur le dessin d'un architecte qui se nomme Mallet-Stevens, des arbres cubistes, c'est très étonnant et ça plaît énormément aux enfants. Je te reparlerai de cet architecte, ce qu'il fait est absolument incroyable !

Mais je te laisse pour aujourd'hui, je tombe de fatigue et j'ai froid, nous avons eu si chaud hier et voilà que le temps redevient frais et maussade avec une petite pluie déplaisante.

Je ne t'ai pas assommée j'espère !

Je t'embrasse bien affectueusement, 

Anne,

Paris, ce 14 juin 1925

 

L'Illustration 19 septembre 1925 - Croquis J. Touchet

L'Illustration 19 septembre 1925 - Croquis J. Touchet

Quatrième carte imaginaire pour une cousine de province - Exposition des arts décoratifs Dimanche 14 juin 1925
Quatrième carte imaginaire pour une cousine de province - Exposition des arts décoratifs Dimanche 14 juin 1925
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Commenter cet article
L
Si j'étais Juliette, je dirais: "non cousine, tu ne m'as pas assommée".
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L
Non seulement je ne suis pas groggy, mais j'en redemande, c'est toujours aussi passionnant et très agréable à lire. Le feuilleton, c'était la mode de l'époque, alors vivement le prochain épisode
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L
" Je ne t'ai pas assommée" ... Bien sûr que non ... C'est vraiment une expression qui a presque disparue de notre langage quotidien
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M
Coucou Anne,<br /> <br /> En tout cas, moi, tu ne m'as pas assommée. :D <br /> J'en ai appris des choses grâce tes billets sur cette exposition universelle. Et ta présentation est si originale. Bravo! J'ai beaucoup aimé<br /> Gros bisous du sud!!!<br /> ;)
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