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Les musardises de ParisiAnne

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Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


9e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs mercredi 17 juin 1925

Publié par Parisianne sur 17 Juin 2025, 19:44pm

Catégories : #1925, #ART, #Art Déco, #Paris

Lucie Renaudot, Chambre d'enfant

Lucie Renaudot, Chambre d'enfant

Ma chère Juliette,

J'ai lu dans le journal ce matin que c'était aujourd'hui le premier jour des épreuves du baccalauréat, comme je suis heureuse d'avoir cet examen, j'ai eu beaucoup de chance que mon oncle et ma tante m'aient incitée à le passer. Fais-en autant petite cousine, n'hésite pas, même s'il est encore aujourd'hui difficile pour nous de prétendre égaler les formations accordées aux garçons, il nous faut montrer nos capacités, les portes vont s'ouvrir, j'en suis certaine.

9e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs mercredi 17 juin 1925
9e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs mercredi 17 juin 1925

La betterave sucrière peut bien passer avant la question du vote des femmes à la Chambre, l'Ecole Polytechnique Féminine a ouvert ses portes, en avril,  cette année, l'élan est bien là ! Celles qui le souhaitent pourront suivre un cursus d'ingénieur, tu te rends compte ? Je suis certaine que bientôt elles seront nombreuses à exercer des métiers que l'on dit encore masculins. Ces messieurs ont été bien contents de faire travailler les "munitionnettes" pendant la guerre, et puis il y a des femmes qui ont eu le courage de piloter des avions, tous les espoirs sont permis ! Sommes-nous libres en toutes circonstances ?* Pas encore totalement mais le train est en marche, nous aurons des choix à faire et de nombreux combats à mener, c'est une évidence. A nous de nous retrousser les manches.

Le Petit Parisien 17 mars 1925

Le Petit Parisien 17 mars 1925

D'ailleurs ici, à l'Exposition, elles sont quatre-vingt huit femmes a exposer. Chiffre ridicule bien sûr par rapport aux neuf cents hommes mais c'est un début. Après tout, il y a bien eu les Jeux mondiaux féminins l'an dernier, grâce à Alice Milliat, qui a tenu tête à Monsieur de Coubertin, qui sait s'il n'y aura pas bientôt une Exposition entièrement féminine ?

Elles sont nombreuses, bien sûr, dans les travaux d'aiguille, je passe chaque jour devant la boutique de madame Marguerite Pangon qui montre des batiks magnifiques sur le pont Alexandre. Il ne faut évidemment pas oublier non plus ces femmes qui font la mode, je vais demain au Pavillon de l'élégance, je t'en parlerai très vite.

Mais ce n'est pas parce que nous sommes formées à la couture plus volontiers qu'à la philosophie que nous ne pouvons pas nous aussi exceller dans de nombreux autres domaines.

9e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs mercredi 17 juin 1925

[Ce] ciment vitrifié […], ce matériau splendide trouv[e] des applications dans de nombreux stands de l’Exposition. C’est ainsi que le pavillon Primavera a revêtu tous ses murs extérieurs d’un Lap d’or rubanné. Les pavillons du Haut-Commissariat de la Grèce, de la Ville de Paris et de […] L’Intransigeant ont employé des Laps d’argent ou d’or. Quant à l’hôtel du collectionneur […], il possède une salle à manger dont tous les murs sont revêtus de Laps [sic] de Venise » d’un rouge sombre

Cité par Julie Faure dans le dernier In Situ « Une promenade à l’Exposition – Le ciment vitrifié », Je sais tout, no 236, 15 août 1925, p. 335.

Avons-nous besoin d'art ?* bien entendu mais la maîtrise technique ne nous est pas étrangère. Tu verras, je t'emmènerai admirer les merveilles créées pour certains pavillons grâce à l'invention de Spéranza Calo, une femme oui ! artiste peintre et mezzo-soprano d'origine grecque. Elle a inventé un matériau nouveau, une sorte de ciment vitrifié utilisable aussi bien en intérieur qu'en extérieur que l'on appelle le Lap. C'est ce qui recouvre le pavillon Primavera, que je n'aime toujours pas mais que je regarde différemment depuis que notre cousin Pascal m'a expliqué la parure qui l'habille. Notre avenir dépend-il de la technique ?* Peut-être pas totalement mais pour nous les femmes, avoir accès à des sujets que ces messieurs considèrent comme leur étant réservé est une sacré avancée.

J'applaudis des deux mains, et mon amie Isabelle, également bachelière, est du même avis, elle qui ne rêve que de dessins d'architecture et d'ameublements intérieurs. 

9e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs mercredi 17 juin 1925
9e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs mercredi 17 juin 1925

Les femmes sont quelques unes à exposer des ensembles mobiliers complets et leur travail n'a rien à envier à celui des hommes, on les nomme d'ailleurs "ensemblières". Tu verras, nous aurons bientôt des autrices et des cheffes, une présidente peut-être et des professeures, des peintresses et des sculpteuses ou sculptrices ! Humm, je m'interroge sur la féminisation de certains mots !

Moi je rêve d'être auteure et un simple -e me conviendrait parfaitement, surtout pas écrivaine, cela sonne tellement laborieux ! Mais avant tout, je voudrais être libraire et inviter ma petite cousine à venir se réfugier dans ma jolie boutique pour y choisir tous les livres de son immense bibliothèque.

 

Le Petit Parisien 23 mars 1925

Le Petit Parisien 23 mars 1925

Je choisirais de beaux livres illustrés par ces femmes talentueuses comme Lucienne Heuvelmans qui a réalisé un groupe Les Illusions et le regret exposé dans le Jardin du Pavillon de la Ville de Paris que l'on trouve non loin de la Porte de la Concorde et déjà de nombreuses autres sculptures mais qui a également un recueil de poèmes.

Il y a rue Bonaparte une petite librairie du nom de La Porte étroite qu'il me tarde de te faire visiter. Nous irons à pied en prenant la passerelle de la Concorde, elle a été construite spécialement pour les piétons afin de ne pas encombrer le Pont de flâneurs, cela agacerait les automobilistes.

Il y aurait encore beaucoup à dire mais je serais bien incapable malheureusement de te citer toutes ces talentueuses artistes qui ont leur place ici, nous irons bientôt visiter l'église, il paraît qu'elle sera inaugurée samedi prochain, et qu'il y a là aussi le travail de deux femmes, Valentine Reyre et Pauline Peugniez.

Je te laisse pour aujourd'hui petite cousine, j'ai encore beaucoup à faire, j'aurais pourtant encore tant de choses à te raconter.

Je t'embrasse très affectueusement.

Anne,

Paris, le 17 juin 1925

Les Illusions et le Regret, Lucienne Heuvelmans

Les Illusions et le Regret, Lucienne Heuvelmans

*Le hasard qui m'a conduite vers l'annonce de l'ouverture des épreuves du bac de 1925 le jour du bac philo 2025 ne pouvait que m'inspirer un clin d'oeil !

 Sujets bac philosophie 2025 :

Sommes-nous libres en toutes circonstances ?

Avons-nous besoin d'art ?

Notre avenir dépend-il de la technique ?

 

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C
Ah les droits des femmes ... vaste sujet !<br /> S'il y a eu, et heureusement, des progrès de faits, il en reste encore à faire.<br /> Pour ce qui est du bac je n'ai jamais été jusque là ...<br /> ​Belle soirée, bisous.<br /> Cathy
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M
Bonjour Anne,<br /> <br /> je suis bien contente que le Bac et autres examens soient derrière moi. Que de stress!<br /> tes lettre sont vraiment supers! On s'y croirait! :) <br /> Le combat des femmes continue. En dépit des années, ça avance à très très petits pas. J’espère que ça ne fera pas chez nous comme aux USA où tout régresse pour les femmes. C'est affreux!<br /> <br /> Encore une belle page! Clap! Clap! Clap!<br /> Gros bisous!
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M
En effet j'ai vu tout de suite que tu collais parfaitement à l'actualité de cette semaine, car j'ai pris à peine aujourd'hui connaissance avec les sujets du bac, toujours aussi difficile pour les ados qui manquent souvent de maturité pour les traiter avec brio. J'aurais choisi le premier sans hésitation... En tous les cas ces femmes d'un autre temps se posaient sans nul doute beaucoup de questions mais je ne suis pas certaines qu'elles pensaient autant à l'avenir et comme je te disais déjà dans un de mes commentaires leur préoccupations étaient bien éloignées de celles des femmes des campagnes mais cependant intéressantes...Bises et une belle soirée
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L
Si les femmes (européennes) de 1925 ont commencé un long chemin vers les droits universels, restent malgré tout bien des endroits sur terre où elles ne sont même pas encore en 1900. Le long chemin qui les attend est celui entamé par ces pionnières (enfin, un peu avant aussi dans l'Angleterre de la fin du XIXe siècle) et nous voyons même avec des yeux exorbités que le combat doit hélas rester permanent. Merci de nous rappeler ce qui devrait être un combat des temps jadis. Savaient-elles, ces femmes engagées pour leur juste combat, qu'elles ouvraient la voie à une lutte séculaire ? Elles ont certainement cru qu'il serait assez rapide pour elles d'aller tout simplement voter. Il leur faudra encore vingt ans chez nous. Sinon, le récit sous forme de feuilleton me tient en haleine avec toujours autant de plaisir.
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V
Joli va et vient entre cette époque et la notre. Le bac a-t-il encore de la valeur de nos jours... gros bisous Anne. cathy
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